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Le Parti communiste irakien et la révolution kurde : une histoire de trahison

par
Les combattants du Kurdistan

Une fois de plus la guerre civile a éclaté en Irak du nord entre les forces armées du mouvement de libération kurde — dirigé par le Parti démocrate kurde (PDK) sous la direction de Mulla Mustafa Barzani — et le régime du parti Baas de Bagdad. La cause immédiate de la guerre fut le refus par le gouvernement de respecter les termes des accords signés le 11 mars 1970 « garantissant » l'autonomie aux Kurdes.

Cette nouvelle guerre civile doit être resituée dans toute une série d'évènements dont l'histoire remonte à la division impérialiste du monde arabe juste après la Première Guerre mondiale.

L'explosion actuelle a, cependant, un aspect unique : la première offensive contre les Kurdes fut menée par la fraction du Comité central du Parti communiste irakien (PCI). On voit là les restes d'un parti communiste agissant sous le drapeau de l'« unité nationale » avec l'aile irakienne du parti Baas (ce même parti qui décima le PCI en 1963 et 1968) et ouvrant la voie pour que la bourgeoisie irakienne lance une guerre de génocide contre le peuple kurde.

Cette distorsion de l'histoire soulève trois questions importantes. Tout d'abord, la question nationale au Moyen-Orient est extrêmement complexe. Sa solution révolutionnaire exige non seulement une lutte infatigable contre l'impérialisme et le sionisme, mais également une lutte concomitante et liée contre le nationalisme arabe. Comment cela se reflète-t-il dans le cas de la lutte des Kurdes en Irak ?

Le Kurdistan est une région montagneuse de l'Asie occidentale qui a été le pays du peuple kurde — un des plus anciens peuples de la région — depuis plus de 5 000 ans. Après la Première Guerre mondiale, le Kurdistan (comme tout le Moyen-Orient) fut divisé par l'impérialisme. La population kurde fut éparpillée entre la Turquie (qui avait à l'époque une population kurde de 2 millions de personnes), l'Iran (2 millions), l'Irak (1 million) et la Syrie (1 million et demi). La question de l'indépendance nationale pour ce peuple fragmenté et soumis se posait ainsi comme une tâche démocratique de la révolution kurde.

Durant plus d'un demi-siècle le Kurdistan divisé a été la scène de soulèvements armés perpétuels, généralement menés par des directions tribales, féodales ou bourgeoises. En Turquie et en Iran la centralisation rapide des structures de l'État entraîna des massacres brutaux des combattants kurdes et un effacement provisoire du mouvement de libération kurde. L'établissement, en 1946, d'une éphémère République de Mahabad dans le Kurdistan iranien fut suivi par l'un des plus infâmes massacres organisés par l'État. En Irak la situation était différente. La taille relativement importante de la population kurde (qui formait 25 % de l'ensemble de la population irakienne), le haut niveau d'organisation des Kurdes, les régions extrêmement montagneuses du Kurdistan irakien, et la longue période d'instabilité politique menèrent les différents régimes irakiens à une impasse dans leurs différentes tentatives de liquider la révolution kurde.

La complexité de la question nationale dans cette partie du Moyen-Orient est le résultat du fait que le Kurdistan fragmenté fait partiellement partie d'une autre création impérialiste artificielle, l'État irakien lui-même. Ainsi, tandis que la lutte de classe de la partie arabe de la population irakienne s'orientait vers une lutte pour la réunification du monde arabe contre ses diviseurs — l'impérialisme et le sionisme —, la lutte de libération nationale kurde s'orientait objectivement vers la séparation d'avec l'État irakien.

Mais la bourgeoisie irakienne ne veut en aucune circonstance perdre les riches puits de pétrole et les ressources agricoles du Kurdistan. Ainsi pour la bourgeoisie irakienne la question devint de savoir comment détourner la lutte de classe en Irak et en même temps stimuler l'opposition des masses arabes d'Irak contre la révolution kurde, portant ainsi des coups contre la lutte de libération kurde tout en affaiblissant la lutte des masses arabes, qui avaient un puissant allié potentiel dans le mouvement kurde. La réponse de la bourgeoisie irakienne fut de tenter de mobiliser les masses irakiennes derrière l'idéologie du nationalisme arabe (sous sa forme baasiste) — idéologie qui apparaît aux masses arabes comme dérivant de leurs aspirations progressives à l'unification de la nation arabe.

Afin de miner les projets de la bourgeoisie irakienne sur cette question, les révolutionnaires arabes doivent montrer que ce sont justement les partisans de ces formes de conscience et d'action bourgeoises qui se sont montrés incapables d'unifier le monde arabe et de lutter efficacement contre l'impérialisme et le sionisme. Les armes idéologiques de la bourgeoisie arabe sont tournées en Irak contre la seule force qui peut non seulement réaliser, mais dépasser les tâches démocratiques auxquelles sont confrontés les peuples arabe et kurde : l'unité des travailleurs et des paysans arabes et kurdes.

Mais cette unité objectivement nécessaire ne peut être réalisée que sur la base d'une lutte sans compromis contre l'oppression du peuple kurde et l'idéologie qui cherche à justifier cette oppression, le nationalisme arabe. Les révolutionnaires arabes doivent faire ceci en soutenant, en paroles et en actions, le droit de la nation kurde à l'autodétermination, y compris le droit de sécession de l'État irakien. Pour les révolutionnaires arabes ceci représente un moyen de s'opposer à la fois aux desseins de la bourgeoisie arabe et d'aider à forger des liens avec les révolutionnaires kurdes en minant la base de l'hégémonie de la bourgeoisie et des dirigeants féodaux kurdes sur les masses kurdes.

Le second problème important soulevé par la guerre civile actuelle en Irak est précisément l'échec des directions du mouvement communiste traditionnel dans le Moyen-Orient à comprendre ces processus liés.

Le Parti communiste irakien fut fondé en 1934. Contrairement à ses partis frères en Égypte, au Liban et en Syrie (y compris la Palestine), il a joué un rôle important dans la vie politique depuis les années 40. Il a survécu aux sérieuses difficultés de la vie clandestine sous la monarchie hachémite qui avait été installée en Irak par l'impérialisme britannique dans les années 30. Après le renversement de la monarchie et l'établissement de la République irakienne en 1958, le PCI devint un parti de masse ayant une influence déterminante dans la classe ouvrière, les paysans, les étudiants, spécialement au Kurdistan, où, pendant une période, il réussit à prendre la place du Parti démocrate kurde comme principal pôle d'attraction pour les militants kurdes. Mais, plus tard, quand il appuya le régime contre le soulèvement kurde de 1961, il perdit cette position et il va même maintenant jusqu'à lancer ce qui promet d'être une des guerres les plus barbares menées contre le peuple kurde.

En 1967, le PCI scissionna en une aile réformiste pro-Moscou (appelée la fraction du Comité central) et un courant révolutionnaire (la Fraction de la direction centrale). Mais cette dernière ne fut pas capable de rompre de façon décisive avec son passé stalinien, et elle devint victime du spontanéisme et du maoïsme. La tendance du Comité central entra dans le gouvernement baasiste d'« unité nationale » tandis que la tendance de la Direction centrale commença à prendre une position suiviste par rapport à la direction bourgeoise du mouvement kurde.

