Pour la première fois depuis de nombreuses années, les maoïstes de Hong Kong ont déclenché une campagne de presse vicieuse et calomnieuse contre le trotskysme. Cette campagne hystérique, qui s’appuie sur une distorsion et une falsification délibérées des faits historiques, vise ouvertement à s’opposer à la croissance du mouvement marxiste révolutionnaire qui est récemment apparu comme une menace politique pour les maoïstes.
Cette campagne sournoise reflète l’incapacité des maoïstes à défendre la bureaucratie chinoise et sa politique pseudo-révolutionnaire envers la colonie britannique de Hong Kong. Cela augmente à son tour l’incapacité des maoïstes à contenir la radicalisation qui se fait jour parmi les masses laborieuses. Les maoïstes sont très inquiets de l’orientation marxiste croissante des militants de Hong Kong qui ont complètement échappé au contrôle maoïste.
La principale cible : Trotsky
Une fois de plus, Léon Trotsky a été choisi comme cible principale. Toute une série d’accusations inventées, clairement contredites par les faits historiques, sont lancées contre lui — pas seulement pour le discréditer en tant qu’un des plus grands révolutionnaires de ce siècle, mais également pour le présenter comme un contre-révolutionnaire.
On peut lire dans le journal maoïste Hong Kong Workers :
« Trotsky était le principal dirigeant de l’opportunisme en Union soviétique, c’était un renégat, un espion, un traître, un assassin complotant pour tuer Lénine et d’autres dirigeants du Parti communiste soviétique. Il était l’ennemi commun du peuple d’Union soviétique et du peuple révolutionnaire du monde. »
Mais les maoïstes de Hong Kong sont confrontés à un problème : comment expliquer qu’un tel « contre-révolutionnaire » ait pu surgir dans la direction du Parti bolchevik, à côté de Lénine, et ait pu jouer un rôle aussi important dans la révolution d’Octobre ? (Ce rôle a été clairement décrit dans le livre de John Reed Dix jours qui ébranlèrent le monde, publié en Chine, dans une traduction chinoise, en 1957.) Ils tentèrent de traiter ce problème dans un article intitulé « Trotsky, le fondateur du trotskysme ». Voilà leur histoire :
« Trotsky (1879-1940) et ses partisans étaient une tendance opportuniste qui montra tout d’abord sa facette ‘ultra-gauche’ dans le mouvement révolutionnaire russe. À partir de 1903 ils se rangèrent du côté des mencheviks contre Lénine et le Parti bolchevik. Après s’être glissés dans le Parti à la veille de la révolution d’Octobre, ils ne cessèrent pas un seul jour leurs activités anti-léninistes et anti-Parti. Finalement, ils se regroupèrent avec des réactionnaires de toute sorte, s’opposèrent de façon hystérique au régime soviétique et dégénérèrent complètement en un groupe de bandits contre-révolutionnaires. »
Faisant quelques emprunts à l’école stalinienne de falsification, les maoïstes réécrivent l’histoire de l’importante contribution de Trotsky à la révolution d’Octobre. Ils laissent de côté l’attitude oscillante et trouble de Staline avant et pendant l’insurrection. Ils oublient également le rôle crucial joué par le Comité militaire révolutionnaire dirigé par Trotsky. Trotsky est accusé d’avoir « révélé à l’ennemi la date de l’insurrection qui avait été décidée lors du meeting du Soviet de Petrograd à la veille de la révolution d’Octobre ». Ainsi, d’après les mensonges présentés par les maoïstes de Hong Kong, « le Parti fut obligé d’organiser l’insurrection plus tôt que prévu ».
