Les récentes déclarations du gouvernement américain présentant Cuba comme une menace ne sont pas nouvelles. Depuis des décennies, Cuba figure sur une hypocrite « liste des pays soutenant le terrorisme » établie par les gouvernements américains successifs, qui qualifiaient La Havane de menace pour les États-Unis. Cependant, il est nécessaire de replacer la nouvelle mesure de Washington dans le contexte d’impunité ouvert après l’enlèvement de Nicolás Maduro.
Bien que la présidente mexicaine Claudia Sheimbaum ait annoncé que l’aide humanitaire à Cuba se poursuivrait, elle a également annoncé que la société pétrolière Pemex cesserait d’envoyer du pétrole à La Havane. En d’autres termes, l’« aide humanitaire » serait dépourvue de pétrole, alors que c’est le principal problème auquel l’île est actuellement confrontée : après l’enlèvement de Maduro et la capitulation de Delcy Rodríguez devant les demandes de Trump, Cuba a cessé de recevoir du pétrole vénézuélien. Il convient de souligner que près de 50 % du pétrole utilisé par Cuba provenait du Venezuela. Ce n’est pas un hasard si Trump menace de sanction par les États-Unis quiconque enverra du pétrole à Cuba.
Samedi 31 janvier, le gouvernement argentin a appelé ses citoyens à suspendre ou à reporter tout voyage à Cuba, soi-disant en raison de la situation critique qui règne sur l’île, ajoutant que la situation pourrait s’aggraver. Comme on le sait, l’Argentine est l’un des principaux pays émetteurs de tourisme vers Cuba. Par conséquent, cet appel du gouvernement Milei vise à porter un coup au tourisme à Cuba et donc à l’économie. Milei est la marionnette de Trump en Amérique latine : un automate qui fonctionne grâce à des fils yankees.
Les faux alliés
Ceux qui croient naïvement que la Russie soutiendra inconditionnellement Cuba n’ont qu’à regarder la Syrie et le Venezuela. Si Bachar el-Assad est tombé, c’est parce que la Russie lui a retiré son soutien militaire, lui donnant la possibilité de se réfugier à Moscou. En fait, la semaine dernière, Poutine a reçu l’actuel président syrien, laissant clairement entendre qu’el-Assad est un vestige du passé. Il est également de notoriété publique que la Russie a offert l’asile à Maduro dans le cadre des négociations préalables. En d’autres termes, la Russie lâche ses alliés historiques parce qu’elle ne parvient pas à vaincre l’Ukraine et que les États-Unis se présentent comme le pont permettant de faire tomber Kiev ou, au moins, de lui faire céder les territoires déjà conquis. Poutine a beaucoup de mal à maintenir la guerre avec l’Ukraine et n’hésiterait pas à abandonner Cuba si Trump le lui demandait en échange de l’Ukraine. En effet, l’aide apportée par la Russie à Cuba est remarquablement faible.
De son côté, la Chine a accordé un nouveau crédit de 80 millions de dollars à Cuba, ce qui ne fait qu’aggraver la dette envers Pékin et qui, de plus, est un montant voué à disparaître. Ni la Russie ni la Chine ne sont des pays socialistes. Il n’y a aucune raison pour que la Russie et la Chine aient intérêt à se fâcher sérieusement avec Trump au sujet de Cuba. La Chine entretient des relations compliquées avec La Havane, car celle-ci est extrêmement défaillante dans ses paiements. Pour une raison quelconque, les banques chinoises n’ont pas de succursales à Cuba. Cela ne les intéresse pas, car cela poserait un problème avec les États-Unis. La seule banque étrangère actuellement implantée à Cuba est russe, ce qui n’est guère rassurant, car Moscou avait deux bases militaires en Syrie et a abandonné el-Assad. Si Trump a pris Maduro en otage, il l’a fait en sachant que la Russie et la Chine se limiteraient à condamner cette action par des communiqués de leurs ministères des Affaires étrangères. C’est-à-dire rien.
À Cuba, la situation reste critique — pénuries persistantes, coupures d’électricité, hausse du prix des denrées alimentaires —, mais elle ne s’est pas, pour l’heure, aggravée davantage. Le pire n’est sans doute pas exclu. Toutefois, toute analyse de la réalité cubaine doit tenir compte de cette relative stabilisation au sein d’une crise profonde.
Peu importe que l’on ne soit pas d’accord avec le gouvernement cubain. Pour ce qui concerne Comunistas Cuba, nous nous opposons sans réserve au processus de restauration capitaliste mené par la bureaucratie dirigeante du PCC et les généraux. La crise économique à Cuba est d’ailleurs principalement due aux décisions du gouvernement. Mais il est impossible de ne pas condamner l’ingérence yankee contre Cuba. Le gouvernement cubain doit être remplacé par une révolution des travailleurs et des travailleuses, mais jamais par un régime pro-américain.
Quiconque, pour une raison quelconque, soutient une mesure des États-Unis ou d’une puissance étrangère contre Cuba est clairement un traître à la classe ouvrière cubaine. À ce stade, il n’y a plus de place pour la naïveté. L’impérialisme yankee est le principal ennemi de la classe ouvrière mondiale. Ce n’est pas un simple slogan, mais parce que le régime de Washington est une menace pour l’existence même de l’humanité. Et il ne s’agit pas seulement de Trump : l’État américain dans son ensemble est impérialiste.
Pour la solidarité ouvrière
Cuba n’a besoin de l’« accompagnement » d’aucun gouvernement bourgeois. La solidarité avec la classe ouvrière ne peut venir que de l’internationalisme prolétarien. Croire que des gouvernements bourgeois étrangers qui répriment leur classe ouvrière peuvent aider la classe ouvrière cubaine est soit naïf, soit opportuniste, soit un soutien à l’intervention étrangère sous quelque drapeau que ce soit. Notre position n’est pas le nationalisme, car cela reviendrait à cesser d’être marxistes, mais l’internationalisme. Les seules organisations qui se sont honnêtement préoccupées de la situation des prisonniers cubains emprisonnés pour avoir protesté sont des organisations marxistes. Aucune d’entre elles n’en a tiré aucun avantage matériel. Bien au contraire. Et leur action a été présente dès le premier jour des manifestations : Éric Toussaint et Alex Callinicos ont fait pression pour la libération immédiate des prisonniers du 11 juillet, la manifestation de Política Obrera devant l’ambassade cubaine en janvier 2022, en avril 2024, la rencontre entre des député·es et des dirigeant·es du FITU et des diplomates cubains pour exiger la libération des prisonniers, ou les différentes actions soutenues du Nuevo MAS dans les universités et les manifestations exigeant la libération des personnes détenues pour avoir manifesté, ne sont que les exemples les plus significatifs de ce qu’est le véritable internationalisme et de la manière dont on aide la classe ouvrière.
Les gouvernements étrangers « aideraient » Cuba uniquement au nom de leur bourgeoisie, des multinationales, voire, comme Milei, en tant que marionnettes made in USA. Et s’ils subissaient une pression importante, ils laisseraient Cuba seule, comme viennent de le faire le Mexique et le Venezuela.
La solidarité avec Cuba doit se faire à partir de l’anti-impérialisme et de l’internationalisme et envers la classe ouvrière !
Le 31 janvier 2026, publié par Viento Sur