L'article que nous publions ci-dessous étudie de façon détaillée l'histoire de ces évènements. Il suffit de souligner ici que la capitulation pratique à la bourgeoisie irakienne ou kurde fut évidemment accompagnée d'élaborations théoriques apologétiques. Dans le cas d'un parti historiquement important comme le PCI, cette apologie exerce une forte pression sur la conscience des révolutionnaires kurdes et irakiens. Ainsi, une critique vigoureuse de la théorie et de la pratique du PCI sur la question kurde est un élément important dans la lutte pour la construction d'une direction communiste révolutionnaire dans le monde arabe.

Finalement, le troisième élément soulevé par la nouvelle guerre civile découle des deux premiers. La clique de propriétaires terriens de Barzani doit son hégémonie sur le mouvement kurde en grande partie à la politique du PCI. Ceci apparaît clairement dans l'article ci-dessous. Les différents échecs des soulèvements kurdes sont liés à la nature de cette direction qui, à cause de ses intérêts de classe, ne peut pas se permettre de se lier aux forces de la révolution arabe, dont la participation est essentielle pour la libération du Kurdistan. Les récentes déclarations de Barzani appelant à une aide militaire américaine et israélienne et promettant d'accorder des concessions aux compagnies pétrolières américaines dans un futur Kurdistan libre le montrent clairement. Ainsi la rébellion actuelle au Kurdistan est vouée une fois de plus à l'échec. Au mieux elle débouchera sur de nouveaux compromis qui prépareront le terrain pour de nouvelles attaques. Les masses arabes et kurdes paieront donc de leur sang les défauts de leurs directions respectives.

L'article ci-dessous, qui analyse de façon détaillée la position du Parti communiste irakien par rapport au mouvement kurde, fut originellement publié en deux parties dans le journal el Mounadil (Le Militant) d'octobre, novembre et décembre 1973 (el Mounadil est le journal du Groupe communiste révolutionnaire, organisation arabe sympathisante de la IVe Internationale, basée au Liban). Cette traduction est légèrement abrégée.

En août 1945, deux ans après l'apparition d'un mouvement de lutte armée dans le Kurdistan irakien (la région de Barazan), sous la direction de Mulla Mustafa Barzani, le gouvernement irakien, appuyé par l'aviation britannique stationnée à Kirkouk et à Habbaniyah, lança une offensive contre les centres de la révolution kurde. De nombreuses petites villes et des centaines de villages furent détruits. Un blocus fut établi sur presque tout le Kurdistan. Sous l'impact de cet assaut barbare et de la défection d'un grand nombre de « dirigeants » kurdes — y compris de dirigeants des propriétaires terriens — qui passèrent activement dans le camp du gouvernement central, les révolutionnaires kurdes furent obligés de se retirer vers la région iranienne du Kurdistan, dans des régions où les armées soviétiques étaient encore stationnées. C'est ainsi que la République démocratique du Kurdistan (la République de Mahabad) fut créée le 22 janvier 1946. Mais après le retrait des troupes soviétiques, selon les termes de l'accord de Potsdam, les armées persanes se précipitèrent et écrasèrent la jeune République isolée le 15 décembre 1946.

Avec la défaite du soulèvement de Barzani, la révolution kurde achevait une longue phase de son développement qui avait été marquée par l'hégémonie des classes de propriétaires au sein du mouvement de libération kurde. Cette direction avait été incapable d'élaborer un programme nationaliste révolutionnaire et avait utilisé le mouvement des masses kurdes pour faire avancer ses intérêts de classe. Des luttes et des heurts permanents absorbaient les énergies du mouvement et permettaient souvent au régime de Bagdad d'isoler les soulèvements révolutionnaires des paysans dans le Kurdistan et de les limiter à un cadre local restreint.

Ceci fut particulièrement important dans la mesure où la campagne était la principale source des soulèvements révolutionnaires pendant cette période de la révolution kurde. Les relations tribales et familiales jouèrent un rôle décisif pour l'orientation du développement du mouvement et ceci amena un approfondissement de l'hégémonie des directions existantes, qui étaient elles-mêmes appuyées par des cercles religieux et par le clergé. Si la défaite du soulèvement de Barzani marqua la fin d'une phase de la révolution kurde, elle ouvrit également de nouvelles opportunités durant la période de près de seize ans de calme relatif qui se développa au Kurdistan irakien. C'est durant cette période transitoire que les conditions objectives se cristallisèrent et que les cadres qui devaient prendre la tête du nouveau soulèvement kurde de l'automne 1961 se formèrent.

La crise de direction

Après la division du Kurdistan, les classes dirigeantes d'Iran, d'Irak, de Syrie et de Turquie, avec l'aide des impérialismes français et britannique, essayèrent d'unifier les différentes régions du Kurdistan, économiquement et politiquement, à leurs structures d'État respectives. Ce processus d'intégration prit des formes diverses, allant des attaques aériennes à l'assimilation nationale (turquisation, persanisation, arabisation). L'objectif principal de ce processus était d'intégrer l'économie du Kurdistan et de la lier au marché mondial afin de mieux organiser le pillage impérialiste des ressources et de la force de travail dans cette région.

Dans le Kurdistan irakien, l'impérialisme britannique accorda une attention toute spéciale au processus d'intégration car d'importants dépôts de pétrole sont situés dans le Kurdistan (à Kirkouk, Khanaqin et Aïn Zalah). Les principales villes kurdes étaient liées aux parties centrale et sud de l'Irak par tout un réseau de routes et de chemins de fer. Une sous-section de ce réseau servait à relier la campagne kurde — où sont situées les cultures de tabac, de blé, de fruits et la plus grande partie des ressources animales — aux centres commerciaux. En même temps, des dizaines de milliers de paysans kurdes furent privés de leurs petits lots de terre, ce qui entraîna le renforcement de l'hégémonie des sheikhs tribaux kurdes. Ce processus visait à gagner une base sociale et politique pour le régime de Bagdad, qui garantirait le pillage permanent de la campagne kurde.

Ces changements importants dans le mode de production entraînèrent de violents bouleversements dans la société kurde. Les formations socio-économiques traditionnelles étaient sapées et une nouvelle structure de classe commençait à apparaître, amenant une intensification des contradictions entre, d'un côté, des centaines de milliers de paysans pauvres et appauvris et le prolétariat et, d'un autre côté, une poignée de féodaux, de propriétaires terriens et de gros marchands, appuyés, bien sûr, par l'État bourgeois bureaucratique. Le processus de développement inégal et combiné se développait ainsi au Kurdistan, car de vastes ensembles industriels modernes, employant des dizaines de milliers de travailleurs dans les champs pétroliers de Baba Gurgur, Jambur et Al-Wand et dans les services et les communications, se développaient à côté d'une économie agricole « naturelle » et artisanale traditionnelle. Dans un champ on pouvait utiliser la vieille charrue de bois traditionnelle, tandis que, dans un champ voisin, on utilisait des tracteurs modernes et d'autres innovations dans le domaine de la technique agricole.

L'un des résultats probablement les plus importants de ces changements structurels fut une très large émigration rurale vers les villes. Les villes kurdes doublèrent de taille en dix ans. Les villes avaient déjà commencé à jouer un rôle important dans les luttes de classe et nationales au cours des années 1930. Le soulèvement de Sulaymaniyah du 6 septembre 1930 en donne un exemple. Au milieu des années 30, une direction urbaine appuyée sur des groupements politiques et intellectuels parmi les étudiants, les artisans et le prolétariat urbain commença à apparaître aux côtés des dirigeants tribaux et religieux. Mais ces groupes ne commencèrent pas à avoir une réelle influence sur le mouvement révolutionnaire kurde avant le début des années 40. Ceci se refléta clairement dans la formation, le 16 août 1946, du Parti démocrate kurde (PDK), qui devint alors un pôle d'attraction alternatif.