On nous présente également une autre falsification dans le cas du traité de Brest-Litovsk, qui mit fin à la participation de la Russie à la 1re guerre impérialiste mondiale. On nous explique :
« Trotsky et tous les réactionnaires organisèrent une campagne hystérique pour s’opposer à la signature du traité de paix. L’armée allemande fut donc incitée à envahir et attaquer le régime soviétique, et cela amena la victoire remportée par le prolétariat et la paysannerie au bord de l’échec. »
Le même article continue :
« On découvrit plus tard que Trotsky avait déjà organisé un complot contre le gouvernement soviétique, essayant de saboter le traité de paix de Brest-Litovsk, pour arrêter et tuer Lénine, Staline et les autres et établir ensuite un gouvernement opportuniste. »
Pour faire bonne mesure, les maoïstes ajoutent : « Trotsky encouragea secrètement l’impérialisme allemand à déclencher son offensive militaire contre l’Union soviétique. »
Les maoïstes présentent Trotsky comme étant responsable de tous les actes contre-révolutionnaires commis contre le régime soviétique et comme ayant pris contact avec tous les « contre-révolutionnaires qui opéraient sur le territoire soviétique ». Il n’est donc pas surprenant de lire qu’« en été 1918, le bloc comprenant Trotsky, Zinoviev et Kamenev blessa Lénine au cours d’une tentative d’assassinat. En juillet 1918 Trotsky et Boukharine incitèrent les S.R. de gauche (socialistes révolutionnaires) à organiser une rébellion à Moscou durant laquelle le Kremlin fut bombardé. » Ce n’est pas tout :
« En 1918, quand plus de dix pays impérialistes intervenaient militairement contre l’Union soviétique et coopéraient avec les propriétaires terriens et la bourgeoisie pour organiser une insurrection armée, Trotsky essaya, en vain, d’étrangler le régime soviétique. Le Parti bolchevik mobilisa la paysannerie et le prolétariat et mena une guerre courageuse pour défendre le pays, tandis que Trotsky, ayant usurpé le poste de président du Comité militaire révolutionnaire, ne mena que des activités criminelles. Il tenta d’exécuter de nombreux cadres communistes au front afin d’aider l’ennemi. Ceci ne fut évité que grâce à l’opposition du Comité central et la protestation des soldats. Durant la guerre il donna des ordres suicidaires qui résultèrent dans l’échec de certaines campagnes. »
Avec ces « comptes rendus » les maoïstes essaient de montrer que la création de l’Armée rouge et la victoire bolchevique lors de la guerre civile n’avaient rien à voir avec Trotsky, qui avait néanmoins réussi à « usurper » les postes d’organisateur de l’insurrection et de créateur et dirigeant de l’Armée rouge durant toute la guerre civile.
La brève divergence entre Lénine et Trotsky sur la question des syndicats est largement exploitée par les falsificateurs maoïstes. Trotsky est accusé de s’être « opposé » à la politique du Parti qui visait à « convaincre les masses par la discussion » et d’être en faveur d’« imposer des règlements militaires aux syndicats, c’est-à-dire d’utiliser des méthodes administratives coercitives et de serrer la vis en tentant, vainement, d’amener les ouvriers non membres du Parti à s’opposer au Parti ».
En même temps, Trotsky se serait « opposé à la NEP », aurait « demandé des concessions énormes pour les capitalistes étrangers et indigènes », et aurait proposé « d’appliquer le principe de la rente ou d’absorber l’investissement privé afin de transférer l’épine dorsale de l’économie entre les mains du capital privé. Il proposa de construire des industries en exploitant la paysannerie pauvre, essayant ainsi de saboter l’alliance entre le prolétariat et la paysannerie. »
« En automne 1923, » continuent les maoïstes, « tandis que Lénine était malade, Trotsky pensa que le temps était venu de détruire le Parti et de renverser la direction. En conséquence, il fit l’unité avec tous les éléments anti-léninistes au sein du Parti et distribua la soi-disant ‘Déclaration des 46 Opposants’, pour s’opposer au Parti, à l’appareil dirigeant du Parti et à la politique du Parti. » Ensuite, la lutte héroïque de l’Opposition de gauche face à la contre-révolution stalinienne est présentée d’une façon éhontément déformée.
On nous dit que Trotsky « forma des groupes fractionnels ici et là, ramassa des cotisations parmi ses camarades, distribua son programme politique réactionnaire, organisa une imprimerie clandestine, organisa des manifestations et des démonstrations antigouvernementales, et s’opposa de façon fanatique au léninisme et à la dictature du prolétariat. » Trotsky prédit que « le régime soviétique était voué à l’échec ». Les Leçons d’Octobre de Trotsky sont présentées comme la preuve qu’il « diffamait complètement le Parti et son dirigeant Lénine, espérant vainement pouvoir remplacer le léninisme par le trotskysme ».
Le reste de la vie de Trotsky est simplement copié dans les livres de n’importe quel historien stalinien. Une fois de plus on nous présente la légende infamante selon laquelle « Trotsky avait déjà offert ses services aux services d’espionnage des fascistes, et était donc un espion fasciste, un chien courant ». Son but ultime était de rétablir le système capitaliste d’esclavage en Union soviétique. Kirov fut assassiné avec sa complicité.
