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Italie : les orages de l’automne

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L’attentat criminel du 4 août contre le train Italicus et le développement de la crise économique ont relancé le problème de la direction politique du pays. Il est vrai que le centre gauche, dernière édition, a réussi à mener à bien l’opération des décrets fiscaux et que le dernier débat parlementaire a confirmé que, pour l’instant, personne ne veut prendre l’initiative de le renverser. Mais les couches décisives de la classe dominante sont conscientes du risque de devoir affronter une conjoncture politique et économique extrêmement difficile, qui pourrait provoquer des tensions explosives, avec un gouvernement intrinsèquement faible et largement discrédité, qui ne survit que grâce à la peur du vide que pourrait provoquer sa chute. D’où la recherche angoissée d’une issue, d’où la réouverture d’une polémique publique sur la formule susceptible de surmonter une crise de direction qui dure depuis des années.

Nous n’avons jamais sous-estimé le fait que la classe ouvrière est, depuis deux années environ, acculée sur la défensive, notamment à la suite du processus inflationniste. Nous n’ignorons pas que, du moins partiellement, les initiatives terroristes et les entreprises fascistes qui se répètent peuvent opérer dans le même sens. Nous n’excluons pas non plus que, en l’absence d’une initiative de lutte résolue dans les prochaines semaines, une récession grave avec une vague de chômage puisse provoquer des phénomènes de découragement et de désarroi. Toutefois, toutes les luttes de la dernière année — des batailles pour les contrats d’entreprises au référendum sur le divorce et aux mobilisations qui suivirent les attentats fascistes de Brescia et de Bologne — confirment que le mouvement de masse n’est aucunement en reflux et, qu’au niveau des masses, ce sont la Démocratie chrétienne et l’extrême droite qui ont perdu du terrain. Dans ces conditions, seules des franges marginales peuvent envisager de surmonter la crise par une solution autoritaire ou dictatoriale.

C’est pourquoi le problème d’un tournant politique radical se pose aujourd’hui, surtout dans les termes d’une intégration éventuelle du PCI dans le bloc gouvernemental. Une telle intégration changerait le cadre politique, pourrait redonner un certain crédit au gouvernement et serait en condition d’assurer des marges de manœuvre plus grandes. C’est, du moins, ce qu’espèrent ceux qui, dans le camp bourgeois, proposent, plus ou moins ouvertement, l’opération.

Par rapport à il y a quelques mois, certaines conditions pour la réalisation du « compromis historique » ou d’un ersatz de compromis historique ont effectivement mûri. Des secteurs bourgeois sont incontestablement plus ouverts à une telle perspective. Quant au PCI, par son attitude face aux décrets fiscaux, il a donné une preuve supplémentaire de sa « respectabilité » en renonçant à une tactique d’obstruction au parlement qui aurait mené inévitablement à la chute des décrets et, assez probablement, à la démission du gouvernement Rumor. D’autre part, les évènements du Portugal — où le PC est au gouvernement — et de Grèce — où les deux PC sont d’accord pour une politique d’ouverture vers l’héritier des colonels — ont contribué également à affaiblir de vieilles résistances et à mettre de côté les craintes traditionnelles.

Malgré cela, il est improbable que le tournant se produise à une échéance rapprochée. Au moment où elle sera convaincue d’avoir joué sa dernière carte, la bourgeoisie, fort probablement, surmontera toute hésitation en brisant les résistances sectorielles et les réflexes routiniers d’appareils politiques, de cliques de pouvoir, de clientèles électorales. Mais le problème est de savoir quand elle aura effectivement épuisé toutes ses cartes. L’opinion prédominante reste que les marges de manœuvre ne sont pas épuisées et qu’il est encore possible d’obtenir du PCI une aide indirecte sans sa participation au gouvernement ou à la majorité gouvernementale. Ce dernier calcul n’est pas sans fondement dans la mesure où le PCI lui-même semble, pour l’instant, plus disposé à se placer sur ce terrain qu’à s’engager dans une responsabilité qui pourrait lui créer des difficultés sérieuses dans ses rapports avec les masses sans contreparties suffisamment concrètes.

La crise interne de la Démocratie chrétienne joue aussi dans le sens d’entraver ou de reporter l’opération. Aussi bien au conseil national du parti que dans les polémiques journalistiques, les dirigeants ont avancé, pour repousser le « compromis historique », beaucoup plus que les vieux arguments manifestement usés, l’argument qu’il est dangereux d’entreprendre une opération si audacieuse pour un parti divisé, qui a des difficultés très sérieuses dans ses rapports avec les forces sociales qui l’ont jusqu’ici soutenu.

Finalement les projets d’un accord entre la DC et le PCI apparaissent toujours moins concrets dans la mesure où la polémique est axée plus sur des généralités que sur un programme de gouvernement correspondant aux nécessités de l’étape actuelle.

Bien qu’elle soit consciente du danger, la bourgeoisie ne peut pour l’instant que continuer à vivre au jour le jour, accrochée à la formule en vigueur, par peur du pire. Et tous ceux qui veulent le statu quo parce qu’ils craignent d’être balayés ou sérieusement frappés par un bouleversement ont partie gagnée.

Est-ce que les termes du problème resteront les mêmes si les lourds nuages de l’été sont suivis par de violents orages d’automne ? Il n’est pas possible de donner dès maintenant une réponse péremptoire. Mais il est certain que les cartes seront redistribuées.

Été 1974

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