À côté des partis bourgeois-féodaux, de petits groupes prenant la forme d'organisations culturelles et sociales commencèrent à se former parmi les intellectuels. La première couche de dirigeants révolutionnaires est issue de ce milieu. De plus, la radicalisation générale qui balaya l'Irak au milieu des années 30, spécialement après le coup de Bakr Sidqi en 1936, entraîna un approfondissement de la crise de la direction révolutionnaire au Kurdistan.

Le Parti communiste irakien (PCI) fut fondé en 1934. Un grand nombre de militants kurdes rejoignirent bientôt ses rangs et jouèrent un rôle important dans la construction du parti. Dans les villes, la jeunesse kurde était en général attirée par le PCI et les sections communistes locales les plus fortes dans les années 40 se trouvaient à Erbil, Sulaymaniyah et Rawanduz, toutes des villes kurdes. Mais la position prise par le PCI sur la question nationale kurde désillusionna de larges secteurs des masses kurdes qui avaient vu dans le PCI l'organisation capable de lutter contre la double oppression (nationale et sociale) des Kurdes.

Du 1er congrès national à la 2e conférence du parti

Le 1er congrès national du PCI, qui eut lieu en 1945, renforça la position du parti sur la question kurde. À partir de ce moment toutes les positions du PCI restèrent dans le cadre défini par la soi-disant Charte nationale, qui avait été élaborée par Yusuf Salman (Fahd). Les innovations théoriques qui furent éventuellement adoptées par la suite restaient en général fidèles à la Charte originale. Le point central de cette Charte était la négation de l'existence de la nation kurde, sur la base du fait que les Kurdes n'entraient pas dans la définition de Staline d'une nationalité.

Cette définition explique que « la division artificielle du Kurdistan a différencié les diverses parties du pays, socialement et économiquement. Dans ce sens, la division artificielle a changé la nature du développement de la question kurde, créant une solution qualitativement nouvelle… Avant la division, et en particulier immédiatement après la Première Guerre mondiale, le mouvement de libération kurde mit en avant la revendication d'un État kurde comprenant l'ensemble du Kurdistan. » (La Question nationale kurde, Majid Abdel Rudha, membre du Comité central du PCI). Cependant, avec la division du Kurdistan par l'impérialisme, « il n'est plus possible de mettre en avant la revendication pour un État kurde comme proposition directe et pratique pouvant être réalisée pour tout le Kurdistan ou même pour une partie de celui-ci. »

Mais, en réalité, la division artificielle de la nation kurde par l'impérialisme anglo-français n'annula en aucune façon son existence. Au contraire elle stimula les masses kurdes et éleva leur niveau de conscience de classe et nationale, comme cela se refléta dans la façon dont les Kurdes — spécialement les paysans — résistèrent par la force à l'opération impérialiste. Le Kurdistan fut la scène d'une série permanente de soulèvements de masse révolutionnaires, commençant au début du XXe siècle, stimulés essentiellement par la conscience nationale et sociale élevée des Kurdes. Les impérialistes et leurs agents ont été capables de diviser de nombreuses nations et de consolider ces divisions, mais au Kurdistan, la division ne se réalisa pas. Cela est démontré par l'interrelation sociale et économique permanente entre les différentes parties du Kurdistan, et par le fait que les bourgeoisies arabe, turque et perse n'ont pas été capables d'empêcher les bergers et les agriculteurs kurdes de traverser en permanence les frontières de leurs États. Il ne fait aucun doute que la position héroïque du peuple kurde face à la partition est basée sur le profond intérêt commun qui l'unifie. De plus, la formation géographique du Kurdistan offre un obstacle à la dynamique de fragmentation initiée par l'impérialisme. Le PCI voit le Kurdistan comme un butin qui a déjà été partagé entre les voleurs, et il demande donc que les Kurdes cessent d'affirmer l'unité du Kurdistan comme cela s'exprime dans leur revendication d'un État kurde unifié. Tout cela parce qu'une « situation qualitativement nouvelle aurait, au cours des années, créé des liens différents (économiques, politiques et sociaux) entre le peuple kurde dans les différentes parties du Kurdistan et les nations vivant respectivement dans ces parties » (Majid Abdel Rudha).

Il ne s'agit pas de nier ces liens sociaux et économiques. Mais ils sont extrêmement faibles et les classes dominantes ne sont pas assez fortes pour accomplir leur tâche d'assimilation de « leurs » parties respectives du Kurdistan à l'économie de leur pays. De plus, le développement du type de liens dont le PCI parle n'explique en aucune façon les propositions de ces « communistes ». Depuis quand des marxistes révolutionnaires disent-ils que les relations politiques, économiques et sociales entre nations oppresseuses et nations opprimées annulent les droits nationaux des opprimées, qui s'expriment dans leur droit à l'autodétermination ?

La Russie tsariste fut capable d'établir de telles relations avec toutes les nations qui souffrirent sous le joug de sa domination impérialiste au cours de quatre longs siècles. Mais le Parti bolchevik ne présenta pas ces différents « liens » comme une excuse justifiant l'annexion forcée. En fait, les bolcheviks adoptèrent la revendication d'autodétermination, incluant le droit de sécession totale, pour toutes les nations souffrant sous le poids mort du tsarisme.

Dans le cadre du système capitaliste et du marché mondial, l'existence de telles relations est devenue inévitable. Et justement parce qu'elles apparaîtront inévitablement aujourd'hui, de telles relations ne doivent pas devenir une excuse pour nier le droit de toutes les nations à disposer d'elles-mêmes.

Tout ce que les bourgeoisies nationales au pouvoir en Irak, en Turquie, en Iran et en Syrie ont réussi à faire jusqu'ici, c'est de voler et de piller le Kurdistan. Les relations économiques ont signifié la destruction de centaines de villages et de petites villes et l'incendie des champs des paysans pauvres ; les relations sociales ont amené l'analphabétisation totale et l'extermination massive de la population, combinées à la mutilation de centaines d'enfants et de vieillards. Le véritable sens de la position des staliniens, c'est qu'elle appelle à l'assimilation des Kurdes aux classes dominantes.

La Charte nationale et la question kurde

« Nous luttons pour la véritable égalité des droits de la minorité nationale kurde et des autres minorités comme les Turkmènes, les Arméniens et les Yézidis. » (Point 10 de la Charte du PCI, 1945.)

Le PCI est-il réellement pour l'égalité des droits de toutes les minorités nationales ? Dans le journal central clandestin du PCI de novembre 1945, el Qa'ida, ces droits sont expliqués de façon très confuse et obscure :

« Quelle est notre position sur la question des droits nationaux des Kurdes ? Nous luttons pour la liberté de tous, pour la liberté d'organisation, de vie démocratique et pour un régime et un appareil d'État démocratiques. Nous luttons pour étendre l'éducation à tous, pour l'égalité totale entre tous les Irakiens. En bref nous luttons pour le bonheur (sic) des Kurdes. Les masses travailleuses ont les organisations nécessaires qui leur permettent d'exprimer leur préférence, à savoir rester ensemble ou se séparer, sur la base des intérêts du peuple kurde et des masses travailleuses irakiennes… Mais la revendication de séparation des Kurdes de l'État irakien est totalement erronée. Les masses kurdes ne peuvent pas en profiter du tout. »

Si le droit des Kurdes à se séparer de l'État bourgeois irakien est considéré erroné et réactionnaire, tous les discours sur la véritable égalité des droits et la liberté pour tous et les « organisations nécessaires » qui permettraient au peuple kurde de s'exprimer sont totalement vides de sens. Les marxistes révolutionnaires n'aspirent pas à la sécession, mais ils ne se rangent pas non plus aux côtés des bourgeois chauvins qui rejettent le droit à l'autodétermination d'un peuple, y compris le droit adjoint de se séparer.

