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Italie : Pour un 2 juin contre les rois et les tyrans

par Francesco Locantore

Le 2 juin, on célèbre le quatre-vingtième anniversaire de la République, avec le traditionnel défilé militaire sur la via dei Fori Imperiali à Rome. Une célébration qui, aujourd’hui plus que jamais, déforme la signification historique de ce référendum populaire qui, le 2 juin 1946, renversa la monarchie, complice du fascisme.

Un premier facteur ayant conduit à ce résultat fut l’issue victorieuse de la lutte populaire de la Résistance contre le nazisme et le fascisme, qui avait mis fin, le 25 avril de l’année précédente, à un régime antidémocratique, machiste, raciste et répressif ayant duré plus de vingt ans.

Aujourd’hui, ce sont des personnalités institutionnelles dont l’histoire politique s’inscrit dans la continuité du fascisme qui célébreront le 2 juin, et ce non seulement pour des raisons purement nominales ou symboliques, ou à cause des bustes de Mussolini exhibés à la télévision par le président du Sénat. Le gouvernement des droites dirigé par Giorgia Meloni a promu, au cours des quatre dernières années, avec l’introduction de pas moins de quatre « paquets sécurité », des mesures répressives à l’encontre des luttes sociales et syndicales, la restriction des droits des personnes migrantes, la promulgation de nouvelles lignes directrices pour les écoles caractérisées par le suprémacisme occidental, blanc et chrétien, la légitimation de la violence des violeurs avec le projet de loi Buongiorno, a tenté de limiter l’autonomie et l’indépendance de la magistrature (projet évité une fois de plus grâce à un référendum populaire) et tente actuellement d’imposer une réforme de la loi électorale sur le modèle de la loi Acerbo de 1923, en introduisant une prime majoritaire qui réduirait encore davantage la représentativité du Parlement.

Le deuxième facteur qui, en 1946, a probablement fait mûrir les consciences dans un sens antimonarchique a été le désir de paix, après des années d’implication de l’Italie dans les entreprises coloniales et dans la Seconde Guerre mondiale.

De nos jours, le défilé militaire du 2 juin apparaît encore plus funeste en raison des vents de guerre qui soufflent dans le monde et du rôle néfaste qu’a endossé l’Italie aux côtés de ses alliés impérialistes. La guerre en Ukraine, déclenchée par l’impérialisme russe, a été saisie au vol par les puissances européennes et l’OTAN comme prétexte pour justifier une augmentation colossale des dépenses militaires (augmentation qui était d’ailleurs déjà en cours depuis quelques années), tandis que depuis plus de quatre ans, elle continue de faire des centaines de milliers de victimes. La rhétorique de l’union entre les peuples d’Europe pour construire la paix et la solidarité, déjà chancelante en raison des politiques de refoulement systématique des migrants, a rapidement cédé la place à la rhétorique militariste, à la nécessité de réduire encore davantage les dépenses sociales pour augmenter celles de la défense.

Pendant ce temps, le gouvernement Meloni se garde bien de critiquer l’impérialisme de son allié aux États-Unis, avec une présidence Trump qui impose les intérêts de ce pays partout dans le monde au mépris du droit international et de la coexistence pacifique. Il suffit de penser à l’enlèvement de Maduro au Venezuela, aux menaces d’annexion du Groenland, au blocus économique et aux menaces d’invasion de Cuba. L’attaque contre l’Iran a déclenché une guerre aux conséquences dramatiques pour la population locale, mais dont les répercussions économiques touchent l’ensemble de la population mondiale, y compris les classes populaires en Italie qui subissent déjà l’inflation due à la hausse des prix des sources d’énergie, dans une économie encore fortement dépendante du pétrole (en effet, l’objectif déjà atteint par la droite en Europe a été de reporter sine die la nécessaire transition énergétique vers des sources renouvelables et respectueuses de l’environnement).