L’attaque contre le trotskysme
Le mouvement trotskyste, qui a montré d’une façon croissante son autorité révolutionnaire dans les luttes de masse dans le monde, est attaqué à Hong Kong par les maoïstes avec les mêmes mensonges et calomnies qu’ils utilisèrent contre Trotsky lui-même. Cette attaque est développée dans un article intitulé « Qu’est-ce que le trotskysme ? », publié dans le journal Hong Kong Workers le 1er août 1974.
Cet article présente le trotskysme comme un « instrument de l’impérialisme et de la bourgeoisie, l’ennemi le plus perfide des masses laborieuses. Il lève le drapeau du marxisme-léninisme tout en s’y opposant. Il lève le drapeau de la révolution tout en la sabotant. » Ils élaborent ensuite trois caractéristiques qui distinguent soi-disant le trotskysme du léninisme :
(1) Le trotskysme est accusé de s’« opposer au léninisme et aux théories de la révolution prolétarienne et de la dictature du prolétariat ». Cette accusation s’appuie sur deux arguments. La théorie de la révolution permanente « nie la force révolutionnaire de la paysannerie et s’oppose à l’alliance paysans-ouvriers ». De façon plus subtile, l’article explique : « dans les conditions objectives de la dictature du prolétariat il [Trotsky] maintenait que l’avant-garde du prolétariat était inévitablement en conflit avec les larges masses paysannes ». De plus l’auteur défend pieusement la « théorie » du « socialisme dans un seul pays ». Il déforme la théorie de la révolution permanente afin qu’elle « nie pratiquement la théorie léniniste de la révolution prolétarienne et élimine la révolution prolétarienne ».
Le second argument est que le trotskysme est « opposé à la dictature du prolétariat ». La raison en est que « Trotsky affirmait de façon calomnieuse que le pouvoir d’État de la dictature du prolétariat se trouvait entre les mains des bureaucrates, que le régime avait dégénéré, et que cette dégénérescence n’avait pas encore touché l’institution de la propriété nationalisée. Il décrivit ainsi de façon calomnieuse l’État de la dictature du prolétariat comme un État ouvrier dégénéré. » Afin de justifier la défense de Staline par le PC chinois, les maoïstes de Hong Kong sont obligés, en l’absence d’arguments théoriques, de simplement affirmer que le trotskysme est « antimarxiste ».
(2) La seconde accusation est que le trotskysme a « scissionné l’unité du Parti et saboté l’organisation du Parti ». Trotsky est accusé d’avoir organisé des regroupements fractionnels au sein du Parti, entraînant « l’affaiblissement de la force du Parti ». De plus, sous la couverture d’antibureaucratisme au sein du Parti, « le trotskysme s’est opposé à l’appareil du Parti et a affaibli sa direction ». Il « flatta également la jeunesse et les étudiants, expliquant que les étudiants étaient très sensibles à la bureaucratisation du Parti ». Ceci s’opposait à l’orientation du Parti « qui était une ligne de classe basée sur les éléments prolétariens ». Finalement, « Trotsky ne faisait pas confiance aux dirigeants du bolchevisme ; il fit tout son possible pour nuire à leur réputation et miner leur autorité et leur prestige ».
(3) Le troisième trait du trotskysme découle des « activités conspiratrices et contre-révolutionnaires de Trotsky ». Là, les maoïstes de Hong Kong répètent toutes les accusations montées de toutes pièces contre Trotsky et le mouvement trotskyste par les staliniens. Naturellement la IVe Internationale est également soumise à leurs attaques. Les maoïstes de Hong Kong expliquent sans honte que « la IVe Internationale, qui regroupe une bande de renégats du prolétariat, est devenue une organisation internationale de bandits et d’espions opposée à la révolution prolétarienne ».
Après avoir affirmé que la IVe Internationale n’était rien d’autre qu’une « organisation d’espionnage contre-révolutionnaire au service de l’impérialisme », les maoïstes de Hong Kong continuent en affirmant qu’« en essence, les trotskystes sont des agents secrets envoyés par l’impérialisme dans le camp des révolutionnaires ». Dans un article de plus de 20 000 mots, les maoïstes, ayant peut-être conscience de l’absurdité de leurs attaques « idéologiques », ne consacrent que quelques lignes au mouvement trotskyste actuel.
