Revue et site sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Manifestation sur l’essence en Irlande : c’est le gouvernement qu’il faut blâmer, pas les manifestant·es

par People Before Profit
Des tracteurs sur un O’Connell Street calme, le samedi 11 avril, avec la statue de Jim Larkin, le GPO et la Flèche en arrière-plan.

Soutenons les revendications de base, défendons le droit de manifester, combattons les imposteurs d’extrême droite et débattons avec la direction du mouvement. Mais revenons toujours à la vraie question, celle des hausses de prix insupportables et de leurs origines. Travailleur·ses, syndicats – approfondissons le mouvement pour un pays où nous pouvons tou·tes vivre.

La revendication de base est juste !

Depuis plusieurs jours, l’Irlande connaît certaines des manifestations les plus combatives de ces dernières années : routes bloquées, dépôts de carburant et la raffinerie de Whitegate pris pour cibles, approvisionnement en carburant semé de chaos. Le gouvernement est sous une pression réelle parce que la revendication centrale est juste et massivement populaire : celle du plafonnement des prix du carburant en cœur d’une crise du coût de la vie qui écrase les gens ordinaires. Nous réclamons un tel plafonnement depuis des années.

Parce que le gouvernement n’a pas agi, nous subissons une crise du coût de la vie qui s’ajoute par-dessus une crise du coût de la vie. Depuis le Covid, les prix ont augmenté de 25 %, mais ceux des produits de première nécessité comme l’alimentation et l’énergie ont connu des hausses bien supérieures. Les salaires ont été réduits en termes réels. Dans le dernier budget, le gouvernement a accordé d’énormes allègements fiscaux aux promoteurs immobiliers et aux chaînes de restauration rapide, tout en supprimant les aides aux ménages.

Environ 320 000 foyers ont des arriérés de paiement sur leurs factures d’électricité et de gaz. Selon Barnardos deux parents sur cinq ont réduit la taille des portions, ont sauté des repas ou se sont privés de nourriture pour nourrir leurs enfants. Il n’est pas étonnant que les gens soient en colère.

Les réductions de droits d’accise (taxes sur le carburant, l’alcool, le tabac, etc.) accordées par le gouvernement il y a trois semaines n’étaient que symboliques, effacées presque aussitôt par l’ampleur de la crise mondiale des matières premières. On a demandé aux gens d’être reconnaissants pour des miettes pendant que les coûts ne cessaient d’augmenter. Dans de nombreuses communautés ouvrières, les manifestations sont populaires précisément pour cette raison.

Défendre le droit de manifester

La décision du gouvernement de faire intervenir l’armée à Whitegate est une attaque contre le droit de manifester, et nous la condamnons sans réserve. À Whitegate, des manifestant·es ont été aspergé·es de gaz au poivre et les forces de défense ont été déployées pour dégager les véhicules. C’est l’État qui utilise la force contre des personnes qui exercent un droit démocratique. Pour être efficace, la manifestation doit être perturbatrice et polarisante ; mais comme James Connolly l’a exprimé, elle est « l’incarnation du progrès » – grèves, manifestations et désobéissance civile ont été au cœur de chaque avancée sociale que nous ayons obtenue, du droit de vote aux droits au travail.

Cette répression ne doit pas servir de précédent. Les pouvoirs répressifs utilisés ici seront utilisés à nouveau : contre des travailleur·ses en grève, contre des mouvements pour le logement, contre des militant·es de la solidarité avec la Palestine, contre quiconque remet sérieusement en cause les intérêts que ce gouvernement défend. Le droit de manifester n’est pas un privilège que l’État accorde quand cela l’arrange. C’est un droit qui doit être défendu, quelles que soient les revendications de ceux et celles qui sont dans la rue.

Qui compose ce mouvement et pourquoi

Nous devons aussi être honnêtes sur le caractère de classe de ces manifestations. Ce mouvement est dirigé par des personnes qui possèdent des entreprises, emploient des salarié·es et disposent de machines coûteuses. Même si des travailleur·ses et des agriculteur·rices y sont présent·es en nombre, ce ne sont pas eux et elles qui dictent le rythme ou les revendications à ce stade.

Certain·es des figures les plus visibles ont fait publiquement des déclarations racistes, misogynes et homophobes.

Mais ça ne dit pas tout du mouvement. Ce mouvement rassemble une véritable diversité, notamment de nombreux·ses travailleur·ses de la classe ouvrière qui le regardent avec sympathie, parfois inspiré·es par le caractère combatif des manifestations. Cela s’est produit parce que le mouvement des travailleur·ses organisé·es, le mouvement syndical, a complètement échoué à donner la moindre impulsion sur la crise du coût de la vie. Dans ce vide, les gens se tournent vers quiconque semble prêt à se battre.

D’où vient réellement la flambée des coûts

La flambée des prix du carburant est due à la spéculation des compagnies énergétiques, mais aussi par Trump et à la guerre d’Israël contre l’Iran. Le gouvernement irlandais refuse d’agir. Il permet toujours aux États-Unis d’utiliser l’aéroport de Shannon comme une base militaire, laissant passer des avions de guerre étatsuniens alors même que certains alliés de l’OTAN s’y sont opposés. C’est de la lâcheté de la part de Micheál Martin et de ce gouvernement, et cela alimente directement la crise que les gens subissent à la pompe et sur leurs factures. Il est impossible de dissocier le combat pour la paix et la justice dans le monde du combat pour la dignité et la justice sociale ici.

