1. Quelle est la position de l’Alliance rouge et verte concernant les menaces du président Trump de « s’emparer » du Groenland ?
L’intervention de Trump au Venezuela met en évidence un mépris total du droit international et de la souveraineté des États. Après l’attaque illégale contre le Venezuela, le 3 janvier, il est devenu évident que le Groenland pourrait être le prochain pays dont le président américain souhaite s’emparer et contrôler. Les menaces contre le Groenland doivent être rejetées avec une grande clarté et détermination, en défendant une position ferme et cohérente en faveur du droit international et de la Charte des Nations unies. Tout comme la Russie, les États-Unis n’ont pas le droit d’annexer ou de « diriger » d’autres pays.

2. Le Groenland doit-il rester danois ?
Le Groenland n’est PAS danois. Le Groenland est groenlandais. En tant que parti de gauche au Danemark, notre préoccupation n’est en aucun cas le maintien de la « domination danoise » sur le Groenland. Notre politique est la décolonisation, et nous soutenons et promouvons le droit fondamental du peuple groenlandais à déterminer son propre avenir et à quitter le Royaume du Danemark s’il le souhaite. Le peuple groenlandais a un droit évident à l’autodétermination, et il est crucial en ces temps de crise que le Danemark applique le principe « Rien qui nous concerne sans nous » à l’égard du Groenland.

3. Quelle est la responsabilité du Danemark envers le Groenland et les Groenlandais ?
En tant qu’ancienne puissance coloniale, le Danemark porte un lourd fardeau de culpabilité historique et a la responsabilité d’aider les Groenlandais à bâtir une économie durable, à développer leur propre pays et à définir leur propre vision de l’État. Et, dans la tourmente actuelle, de soutenir le Groenland contre les agresseurs extérieurs.

4. Trump peut-il prendre le contrôle et « diriger » le Groenland comme il semble le faire avec le Venezuela ?
Le Groenland est un pays démocratique doté d’un leadership politique pleinement légitime sous la forme du gouvernement groenlandais, Naalakkersuisut, et du parlement, Inatsisartut. Ces institutions démocratiques bien établies et le système de protection sociale groenlandais bien organisé sont très éloignés de la situation au Venezuela, sous l’ancien président Maduro. Mais cela ne suffira pas à empêcher Trump d’attaquer et de prendre le contrôle du Groenland en combinant menaces militaires, politiques et économiques et coercition brutale contre le Groenland et le Danemark. L’ambition et l’appétit impérialiste des États-Unis à l’égard du Venezuela n’ont rien à voir avec la démocratie et la liberté des Vénézuélien·nes.

5. Serait-il judicieux de négocier un « accord » avec Trump qui accorde aux États-Unis plus de droits au Groenland en échange de la fin de ses menaces répétées ?
Malheureusement, les États-Unis ont déjà le droit d’établir un nombre illimité d’installations militaires au Groenland. Ce droit est fondé sur un traité de 1951 entre les États-Unis et le Danemark, à l’époque où le Groenland était une colonie danoise. Ce traité a été signé de manière injuste, sans consulter les peuples du Groenland. Ce traité est irrévocable tant que le traité de l’OTAN de 1949 est en vigueur. En matière de sécurité et d’affaires militaires, rien ne justifie que les États-Unis « possèdent » le Groenland.

6. Les motivations de Trump sont-elles donc les ressources minérales ?
Peut-être. Au Venezuela, il semble se concentrer sur le vol du pétrole vénézuélien. Mais les ressources naturelles du Groenland seront difficiles et très coûteuses à exploiter, même si l’on fait abstraction des considérations climatiques et environnementales, comme le fait habituellement Trump. Il se peut donc que les conseillers qui ont dit à Trump que les États-Unis pouvaient s’enrichir en volant les minéraux du Groenland n’aient pas réfléchi sérieusement.

7. Alors, pourquoi Trump veut-il le Groenland ?
Il n’y a pas de réponse évidente, mais peut-être veut-il simplement être le président qui a agrandi les États-Unis de plus de deux millions de kilomètres carrés. Cependant, le contrôle stratégique du territoire groenlandais et des ressources minérales fait incontestablement partie du discours de Trump sur la sécurité.