Au moment où el Qa'ida exposait les positions du PCI, les colonnes de fumée montaient encore des ruines de centaines de villages et de petites villes kurdes dans les régions de Barazan et de Mazuri Bala. Et quelques mois seulement plus tard, les ouvriers kurdes, arabes et turcs lançaient une lutte révolutionnaire contre les compagnies pétrolières de Kirkouk, lutte qui culmina dans la grève des ouvriers de l'Iraq Petroleum Company, et qui se termina par d'horribles massacres de travailleurs à Kawarbaghi. C'est à Kawarbaghi que les ouvriers arabes, kurdes et turcs se prirent la main pour s'opposer à l'appareil d'État bourgeois. Voilà la véritable unité : elle se développe sur le terrain de la lutte révolutionnaire et non sous l'égide de l'État irakien. L'ironie tragique de la position du PCI, c'est qu'elle fut élaborée et parfaite au cours des années 1949-51, alors qu'une majorité des membres du Comité central du PCI étaient kurdes.

En 1953, Baha el-Din Nuri, secrétaire du PCI, présenta un projet de programme qu'on appela par la suite le programme de « Bassim ». Dans ce programme, Nuri adoptait une position marxiste-léniniste correcte sur la question kurde : le programme reconnaissait « le droit du peuple kurde à l'autodétermination, y compris le droit à la sécession ». Ce programme fut rapidement battu au sein du PCI. Mais sa brève existence aida un certain nombre d'organisations communistes à se développer au Kurdistan.

Durant la seconde conférence du PCI, qui eut lieu en 1956, la vieille position stalinienne sur la question kurde fut affirmée une fois de plus. Une nouvelle revendication fut adoptée : « Autonomie pour le Kurdistan irakien au sein de l'État irakien. » Mais même cela ne fut pas appliqué dans l'activité politique quotidienne du parti ou dans ses positions politiques par la suite. En réalité, tout le travail de propagande et d'agitation était limité aux conceptions erronées précédentes sur la question nationale, codifiées au point 10 de la Charte nationale.

Cette reculade totale par rapport au programme de Bassim eut des répercussions sérieuses pour les organisations des communistes kurdes qui ne furent plus capables de réaliser des progrès tangibles, soit au niveau organisationnel interne, soit au niveau du travail de masse. Mais le coup-révolution du 14 juillet 1958 ouvrit une nouvelle situation.

Juillet 1958 – février 1963 : confusion et trahison

Les deux années qui précédèrent juillet 1958 furent des années de confusion totale au sein des communistes kurdes. La crise du PCI s'approfondit au fur et à mesure qu'il s'isolait des masses. Cette situation générale amena un certain nombre de formations communistes à entrer dans le PDK au milieu des années 50. De plus, un grand nombre des meilleurs militants kurdes quittèrent le mouvement révolutionnaire, ayant perdu toute illusion. Tout ce que le PCI gardait au Kurdistan c'était un groupe de militants éparpillés dans plusieurs villes kurdes.

Le soulèvement de masse phénoménal qui suivit l'établissement de la République en juillet 1958 permit au PCI de regagner un peu de sa popularité antérieure et de rétablir des bases significatives au Kurdistan. Cela permit de renforcer la position du parti dans ces régions. Ces bouleversements et changements furent accélérés par l'acuité de la lutte de classe qui amena un certain nombre d'amis, de partisans et de membres du Parti démocrate à se ranger du côté des classes possédantes. Le changement des rapports de forces entraîna des pertes pour le PDK, en grande partie en faveur du PCI. En hiver 1959, des milliers de paysans pauvres et de prolétaires urbains, sous la direction des militants communistes, écrasèrent un soulèvement dirigé par les féodaux Rashid Lolan et Salim Agha dans la région de Qala'at Diza. Cette attitude révolutionnaire affaiblit l'influence du PDK et offrit de nouvelles opportunités pour le PCI.

Mais ce développement ne se prolongea pas beaucoup. L'appui du PCI au régime bonapartiste qui menait une politique anti-kurde renversa la dynamique en faveur du PDK. Sous l'impact de l'alliance du PCI avec le régime bourgeois de Qassem, les masses ont, une fois de plus, tourné le dos au PCI, ainsi que le firent des centaines de militants communistes qui n'avaient pas réussi à modifier la ligne opportuniste du parti. Ces éléments commencèrent à se battre pour défendre les gains qui avaient été obtenus durant l'« hiver rouge » irakien de 1958-59. C'est exactement durant cette période que le PDK réussit à regagner son influence antérieure, dans la mesure où il s'opposait résolument aux tentatives du régime de priver les masses kurdes de leurs acquis sociaux et démocratiques.

Le troisième article de la Constitution irakienne provisoire, publiée seulement deux semaines après le coup d'État du 14 juillet 1958, déclare : « Les Arabes et les Kurdes sont partenaires dans ce pays. » Le PC accueillit favorablement cet article comme un premier pas qui devait être suivi par une politique tangible allant vers l'application de l'autonomie du peuple kurde. Au cours des soulèvements de masse de l'hiver 58/59, le régime bourgeois essaya de séduire les masses kurdes, mais après la venue au pouvoir des forces réactionnaires en été 1959, il commença à essayer de limiter tous les gains nationaux et sociaux qui avaient été obtenus. Tandis que le régime bonapartiste remportait quelque succès dans l'étranglement du mouvement révolutionnaire dans les régions du sud et du centre de l'Irak, au Kurdistan, il rencontra une forte résistance. Afin de s'opposer à cette résistance, Qassem fut obligé de militariser un nombre de tribus kurdes dissidentes (les Zibaris, les Rikanis, les Jaaf) et de les lancer contre le mouvement national kurde (Barazanis, le Parti démocrate), utilisant ainsi les inimitiés tribales traditionnelles au sein des Kurdes eux-mêmes. Le PC stalinien garda le silence face à cette situation, se contentant d'appeler à l'« unité du front national » et publiant un avertissement au sujet des « desseins et intrigues impérialistes », soulignant pour la millième fois la nécessité du concept capitulationniste d'autorestriction.

Quand le PCI perçut finalement l'inévitabilité du conflit armé étant donné la détérioration de la situation dans le Nord, il balança dans le camp du régime et demanda que les « Kurdes arrêtent de causer des troubles ». La motivation de ce tournant était que le régime existant était patriotique et cela signifiait se ranger aux côtés de la bourgeoisie nationale. Sur la base de cette position, le PCI appela le mouvement kurde à lutter pour développer le gouvernement national-démocratique et à faire pression sur le gouvernement pour qu'il étende les droits démocratiques. Cette politique droitière de la direction stalinienne rencontra une vigoureuse résistance au sein de la base du parti, qui appelait à l'adoption d'une position révolutionnaire sur la question kurde et dénonçait violemment la politique réformiste droitière de la direction du parti. Mais la direction répondit à cette vague de protestation et de dénonciation par une offensive de liquidation et d'expulsions massives qui frappa des centaines de membres et de cadres révolutionnaires.

