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Danemark : 37 000 ouvriers en procès !

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Le capitalisme danois a été frappé très durement par la stagnation économique et la récession générale qui se développent dans tout le monde capitaliste. Le taux d’inflation au Danemark est de 16 %, un des plus élevés en Europe. En même temps, les chiffres officiels du chômage atteignent plus de 9 % de la population active, ce qui signifie que plus de 75 000 travailleurs sont inoccupés. On s’attend à ce que le chômage atteigne 100 000 travailleurs cet hiver et le printemps prochain. La stagnation économique mondiale est la première responsable de la récession au Danemark, mais la politique du gouvernement, qui s’est concentré sur la tentative de réduction du déficit de la balance des paiements (plus de 5 millions de couronnes danoises pour la première moitié de 1974), a largement contribué à aggraver la crise. Le gouvernement a mené une politique déflationniste et a tenté d’utiliser la croissance du chômage pour briser la résistance des travailleurs. Mais les travailleurs ont riposté rapidement et ont ainsi complètement modifié la situation politique du pays.

Au printemps dernier le gouvernement adopta une réforme fiscale qui réduisait les taux d’impôts, mais réduisait également les dépenses pour l’assistance sociale, ce qui entraîna une baisse du niveau de vie des travailleurs les moins bien payés. Les travailleurs répondirent à la décision gouvernementale par une vague de grèves spontanées (voir Inprecor n° 4). Environ 300 000 ouvriers cessèrent de travailler. Il y eut plusieurs manifestations de 50 000 personnes devant le Parlement ; les manifestants exigeaient la démission du gouvernement.

Le Danemark, qui était autrefois le pays le plus calme de Scandinavie, a rejoint le groupe de pays européens où des confrontations de classe décisives se développent.

La bourgeoisie considéra la vague de grève de mai dernier comme un test important et décida d’y répondre en faisant un procès à 37 000 ouvriers accusés d’avoir organisé des grèves illégales. Les travailleurs doivent être jugés par le Tribunal du travail, organe composé de 3 membres représentant les employeurs, 3 membres représentant les syndicats et un membre « neutre » faisant office de président.

Les dirigeants syndicalistes sociaux-démocrates refusèrent de se retirer du Tribunal du travail pour protester contre cette provocation et refusèrent de mobiliser les travailleurs contre les procès. En fait, ils participèrent au premier procès qui se déroula le 17 octobre. Le résultat de ce procès fut que 400 ouvriers des chantiers navals de Svendborg furent déclarés coupables et condamnés à des amendes de 70 000 couronnes danoises (environ 55 000 FF, 450 000 FB, 37 000 FS). Les travailleurs du pays entier suivirent le procès très attentivement. Des grèves de solidarité éclatèrent quand la décision du tribunal fut annoncée. Le soir même de leur « condamnation » les travailleurs de Svendborg eux-mêmes déclenchèrent une grève. Au cours d’une assemblée à laquelle tous les travailleurs des chantiers navals participèrent, ils votèrent une résolution qui déclarait, entre autres : « Nous appelons toutes les usines du pays à appuyer notre lutte contre le système capitaliste. » Ce même soir 400 ouvriers d’un autre chantier naval entraient en grève.

Le lendemain (18 octobre) plus de 25 000 ouvriers quittèrent leur travail. Les travailleurs de l’entreprise automobile B&W firent une manifestation dans le centre de Copenhague, bloquant la circulation dans une des principales avenues de la ville. Cette mobilisation fut stimulée par l’action d’une opposition à la social-démocratie qui s’est développée au sein des syndicats. L’opposition appela les ouvriers à se mobiliser contre le Tribunal du travail et à refuser de payer les amendes. Ceci contrastait fortement avec l’attitude adoptée par Thomas Nielsen, président du LO (Landsorganisation — Conseil syndical national) qui déclara : « Il est faux d’attaquer la décision du tribunal car cette décision est correcte du point de vue judiciaire. »

Le lundi 21 octobre de nombreux travailleurs participèrent aux grèves de solidarité, particulièrement des travailleurs des ports et des chantiers navals. Au moment où nous écrivons le résultat de cette vague de grève n’est pas encore clair, mais il est très probable que les employeurs vont maintenant tenter de négocier un arrangement avec les dirigeants syndicaux afin de ne pas faire le reste des procès usine par usine. Ils vont, au lieu de cela, essayer d’utiliser le premier procès comme un précédent et de juger le reste des 37 000 travailleurs en bloc.

La politique ultra-droitière des dirigeants sociaux-démocrates et syndicaux a stimulé l’apparition d’une forte opposition organisée au sein des syndicats. Cette opposition a été principalement dirigée par le Parti communiste qui a, en conséquence, renforcé sa position au sein de la classe ouvrière. La force accrue du PC s’est reflétée dans les dernières élections municipales à Copenhague, dans lesquelles le PC a recueilli 18 % des votes.

Alors que le PC maintient sa perspective purement parlementariste, il a développé une ligne plus militante sur les questions syndicales et de nombreux travailleurs voient en lui une direction alternative à la direction syndicale actuelle. On a pu clairement voir la force du PC lors de la réunion des 5-6 octobre, organisée par le Formandsinitiativet (Initiative des présidents) et qui réunit 900 dirigeants syndicaux locaux.

La réunion des 5-6 octobre décida d’appeler à une journée d’action le 26 novembre. On s’attend à ce que près de 2 à 3 millions de travailleurs répondent à leur appel, fassent grève et manifestent ce jour-là. Le principal mot d’ordre de cette journée d’action est « À bas le gouvernement Hartling ! »

Bien que la vague de grève de mai dernier n’ait pas apporté, du point de vue des gains immédiats, des résultats concrets, les travailleurs n’ont pas été démoralisés comme le montre l’ampleur des grèves de solidarité actuelles. Si, néanmoins, le patronat maintient sa politique actuelle et si les dirigeants syndicaux continuent dans leur défense ouverte de la politique des revenus et d’une coalition avec les partis bourgeois, il est probable que d’importants changements se produiront au sein du mouvement ouvrier danois. Il est possible qu’on assiste au développement d’un Parti communiste renforcé ou à une scission de l’aile gauche du Parti socialiste sous la pression de la radicalisation ouvrière. Il est clair que le 26 novembre représente un objectif important pour la lutte des travailleurs danois.

Novembre 1974

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