À l’heure où les Bigh Tech et leurs dirigeants semblent se saisir du pouvoir politique dans nombre de pays, il convient de saisir pleinement les sources et conséquences de ce mouvement, ainsi que l’articulation avec les autres formes de pouvoir économique et politiques.
Marx a longuement discuté de la capacité unique du capitalisme à développer les forces productives : la concurrence féroce entre les capitalistes les pousserait à innover en permanence dans le processus de production, augmentant ainsi la composition organique du capital. Il a également conclu que la concurrence entraîne une tendance à la concentration des entreprises. À cet égard, Ernest Mandel explique que :
L’évolution du mode de production capitaliste entraîne donc nécessairement la centralisation et la concentration du capital. La taille moyenne des entreprises ne cesse de croître ; un grand nombre de petites entreprises sont battues à la concurrence par un nombre restreint de grandes entreprises qui contrôlent une part croissante du capital, du travail, de la propriété et de la production dans des secteurs industriels entiers. […] Ainsi, la concurrence capitaliste poursuit le processus d’expropriation qui est à l’origine du mode de production capitaliste. […] L’histoire du capital est l’histoire de la destruction de la propriété de la grande majorité au profit de la propriété d’une minorité de plus en plus restreinte. 1
Historiquement, on constate que le capitalisme a conduit à un développement technologique important et à la production de biens matériels et immatériels, et que ce processus de croissance de la production a généré des tensions économiques et sociales. Ce texte traite brièvement d’un aspect de ce mouvement, l’évolution récente de la composition de la bourgeoisie, en notant qu’au cours des 50 dernières années, on a enregistré une croissance relativement faible, marquée par de faibles investissements et de modestes augmentations de productivité, ce qu’on a appelé la « stagnation séculaire ». Nous faisons donc face à une crise de l’accumulation du capital, toutefois accompagnée d’une forte concentration de la richesse. Telles sont les deux caractéristiques générales de l’évolution actuelle du capitalisme tardif.
Concentration des entreprises et de leur pouvoir social et politique
Nous aborderons plus loin les raisons de la performance de cette phase du capitalisme. Pour l’instant, il nous importe de souligner une caractéristique fondamentale de cette période, essentielle pour comprendre le capitalisme contemporain : la forte concentration des entreprises. En effet, selon plusieurs études, notamment celles d’organisations telles que le FMI 2, divers indicateurs confirment cette caractéristique, en particulier l’augmentation des marges et des bénéfices des entreprises, qui concerne principalement un petit nombre de grandes entreprises :
Plus importante que l’augmentation de la marge globale, la principale conclusion est que la répartition des marges a changé : la médiane est constante et les percentiles supérieurs ont considérablement augmenté. […] Quelques entreprises ont des marges élevées et sont de grande taille, tandis que la majorité des entreprises ne voient aucune augmentation de leurs marges et perdent des parts de marché.3
Les données statistiques sont claires quant aux effets macroéconomiques pervers de ce phénomène, notamment la réduction de l’investissement, de l’emploi et de la part des salaires dans le revenu national. Elle confère également un pouvoir de marché 4 démesuré à une poignée d’entreprises, leur permettant de fixer des prix plus élevés que la normale, ce que l’on pourrait appeler un « revenu » au sens de l’économie (néo)classique, ou ce que Kalecki a appelé le « markup » 5. Ces développements ont été soulignés par l’école marxiste du Capital monopoliste : une surcapacité de production dans les grandes entreprises, combinée à l’augmentation de la composition organique du capital, qui réduit l’emploi et déprime la consommation, conduit à une « suraccumulation » ou à une difficulté à absorber les excédents en raison du manque d’opportunités d’investissement productif, ce qui entraîne à son tour une stagnation économique 6.
Cependant, cette perspective est insuffisante pour comprendre l’accumulation contemporaine, pour au moins deux raisons. Premièrement, si le monopole est une caractéristique fondamentale du capitalisme actuel, elle n’est pas la seule ; d’autres dimensions importantes doivent être prises en compte, notamment la manière dont la logique de l’accumulation a évolué, en particulier pendant l’ère néolibérale. Deuxièmement, il est nécessaire d’aller au-delà d’une vision purement économique du capitalisme des monopoles. À mesure que ces grandes entreprises concentrent un pouvoir de marché sans précédent dans l’histoire, elles acquièrent également une influence sociale et un pouvoir politique. Ce processus a été décrit par Marx (et par d’autres économistes avant lui), mais il a pris de nouvelles dimensions qui déterminent l’organisation sociale : certaines de ces entreprises, dont nous parlerons plus loin, surdéterminent les relations sociales à une échelle pratiquement universelle et leur imbrication renforcée avec le pouvoir politique est un élément constitutif de leur régime d’accumulation. En d’autres termes, l’oligarchisation est une caractéristique déterminante du capitalisme actuel.
Cet article vise à développer cet angle d’analyse. Il le fait en retraçant brièvement l’évolution des logiques d’accumulation au cours des dernières décennies, en mettant en évidence l’impact de ces mutations sur l’essor de nouveaux (et anciens) segments du capital, et en cartographiant certaines de leurs frontières, intérêts et tensions, afin de mettre en évidence les deux secteurs du capital qui ont émergé de cette évolution : les gestionnaires d’actifs (asset managers) et les techno-oligarques. Nous terminons par quelques réflexions sur la signification de ces processus pour comprendre le capitalisme contemporain.
Fin de la mondialisation et longues vagues de développement capitaliste
La « stagnation séculaire » correspond à la phase dépressive de la quatrième onde longue de développement capitaliste, mais elle présente des caractéristiques inédites par rapport aux périodes précédentes, notamment sa durée. En effet, si la phase d’expansion de cette vague est documentée et vérifiée tant par les données agrégées que par celles des secteurs les plus dynamiques en matière de rentabilité et d’accumulation des « trente glorieuses » qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale (dans l’automobile, la chimie, la sidérurgie, les biens de consommation durables), ce qui s’est passé après l’épuisement de cet élan est plus controversé.