La déformation des faits concernant les batailles se déroulant au Kurdistan par les journaux du PCI, Ittihad al-Sha'b (Unité populaire) et Azadi (Liberté, en kurde), fut encore pire. L'impression qui ressortait de la presse du PCI était que la lutte au Kurdistan était une lutte intertribale entre les tribus barazanies d'un côté et les tribus Zibari et Surchi de l'autre, lutte qui faisait rage dans tous les coins des cazas de Mawat et d'Aqra. En réalité cette lutte faisait partie d'un plan de la bourgeoisie visant à soumettre tout le Kurdistan par la force. Il s'agissait du prélude à la guerre civile sanglante qui fut lancée le 11 septembre 1961.

À la fin de 1960, la région des combats s'était étendue et comprenait le territoire allant des rives du Grand Zab à toute la région de Qala'at Diza. Alors que les staliniens maintenaient leur ligne capitulationniste, le PDK, parti bourgeois, se plaçait à la tête des masses révolutionnaires dans toute la campagne kurde. Le PDK menait une lutte armée féroce contre les inspecteurs d'impôts du régime bourgeois qui, après la croissance des forces réactionnaires, avaient réapparu une fois de plus pour voler leurs récoltes aux paysans, sous prétexte d'un impôt terrien et de la restriction de la culture du tabac. Quand le gouvernement organisa des expéditions punitives dans quelques centres ruraux afin d'arracher les impôts par la force, des milliers de paysans organisèrent une lutte armée contre les forces gouvernementales. La résistance était dirigée par des membres et des cadres du PDK. Après l'échec de l'opération gouvernementale avec les tribus mercenaires kurdes, le régime était confronté à une dure alternative : accepter le fait accompli ou envahir le Kurdistan. Il choisit cette dernière solution et, le 11 septembre 1961, la guerre la plus vicieuse de l'histoire du Kurdistan irakien était déclenchée.

Le PC et la révolution kurde jusqu'au 8 février 1963

Vers la fin de mai 1961, le PCI publia une déclaration apologétique demandant au « régime patriotique » de mettre fin à la situation extraordinaire en Irak et d'arrêter de persécuter les Barazanis, les patriotes et les communistes. La réponse du « régime patriotique » fut de prendre des mesures supplémentaires dans le sens opposé. Le 22 août 1961 (c'est-à-dire deux semaines avant l'éclatement des hostilités) le bureau politique du PCI publia une déclaration définissant la politique du parti en cas de guerre. La déclaration expliquait :

« Faisant confiance à leurs agents qui travaillent à l'intérieur, les impérialistes anglo-américains, les compagnies pétrolières et leurs alliés, les gouvernements de Turquie et d'Iran, font de leur mieux pour exploiter la nouvelle situation créée au Kurdistan par les actions gouvernementales ; ils tentent d'approfondir les divisions dans les rangs des forces patriotiques… et menacent l'unité et l'indépendance nationale du pays. »

En sous-main le PCI essayait de suggérer que ce mouvement était dirigé par l'impérialisme et que, en dernière analyse, la lutte armée servait les desseins de l'impérialisme.

Mais voyons un peu. Il est un fait bien connu et évident aujourd'hui que la direction du mouvement kurde n'était pas réellement représentative des aspirations de centaines de milliers de paysans pauvres et d'ouvriers qui formaient les forces du soulèvement du 11 septembre 1961 (que cette direction soit l'aile féodale-tribale ou l'aile bourgeoise et petite-bourgeoise, à savoir le PDK). De plus, les masses kurdes apportèrent leur soutien à cette direction après la trahison du PCI et sa prise de position en faveur du gouvernement « patriote » de Qassem.

Ne s'agissait-il pas des mêmes masses qui avaient apporté leur soutien aux militants du PCI en été 1959 ? Ne s'agissait-il pas des mêmes masses qui luttèrent sous la direction des militants communistes pour écraser la rébellion des féodaux, précisément parce que les militants du PC avaient prouvé, dans la pratique, leurs capacités de dirigeants révolutionnaires, bien que la plupart d'entre eux furent obligés de quitter le parti et de partir dans les montagnes du Kurdistan afin de défendre leurs villages et leurs récoltes contre les inspecteurs d'impôts envoyés par le gouvernement « patriotique » ?

Le PC demanda aux masses kurdes d'accueillir favorablement les soldats et les unités mobiles de police de Qassem. Il demandait aux travailleurs urbains de « se modérer » sans exprimer la moindre colère contre les nombreux officiers de sécurité et les enquêtes qui « défendaient l'unité des rangs patriotiques ». De plus il voulait que les masses quittent les rangs des peshmergas et al-Ansar (les forces armées kurdes) et cessent de les appuyer quand elles essayaient de lutter contre les provocations de la police et des agents de l'administration alors qu'elles libéraient les prisons. Les masses apprennent par l'expérience et non par les intentions des partis. Elles marchent derrière la direction qui montre, en pratique, qu'elle est le véritable défenseur de leurs aspirations nationales et sociales.

En défendant les paysans et en organisant la résistance armée contre les inspecteurs d'impôts et contre les lois restrictives sur la culture du tabac, et en défendant héroïquement le Kurdistan contre les attaques barbares de l'armée gouvernementale, le PDK montra concrètement sa capacité de diriger les masses paysannes et les ouvriers à la fin de 1961. C'est pourquoi la déclaration du PC ne fut reçue que par le mépris et le dégoût.

Cette même proclamation lançait quelques menaces contre la direction kurde si celle-ci s'engageait dans une forme plus développée de lutte armée : « L'isolement du mouvement kurde par rapport au mouvement de l'ensemble du peuple irakien affaiblit en premier lieu le mouvement kurde et le prive de ses puissants alliés, à savoir le mouvement national et démocratique profondément enraciné. » Évidemment le « mouvement profondément enraciné » est le PCI lui-même.

Et, en fait, la direction du PC stalinien appliqua ses menaces peu de mois plus tard. Elle ne fut d'ailleurs pas seule dans cette action. Les bureaucraties du Kremlin et de Prague se précipitèrent à l'appui de la direction bourgeoise irakienne en lui envoyant des tonnes d'équipement militaire et un grand nombre de Mig soviétiques, qui eurent l'honneur de transformer en ruines 80 % de la campagne kurde.

Pendant les années de la guerre (septembre 1961-février 1963), le PCI maintint sa position traître de soutien au gouvernement de Qassem et se contenta de publier de temps en temps une déclaration très diluée, appelant à la « paix au Kurdistan » — mais une paix de capitulation. Au moment où l'armée bourgeoise semait la mort, la destruction et la misère dans tout le Kurdistan, de nombreuses unités de l'armée étaient dirigées par des officiers « communistes ».

Le coup réactionnaire de 1963

Une année et demie après l'explosion de la révolte kurde, les forces des peshmergas (al-Ansar) avaient réussi à libérer plus de la moitié du Kurdistan irakien. Les forces révolutionnaires infligèrent des coups sévères à l'armée gouvernementale, et ceci approfondit la crise du régime bourgeois. Le mécontentement et un esprit de mutinerie commencèrent à pénétrer les unités militaires au Kurdistan. Ceci affaiblit la force de frappe de l'armée, à tel point que des sections entières se rendaient face aux attaques du mouvement révolutionnaire kurde. Au milieu des avancées décisives de la révolution kurde éclata le coup d'État réactionnaire du 8 février 1963.

