Crise de la banane et de la cocaïne en Équateur

par Joana das Flores

La professeure Joana das Flores a publié ce texte sur Instagram, que nous avons fait suivre de la déclaration de la Confédération des nationalités indigènes d’Équateur. Ces deux textes permettent de comprendre ce qui se joue sur place.

Nous assistons à une guerre commerciale pour le marché intérieur et extérieur de la drogue à partir de l’Équateur. Dans ce cas, le conflit ne porte plus seulement sur les itinéraires et l’emplacement historique des entrepôts du pays. Il s’agit de la perte de pouvoir des entrepreneurs locaux dans l’exportation vers le cartel des Balkans (qui comprend les mafias albanaise et serbe). 

Cette mafia dispose désormais d’un réseau mondial en partenariat avec les Colombiens et les Mexicains. Ils sont les principaux distributeurs mondiaux et se disputent le plus grand port de l’Équateur. Le port de Guayaquil est responsable des plus grandes expéditions de cocaïne vers l’Europe et l’Asie. 

Le groupe Noboa, détenu par la famille de l’actuel président, est le leader de l’exportation de bananes depuis 1916… les plus grosses saisies de drogue dans les ports européens et asiatiques, en provenance de l’Équateur, se font dans des caisses de bananes…

Daniel Noboa est la troisième génération d’Exportadora Bananera Noboa. Le groupe possède des actifs d’une valeur de 1 355 millions de dollars et se compose de 156 entreprises. En 2021, si on l’analyse en fonction de sa taille, Exportadora Bananera occupe la 19e position parmi 295 groupes économiques. 

Le groupe est entre les mains d’Álvaro Noboa Pontón, le père du président élu. Selon le Service fédéral des imôts, la plupart des entreprises qui font partie de ce groupe économique sont situées dans les provinces côtières de Guayas et Manabí. En outre, 119 entreprises sont nationales et 15 sont étrangères. 

Le groupe Noboa possède une licence pour Quaker, leader sur le marché de l’avoine en Équateur. Avec 156 millions de dollars, elle détient 10 % des actifs du groupe jusqu’en 2020. Mais l’entreprise la plus importante du groupe n’est pas Quaker, mais l’exportateur de bananes Noboa Traiding, qui a réalisé en 2022 un chiffre d’affaires de 177 millions de dollars, selon la Surintendance des entreprises. Le groupe est composé d’autres entreprises qui contrôlent tout, de la culture des bananes à la production de carton pour l’emballage, en passant par les navires sur lesquels elles sont exportées. 

Le pays sud-américain est le plus grand exportateur de bananes au monde, transportant environ 6,5 millions de tonnes par an par voie maritime.  On estime que plus de 30 % de ce marché est déjà sous le contrôle des cartels. 

La banane est le fruit défendu.

 

Face à la vague de violence causée par le crime organisé en Equateur.

Confédération des nationalités indigènes de l’Équateur - CONAIE, Quito, 09 janvier 2024

Nous nous trouvons dans une situation de violence sans précédent, provoquée par le crime organisé, le trafic de drogue et les mafias. C’est le résultat d’un problème structurel, causé par la radicalisation des politiques néolibérales qui ont détruit l’État et ses institutions, les rendant incapables de réagir. Ces politiques ont également généré plus d’inégalités et de pauvreté, créant des conditions sociales propices au recrutement des jeunes dans la criminalité.

Les criminels, les trafiquants de drogue et les mafias ont profité de la permissivité accordée par les différentes autorités au cours des dernières années, infiltrant la plupart des entités étatiques et affaiblissant les institutions chargées de la sécurité publique. Les criminels ont utilisé la stratégie de la peur et du chaos pour intimider et soumettre le peuple équatorien, qui n’a pas reçu de garanties suffisantes de la part d’un État défaillant et réduit.

À cette crise s’ajoute le manque de leadership et de projet politique des derniers gouvernements, qui sont arrivés au pouvoir sur la base de mensonges, de faux espoirs et d’attaques contre divers acteurs sociaux. Ces gouvernements ont donné la priorité à leurs agendas particuliers pour favoriser les grands groupes économiques, au détriment de la pauvreté et de la souffrance de la majorité de la population.

Face à cette situation, nous appelons les peuples et les nationalités à maintenir actifs les gardes communautaires, à contrôler l’entrée sur leurs territoires et à protéger la vie et l’intégrité des communautés. Nous appelons également à l’unité nationale, à l’union des forces de tous les secteurs de la société, des organisations sociales, de la société civile, des peuples et des nationalités, pour surmonter cette crise. La peur et les menaces ne doivent pas nous vaincre, car il en va de l’avenir de notre terre et des générations futures.

Le gouvernement national doit agir dans le cadre juridique actuel, respecter les organisations en tant qu’espaces légitimes de défense des citoyens et reconnaître que l’Équateur est fait de nous tous. En outre, nous demandons instamment au gouvernement national et à l’Assemblée nationale de ne pas utiliser cette crise comme excuse pour adopter des lois ou des politiques antipopulaires qui affectent la majorité de la population, car cela ne fera qu’aggraver la situation et provoquer une réaction populaire en défense des droits, dans une situation qui n’a pas été causée par le peuple, mais par des gouvernements qui ont échoué.