Certains auteurs ont entrevu une reprise dans les années 1980, avec la mondialisation, mais le fait est que les taux de profit ne se sont pas redressés de manière significative et, lorsqu’ils ont augmenté, ils n’ont pas donné lieu à une croissance globale de l’investissement. La crise de l’accumulation se traduit par un faible taux de profit et un niveau d’investissement médiocre. Quoi qu’il en soit, ce processus présente une grande diversité : en 2024, le taux de rentabilité du capital a été d’environ 12 % aux États-Unis pour les grandes entreprises, alors qu’il n’a pas dépassé 4 % pour les plus petites.
Et pourtant, ces années ont été marquées par une grande innovation technologique, non seulement par la création de nouveaux produits et activités (la ruche numérique ou le « métavers », l’IA), mais aussi par leur effet sur les processus de production (robotisation). Ces processus ont créé de nouvelles industries et de nouvelles entreprises, permettant ainsi l’émergence de nouveaux secteurs de la bourgeoisie, ce dont nous discuterons plus loin. Ce qu’ils n’ont pas permis, c’est le rétablissement de l’accumulation et de l’investissement à des niveaux comparables à ceux du passé.
Les raisons de cette « longue stagnation », malgré l’innovation technologique, ont été discutées dans un autre article7. Ici, il est important de souligner que cette histoire est indissociable du processus de « financiarisation » des économies et de l’ascension de la finance en tant que secteur dominant du capital. La croissance du secteur financier a été la conséquence des politiques néolibérales mises en place à partir des années 70, telles que la libéralisation des taux de change, la libre circulation des capitaux et la déréglementation financière en général, mais elle reflète l’épuisement de la capacité productive des économies avancées. En réponse, leurs entreprises se sont délocalisées vers des régions où il est possible d’exploiter une main-d’œuvre moins chère et ont réorienté leurs bénéfices vers des placements financiers, qui offraient des rendements supérieurs à ceux des investissements productifs 8. Des produits financiers complexes et opaques ont proliféré, et le crédit de masse a été utilisé pour soutenir une demande déprimée par la stagnation des salaires. Tout cela a été extrêmement rentable pour le secteur financier, mais le poids du capital fictif dans les économies avancées s’est avéré fatal lors de la crise financière de 2007-2008.
Activisme monétaire et reconfiguration du capital
L’hégémonie du secteur financier traditionnel a été profondément affectée par la crise des subprimes, ceci pour au moins deux raisons. Premièrement, la faillite des banques, l’accumulation de portefeuilles de créances douteuses et le renforcement de la réglementation à la suite de la crise ont réduit la rentabilité du secteur. Deuxièmement, une petite révolution s’est produite dans la politique monétaire des banques centrales, où l’ère des taux d’intérêt élevés inaugurée par le « choc Volcker » 9 a cédé la place à de longues années de taux d’intérêt de référence très bas et à de volumineux programmes d’achat d’actifs (quantitative easing, « assouplissements quantitatifs ») pour répondre aux chocs provoqués par la récession. Il en a résulté la formation d’une nouvelle oligarchie composée de deux éléments principaux – les gestionnaires d’actifs et leurs sociétés financières, et les techno-oligarques – qui seront abordés dans les sections suivantes.
Il serait toutefois prématuré de déclarer la fin de la domination de la finance traditionnelle. Au lendemain de la crise, le secteur bancaire a connu une forte concentration, les grandes banques rachetant et absorbant les petites banques en faillite, ce qui a donné lieu à la formation de méga-conglomérats. Comme l’explique Brett Christophers, le renforcement du pouvoir de marché des banques leur a permis de ne pas répercuter intégralement la baisse des taux d’intérêt sur les taux pratiqués dans le cadre de leurs activités de crédit, atténuant ainsi l’impact de la nouvelle politique monétaire expansionniste 10. D’autre part, cette politique a conduit à une forte valorisation des actifs financiers en général, dont les banques ont également bénéficié dans leurs activités internes de trading, car cet « activisme monétaire » a eu pour conséquence de soutenir les marchés boursiers et obligataires.
Ce dernier exemple illustre la caractéristique marquante du régime d’accumulation des années qui ont suivi la crise : l’inflation des prix des actifs (asset-price inflation), conséquence directe des injections massives de liquidités par les banques centrales. La demande mondiale, réduite par la baisse des salaires réels résultant de l’austérité, a encore réduit la rentabilité du capital productif, stimulant ainsi la spéculation financière, qui permet de générer des revenus non pas par l’investissement productif, mais par la valorisation et l’échange d’actifs financiers. De même, cette évolution stimule la création et la multiplication d’entreprises financières qui exploitent cette manne. Ainsi, le flux de liquidités fournie par les banques centrales a été canalisé pour profiter de l’inflation des prix des actifs plutôt que pour les investissements productifs.
En ce sens, s’il est vrai que la financiarisation est restée la forme dominante d’accumulation, il est également vrai que sa logique s’est transformée qualitativement. Après la crise des subprimes, les investisseurs avaient besoin de nouveaux actifs en raison de la vague de saisies hypothécaires, qui constituaient une « matière première » importante du système financier. C’est dans ce contexte que le logement est devenu un peu partout dans le monde occidental un actif financier par excellence, offrant des rendements extraordinaires.