Le nouveau régime, dirigé par le parti Baas, lança une campagne terroriste qui obligea la plupart des communistes kurdes et de nombreux autres dirigeants et cadres du PCI à chercher refuge dans les territoires kurdes libérés. La direction kurde, à la recherche de l'aide des pays du « bloc socialiste », reçut ses ennemis d'hier et leur donna refuge. Les réfugiés communistes, dont un bon nombre avaient commandé sous Qassem, avaient été les mêmes qui attaquaient le Kurdistan.

À partir d'avril 1963 la propagande produite par les pays « socialistes » commença à mentionner le Kurdistan quand elle donnait des nouvelles sur la répression contre les communistes irakiens. La position du PCI commença à changer. Mais la lune de miel ne dura pas longtemps. Le 18 novembre 1963 eut lieu un nouveau coup d'État à Bagdad et en février 1964 une armistice fut conclue entre le gouvernement et le mouvement kurde. La direction kurde commença à s'occuper des communistes dans les territoires libérés, en en faisant des soldats d'une armée régulière sous son commandement. Les unités communistes armées s'engagèrent également dans des batailles inégales avec les forces gouvernementales qui tentaient de les liquider, comme cela arriva dans la bataille qui se déroula autour du fort de Mawat.

En août 1964, le PCI fit un nouveau tournant sur la question kurde. Afin de se rapprocher des forces nationalistes et nassériennes avec lesquelles le PC cherchait à organiser l'Union socialiste (et à liquider le PC), les dirigeants du parti cessèrent complètement de mentionner la question kurde. Ce tournant fut sanctionné par la ligne liquidationniste adoptée en août 1964, ligne par rapport à laquelle la fraction du Comité central dut bientôt prendre ses distances, par suite du refus de la base du parti de l'appliquer. De la mi-64 à septembre 1967, le PCI plaça toute son attention dans la reconstruction de son organisation et la solution à ses propres crises internes qui aboutirent à une scission et à l'apparition de la fraction de la Direction centrale en septembre 1967.

La fraction du Comité central

La politique kurde du PC (Comité central) ne changea pas après le coup d'État du 17 juillet 1968. Même au sommet de l'offensive anticommuniste des baasistes au printemps 1969, la position du PCI ne fut que réaffirmée. Le régime baasiste fut obligé de signer les accords du 11 mars 1970 (accordant une autonomie limitée au Kurdistan), étant donné l'aggravation de sa propre crise interne et le développement de l'opposition dans le centre et le sud de l'Irak. Le Comité central appuya sans réserve les accords de mars 1970, malgré le fait qu'ils étaient insuffisants pour résoudre la question nationale kurde et étaient même en opposition avec la ligne et les positions publiques du PCI. Le congrès de 1970 du PCI avait formellement adopté la ligne d'autodétermination pour les Kurdes, mais, dans la pratique, le PCI s'en tenait à sa position précédente, reléguant dans les faits son programme de côté et se mettant au service du parti Baas. Et le Comité central insista pour participer aux jeux du 11 mars 1970. Il critiqua le gouvernement pour ne pas avoir offert certains postes vacants au Kurdistan à des membres du PCI plutôt qu'à des membres et des partisans du PDK. Le CC dressa une liste d'avocats « communistes » pour les postes de chefs de district et de gouverneurs au Kurdistan, sur la base du fait que le PCI était un parti « neutre » dans la dispute entre le Baas et le PDK.

De plus, la revendication d'autodétermination perd toute signification quand le « peuple » irakien est considéré comme un peuple unique et quand les minorités nationales sont considérées comme « vivant dans un État et dans le cadre d'un peuple qui est le peuple irakien. En tant que peuple unique il fait face à un même destin » (el Fikr el Jadid). Ainsi se réalise l'« unité du front national » et le peuple irakien uni est issu de l'oppression nationale.

Quand le conflit entre le régime Baas et la direction kurde s'intensifia, le CC soutint fermement le gouvernement, en demandant à la direction kurde de faire des concessions aux baasistes parce que c'est le « front patriotique » qui est important. « Pour ce qui est de la question en litige, écrivait-il, elle a peu d'importance et peut être laissée de côté pour le moment. La vie décidera du sort de nombreuses questions que des discussions abstraites ne réussiront jamais à résoudre. » Peu de temps après, la « vie » devait décider du sort de ces problèmes qui ne pouvaient pas être résolus par des « discussions abstraites ». Elles furent résolues au bout du fusil.

L'alignement du CC sur la politique répressive et terroriste du régime bourgeois alla même jusqu'à des activités fractionnelles contre la direction kurde, activités ne visant pas à remplacer le bourgeois-féodal Barzani par une direction révolutionnaire, mais au contraire à défendre et renforcer le régime baasiste. Barzani répondit par une attaque vicieuse contre les militants communistes au Kurdistan, emprisonnant et kidnappant, et organisant des exécutions publiques dans les rues de Zakho et de Sulaymaniyah. Une fois de plus, c'est la « vie » qui a tranché.

L'aboutissement logique de la capitulation du CC du PCI fut son acceptation du soi-disant Front national progressiste le 16 juillet 1973. En dernière analyse, le « Front » signifie la transformation du PCI en une organisation suiviste du parti Baas et du régime bonapartiste bureaucratique. Le PDK, de son côté, refusa de capituler.

La fraction de la direction centrale

Une des principales erreurs commises par la fraction de la direction centrale fut de ne pas avoir fait une analyse critique des positions et de la politique antérieure du PCI, que ce soit sur les questions générales de la stratégie révolutionnaire ou sur la question kurde en particulier. En conséquence, la tendance de la direction centrale reste prisonnière des vieilles conceptions staliniennes de la révolution. L'échec de la tendance de la direction centrale à se transformer en un pôle communiste révolutionnaire, à la gauche du CC réformiste droitier, peut en grande partie être attribué à ce fait. De plus, la direction centrale entra en lutte avec le CC sur la question de l'héritage du PCI. Elle s'engagea à défendre emphatiquement toutes les erreurs passées.

Il faut distinguer deux positions de la direction centrale. La première concerne la période allant de septembre 1967 au 11 mars 1970. Durant cette période la politique de la direction centrale n'était pas fondamentalement différente de celle du CC. Dans une déclaration du 31 juillet 1968, par exemple, on peut lire ce qui suit :

« 2. Élaborer un programme clair pour la solution de la question kurde, basé sur l'autonomie du peuple kurde au sein de la République irakienne, droit élémentaire pour les Kurdes. Il est également nécessaire de prendre les premières mesures pour retirer l'armée du Kurdistan… et développer la région kurde et élever le niveau de vie de sa population. »

Cette déclaration, qui fut adoptée par une réunion élargie de la direction centrale à la fin août 1968, appelait à accorder l'autonomie aux Kurdes, ce qui signifiait, d'après la déclaration citée précédemment : « permettre au peuple kurde d'Irak d'administrer les affaires locales des régions kurdes de l'Irak en toute liberté, y compris celle d'élire leurs propres conseils législatifs et exécutifs dans le contexte de la République irakienne. »

Mais la direction centrale réalisa également un grand progrès sur la question kurde en reconnaissant que « la question kurde est une question pour les masses travailleuses et paysannes du Kurdistan, qui forment la large majorité de la population… et la lutte est liée à une réforme agraire progressiste et à une élévation des conditions matérielles, sociales et culturelles des masses, et à la liquidation de l'arriération économique, ainsi qu'au développement d'une large démocratie pour le peuple kurde. » Mais, malheureusement, cette analyse se terminait par la formule absurde « un État populaire démocratique révolutionnaire ».

