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Portugal : pour la défense des droits démocratiques

1. La suspension récente et arbitraire, sine die, du journal Luta Popular (journal du MRPP) par la Junte de salut national, et l’interdiction de la manifestation du MRPP en faveur de ce journal, la répression « fulminante » du COPCON (organe de direction militaire continentale) contre cette manifestation, accompagnée d’une véritable « chasse aux gauchistes » et de l’arrestation de quelques manifestants ; tous ces faits auront des répercussions importantes sur la scène politique nationale. Aucune organisation politique du mouvement ouvrier ne pourra éviter de prendre publiquement une position claire.

Tout cela est grave, car nous assistons en ce moment au Portugal à une prolifération des actes provocateurs de la droite qui essaie de s’appuyer sur des couches des classes moyennes, en faisant vibrer la corde de l’anticommunisme et en essayant de mettre sur pied un véritable parti de la peur. Aux cris contre la « menace communiste », les « coups d’État », les « assauts contre le pouvoir », l’« anarchie », la « désobéissance généralisée », aux campagnes dans la presse internationale liée à la haute finance qui fait courir impunément les bruits les plus alarmistes, succèdent les provocations directes (inscriptions provocatrices dans les églises) et les violences physiques (agression contre la municipalité de Loures).

La recrudescence de l’activité de l’extrême droite apparaît simultanément à l’instauration d’un gouvernement fort auquel participent des militaires responsables du Mouvement des forces armées.

L’entrée de ces militaires au gouvernement fut saluée par les partis gouvernementaux, en particulier par le Parti communiste et le Parti socialiste, comme une nouvelle victoire des forces progressistes. Étrange victoire : à peine une semaine après, la Junte de salut national suspendait trois quotidiens, mesure qui souleva de vigoureuses protestations et déclencha une solidarité active de la part des journalistes, qui se refusaient à ne laisser publier que deux journaux quotidiens. Le projet de loi sur la grève est l’objet de critiques même de la part de l’Intersyndicale, qui avait appelé à une manifestation d’appui au gouvernement provisoire quelques jours plus tôt. Et le 7 août, le « spectacle » de Lisbonne : de nombreuses forces policières et militaires déployées sur le Rossio (place centrale de Lisbonne), un apparat qui ne peut avoir qu’une explication : créer un climat de désordre et d’« agression idéologique », semer l’idée d’un danger « gauchiste » qui justifie toutes les mesures de répression. Cette méthode est commune à toutes les polices : créer un climat qui justifie leur intervention. Du reste, ce n’est pas un hasard si la répression s’abat sur le MRPP : il y a déjà longtemps que la bourgeoisie menait une campagne d’isolement, répandant le bruit selon lequel le MRPP était responsable de tout ce qui arrivait. Cette tâche fut facilitée par le sectarisme aveugle du MRPP lui-même.

Les divergences entre le MRPP et la LCI sont profondes. Mais cela ne nous empêche pas de le défendre aujourd’hui contre la répression capitaliste, car nous sommes conscients qu’il ne s’agit pas seulement d’une attaque contre le MRPP, mais de créer précisément un climat favorable à la répression contre tout le mouvement ouvrier en général et contre la gauche révolutionnaire en particulier. Car, en réalité, les responsables des véritables désordres, ceux qui ont recours à toutes les formes de violence — y compris l’agression physique — pour aider à remettre en place un régime de terreur sur la classe ouvrière et les masses travailleuses, continuent à agir en liberté.

2. Le gouvernement, la Junte de salut national et l’État-major général des forces armées sauront bien choisir leur moment pour agir. La déclaration de Spínola sur la reconnaissance du droit à l’indépendance des colonies a créé, au sein de la petite et moyenne bourgeoisie — et dans certains secteurs de la classe ouvrière —, des illusions quant au caractère du gouvernement actuel ; illusions qui accroissent son prestige et ses marges de manœuvre. À cela s’ajoute le long processus de démobilisation du mouvement ouvrier et l’isolement de ses luttes les plus combatives, parallèlement à la recrudescence des activités des groupes de droite.

