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La crise de l’eau à Porto Rico

par Edgardo Tormos
Geoff Gallice from Gainesville, FL, USA - Bosque secoUploaded by pixeltoo, CC BY 2.0

Porto Rico est confronté à un nouveau phénomène climatique qui met en danger la vie de ses citoyen·nes. 60 % de l’île est touchée par la sécheresse, et le sud et le sud-ouest subissent déjà les ravages d’une sécheresse extrême. Les niveaux d’eau dans les réservoirs continuent de baisser et l’Autoridad de Acueductos y Alcantarillados (AAA) a déjà mis en place des ajustements opérationnels sur six sites. Parallèlement, les pannes, les défaillances des infrastructures et la mauvaise gestion du réseau d’adduction d’eau ont entraîné la pire crise de l’eau depuis l’ouragan Maria.

Plusieurs communes de San Juan ont connu plus de 120 jours sans eau en 2026. Le 7 juillet dernier, une interruption de service due à des travaux de réparation a privé 180 000 client·es (soit environ 450 000 personnes) d’eau potable. L’administration avait estimé que cette interruption durerait entre 12 et 16 heures. Cependant, une grande partie de ce demi-million de personnes a dû attendre 60 heures avant de retrouver un certain retour à la normale. Des communes telles que Canóvanas et Río Grande sont déjà soumises à un rationnement de l’eau. L’autre partie de l’île n’est pas épargnée non plus. Récemment, les habitant·es d’Aguadilla ont passé deux semaines sans eau.

Nous sommes confronté·es à une crise qui combine plusieurs facteurs de manière dangereuse. Tout d’abord, la sécheresse empêche l’accumulation des précipitations nécessaires au remplissage des réservoirs. De plus, le phénomène mondial du Super Niño menace de prolonger cette période de faibles précipitations. Contrairement à d’autres événements soudains et passagers tels que les ouragans et les tremblements de terre, celui-ci se manifeste de manière progressive et soutenue. Nous ne savons pas exactement combien de temps durera la sécheresse ni comment elle s’intensifiera sous l’effet de cette anomalie atmosphérique.

La crise actuelle est exacerbée par la crise profonde et durable qui afflige nos institutions et le pays en général.

Le problème de l’eau à Porto Rico est complexe et chronique, mais on peut commencer à le comprendre grâce à quelques données et chiffres clés :

Porto Rico ne manque pas d’eau. Au cours d’une année normale, il tombe environ 70 pouces de pluie, ce qui génère un ruissellement qui alimente les sources d’eau de surface (telles que les réservoirs) et les sources souterraines (telles que les aquifères).

S’il tombe autant d’eau, où est-elle donc ?

Notre système dépend excessivement d’un système de stockage de surface dont la capacité est réduite. Les réservoirs ont perdu au moins 25 % de leur capacité de stockage en raison de la sédimentation. La construction effrénée et la déréglementation (voir la loi 82) menacent d’aggraver cet aspect de la crise.

Mais s’il y a encore de l’eau, pourquoi n’en ai-je pas ?

L’AAA produit environ 540 millions de gallons d’eau potable par jour. Cependant, l’Autorité ne facture qu’environ 180 millions, soit un tiers de l’eau qu’elle collecte, purifie et distribue aux foyers du pays. On estime que l’AAA subit un taux de perte physique de 60 % dans les canaux d’irrigation.

Et pourquoi la situation ne s’améliore-t-elle pas malgré les réparations ?

Le système est immense. Une grande partie des infrastructures qui posent aujourd’hui problème révèle un manque suspect de logique dans la planification. Une partie de l’eau consommée dans la zone métropolitaine doit parcourir un trajet depuis les montagnes de Jayuya et d’Utuado jusqu’aux stations d’épuration et à Arecibo, pour ensuite traverser les 50 km du super-aqueduc avant d’atteindre sa destination. L’investissement dans la construction de mégaprojets inutiles et peu pratiques ne peut que renvoyer à une logique bien connue des Portoricain·es : la corruption.

Et n’y a-t-il donc personne capable d’y remédier ?

À un niveau plus profond, la logique néolibérale limite considérablement nos possibilités de faire face à cette crise. L’histoire de la politisation et de la privatisation de l’AAA a brisé la mémoire historique de l’institution. Les responsables ne connaissent pas le système, car l’AAA s’inscrit dans une structure économique qui ne fait qu’extraire des ressources de l’agence par le biais de manœuvres politiques partisanes et de la sous-traitance de ses fonctions. À présent que la crise représente un défi et non plus une source de profit, le modèle capitaliste néolibéral est incapable de faire fonctionner ce qu’il a lui-même mis en place. C’est pourquoi le président exécutif de l’Autorité, Luis González Delgado, déclare devant la presse, avec un certain agacement, que « Les gens ne doivent pas attendre que nous ayons un plan ».

Luis González a raison. Nous ne devrions pas attendre de plan de la part d’un gouvernement qui nie le changement climatique, dont l’obsession pour le profit privé le fait crouler sous d’innombrables scandales de corruption. Nous ne devrions pas attendre de plan de la part d’un gouvernement qui ne croit pas en la fonction même du gouvernement. La phrase de Luis González doit servir de point de départ à la rédaction du programme gouvernemental dont nous avons besoin.

L’alternative écosocialiste propose avant tout que les travailleuses et travailleurs qualifié·es qui font fonctionner Porto Rico au quotidien prennent les rênes du gouvernement afin de planifier leur bien-être avant les profits qu’un entrepreneur pourrait engranger lors de la prochaine magouille. Il existe des experts qui connaissent le système et qui sont capables d’apporter les meilleures solutions à la crise de l’eau. Le Plan d’atténuation, d’adaptation et de résilience face au changement climatique à Porto Rico démontre que notre pays dispose des connaissances techniques nécessaires pour se gouverner dans un avenir qui s’annonce semé de défis existentiels. Seul un programme anticapitaliste sera capable de le mettre en œuvre pour le bien-être de notre population et de nos écosystèmes.

Publié le 22 juillet 2026 dans La Propuesta (revue de Démocratie Socialiste, Porto Rico)

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