En avril 1969, l'organisation émigrée de la direction centrale arriva à une position marxiste révolutionnaire sur la question kurde. Elle publia une « clarification » déclarant : « Il est clair que le peuple kurde ne peut pas acquérir ses droits nationaux de façon stable à l'ombre d'une dictature bourgeoise réactionnaire. Ils ne peuvent être acquis que sous les auspices d'un régime populaire révolutionnaire dirigé par la classe ouvrière, pas sous le contrôle de la direction kurde réactionnaire. » La formulation « régime populaire révolutionnaire dirigé par la classe ouvrière » est bien plus claire que « État populaire démocratique révolutionnaire ». Mais l'affirmation par les camarades de l'organisation émigrée que les droits nationaux ne doivent pas être accordés à un régime bourgeois kurde a vidé le texte de son contenu révolutionnaire. Les marxistes révolutionnaires formulent le droit à l'autodétermination des nations opprimées sans aucune condition.

Lors d'une réunion élargie de la direction de la section kurde de la direction centrale, le 25 janvier 1970, une formulation similaire à celle des camarades émigrés fut acceptée : « La solution juste et démocratique à la question kurde en Irak dépend de l'établissement d'un gouvernement populaire démocratique dirigé par la classe ouvrière et basé sur le plus large soutien, travaillant à trouver des solutions aux principaux problèmes auxquels le pays doit faire face. » (N° 1 de Rikai Kurdistan.)

On peut ainsi voir que, au début des années 70, les positions de la direction centrale avaient largement progressé, en conséquence de l'apparition de jeunes éléments prolétariens dans la direction après la capitulation du groupe conservateur d'Aziz al-Hajj. Cette progression des positions se reflète également dans le fait que la direction centrale dénonça les accords du 11 mars 1970 comme n'étant qu'un jeu pour gagner du temps. L'organisation lutta également pour empêcher l'application des accords. Au début d'avril 1970 la direction du mouvement kurde armé commença à mener une chasse aux sorcières contre la direction centrale, ce qui réduisit les activités de l'organisation. Ceci entraîna une attitude plus souple de la direction centrale envers la direction du mouvement kurde, et se termina par sa capitulation totale devant la direction Barzani.

Quand les heurts éclatèrent de nouveau entre la direction de la révolution kurde et le régime, la voie était ouverte pour une reprise des activités de la direction centrale au Kurdistan. Mais ces activités ne dépassèrent pas certaines régions isolées déterminées par la direction kurde, les limites étant déterminées par l'état des relations entre le régime et la direction kurde.

Finalement la direction centrale rejoignit le « front patriotique » qui mettait en avant la revendication de « démocratie » en Irak et autonomie au Kurdistan. Le « front patriotique » consiste en un mélange contradictoire d'orientations politiques recoupant des intérêts de classe violemment opposés ; il a une politique chauvine opposée aux aspirations du peuple kurde. À partir de cette date, la position de la direction centrale s'accorde avec les positions de toutes les formations politiques en Irak qui adoptent cette position confuse, de la tendance du CC à Barzani en passant par le mélange du « groupement patriotique » et les autorités baasistes. La position de la direction centrale ne rompit jamais avec les conceptions staliniennes gelées, et la direction centrale fut, en conséquence, incapable de se différencier de la tendance réformiste du CC en avançant un programme communiste révolutionnaire. Cela reste vrai malgré les résonances révolutionnaires qui traversent la littérature de la direction centrale.

La pratique de la direction centrale

Quelques mois après la scission de 1967 les relations de la direction centrale et de la direction de la révolution kurde s'améliorèrent, tandis que celles du CC empirèrent. La raison est que la direction centrale adopta le mot d'ordre de lutte armée. Des couches du parti avaient déjà ouvert le dialogue avec un groupe révolutionnaire foquiste opérant dans la région sud de l'Irak et dirigé par Khalid Ahmad Zaki, martyrisé depuis. Mais les tentatives de coordination avec la direction de la révolution kurde faites par la direction centrale partaient de notions totalement erronées : que le PCI devait se battre dans les régions centrale et sud tandis que le mouvement kurde armé se battait dans le Nord, au Kurdistan. Cette division militaire mécanique amena une défaite désastreuse. Elle reflétait le manque de sérieux de la direction centrale sur la question de la lutte armée, dans la mesure où elle ne cherchait pas à créer des forces armées communistes au Kurdistan, indépendantes des forces de la révolution kurde hégémonisées par le groupe bourgeois-féodal. Après l'accord du 11 mars 1970, cette approche opportuniste eut les pires conséquences pour le futur de la lutte révolutionnaire en Irak.

Le 1er juin 1968, la direction centrale publiait une déclaration annonçant la formation d'un Front populaire de lutte armée. La déclaration montrait une perspective révolutionnaire. Elle disait entre autres : « Peuple du Kurdistan, la dictature qui vous combat est faible et elle repose sur un volcan. Elle est incapable de résister à une révolution se développant du sud de l'Irak aux montagnes du Kurdistan. » Mais, comme nous le savons, il y a une différence entre une déclaration et des actes. Cette formulation correcte perd tout son sens si la direction au Kurdistan est remise à un groupe bourgeois-féodal. Elle ne tenta pas de construire des unités communistes armées au Kurdistan ; elle tentait de « préserver l'alliance entre notre parti et le PDK ». La direction centrale ne faisait non plus aucune critique à la direction kurde et n'éduquait pas les masses travailleuses kurdes dans une perspective révolutionnaire. La réponse apportée par la direction centrale à une attaque du CC sur cette attitude conciliatrice est révélatrice : « La révolution kurde a ses limites, et elles sont sujettes aux critiques des révolutionnaires irakiens qui veulent la victoire de la cause du peuple kurde. Mais c'est la direction réformiste du CC qui restait silencieuse sur ces limites en 1964… Aussi leur soudaine préoccupation ne peut pas être expliquée par une quelconque préoccupation au sujet du programme et de la politique des communistes indépendants sur la révolution kurde. » (The Party Militant, juin 1968.)

Au début janvier 1970, deux mois avant les accords du 11 mars, la section kurde de la direction centrale tint une réunion prolongée au cours de laquelle un avertissement fut envoyé à la direction kurde au sujet de la stupidité de passer un accord avec le régime Baas. L'avertissement fut sans effet.

Lors de cette réunion on souligna la détérioration des relations entre la direction centrale et la direction kurde : « Les méthodes de pression, de travail forcé, les insultes, les emprisonnements et l'ignorance des promesses répétées ne permettent pas d'atteindre le but désiré de l'alliance. » (Rikai Kurdistan, 25 janvier 1970.) La même déclaration continue : « Les rapports entre les alliances des partis nationaux ne peuvent être construits que sur la base du respect mutuel et de l'égalité, et de la non-interférence dans les affaires internes des partis concernés. »

Malgré l'interférence directe de la direction kurde dans l'organisation de la vie interne de la direction centrale au Kurdistan (qui, après la liquidation des sections de la direction centrale dans les régions du sud et du centre de l'Irak, restait la seule section vivante de l'organisation), la direction centrale continuait à parler des « rapports d'alliance existant entre notre parti communiste et le PDK, qui constitue une pierre angulaire importante de notre alliance nationale ». Cette position intensifia la crise de direction au sein de la direction centrale et mena finalement le groupe dans le « marais de l'alliance nationale » quand la direction centrale suivit le proverbe usé : « Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. »

La seule façon d'éviter cette fin pitoyable de la direction centrale du PCI aurait été d'adopter un programme communiste révolutionnaire brisant le cadre stalinien ossifié et proposant une perspective stratégique avec des lignes d'application pratique bien définies. Au premier rang de ces mesures pratiques, il aurait dû y avoir :

1. Formation d'unités communistes armées au Kurdistan en addition aux forces du mouvement kurde sous direction bourgeoise ;

2. Application d'un programme révolutionnaire de réforme agraire dans les régions contrôlées par les forces communistes ;

3. Agitation dans les rangs des forces gouvernementales, les appelant au défaitisme révolutionnaire et à rejoindre les forces des zones libérées.