Les partis dits communiste et socialiste ont donné une couverture à ces actions du gouvernement, divisant la classe ouvrière, impulsant même des mobilisations qui légitiment aux yeux des masses ces mesures répressives du gouvernement et de la Junte.

Le PC et le PS donnent ainsi un chèque en blanc au Mouvement des forces armées, rehaussant son prestige et le glorifiant à tout moment sans lui faire la moindre critique. Dans les moments d’isolement et de pression sur les luttes ouvrières, et d’isolement et de répression contre l’extrême gauche, le PS se lave les mains avec un communiqué (destiné à bloquer les critiques éventuelles de ses militants les plus radicalisés), et le PCP se place à l’avant-garde de la répression, montant la population contre les luttes des travailleurs et contre les révolutionnaires.

3. Il est alors facile de comprendre à quoi servent effectivement le gouvernement, la Junte de salut national et le Mouvement des forces armées. Il est alors facile de comprendre la fermeté avec laquelle il maintient l’ordre à tout prix, c’est-à-dire les conditions permettant le maintien de l’exploitation capitaliste, au même moment où il commence à libérer les plus fidèles serviteurs de cet ordre — les agents de la PIDE et les légionnaires.

L’automne et l’hiver vont être durs. Pour la bourgeoisie, il est nécessaire de briser tous les foyers de résistance ouvrière et d’agitation révolutionnaire. C’est à cette condition seulement qu’il lui sera possible de domestiquer la classe ouvrière en lui faisant avaler, dans l’« ordre » et dans la « paix », les licenciements et l’augmentation des cadences et les prochaines augmentations des prix — seule alternative pour la bourgeoisie pour répondre à la concurrence internationale avec une économie très vulnérable.

4. La classe ouvrière saura et devra répondre à l’offensive capitaliste. D’autant plus que la première vague de grèves a donné à certains secteurs une expérience de lutte et d’organisation.

Les révolutionnaires doivent engager tous leurs efforts pour impulser et structurer la riposte organisée et autonome de la classe, créant partout des organes unitaires qui regroupent le plus grand nombre possible de militants autour des revendications les plus ressenties par le prolétariat et les masses travailleuses.

Ainsi, face à l’aggravation de la répression capitaliste, véritable fondement de la démocratie bourgeoise, il est vital pour la classe ouvrière de défendre de façon intransigeante son droit de réunion, d’organisation syndicale et politique, son droit de manifestation et les droits de la presse ouvrière, sans aucune limitation.

La LCI lance un appel à tous les ouvriers et les travailleurs, à toutes les organisations révolutionnaires, pour organiser le front de lutte le plus large possible pour la défense des droits démocratiques des travailleurs, contre la répression capitaliste et contre les attaques des bandes réactionnaires. Dès maintenant et dans toutes les luttes, nous appelons à organiser l’autodéfense ouvrière ; on ne mendie pas les droits démocratiques, on les applique dans la pratique : il faut d’autant plus les défendre !

5. Nous lançons un avertissement solennel aux directions du PCP et du PS, compromises dans la collaboration de classe la plus éhontée, contre les intérêts des ouvriers et des travailleurs. Qu’ils ne pensent pas pouvoir maintenir leur position commode et aider à l’isolement des secteurs combatifs de la classe ouvrière et des organisations révolutionnaires. Quand ils ne rempliront plus la mission qui leur a été attribuée, la bourgeoisie les renverra du gouvernement, après les avoir obligés à céder dans tous les domaines, jour après jour, décret après décret.

POUR LES DROITS

  • DE RÉUNION,
  • D’ORGANISATION SYNDICALE ET POLITIQUE,

DE GRÈVE,

  • DE GRÈVE,
  • DE MANIFESTATION,
  • DE LA PRESSE OUVRIÈRE,

SANS AUCUNE RESTRICTION !

  • ORGANISONS L’AUTODÉFENSE OUVRIÈRE DES LUTTES !
  • LIBERTÉ IMMÉDIATE POUR TOUS LES RÉVOLUTIONNAIRES EMPRISONNÉS !
  • LEVÉE DE L’INTERDICTION DE « LUTA POPULAR » !

9 août 1974
Comité exécutif de la Liga Comunista Internacionalista (section portugaise de la IVe Internationale)

Lettre hebdomadaire