8. Trump peut-il faire une offre qui soit attrayante pour la majorité des Groenlandais ?
C’est aux Groenlandais d’en juger. D’un point de vue de gauche, cependant, le Groenland dispose d’un système social avec une éducation gratuite de haute qualité et des services médicaux et sociaux. C’est quelque chose que les États-Unis ne peuvent pas offrir à leurs propres citoyen·nes. De plus, nous ne croyons pas et ne voyons aucune preuve historique que le fait de faire partie du territoire d’une superpuissance puisse augmenter l’indépendance, la liberté ou la prospérité, bien au contraire.

9. Trump veut-il faire du Groenland le 51e État américain ?
Il est évident que les 57 000 Groenlandais n’auraient jamais le droit d’élire deux sénateurs et un représentant au Congrès s’ils étaient annexés par les États-Unis. Il est probable que le Groenland se verrait offrir un statut similaire à celui des îles Vierges américaines, qui ont été honteusement vendues par le Danemark aux États-Unis en 1917. Ces îles ne sont pas reconnues comme un État et ont le statut humiliant de « territoire américain non incorporé ».

10. Un accord d’association libre avec les États-Unis donnerait-il plus d’indépendance au Groenland ?
Certains politiciens du parti d’opposition groenlandais Naleraq [nationaliste conservateur, NLT] le pensent. Mais si l’on regarde la Micronésie, les Îles Marshall et les Palaos, qui sont officiellement indépendantes et ont conclu de tels accords avec les États-Unis, elles ont très peu d’indépendance de facto et sont totalement dominées et contrôlées par les États-Unis. Dans le cadre des relations formelles actuelles avec le Danemark, les Groenlandais se sont battus pour obtenir leur mot à dire dans les affaires internationales, et ils l’ont finalement obtenu. La formule est « Rien sur le Groenland sans le Groenland ». Le gouvernement danois a finalement compris que c’était la seule façon de collaborer avec le Groenland.

11. Le droit international est-il une protection efficace contre les projets de prise de contrôle de Trump ?
Le droit international aurait dû protéger la souveraineté vénézuélienne (mais il ne l’a pas fait). Le droit international devrait protéger tous les pays, notamment les petits pays comme le Groenland et le Danemark. Dans une récente interview accordée au New York Times, Donald Trump a déclaré : « Je n’ai pas besoin du droit international ». Lorsqu’on lui a demandé s’il y avait des limites à ses pouvoirs mondiaux, Trump a répondu : « Oui, il y a une chose. Ma propre moralité. Mon propre esprit. C’est la seule chose qui puisse m’arrêter ». La réponse courte à la question est donc non.

12. Comment les Européens et les autres personnes qui croient en un ordre fondé sur des règles devraient-ils réagir ?
La situation a dépassé le stade où il est raisonnable de marcher sur des œufs ou même d’essayer de flatter Trump en l’appelant « papa », comme l’a fait le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, lors de l’un des épisodes les plus embarrassants de 2025. Ce n’est pas ainsi qu’il faut traiter un tyran. Nous devons lutter contre les puissances autoritaires et impérialistes. Il n’y a pas de moyen facile ou simple d’y parvenir, mais il est illusoire de croire que lécher les bottes de Trump soit la solution qui nous sauvera, nous ou les Groenlandais.

13. Quel est le rôle de la gauche ?
Toutes les forces de gauche en Europe et dans le reste du monde doivent s’unir dans un combat commun pour le droit des pays et des peuples à l’autodétermination et contre les ambitions impérialistes et néocolonialistes des États-Unis et d’autres puissances fortes. Heureusement, de nombreux Européen·nes manifestent déjà leur solidarité et leur soutien au Groenland et au peuple groenlandais. Il est nécessaire d’exercer une pression massive sur les dirigeants européens pour qu’ils renoncent à l’apaisement et à la soumission envers Trump, et qu’ils restent fermes sur le droit international et l’autodétermination des nations – au Groenland, au Venezuela, en Ukraine et partout ailleurs.

* Cette prise de position de l’Alliance rouge et verte danoise date du 9 janvier 2026. Elle a été communiquée à Marx21 par Søren Søndergaard, membre du parlement danois et porte-parole de l’Alliance rouge et verte pour les affaires européennes. Illustrations et traduction de l’anglais par Marx21.