Le bilan n’est guère reluisant pour les militaires qui ont pris le pouvoir en se présentant comme les protecteurs du peuple confronté à l’ancien régime répressif.
Fin septembre 2025, des manifestations massives ont éclaté contre les coupures incessantes et de plus en plus longues d’électricité, ainsi que contre la corruption du clan Rajoelina au pouvoir. Huit mois plus tard, l’espoir de la Gen Z, massivement mobilisée, s’est estompé, laissant place à des sentiments mêlés d’abattement et de colère.
Des problèmes récurrents sans solution
Alors que la répression s’abattait sur les populations pendant les mobilisations, l’irruption de l’armée a été accueillie avec soulagement. Le 12 octobre, lors de sa prise de pouvoir, le colonel Michael Randrianirina affirmait sa volonté de régler rapidement les problèmes et d’organiser des élections dans un délai de deux ans.
Dès les premières semaines de leur prise de pouvoir, les militaires ont pris des décisions unilatérales, sans aucune consultation des forces vives du pays, que ce soit pour les nominations successives de Premiers ministres ou pour la structuration du pouvoir, avec la nomination de plusieurs vice-présidents.
L’organisation d’une conférence nationale, dont l’objectif est de mettre à plat les problèmes structurels rencontrés par la Grande Île et d’apporter des solutions, a été confiée à la fédération des Églises chrétiennes, qui n’est pas des plus progressistes en matière de droits des femmes.
Enfin, les problèmes récurrents de coupures d’électricité risquent de perdurer, au vu de l’adoption d’un budget qui favorise avant tout les dépenses liées à la présidence.
Un pouvoir personnel renforcé
Depuis l’officialisation de sa candidature à l’élection présidentielle, Randrianirina consolide son pouvoir afin de l’emporter lors du scrutin, prévu en principe dans 18 mois.
Il utilise des méthodes similaires à celles des régimes précédents, en constituant un réseau clientéliste et en recourant à la répression. Sous couvert de lutte contre la corruption et de défense de l’État, des arrestations et des disparitions sont signalées.
Ainsi, six membres dirigeants de la Gen Z ont été arrêtés, et deux d’entre eux ont subi des violences. Bien qu’ils aient été libérés, un climat de peur s’installe.
On assiste également à une militarisation de Madagascar, avec la mise en place d’une coopération sécuritaire avec la Russie. Cette dernière a livré des armes, des camions et deux hélicoptères. Des soldats d’Africa Corps sont déployés pour la formation de l’armée malgache, mais aussi pour la protection du président de la transition, ce qui en dit long sur la faiblesse de son autorité sur l’armée.
Ce n’est pas la décision de la commission électorale malgache qui va dissiper les inquiétudes. En effet, cette dernière, pour préparer l’élection présidentielle, s’apprête à passer un accord de coopération avec son homologue russe, pays qui, en matière de transparence, d’inclusivité et de démocratie électorale, n’est pas — on en conviendra — un modèle du genre, sauf à vouloir installer une dictature dans le pays.
Publié le 7 mai 2026 par L’Anticapitaliste