Enfin, l’inhumanité de l’impérialisme est évidente en Palestine, où l’arrogance de l’État sioniste d’Israël est allée jusqu’à commettre un génocide, avec l’aval des démocraties occidentales. Ceux qui ont tenté de s’opposer à l’apartheid et à l’extermination planifiée des Palestiniens en essayant de briser le blocus naval et terrestre des aides, c’est-à-dire les militants de la Global Sumud Flotilla, ont subi un traitement inhumain, comprenant des tortures et des humiliations, qui rappelle celui, encore plus féroce, infligé aux Palestiniens. Le gouvernement italien, tout comme les gouvernements européens, a fait mine de s’indigner contre la vidéo diffusée par le ministre Ben-Gvir lui-même, mais continue ensuite d’entretenir des relations de collaboration économique et militaire avec Israël, se rendant ainsi complice d’un crime historique contre l’humanité, comparable à celui que le fascisme et le nazisme ont perpétré contre les Juifs avant et pendant la Seconde Guerre mondiale.

Lors du référendum et des élections de l’Assemblée constituante de 1946, les revendications de classe des travailleuses et des travailleurs se sont manifestées avec force ; en s’exprimant contre le fascisme et la monarchie, ils avaient pour objectif de chasser les patrons, ceux qui exploitaient les ouvriers et les paysans, protégés par l’État policier, par la grève considérée comme un délit pénal, ceux qui continuaient tranquillement à vivre dans le luxe tandis que la population souffrait de la faim à cause de la crise économique mondiale, de l’autarcie et de la nécessité de financer l’appareil de guerre.

Aujourd’hui, le gouvernement de droite réquisitionne les travailleurs et travailleuses en grève, protège et finance par tous les moyens les patrons, y compris dans le décret du 1er mai, ne fait rien pour faire respecter et renforcer les normes de sécurité malgré une moyenne de trois accidents du travail mortels par jour, prévoit d’introduire l’impôt forfaitaire, afin de faire payer encore moins ceux qui possèdent le plus, rejette toute idée d’imposition des grandes fortunes, met en place l’autonomie différenciée des régions afin de mieux privatiser les services publics et d’abandonner à leur sort les régions les plus pauvres, réforme l’école en subordonnant les établissements techniques et professionnels aux besoins d’une insertion précoce dans le monde du travail des entreprises privées, et refuse d’introduire un salaire minimum capable d’assurer aux travailleurs une existence libre et digne. Aujourd’hui comme hier, les droites sont au service des patrons, d’un capitalisme qui ne génère plus de développement ni de croissance économique, mais qui redécouvre d’anciens modes d’exploitation et de nouvelles formes de dévastation environnementale, qui utilise la recherche et l’innovation technologique à des fins privées et contre le bien commun, qui licencie des travailleuses et des travailleurs au lieu de reconvertir les productions nocives et polluantes, comme l’ont démontré la lutte des anciens travailleurs de GKN et leur projet d’usine socialement intégrée.

80 ans plus tard, il faut reconnaître que les institutions républicaines ont largement trahi les aspirations de paix, de liberté et de justice sociale qui avaient animé les masses à cette époque. C’est aujourd’hui à d’autres de reprendre ces aspirations à leur compte. Contre les monarchies des rois modernes, ces capitalistes qui financent et attisent les guerres entre les peuples, le mouvement No Kings tente de rassembler les mouvements sociaux, écologistes, démocrates, transféministes et antimilitaristes. Avant et après le 2 juin, de nombreuses initiatives contre la guerre et pour la justice sociale et climatique ont été mises en place et lancées, auxquelles Sinistra Anticapitalista apporte sa contribution. Au niveau international également, d’importantes initiatives auront lieu dans les semaines à venir. La première sera la manifestation Welfare not Warfare à Bruxelles le 14 juin, contre les projets de réarmement des pays de l’UE, organisée par le réseau Stop Rearm Europe. Au cours de la même période, du 13 au 17 juin à Genève, un contre-sommet a été organisé pour contester la réunion du G7 à Évian. Le 4 juillet, nous participerons à la manifestation contre l’OTAN à Istanbul, à l’occasion du sommet impérialiste qui se tiendra en Turquie.

Enfin, nous nous préparons à accueillir nos invités nationaux et internationaux à l’occasion de la troisième édition de l’Université d’été écosocialiste  : « Intelligences anticapitalistes », au cours de laquelle nous discuterons et approfondirons les thèmes soulevés par les mouvements et tenterons de définir les perspectives de lutte pour l’automne afin de chasser le gouvernement de droite et de renforcer le projet révolutionnaire de construction d’une société écosocialiste.

Publié le 2 juin 2026 par Sinistra Anticapitalista

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