Comme l’explique Desiree Fields, la construction de cette « nouvelle classe d’actifs » résulte de facteurs variés 11. D’une part, comme nous l’avons déjà mentionné, il était nécessaire de trouver de nouveaux actifs pour restaurer la rentabilité du capital. De plus, les variations du prix de l’immobilier, son abandon par les familles qui ne pouvaient pas payer leur hypothèque (lors de la crise de 2008-2009) et la volonté de vendre qui en a résulté chez les propriétaires (privés et publics), auxquels s’ajoutent diverses interventions publiques visant à rendre cet investissement attractif (avantages fiscaux, urbanisme, etc.), ont créé un nouvel écosystème d’opportunités pour ce type d’investissement.
C’est alors que les fonds d’investissement ont acquis en masse des biens immobiliers dans pratiquement toutes les grandes villes occidentales, non seulement dans un but spéculatif – en achetant et en revendant sans fin à un prix toujours plus élevé –, mais aussi pour les mettre sur le marché locatif afin d’obtenir des revenus continus, ce qui a constitué une transformation radicale de la structure de propriété de ces villes (12).
Les privatisations résultant de l’austérité ont également confié aux gestionnaires d’actifs plusieurs entreprises de gestion de services publics (énergie, infrastructures, transports) qui, en raison de leur nature monopolistique et de leur demande inélastique 12, procurent des revenus extraordinaires aux investisseurs, souvent grâce aux paiements de l’État lui-même. Dans le même temps, la destruction des capacités internes de l’État a entraîné une externalisation croissante auprès de gestionnaires d’actifs et de cabinets de conseil pour l’exécution de tâches relevant normalement du secteur public, telles que la gestion d’entreprises et de services publics, la réalisation d’études et d’expertises, ou l’analyse des risques du secteur financier, par exemple. Outre le fait qu’ils génèrent également des revenus extraordinaires, ces services créent une myriade de conflits d’intérêts et d’opportunités de corruption, au détriment du bien public.
Un nouveau secteur financier
Tout cela souligne l’émergence d’une importante et nouvelle fraction du capital – les gestionnaires d’actifs –, qui se développe grâce au nouveau régime monétaire, lequel gonfle la valeur de leurs actifs sous gestion (assets under management, AuM). En fait, dans ce secteur, la structure même de la propriété est concentrée, avec trois acteurs essentiels, les Big Three : BlackRock, Vanguard et State Street. En ce qui concerne l’immobilier, Blackstone est également très important, bien qu’il soit partiellement détenu par BlackRock et Vanguard.
Ensemble, les Big Three détiennent plus de 20 % des actions des entreprises qui font partie du S&P500 13, c’est-à-dire qu’ils sont propriétaires de certaines des plus grandes entreprises étatsuniennes. Ainsi, non seulement les Big Three, mais plus généralement les gestionnaires d’actifs, sont des propriétaires universels (universal owners) : ils ne détiennent pas seulement des titres financiers traditionnels, tels que des actions d’entreprises, mais aussi de plus en plus d’actifs réels, en particulier des infrastructures, des biens et des services essentiels tels que le logement, la production et la distribution d’énergie, les transports et les télécommunications (comme l’illustre l’acquisition du port de Panama par BlackRock en 2024), ainsi que le pouvoir de les gérer et d’orienter des masses financières considérables.
Le pouvoir de ces nouvelles sociétés financières résulte des opportunités créées par la politique monétaire des banques centrales, du transfert des fonds d’investissement vers des applications spéculatives et de la particularité de l’économie américaine, notamment une dette publique de 36 000 milliards de dollars et la capacité unique à attirer l’épargne et les capitaux du monde entier. Elles naviguent concrètement dans un océan de liquidités.
Ainsi, au cours de la dernière décennie, Apollo, BlackRock, Blackstone et KRK ont quintuplé la valeur des actifs qu’elles contrôlent. Elles ont également gagné en importance dans les activités financières traditionnelles telles que le crédit et l’assurance : l’année dernière, Apollo a accordé plus de rentes viagères (produits d’assurances retraites) que n’importe quelle compagnie d’assurance des États-Unis 14.
Comme elles ont la possibilité d’opérer sans les contraintes réglementaires qui pèsent sur les banques traditionnelles – ce qui explique d’ailleurs en partie leur essor après la crise –, ces sociétés financières peuvent dégager des marges plus élevées. Pour la même raison, les banques traditionnelles ont accru leurs crédits à destination de ces institutions : ils ont quintuplé depuis 2015 et, actuellement, un dixième des crédits bancaires leur est destiné 15. Les banques traditionnelles cherchent à capter une part des profits de la shadow banking (finance de l’ombre, ou système bancaire parallèle).
Le fait que ces nouvelles sociétés financières contrôlent des dimensions centrales des sociétés contemporaines leur confère un pouvoir gigantesque16, notamment celui de faire pression sur les États, un pouvoir d’autant plus accru que le secteur de la gestion d’actifs est lui-même très concentré et dominé par un petit nombre d’acteurs. Des entreprises telles que BlackRock dépensent chaque année des millions à des activités de lobbying auprès des gouvernements, des politiciens et des parlements 17. De même, la sous-traitance de missions étatiques par ces entreprises, ainsi que leur imbrication avec les gouvernements et les banques centrales, leur confère une influence majeure dans le processus décisionnel en matière de politiques publiques 18. L’économiste Daniela Gabor, qui suit de près les débats sur la réglementation financière, est catégorique : « J’ai réalisé que ce n’étaient plus les banques qui détenaient le pouvoir, mais les gestionnaires d’actifs »19.