Cela aurait permis de polariser de larges masses de paysans qui avaient porté les armes aux côtés du PDK bourgeois dans l'espoir de pouvoir gagner la terre et la liberté. De plus, toute tentative des féodaux et de la bourgeoisie kurdes d'écraser les régions rouges (comme cela est arrivé après les accords de mars 1970) aurait entraîné la défaite des classes possédantes.

Un dernier mot. Commençant par le soulèvement révolutionnaire de l'hiver 1958-59, l'histoire du Parti communiste irakien a été marquée par une ligne continue de division entre les directions du PCI et la base révolutionnaire, entre la politique réformiste droitière de la direction et les positions des militants du parti. Après 1964, cette opposition de gauche prit une importance accrue, menant finalement à la scission de 1967 et à l'apparition de la tendance de la direction centrale. Tous les éléments révolutionnaires rejoignirent la direction centrale et ces militants jouèrent un rôle décisif dans les progrès qui furent faits plus tard par la direction centrale. Mais le centralisme bureaucratique qui marquait la vie interne du parti retarda la transformation d'un certain nombre de décisions révolutionnaires en forces matérielles tangibles. Le triste sort de la direction centrale en fut le résultat final. Un grand nombre de cadres du parti adoptèrent des positions spontanéistes, terroristes et maoïstes. D'autres secteurs restèrent isolés de tout travail pratique et quittèrent la politique révolutionnaire quand ils ne virent plus de solution à la crise de la direction.

Les communistes révolutionnaires et la question kurde

Il est très clair que la situation au Kurdistan irakien a amené un grand nombre de révolutionnaires arabes à penser que dans les circonstances actuelles il y a peu d'espoir, à court terme, de surmonter la crise de direction de la révolution kurde. Aujourd'hui cette crise ne se manifeste pas seulement par l'absence d'une direction révolutionnaire, mais également par l'existence d'organisations « communistes », faibles et isolées des masses et qui, soit apportent un fort appui au régime (la tendance du CC), soit sont suivistes par rapport à la direction de Barzani, du PDK (la tendance de la direction centrale). Ajoutons à cela l'héritage de trahison et d'opportunisme laissé par ces directions staliniennes et l'on comprendra toute la complexité de la situation à laquelle sont confrontés les révolutionnaires qui tentent de construire un noyau communiste révolutionnaire. La situation est rendue encore plus complexe par l'expérience d'une direction bourgeoise-féodale ayant un long passé de lutte, qui contrôle un tiers du Kurdistan. Cette direction est très bien équipée et dirige des forces armées comptant plus de 25 000 combattants.

Mais, malgré tous ces obstacles, il doit être clair que cette direction a elle-même été bouleversée par de nombreuses crises depuis de nombreuses années. La crise s'est particulièrement approfondie au cours des deux dernières années. On peut distinguer deux courants autour de la personnalité de Barzani. Il y a tout d'abord le courant féodal-bourgeois, avec ses origines tribales ; ensuite il y a l'aile petite-bourgeoise. La disparition de Barzani pourrait déclencher de violentes luttes entre ces deux courants. La raison fondamentale de l'approfondissement de la crise est l'échec de la direction à résoudre la question kurde et sa tentative de masquer cet échec en signant toute une série d'accords et d'armistices opportunistes, garantissant ses intérêts de classe.

Mais cette situation apparemment désespérée n'est qu'un aspect de l'état réel des choses au Kurdistan. Durant des années on a assisté à un développement permanent d'une situation révolutionnaire que le régime s'est montré incapable d'écraser de la même façon décisive qu'en Irak central et du Sud. Cela stimula énormément le travail révolutionnaire, et fait de la tâche de construction d'une direction révolutionnaire une nécessité objective qui ne peut pas être retardée. La situation au Kurdistan a beaucoup progressé depuis la signature des accords de mars 1970. Des centaines de milliers de paysans pauvres et d'habitants des villes qui se sont battus courageusement pour la révolution kurde voient leurs conditions empirer, tandis que les féodaux et les bourgeois profitent de leur situation. Toute opposition est rapidement écrasée au nom de la sécurité de la révolution kurde et de l'unité face à la puissance de l'État. Des milliers de paysans et d'ouvriers commencent à réaliser l'échec de la direction Barzani du PDK. Mais, vu l'absence d'une alternative révolutionnaire, vu les trahisons du PC, tendance du CC, et l'opportunisme de la direction centrale, est-il surprenant d'assister à une croissance d'organisations chauvines de droite qui capitalisent la démoralisation des masses kurdes ?

L'échec de la bourgeoisie kurde à mener la révolution démocratique à la victoire n'est pas exceptionnel. Elle s'inscrit dans l'incapacité des bourgeoisies de tous les pays sous-développés à mener à bien les tâches de la révolution démocratique. C'est la conséquence de leurs liens économiques et sociaux avec l'impérialisme et de leur faiblesse politique. Cela signifie que, en dernière analyse, ces tâches retombent sur la classe ouvrière et la paysannerie pauvre sous la direction d'un parti communiste révolutionnaire capable de construire le socialisme par un processus de révolution permanente. Les expériences de la révolution kurde sont des preuves de l'exactitude de cette analyse.

Les travailleurs d'Irak doivent rejeter sans équivoque et dénoncer toutes les manœuvres et orientations réformistes proposées par les staliniens, et toutes les « solutions » bourgeoises déformées à la question kurde, que ce soit les propositions de décentralisation faites par le Baas en 1963, les proclamations du 24 juin 1966 ou les accords du 11 mars 1970.

Dans le n° 4 d'el Mounadil (août 1972), nous écrivions : « Le droit de la nation kurde à l'autodétermination et à la réalisation de toutes les conditions de sa libération et de son unification nationales est une aspiration tout à fait justifiée qui doit être soutenue par les communistes révolutionnaires dans tout le monde arabe. Mais les accords du 11 mars 1970 entre la direction du mouvement kurde armé et le régime baasiste ne sont pas une expression de cette aspiration. Dans ce sens les accords de 1970 offrent une solution déformée à la question nationale en Irak. »

En tant que marxistes révolutionnaires, nous défendons et nous soutenons le droit à l'autodétermination, y compris le droit à la sécession de la nation kurde. Ceci est une position révolutionnaire, marxiste-léniniste sur la question nationale, en opposition aux positions sociales-chauvines des partis communistes staliniens arabes.

  • Pour le droit inconditionnel à l'autodétermination, y compris le droit de sécession, de la nation kurde !
  • Vive la lutte de la classe ouvrière arabe et kurde pour la révolution socialiste en Irak !
  • Pour un Kurdistan unifié et socialiste !
  • Vive la révolution socialiste mondiale !

Été 1974

Lettre hebdomadaire