Un exemple :
« Au cours de la révolution française de mai 1968, les jeunes regroupés derrière les drapeaux de la Fédération des étudiants révolutionnaires, du Parti communiste internationaliste, de l’Organisation communiste internationaliste et de la Jeunesse communiste révolutionnaire étaient des groupes organisés par les trotskystes. Ces organisations se sont toujours opposées à l’organisation révolutionnaire marxiste-léniniste. Ils ont même mis en avant le mot d’ordre ‘socialisme mondial’. Souvent ils faisaient des discours super radicaux afin d’éliminer la révolution en réalité… »
« Anti-chinois, anticommuniste et antirévolutionnaire »
Ayant dénoncé la nature « contre-révolutionnaire du trotskysme », les maoïstes se sentent prêts à ouvrir le feu contre le mouvement trotskyste de Hong Kong. Leur première salve est un article intitulé « Les trotskystes sont une poignée d’éléments anti-chinois, anticommunistes et antirévolutionnaires ». Il commence ainsi :
« Les trotskystes de Hong Kong se déguisent en marxistes et en révolutionnaires. Ils s’appellent la ‘nouvelle gauche’ alors qu’ils sont en fait une poignée d’éléments anti-chinois, anticommunistes et antirévolutionnaires. Ils sont en fait ultra-droitiers. Il suffit de voir comment ils calomnient notre grand dirigeant le président Mao et comment ils calomnient et attaquent notre grande patrie socialiste pour découvrir leur horrible visage contre-révolutionnaire. »
On peut résumer ainsi les principales accusations :
(1) Les trotskystes de Hong Kong sont accusés d’attaquer perfidement la dictature du prolétariat en Chine. Cette attaque est basée sur un article publié par l’October Review, un mensuel trotskyste. Les maoïstes citent un extrait d’un article de cette revue critiquant la politique de la direction de Pékin : « La dictature du prolétariat est en fait une dictature imposée au prolétariat, ce ‘socialisme’ est en fait une insulte au socialisme. » Ce qui est intéressant à voir, c’est que les maoïstes sont incapables de défendre la bureaucratie chinoise avec des arguments politiques concrets. Ils ne peuvent que faire recours à des citations de Mao.
(2) Les trotskystes de Hong Kong sont également accusés d’« attaquer la Grande révolution culturelle prolétarienne et la campagne anti-Lin anti-Confucius en Chine ». Les trotskystes « dirigent leur fer de lance contre la direction du Parti, espérant vainement que nous allons accorder la ‘démocratie’ et la ‘liberté’ à ces contre-révolutionnaires afin de leur faciliter la tâche de renversement de la dictature du prolétariat, en s’appuyant sur un mouvement visant à la restauration du capitalisme. » Une fois de plus ceci est « illustré » par une citation du président Mao : « Notre grand dirigeant le président Mao nous enseigne : ‘Le Parti communiste chinois est le noyau de direction de tout le peuple chinois. Sans un tel noyau le socialisme ne pourra jamais triompher.’ Il dit également : ‘Sans la direction du PCC, aucune révolution ne pourra triompher.’ Dans tout mouvement révolutionnaire nous devons renforcer la direction et lutter pour la victoire. La Grande révolution culturelle prolétarienne et le mouvement anti-Lin anti-Confucius ont pour but de renforcer et de consolider la dictature du prolétariat. »
(3) Il n’est pas surprenant de voir que les attaques de l’October Review contre la politique extérieure de Mao entraînent une autre accusation de la part des maoïstes. Ils ne disent pas un mot sur la contre-révolution de 1965 en Indonésie, sur le JVP à Ceylan ou sur le Bangladesh. Au contraire ils se vantent que « de par le monde, les peuples savent que la Chine soutient fermement les luttes révolutionnaires des peuples et des nations opprimés, que la Chine s’oppose fermement à l’impérialisme, au néocolonialisme et à l’hégémonisme ». Selon eux, le « véritable » but des trotskystes de Hong Kong est de « transformer la Chine en colonie du social-impérialisme soviétique ».
Les critiques faites par les trotskystes à l’attitude passive de la Chine face à la révolution à Taïwan et la politique économique de Pékin à Hong Kong ne reçoivent comme réponse de la part des maoïstes que des falsifications et des calomnies, mais pas d’arguments politiques.
Le maoïsme en crise
Cette nouvelle attaque contre le trotskysme à Hong Kong est un signe de faiblesse plutôt que de force. L’absence d’un parti communiste maoïste dans la colonie britannique n’est pas un accident. Elle reflète, plus que tout autre chose, le fait que les maoïstes de Hong Kong — et le gouvernement de Pékin — ne veulent pas lancer une lutte révolutionnaire résolue contre la domination coloniale britannique et contre la bourgeoisie de Hong Kong.