La deuxième composante de la nouvelle oligarchie découle du pouvoir des entreprises de technologies de la communication – la Big Tech, constituée des célèbres géants technologiques américains (notamment Alphabet, Meta, Amazon et Microsoft). Elle a connu une croissance vertigineuse depuis le début du siècle. Il s’agit peut-être aujourd’hui de la fraction du capital la plus puissante sur le plan politique. Ce sont ces géants qui ont été les grands bénéficiaires des liquidités injectées par les banques centrales via la capitalisation boursière. En effet, ce sont leurs actions qui ont pris le plus de valeur au cours de cette période. Parallèlement, ces entreprises acquièrent une grande influence dans la vie sociale et politique, avec des répercussions profondes.
Pandémie et désordre financier
La période de la pandémie et ses suites immédiates ont été caractérisées par une intervention étatique intense visant à soutenir les économies, tant par des mesures budgétaires d’ampleur pour soutenir les salaires et les entreprises que par de nouveaux et gigantesques programmes d’assouplissement quantitatif (quantitative easing), ce qui a conduit Adam Tooze à se demander si le Covid-19 avait mis fin à l’ère néolibérale 20, un point que nous aborderons à la fin de cette section.
Il convient de noter un événement atypique de cette période : le retour temporaire de l’inflation, dû aux perturbations des chaînes d’approvisionnement causées par la pandémie et l’invasion de l’Ukraine, ainsi qu’aux stratégies de captation des profits par les géants de la distribution. Les banques centrales ont donc décidé de revenir à l’ancien régime de taux d’intérêt élevés, pour le plus grand bonheur du secteur financier traditionnel. Outre le secteur bancaire, la période inflationniste (2022-2024) a également permis à certains segments traditionnels et monopolistiques du grand capital, comme l’énergie et la distribution, de réaliser des profits extraordinaires, simplement grâce à l’augmentation de leurs marges 21. Avec le retour des taux d’intérêt et de l’inflation à la normalité immédiatement antérieure, les profits de ces secteurs devraient également diminuer, ce qui signifie que ce mouvement aura été limité dans le temps.
Nous sommes actuellement en transition vers un régime macroéconomique caractérisé par des taux d’intérêt modérément bas et par la vente d’actifs figurant dans les bilans des banques centrales. Cela place le secteur financier dans son ensemble dans une position délicate et crée des lignes de fracture importantes. Les banques traditionnelles préfèrent les taux d’intérêt élevés, car cela augmente leurs marges dans les activités de crédit ainsi que la rémunération des produits financiers indexés sur le taux d’intérêt de référence, notamment les obligations, mais elles n’apprécient pas l’inflation car elle dévalorise le montant des créances, ce qui nuit au créancier. Les gestionnaires d’actifs, à l’inverse, préfèrent une politique monétaire expansionniste 22, plus tolérante à l’inflation, car celle-ci augmente les prix des actifs sous gestion (AuM) et, par conséquent, leurs commissions. Ils préfèrent donc les taux d’intérêt bas. Benjamin Braun explique :
Les variables qui intéressent le plus les gestionnaires d’actifs sont les prix globaux des actifs23. En effet, les commissions qu’ils perçoivent sont calculées en pourcentage de la valeur actuelle des actifs d’un client. Pour un portefeuille comprenant de nombreux fonds gérés par un même gestionnaire, l’impact de la performance individuelle des fonds sur la croissance des actifs sous gestion est bien moindre que l’impact de l’évolution globale des prix des actifs… D’où la préférence de BlackRock pour les politiques macroéconomiques qui maintiennent les prix des actifs à un niveau élevé, comme l’illustre clairement son lobbying stratégique et persistant en faveur d’une politique monétaire expansionniste. 24
Cette tension est clairement visible dans les disputes et les divergences entre ces deux factions du capital à l’égard de l’administration Trump, documentés dans un article intéressant de Braun et Durand 25. Durand, pour sa part, dans un texte de 2022, estimait que le déclin de la finance est plus ou moins inévitable, citant à l’appui des indicateurs liés à la chute de plusieurs indices boursiers, à l’affaiblissement des marchés de private equity26 et à la diminution de la part des profits financiers dans le total des profits 27. L’adoption d’une politique monétaire plus restrictive au lendemain de la crise du Covid-19 constituerait une menace supplémentaire.

Trump parlant avec Jerome Powell, le directeur de la Fed.
Cependant, il convient de rester prudent sur ces conclusions. Premièrement, rien ne garantit que les banques centrales ne reviendront pas à une politique plus expansionniste, sous la pression du lobbying de ces secteurs, comme en témoigne la pression incessante exercée par Trump sur Powell, le président de la Fed, pour qu’il baisse les taux d’intérêt. Deuxièmement, un mouvement de déréglementation financière, fort mais peu médiatisé, est actuellement en cours : les administrations Starmer et Trump ont déjà annoncé de nouveaux paquets de déréglementation d’ici la fin de l’année, comprenant des mesures qui nous ramènent au statu quo pré-2008, et la Commission européenne a déjà déclaré qu’elle allait libéraliser la titrisation28, opération financière à l’origine de la crise des subprimes.
Trump, en particulier, introduit un élément d’instabilité supplémentaire. Le président américain utilise en effet son pouvoir politique pour faire des affaires : le lancement d’un crypto-mème ($TRUMP) à la veille de son investiture, ainsi que la garantie de places à un dîner officiel avec les principaux investisseurs de cette opération, donnent le ton de ses manœuvres. Cependant, la valeur de cet actif a chuté entre janvier et mai à environ 25 % de sa valeur initiale : certains investisseurs ont perdu une partie de leur épargne ou de leur fortune en achetant ce qui s’est révélé être une fraude. Le second risque découle de cette situation, de son attirance pour les cryptomonnaies (et sa volonté de les déréglementer). Au début du premier mandat de Trump, la finance crypto représentait moins de 20 milliards de dollars ; elle est aujourd’hui quinze fois plus importante. Dans sa fortune personnelle, le président enregistre 1,9 milliard de crypto-actifs pour 2,6 milliards de biens immobiliers, deux valeurs qui tendent à se rapprocher. Sa fascination pour les produits financiers exotiques et sa détermination à utiliser la Maison Blanche pour s’enrichir personnellement créent des incertitudes et des risques profonds.
