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Brésil : la justice condamne les commanditaires du meurtre de Marielle Franco

par Revista Movimento

La Cour suprême fédérale condamne les frères Brazão pour avoir ordonné l’exécution de la conseillère municipale du PSOL1 et d’Anderson Gomes ; ce jugement historique met en lumière les liens entre la politique institutionnelle, les milices et les intérêts économiques à Rio de Janeiro.

La Cour suprême fédérale (STF) a rendu ce mercredi 25 février une décision historique dans l’une des affaires politiques les plus emblématiques de l’histoire récente du pays. La première chambre de la Cour suprême fédérale a condamné à l’unanimité les frères Domingos et Chiquinho Brazão comme commanditaires du meurtre de la conseillère municipale du PSOL à Rio de Janeiro Marielle Franco et de son chauffeur Anderson Gomes, survenu le 14 mars 2018 dans le centre de la ville. Les peines infligées à chacun s’élèvent à 76 ans et trois mois de prison.

Marielle a été abattue dans le quartier d’Estácio alors qu’elle sortait d’une réunion politique. Outre elle et Anderson, la conseillère Fernanda Chaves a également été la cible de l’attentat et a survécu. Depuis le début, ce crime a été vu comme une exécution politique, caractérisée par la misogynie, le racisme et la tentative de faire taire une parlementaire noire, issue d’une favela et défenseuse des droits humains, qui s’opposait à de puissants intérêts à Rio.

Milices, accaparement de terres et conflit politique

Selon le procureur général de la République, Domingos Brazão, ancien conseiller à la Cour des comptes de l’État de Rio de Janeiro, aurait ordonné l’assassinat de Marielle en raison d’intérêts financiers qu’aurait gênés la remise en ordre des titres fonciers dans des zones contrôlées par des milices, en particulier dans la zone ouest de la capitale de l’État de Rio de Janeiro. Son frère, Francisco Brazão, dit Chiquinho, alors conseiller municipal et plus tard député fédéral destitué, aurait participé à la décision d’éliminer la parlementaire.

L’accusation a soutenu que Marielle était en conflit politique direct avec les frères au sujet de programmes d’aménagement du territoire, de régularisation urbaine et de lutte contre l’accaparement des terres, ce qui allait à l’encontre des intérêts des milices qui tiraient profit de ce système. Pour le ministère public fédéral, les Brazão faisaient partie d’une organisation criminelle armée, qui opérait de manière organisée dans les institutions politiques et disposait d’une forte influence sur le territoire.

Dans la délibération qui a conduit à la condamnation, le rapporteur de l’affaire, le ministre Alexandre de Moraes, a insisté sur le caractère politique et symbolique du crime.

« L’aspect politique s’est ajouté à la misogynie, au racisme et à la discrimination. Marielle Franco était une femme noire, pauvre, qui, dirons-nous, dans le quartier populaire, s’opposait aux intérêts des miliciens. Quel message plus fort pouvait-on faire passer ? Et dans l’esprit sexiste et plein de préjugés des commanditaires et des exécutants, qui allait y accorder de l’importance ? »

Selon Moraes, les commanditaires ont en fait sous-estimé l’impact d’un tel crime.

« Dans sa déposition, dont je citerai ici quelques extraits, le repenti Ronnie Lessa évoque l’inquiétude des commanditaires quant aux répercussions, qu’ils n’avaient pas anticipées », a-t-il déclaré.

Condamnations et peines

Outre les frères Brazão, la Cour suprême a condamné d’autres personnes impliquées. L’ancien policier militaire Ronald Paulo Alves Pereira a été condamné à 56 ans de prison pour les meurtres de Marielle et Anderson et pour la tentative de meurtre de Fernanda Chaves. Robson Calixto Fonseca, ancien conseiller de Domingos Brazão, a quant à lui été condamné à neuf ans de prison pour organisation criminelle.

L’ancien chef de la police civile de Rio, Rivaldo Barbosa, a été acquitté de l’accusation de participation directe au meurtre, mais condamné à 18 ans de prison pour obstruction à la justice, corruption passive aggravée et organisation criminelle. Les ministres ont estimé qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves pour le relier à la préparation du meurtre, mais ont reconnu son rôle dans l’entrave aux enquêtes.

Malgré les peines élevées, la législation brésilienne limite la durée maximale d’emprisonnement à 30 ans. Tous les accusés restent en prison — à l’exception de Chiquinho Brazão, qui purge une peine d’assignation à résidence — et ont été immédiatement déchus de leurs fonctions publiques et déclarés inéligibles.

Les proches de Marielle et Anderson ont suivi les trois jours de procès devant la Cour suprême. La ministre Carmén Lúcia déclare que ce crime « a blessé tout le Brésil ».
Les proches de Marielle et Anderson ont suivi les trois jours de procès devant la Cour suprême. La ministre Carmén Lúcia déclare que ce crime « a blessé tout le Brésil ».

Indemnités et impact humain

Le jugement a également fixé des indemnités s’élevant à 7 millions de reais. La famille de Marielle recevra 3 millions de reais, répartis entre sa mère, son père, sa fille Luyara Franco et sa veuve, Mônica Benício. La famille d’Anderson Gomes recevra 3 millions de reais supplémentaires, et Fernanda Chaves, survivante de l’attentat, 1 million de reais.

Le procès a été marqué par une forte charge émotionnelle. La fille de Marielle s’est sentie mal pendant la lecture du vote de Moraes et a dû être évacuée de la salle. La mère de la conseillère municipale, Marinete da Silva, s’est également sentie mal. Toutes deux sont revenues pour assister à la fin de la session, à laquelle assistait également la ministre de l’Égalité raciale, Anielle Franco, sœur de Marielle.

Une blessure pour le Brésil

En suivant le vote du rapporteur, la ministre Cármen Lúcia a souligné l’impact profond de ce crime sur la société brésilienne :

« Ce procès m’a fait beaucoup de mal spirituellement, beaucoup de mal psychologiquement, beaucoup de mal même physiquement ces dernières semaines [∞] Cette rafale de mitraillette qui a retenti dans la nuit n’a pas seulement brisé les corps de ces personnes, elle a blessé tout le Brésil ».

Publié le 25 février 2026 par la revue Movimento, traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de Deeplpro