L’orientation politique des maoïstes dans les luttes ouvrières et la radicalisation jeune est profondément marquée par la collaboration de classe. Leur zigzag ultra-gauche temporaire de 1967, qui entraîna des grèves et des luttes ouvrières massives, ne fut qu’un écart épisodique occasionné par la Grande révolution culturelle prolétarienne, qui avait semé la confusion dans leurs rangs. De façon assez significative, cet épisode se termina par un compromis entre les colons britanniques et le gouvernement de Pékin.
Au cours des années 50 et des années 60, qui furent marquées par une relative stabilité économique, les maoïstes purent facilement cacher leur politique opportuniste dans le mouvement de masse. Ils se concentrèrent dans l’organisation des syndicats. Ils négligèrent la jeunesse. Ceci donna aux intellectuels libéraux une chance d’influencer les jeunes et les étudiants, ce qui, à son tour, retarda la radicalisation de la jeunesse (qui commença en 1969). Mais face à la montée des explosions ouvrières spontanées déclenchées au cours des deux dernières années par la détérioration de l’économie et la baisse du niveau de vie, la nature opportuniste de la politique des maoïstes est apparue clairement. Les maoïstes essaient de faire front au changement de la situation objective en manœuvrant pour contenir les explosions. Ils ont délibérément ignoré les luttes qui ont éclaté dans des secteurs non contrôlés par eux. L’effet objectif de cette passivité des maoïstes a été d’isoler ces luttes spontanées, ce qui a souvent amené à leur défaite. D’un autre côté, les maoïstes ne peuvent pas appliquer la même tactique aux luttes organisées par les ouvriers — parmi lesquels on trouve de nombreux membres des syndicats sous contrôle maoïste. Dans ce cas, les maoïstes poussent simplement les ouvriers à négocier avec les patrons le plus rapidement possible et à arrêter les luttes mêmes quand leurs revendications ne sont qu’à moitié satisfaites. De cette façon les maoïstes essaient de limiter les luttes ouvrières à des revendications purement économiques. Le gouvernement colonial apprécie plus que jamais l’attitude coopératrice des maoïstes.
Dans le cas de la radicalisation de la jeunesse, qui s’est développée en dehors du cadre maoïste, ils appliquent une ligne réactionnaire moins sophistiquée. Conscients de leur incapacité à gagner toutes les organisations d’avant-garde au sein du mouvement jeune, les maoïstes forment une alliance étroite avec les bureaucrates étudiants. Sous prétexte d’« étudier la Chine socialiste » et d’« étudier notre société », les maoïstes s’opposent à tout mouvement jeune radical. Leur logique est clairement la suivante : étudier la société coloniale signifie éviter de lutter contre elle.
Il n’est donc pas surprenant de voir que les maoïstes sont confrontés à une grave crise politique. Ils peuvent parfois réussir à contenir une grève, mais, à longue échéance, ils ne peuvent pas réussir à contenir le mécontentement du nombre croissant de chômeurs. En juillet dernier déjà, un groupe de militants étudiants a rompu avec la ligne maoïste officielle. Ils ont organisé le Progressive Youth Club (Club de la jeunesse progressiste) et leur premier tract contenait une critique de l’orientation maoïste dans le mouvement étudiant.
C’est dans cette situation que le mouvement marxiste révolutionnaire, dirigé par le groupe autour du Daily Combating Bulletin, représente une menace importante pour les maoïstes de Hong Kong. Cela explique pourquoi ils ont déclenché une telle campagne hystérique contre le trotskysme. Depuis le meeting anti-inflation du 5 mai organisé par les trotskystes (voir INPRECOR n° 1) et auquel 5 000 personnes participèrent, le mouvement trotskyste apparaît de plus en plus comme une alternative révolutionnaire. La Commission ouvrière organisée et dirigée par le groupe du Daily attire de nombreux militants ouvriers par son orientation dans les grèves et par l’intermédiaire de son journal The Workers Movement (Le Mouvement ouvrier). Les 16 et 22 juillet derniers, le groupe du Daily a organisé avec succès des manifestations de solidarité avec les luttes de masse en Corée. Ceci a accentué l’opposition entre les partisans des maoïstes et les antimaoïstes sur les campus.
La lutte entre le maoïsme et le trotskysme à Hong Kong ne fait que commencer. Ce n’est pas montrer trop d’optimisme que de prédire que les maoïstes, dont la seule arme est la calomnie, perdront finalement la bataille. Il n’est pas non plus ultra-optimiste de prédire que, grâce à son programme et sa pratique révolutionnaires, le mouvement marxiste révolutionnaire va se développer rapidement.