Effrayé par cette période difficile, pour les raisons mentionnées par Durand, le capital financier intensifie la pression, multipliant les interventions publiques et le lobbying afin d’obtenir des garanties sur la déréglementation, les baisses d’impôts et l’accès à de nouveaux marchés, notamment celui les retraites. Le déclin ou la reprise de la finance sera largement déterminé par le succès de ces efforts. Quoi qu’il en soit, la surévaluation massive des actifs et les menaces de dérégulation suggèrent la possibilité d’une crise financière liée aux risques de cette bulle.
L’impuissance productive persistante
En revanche, le retour de l’ancienne capacité productive n’est pas pour demain. Le Covid-19 a mis en évidence la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales et la vulnérabilité économique qui découle d’une dépendance excessive à leur égard. Cependant, si l’on prend en compte les préoccupations des économies les plus développées concernant les faibles niveaux de croissance de la productivité, ainsi que l’essor industriel et technologique de la Chine, les conditions sont réunies pour un retour à une politique industrielle, défendue aujourd’hui ouvertement, par exemple, par la Commission européenne, institution historiquement opposée à l’intervention de l’État, à la suite du rapport Draghi. Au-delà de la rhétorique, ce type des politiques est aujourd’hui mise en œuvre dans presque tous les pays du centre capitaliste 29.
Cela soulève les questions suivantes : assisterons-nous à un retour du grand capital industriel ? Plus encore, y aura-t-il une transformation structurelle des économies, dans laquelle la production reprendra un rôle un rôle central au détriment du capitalisme rentier et de la spéculation financière ? C’est peu probable. Durand avance trois raisons : i) le volume des investissements est insuffisant ; ii) les priorités sont erronées, comme le montre l’accent mis sur l’augmentation des dépenses militaires en Europe ; iii) l’incapacité à discipliner les acteurs privés dans ce processus conduira à un simple transfert de ressources publiques vers le capital (31). En effet, bon nombre de ces programmes reposent sur ce que Gabor appelle le « de-risking », qui consiste à utiliser les ressources publiques pour éliminer le risque pour le secteur privé, afin qu’il investisse dans les secteurs souhaités, qu’il canalise les fonds comme il l’entend, voire qu’on lui confie directement la gestion de ces investissements 30. Bien que cela puisse ouvrir un espace de décision qui rendrait possibles des politiques développementalistes et écologiques, la nouvelle ère de la politique industrielle, fondée sur le principe « risques publics, profits privés », pourrait favoriser l’accumulation de capital par de grands groupes dans des niches industrielles (IA, énergies renouvelables, semi-conducteurs, défense), mais elle ne restructurera pas les économies et ne provoquera pas de perturbations majeures dans la constellation du capital.
Les gestionnaires d’actifs, qui se réjouissent de ce type d’intervention de l’État, ont d’ailleurs peu d’incitations à stimuler le dynamisme des entreprises qu’ils contrôlent, ce qui constitue un frein à la reprise de l’investissement et de l’innovation. En tant que « propriétaires universels », ils s’intéressent peu aux performances individuelles des entreprises, car ils détiennent des participations dans des entreprises de divers secteurs et, parfois, dans plusieurs grandes entreprises du même secteur. Par conséquent, il leur importe peu qu’une entreprise produise et vende plus que sa concurrente, car ils détiennent probablement aussi un intérêt économique dans cette dernière. Leur objectif est la valorisation du secteur dans son ensemble, privilégiant la valeur des actions aux résultats de l’entreprise, car c’est par rapport à la première que la valeur de leur commission est calculée 31.
Technopouvoir à l’échelle mondiale
Après avoir émergé avec force dans la décennie qui a suivi la crise, les Big Tech sont sorties de la pandémie plus puissantes que jamais. Leurs propriétaires sont désormais les hommes les plus riches du monde, ils influencent et participent aux gouvernements, même de manière volatile (à la manière de Musk et du DOGE), sans cacher leurs ambitions politiques et leurs projets de société. Nous l’avons clairement vu lors de l’investiture de Trump : les places d’honneur, habituellement occupées par d’anciens présidents et des personnalités illustres, étaient occupées par les propriétaires de la Big Tech. Aujourd’hui, il s’agit probablement de la fraction du capital la plus puissante sur le plan politique.
Les barons de la Silicon Valley, qui avaient généralement tendance à soutenir les démocrates, se sont tournés vers Trump et, dans une perspective plus globale, vers une orientation réactionnaire et autoritaire, comme en témoignent l’apologie de l’« énergie masculine » par Zuckerberg ou la radicalisation à droite du réseau social X (anciennement Twitter) par Musk. L’une des premières mesures de Trump a d’ailleurs été d’abroger un décret de Biden qui obligeait certains systèmes d’intelligence artificielle à partager leurs tests de sécurité avec le gouvernement. Il a également donné à Musk, via le ministère Doge, l’accès aux données de toutes les agences fédérales. Sur le plan international, Trump a exigé en permanence que d’autres pays abrogent leurs réglementations relatives à l’activité des géants des technologies, utilisant cela comme élément dans les négociations sur les droits de douane 32.
Cependant, leur pouvoir politique ne découle pas uniquement de leur capacité à influencer les administrations. En effet, ce petit groupe de grandes entreprises contrôle sans partage les moyens de communication les plus universels que la civilisation ait jamais connus et, avec eux, une capacité sans précédent à manipuler les comportements à grande échelle 33. Pour ce faire, elles collectent en permanence des données granulaires, mais dans le plus grand volume possible, sur notre expérience individuelle et privée, qu’elles utilisent pour entraîner des algorithmes qui permettent d’anticiper et de modifier nos comportements avec une précision de plus en plus extraordinaire. Elles vendent ensuite l’accès aux réseaux numériques qu’elles se sont appropriés, ainsi qu’à leurs dispositifs de prévision et de manipulation.