L’extrême droite est une imposture sur cette question

Certain·es des voix les plus bruyantes qui s’associent à ces manifestations sont des partisan·es de Trump, du racisme et, dans certains cas, d’Israël. Ils et elles veulent rejeter la responsabilité sur les migrant·es, les personnes LGBT+ ou tout autre bouc émissaire, au lieu de montrer celle des profiteurs, des fauteurs de guerre et des politicien·nes réellement responsables. Les personnes qui ont harcelé Paul Murphy et People Before Profit sur O’Connell Bridge cette semaine n’étaient pas des agriculteur·rices défendant leurs moyens de subsistance. C’étaient des arrivistes politiques cherchant à entraîner ce mouvement dans une direction toxique. À ceux et celles qui nous attaquent pour notre solidarité avec les personnes LGBT+ ou la Palestine : ce n’est pas une personne trans ni un·e migrant·e qui a commencé à bombarder l’Iran. La puissance de la classe ouvrière vient de son unité et de sa combativité – si nous laissons le racisme ou l’homophobie s’exprimer, nous tournons le dos à certain·es des personnes les plus combatives de la société irlandaise, et nous divisons la classe ouvrière dans son ensemble.

Un mouvement plus large est nécessaire

Cette crise révèle aussi quelque chose de plus profond. La dépendance aux combustibles fossiles expose les travailleur·ses à chaque choc mondial. Nous avons besoin d’une transition juste, mais une transition qui aide les travailleur·ses plutôt que de les punir. Le gouvernement et les Verts ont tenté de faire supporter le fardeau aux gens ordinaires par le biais de taxes carbone et de factures plus élevées, tandis que les entreprises continuent de polluer et que les centres de données consomment de l’électricité à des tarifs inférieurs à ceux des ménages. Ces centres de données sont en passe de consommer 30 % de toute l’électricité en Irlande d’ici 2030. Les foyers et les entreprises sont étranglés pendant qu’une poignée de géants technologiques bénéficient d’énergie bon marché à grande échelle. Cela doit cesser.

Il est temps que les travailleur·ses et les syndicats agissent !

La colère dans les rues est réelle et justifiée. Mais un mouvement dominé par des petits patrons et des chauffeurs indépendants, avec des figures d’extrême droite qui gravitent autour d’eux, ne peut pas obtenir les revendications dont les travailleur·ses ont réellement besoin.

Nous devons exiger que nos syndicats entrent dans la lutte. Les travailleur·ses ne sont pas à l’origine de cette crise. Ce sont les compagnies énergétiques, les fauteurs de guerre et un gouvernement au service des intérêts des entreprises qui en sont responsables. Les syndicats ont les adhérent·es, les ressources et le rapport de force nécessaires pour imposer un vrai changement sur le coût de la vie. Il est temps de les utiliser. Chaque section syndicale, chaque délégué·e syndical·e, chaque organisation communautaire devrait débattre des actions possibles et les préparer dès maintenant.

Nos revendications

Si nous soutenons la revendication de plafonnement des prix, nous voulons aller plus loin. People Before Profit réclame une action immédiate sur la crise du coût de la vie :

  • Plafonnement immédiat des prix du carburant et de l’énergie
  • Taxes sur les superprofits des compagnies énergétiques qui réalisent des bénéfices records grâce à cette crise
  • Crédit énergie de 500 € pour tous les ménages, avec un paiement supplémentaire de 400 € au titre du coût du handicap
  • Doublement des prestations sociales
  • Transports publics gratuits pour réduire les coûts domicile-travail et la demande de carburant
  • Accélération de la rénovation thermique pour réduire les coûts énergétiques
  • Fin des accords d’électricité privilégiés en faveur des centres de données ; les soumettre aux mêmes tarifs que les ménages
  • Interdiction de la construction de nouveaux centres de données
  • Les militaires étatsuniens ne doivent pas être acceptés dans les aéroports et l’espace aérien irlandais – Défendons notre neutralité
  • Pas de taxes carbone sur les ménages ordinaires – faire payer les vrais pollueurs !

Notre position

La leçon principale ici est simple. Quand les travailleur·ses sont frappé·es par une crise du coût de la vie et que les syndicats échouent à montrer la voie, les gens se tournent vers quiconque est prêt à se battre. La réponse ne peut être le mépris vis-à-vis de cette combativité. Il faut l’approfondir, l’élargir, l’ancrer dans les revendications de la classe ouvrière, la défendre contre la répression, et empêcher les réactionnaires de s’en emparer. Nous devons nous inspirer du fait que les perturbations actuelles contraignent le gouvernement à agir.

People Before Profit soutient ces manifestations, défend le droit de manifester, et s’engage à construire un mouvement plus général pour un pays où nous pouvons tou·tes vivre. Nous avons lancé la campagne « Affordable Ireland » et nous discuterons avec les autres acteurs de la campagne sur les étapes nécessaires pour construire ce mouvement.

Nous serons dans la rue samedi prochain pour nous opposer à la guerre menée par Trump et Israël, principale cause de la crise actuelle, et pour exiger la fin de la complicité de notre gouvernement avec cette guerre. Nous avons besoin d’une mobilisation massive pour envoyer un message : les gens ordinaires veulent la fin de la guerre et de la crise du coût de la vie qu’elle a provoquée.

Publié le 12 avril 2026 par People Before Profit