Le film de La Brèche projeté mercredi dernier au TOM, par une camarade de Lyannaj Matinik Pou Kiba — Solidarité !, mérite une large diffusion et des débats importants. Revenant sur l’expérience de la Tricontinentale, regroupement de mouvements anti-impérialistes des années 1965/1967, ce film fait revivre l’enthousiasme d’une époque de montée des luttes sous les coups de boutoir de la révolution coloniale et des guérillas castristes, une dizaine d’années après la Conférence de Bandoung des chefs d’États décolonisés d’Asie et d’Afrique.
Cuba cherchait à l’époque à tracer une voie, loin de la « guerre de crocs en jambes » (CHE) ayant lieu entre l’URSS de Khrouchtchev et la Chine de Mao, pour affronter directement l’impérialisme étatsunien ! Malgré le tapis de bombes et de défoliants déversés sur lui, le Vietnam résista héroïquement. Revigorée par la lutte armée dans la « zone des tempêtes » (le Tiers-Monde dans le langage de Mao), la jeunesse scolarisée se levait, de Mexico à Paris, de Tokyo à Berlin, à Turin ou New York.
L’avenir lumineux de l’humanité était l’horizon commun. Remise au peuple par la révolution, l’abondance résultant du développement illimité des forces productives à l’échelle mondiale permettrait de passer du « règne de la nécessité au règne de la liberté ».
Le film a le grand mérite de faire revivre cette atmosphère, et de souligner que l’internationalisme « des travailleurs, des peuples et nations opprimées » est toujours aussi nécessaire. Il omet de montrer à quel point la configuration des forces a changé et impose d’autres perspectives. La tâche immédiate du renversement du capitalisme est aujourd’hui d’assurer la survie de l’espèce humaine.
On admire l’esprit de résistance des jeunes Cubains interviewés. Mais on n’ignore pas les concessions que les autorités cubaines sont contraintes de faire, le compromis imposé au peuple vénézuélien, les limites manifestes du soutien à Cuba même de la part de grandes puissances opposées aux États-Unis.
L’internationale la plus agissante est, malheureusement, celle qui unit Trump et les mouvements fascistes de par le monde. Les gouvernements néofascistes d’Argentine, du Chili, du Honduras, du Salvador, de Panama, de Colombie, du Pérou, d’Italie, du Japon, de l’Inde, ont des alliés menaçants dans bien des pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Brésil).
Dans les années 1960, Mao rêvait de « mettre le feu à la plaine » et pestait contre le « révisionnisme soviétique ». Aujourd’hui, Xi Jinping fait tout ce qu’il peut pour stabiliser un capitalisme qui lui a permis d’atteindre le premier rang dans le commerce mondial.
La Tricontinentale cherchait à unir les révolutionnaires dans une stratégie visant à renverser le système dominant. Aujourd’hui, les avant-gardes en sont à se réjouir de la résistance, face aux États-Unis, de « gardiens de la révolution » iraniens, associant résistance à Trump et massacre de leur propre peuple.
Au moment où les problèmes de l’humanité exigent plus que jamais des stratégies et des solutions internationales, la dispersion des forces révolutionnaires et progressistes reste un handicap sérieux.
Des luttes populaires importantes existent, prennent des formes nouvelles (Gen Z de divers pays, grève des femmes, puissantes grèves en Inde, nouvelles radicalités écologistes…), mais aucune victoire de nature à créer un pôle internationaliste comparable à Cuba des années 1960.
Les efforts conscients, méthodiques, instruits des leçons du passé, mais ouverts aux renouvellements sont nécessaires.
De récentes conférences et mobilisations antifascistes, écosocialistes, internationalistes, anti-impérialistes se sont tenues avec succès au Brésil, au Pakistan, à Bruxelles, à Genève. Elles sont modestes, mais à la veille d’un Forum social mondial ambitionant de réunir 50 000 personnes au Bénin dans la première semaine d’août, elles contribuent à faire naître une lueur d’espoir.
Publié dans Révolution socialiste n°458 le 3 août 2026