Leur modèle économique et leur pouvoir politique dépendent d’un accès illimité à ces données, ce qui devient de plus en plus incompatible avec les notions de liberté et de démocratie. Le virage politique et autoritaire de cette nouvelle oligarchie, soutenue par un capital pratiquement inépuisable, constitue ainsi l’impératif de son modèle d’accumulation : la réglementation et la supervision publiques, ainsi que la démocratie et les libertés constitutionnelles, sont des obstacles à éliminer pour l’intégration et la subordination totales de l’humanité à son système de surveillance.
Face à cette réalité, les années de la pandémie et celles qui ont suivi ont également été marquées par la prolifération de travaux universitaires de tradition marxiste sur ce phénomène, sous le nom de « techno-féodalisme ».
Varoufakis définit le capitalisme actuel comme un nouveau mode de production : « quand on entre chez Amazon, on sort du capitalisme », écrit-il, puisque le modèle économique de l’entreprise n’est pas la production et la vente de marchandises, mais l’extraction d’un revenu grâce aux échanges réalisés sur la plateforme 34 Or, ce qui définit le capitalisme, c’est la propriété privée des moyens de production et le fait que le travail est une marchandise, ce qui est clairement le cas d’Amazon et de l’économie dans laquelle elle s’inscrit. D’autre part, ce n’est pas la rente qui définit un changement dans le mode de production ou la caractéristique économique de la civilisation, car la rente était une forme d’accumulation dans le capitalisme avant l’apparition des Big Tech, même si elle n’avait pas l’ampleur qu’elle atteint aujourd’hui.
L’hypothèse « techno-féodale » de Durand est plus intéressante, car elle se concentre sur l’idée de prédation des espaces numériques (ce que Varoufakis appellerait les digital commons). Devenus indispensables à l’infrastructure économique et à la vie sociale, la concentration de leurs possessions – à la suite d’une sorte d’accumulation primitive du numérique et d’un processus de « monopolisation intellectuelle » – devient problématique, et les « techno-féodaux » s’en servent à leur avantage, en réservant l’accès à celles et ceux qui paient une « rente ». Leur pouvoir et leur richesse proviennent de la création de dépendances vis-à-vis d’un réseau approprié.
Ce que les théories ne devraient pas négliger, c’est l’articulation entre le capitalisme rentier spécifique aux Big Tech et d’autres formes d’accumulation, de nature capitaliste, ce qui limite la capacité de théories comme le « techno-féodalisme » à englober la totalité du mode de production, puisqu’ils suggèrent une combinaison avec un mode de production antérieur.

Outre le secteur financier, que nous avons abordé précédemment, nous pouvons également observer les secteurs dits traditionnels du capital, qui sont encore extrêmement puissants. Il en est ainsi de l’industrie pharmaceutique, qui a fortement augmenté ses marges au cours des dernières décennies, grâce à son très fort pouvoir de marché 35. Prenons également l’exemple de Walmart 36, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 680 milliards de dollars et emploie 2,1 millions de personnes. Selon ces deux critères, il s’agit de la plus grande entreprise des États-Unis et du monde. Son activité principale est le commerce de détail, et elle contrôle 10 % de ce marché dans le pays (hors immobilier). L’effet est remarquable : Walmart a un ratio entre sa capitalisation et ses résultats plus élevé que celui d’Apple, Meta, Amazon ou Microsoft. Autrement dit, elle attire davantage d’épargne et de capitaux, ce qui montre que l’analyse des nouveaux secteurs dominants du capital ne doit pas ignorer les secteurs et les entreprises traditionnels, comme la distribution.
Quel capitalisme ?
Nous concluons cet article par une synthèse sur le régime d’accumulation actuel. Les années qui ont suivi la crise ont été marquées par une importante reconfiguration du capital, avec le déclin relatif des banques traditionnelles, l’essor des gestionnaires d’actifs et la consolidation des Big Tech en tant que fraction dominante du capital. Les changements récents dans le régime d’accumulation sont significatifs, mais sont insuffisants pour sortir le capitalisme de la phase actuelle de l’onde longue, la « stagnation séculaire ». En même temps, ils sont multiformes et empêchent de réduire la description du capitalisme contemporain à un « signifiant-maître » 37. C’est pourquoi nous préférons ne souligner que quelques tendances fondamentales.
Tout d’abord, la rente. Dans le contexte de la crise d’accumulation qui remonte à la fin des années 1960 et de la baisse persistante du taux de profit, l’incapacité à restaurer les capacités productives du capitalisme conduit les secteurs les plus dynamiques du capital à devenir des secteurs rentiers 38, comme l’illustrent tous les exemples mentionnés dans ce texte.
Brett Christophers a proposé le concept de capitalisme rentier, qui vise à décrire ce moment du capitalisme où les rentes surpassent les profits en tant que moteur de l’accumulation, ce que ni Marx ni les économistes classiques n’avaient imaginé39. Cela freine l’innovation, la concurrence et la croissance des forces productives, tout en concentrant la propriété et en reproduisant les inégalités. Bien que l’on puisse débattre du fait que Christophers part d’un concept trop large de la rente, qui lui permet de considérer presque toute l’activité économique comme telle, la tendance qu’il décrit est réelle, tout comme ses conséquences.
Deuxièmement, la tendance à la totalité. La lutte contre la baisse du taux de profit implique l’intégration de nouveaux éléments, autrefois subordonnés par les relations sociales, dans la sphère de l’accumulation du capital, en les convertissant en marchandises (ou en actifs pour en extraire des revenus). La tendance « polanyienne »40 du capitalisme post-industriel tardif à marchandiser de plus en plus de dimensions de notre existence en réponse à ses insuffisances productives – du logement et des services publics jusqu’à notre expérience individuelle sous forme d’attention et de données – se renforce. Le capitalisme, comme l’écrit Fraser, cannibalise de plus en plus d’aspects de nos vies 41.
Troisièmement, la tendance à l’oligarchie et à l’autoritarisme, qui vont de pair. La concentration des entreprises, sans précédent historique dans cette phase du capitalisme, conduit à un effort pour subordonner la politique et notre vie collective. Ce phénomène comporte au moins deux facettes. D’une part, le manque d’opportunités d’investissement productif fait de la prise de pouvoir politique le moyen le plus efficace de garantir la rentabilité du capital, ce qui est facilité par des décennies de néolibéralisme, l’affaiblissement des capacités de l’État et la concentration du pouvoir économique, qui, dans les économies de marché, se transforme facilement en pouvoir politique. Selon Dylan Riley et Robert Brenner :
Cette nouvelle forme d’accumulation est associée à une série de mécanismes inédits d’« escroquerie politiquement organisée ». Cela inclut notamment une série toujours plus forte d’allégements fiscaux, la privatisation d’actifs publics à des prix dérisoires, le quantitative easing et des taux d’intérêt extrêmement bas pour favoriser la spéculation boursière et, surtout, des dépenses publiques massives destinées directement à l’industrie privée, avec des retombées pour l’ensemble de la population. 42
D’autre part, l’intensification de l’exploitation – après des décennies de modération salariale et de flexibilisation du droit du travail – ainsi que le modèle économique de certains secteurs de l’oligarchie, en particulier les Big Tech, entrent en conflit direct avec la démocratie, les libertés publiques et la résistance sociale. Ils seront donc progressivement considérés comme des obstacles à éliminer, ouvrant la voie à de nouvelles solutions autoritaires.
Enfin, la guerre. La baisse de la rentabilité mondiale a exacerbé les conflits entre les principales économies capitalistes : le système tarifaire de Trump en est l’expression, car il marque la fin de la mondialisation et vise à contraindre l’Europe, le Japon, le Canada et d’autres pays à payer une taxe au souverain mondial. L’industrie de guerre est également de plus en plus considérée comme une solution pour restaurer les capacités de production du centre capitaliste – cette vision est partagée par l’OTAN, la Commission européenne et les principales puissances du Vieux Continent. Durand prédit, peut-être à juste titre, que, dans l’impossibilité de retrouver le dynamisme du capital, il ne reste qu’une deuxième voie :
La deuxième possibilité est que les intérêts rentiers et monopolistiques continuent à diriger à une société de plus en plus inégale, autoritaire et stagnante, dont les structures politiques se transformeront lentement en une forme oligarchique institutionnalisée. Le capital fictif suraccumulé restera gelé et non investi. La marchandisation ne sera plus le vecteur qui permet aux profits de croître à partir du travail abstrait. À la place, une petite couche d’individus extrêmement riches exploitera les nouvelles technologies pour assurer ses rentes et reproduire son mode de vie luxueux dans un monde de plus en plus dégradé et militarisé 43
Il nous appartient d’éviter cela.
Le 30 octobre 2025
Cet article a été publié sur le site Viento sur. La traduction a été élaborée en collaboration avec À l’encontre et relue par les auteurs. Francisco Louçã est économiste et militant du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) au Portugal et de la IVe Internationale. Diogo Machado est investigateur en relations internationales, militant du Bloco de Esquerda (Bloc de gauche) au Portugal et de la IVe Internationale.
- 1
Ernest Mandel, Traité d’économie marxiste, 1975.
- 2
Federico J. Diez Tambunlertchai Daniel Leigh,Suchanan, « Global Market Power and Its Macroeconomic Implications » (Le pouvoir sur le marché mondial et ses implications macroéconomiques), FMI, 15 juin 2018. Wenjie Chen Villegas-Sánchez Federico J. Diez, Romain A. Duval, Philipp Engler, Jiayue Fan, Chiara Maggi, Marina Mendes Tavares, Daniel A. Schwarz, Ippei Shibata, Carolina, « Rising Corporate Market Power: Emerging Policy Issues » (Montée en puissance des entreprises sur le marché : nouveaux enjeux politiques), FMI, 15 mars 2021.
- 3
Jan De Loecker, Jan Eeckhout et Gabriel Unger, « The Rise of Market Power and the Macroeconomic Implications » (La montée en puissance du pouvoir de marché et ses implications macroéconomiques), The Quarterly Journal of Economics 135, n° 2, 1er mai 2020.
- 4
Capacité d’une entreprise ou d’un groupe d’entreprises à influencer les prix, les quantités ou les conditions d’échange sur un marché, en particulier à fixer des prix durablement supérieurs à ceux qui prévaudraient en situation de concurrence, notamment du fait de la concentration, de barrières à l’entrée ou d’un contrôle accru sur l’offre.
- 5
Brett Christophers, « Class, Assets and Work in Rentier Capitalism » (Classe, actifs et travail dans le capitalisme rentier), 19 mars 2021, Brill ; Michal Kalecki, Selected Essays on the Dynamics of the Capitalist Economy 1933–1970 (Essais choisis sur la dynamique de l’économie capitaliste 1933-1970), Cambridge, 1971.
- 6
John Bellamy Foster, « Monopoly Capital at the Half-Century Mark » (Le capital monopolistique au milieu du siècle), Monthly Review, 2016 ; Paul A. Baran et Paul M. Sweezy, Le Capital monopoliste, un essai sur la société industrielle américaine, 1966, Maspero (1968).
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- 8
Cédric Durand, « The End of Financial Hegemony? » (La fin de l’hégémonie financière ?), New Left Review, n° 138 (2022) ; William Lazonick, « The New Normal Is “Maximizing Shareholder Value”: Predatory Value Extraction, Slowing Productivity, and the Vanishing American Middle Class » (La nouvelle norme est la « maximisation de la valeur actionnariale » : extraction prédatrice de valeur, ralentissement de la productivité et disparition de la classe moyenne américaine), International Journal of Political Economy, 2 octobre 2017.
- 9
Le choc Volcker est une politique monétaire restrictive mise en place entre 1979 et 1982 par Paul Volcker, nommé le 6 août 1979 président du Conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale des États-Unis. Le « Choc Volcker » réagissait au second choc pétrolier de la fin 1979 et a permis une réduction de l’inflation aux États-Unis mais il a causé une profonde récession au cours de l’année 1982, avec un recul de 2% du PIB américain, et plus généralement la récession mondiale du début des années 1980 générant elle-même la crise de la dette des pays en voie de développement.
- 10
Brett Christophers, Rentier Capitalism: Who Owns the Economy, and Who Pays for It? (Capitalisme rentier : qui détient l’économie et qui en paie le prix ?), 2022, Verso.
- 11
Desiree Fields, « Constructing a New Asset Class: Property-led Financial Accumulation after the Crisis » (Construire une nouvelle classe d’actifs : l’accumulation financière axée sur l’immobilier après la crise), Economic Geography 94, n° 2, 2018.
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- 13
Le S&P 500 est un indice boursier basé sur 500 grandes sociétés cotées sur les bourses aux États-Unis (NYSE ou NASDAQ). L’indice est possédé et géré par Standard & Poor’s, l’une des trois principales sociétés de notation financière. Il couvre environ 80 % du marché boursier américain par sa capitalisation.
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- 15
« Clash of the titans » (Le choc des titans), The Economist, 23 mai 2025.
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Jordan Pouille, idem.
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Adam Tooze, « Has Covid Ended the Neoliberal Era? », The Guardian, 2 septembre 2021.
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Ensemble des mesures prises pour stimuler l’activité économique, généralement en augmentant la quantité de monnaie en circulation ou en abaissant les taux d’intérêts.
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Les prix globaux des actifs (aggregate asset prices) désignent la valeur globale des actifs financiers sur le marché, généralement mesurée par des indices représentatifs.
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Le private equity désigne les investissements dans des entreprises non cotées en bourse, c’est-à-dire des sociétés privées.
- 27
Durand, « The End of Financial Hegemony? », idem.
- 28
La titrisation (securitization) est une opération par laquelle une institution financière transforme des actifs illiquides (prêts, crédits à la consommation…) en titres négociables sur les marchés financiers.
- 29
31) Cédric Durand, « Hollow States » (États creux), NLR/Sidecar.
- 30
« The BlackRock letters: inside Labour’s ’close partnership’ » (Les lettres de BlackRock : dans les coulisses du « partenariat étroit » du Parti travailliste), Ethan Shone, 22 novembre 2024, Open Democraty et Daniela Gabor, « Labour Is Putting Its Plans for Britain in the Hands of Private Finance. It Could End Badly » (Le Parti travailliste confie ses projets pour la Grande-Bretagne à des acteurs financiers privés. Cela pourrait mal finir), The Guardian, 2 juillet 2024.
- 31
Jan Fichtner, Eelke M. Heemskerk et Javier Garcia-Bernardo, « Hidden Power of the Big Three? Passive Index Funds, Re-Concentration of Corporate Ownership, and New Financial Risk » (Le pouvoir caché des Big Three ? Fonds indiciels passifs, recentralisation de la propriété des entreprises et nouveaux risques financiers), Business and Politics 19, n° 2 (2017).
- 32
Cédric Durand, « Le techno-féodalisme est un Léviathan de pacotille », Inprecor, 15 février 2025.
- 33
Francisco Louçã, O Futuro Já Não É o que Nunca Foi (L’avenir n’est plus ce qu’il n’a jamais été), Bertrand Editora, 2021) ; Shoshana Zuboff, L’Âge du capitalisme de surveillance. Le combat pour un avenir humain face aux nouvelles frontières du pouvoir, 2019, Zulma (2020).
- 34
Yanis Varoufakis, Les nouveaux serfs de l’économie, 2023, Les liens qui libèrent (2024).
- 35
Villegas-Sánchez, « Rising Corporate Market Power » (Montée en puissance des entreprises sur le marché), FMI, 2021.
- 36
Walmart est une multinationale américaine spécialisée dans la grande distribution, fondée par Sam Walton. Walmart est le 1er groupe mondial de la grande distribution.
- 37
Emprunté à la psychanalyse, le terme ’signifiant-maître’ désigne un concept central autour duquel tout le système serait organisé.
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Christophers, idem.
- 40
Dans son œuvre majeure, La Grande Transformation (1944), Karl Polanyi (1886‑1964), économiste et historien économique, analyse le capitalisme comme un système qui tend à mercantiliser des sphères de la vie humaine qui ne sont pas naturellement des marchandises – le travail, la terre, et la monnaie –, ce qu’il appelle les « fictitious commodities ».
- 41
Nancy Fraser, Le capitalisme est un cannibalisme, 2022, Agone (2025).
- 42
Dylan Riley et Robert Brenner, « Seven Theses on American Politics » (Sept thèses sur la politique américaine), New Left Review, n° 138, 2022.
- 43
Cédric Durand, « Scouting Capital’s Frontiers » (Explorer les frontières du capital), New Left Review, n° 136, 2022.