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Irlande : le nouveau tournant

par John Conway

L’échec des accords de SunningdaleL’accord de Sunningdale (impliquant le partage du pouvoir et la mise en place d’un Conseil de l’Irlande) fut établi par le gouvernement britannique, le Northern Ireland Executive (formé du SDLP, des unionistes de Faulkner et de l’Alliance Party), et le gouvernement du Sud. a marqué un nouveau tournant de la politique de la Grande-Bretagne en Irlande. Bien que la Grande-Bretagne ait suivi une ligne assez flexible dans le passé et ait modifié sa politique à plusieurs occasions, celle-ci était néanmoins maintenue dans un cadre stratégique déterminé au cours des années 60. Face à l’approfondissement de la crise de l’impérialisme britannique et aux contradictions inhérentes à la situation dans le nord de l’Irlande, ce cadre stratégique devient de plus en plus une camisole de force. La Grande-Bretagne se voit de plus en plus obligée d’adopter une perspective qualitativement différente.

Un rôle différent pour la Grande-Bretagne

L’intérêt historique de la Grande-Bretagne en Irlande était d’imposer une division artificielle de la classe ouvrière et de manipuler les termes de l’échange entre les deux pays. Sa stratégie politique était guidée par son désir de faire de l’Irlande une source de produits alimentaires à bon marché et de main-d’œuvre mal payée pour la Grande-Bretagne industrielle.

Mais le déclin prolongé de l’impérialisme britannique a lentement modifié cela. Ces changements trouvaient leur racine dans les difficultés que connaissait la Grande-Bretagne, surtout depuis la Seconde Guerre mondiale. Un bas niveau d’investissement et de croissance, s’ajoutant à la compétition accrue sur le marché impérialiste et à une part réduite du marché mondial, a créé des crises répétées de la balance des paiements britannique. Toutes les tentatives faites pour répondre à cette situation en réduisant la demande intérieure rencontrèrent une vigoureuse résistance d’une classe ouvrière bien organisée et confiante en sa propre force. De plus, à long terme, la restriction de la demande interne ne pourrait que prolonger la stagnation de l’industrie, aggravant la situation de la balance des paiements.

La seule alternative qui restait était de stimuler les investissements outre-mer pour rechercher de nouvelles sources de profits. Au cours des années 50 — période importante pour les rapports avec l’Irlande —, un sérieux changement se produisit avec une croissance annuelle régulière des chiffres d’investissements à long terme à l’étranger. Une partie importante de ces investissements privés se dirigea vers l’Irlande, où elle commença à prendre le contrôle de la nouvelle industrie qui s’était développée sous contrôle indigène au cours de la période protectionniste. Dans le sud de l’Irlande, au cours des années 60, seulement 20 % du capital industriel provenait du pays et plus de 40 % provenait de Grande-Bretagne. Dans le Nord également, il y eut un afflux significatif de capitaux et, dès la fin des années 50, seulement 30 % des capitaux investis dans l’industrie lourde provenait de sources locales. Pratiquement tout le reste appartenait à la Grande-Bretagne.

Ce développement exigeait un cadre politique plus sophistiqué afin d’affronter les relations changeantes entre la Grande-Bretagne et l’Irlande et entre le Nord et le Sud. Au lieu de stimuler des divisions artificielles, il devint nécessaire de prôner l’unité et l’intégration.

Mais un tel changement ne pouvait pas être introduit en un jour. Il faudrait du temps pour faire fondre les profondes contradictions sociales et politiques qui s’étaient développées au cours des siècles. Dans la vague de croissance et d’expansion, ceci ne représentait pas un problème insurmontable. Une stratégie à long terme de rationalisation des structures politiques de l’Irlande et de rapprochement étroit du pays de l’orbite britannique fut élaborée.

La stratégie irlandaise

La nouvelle crise du capitalisme britannique qui éclata en 1969 a porté un coup sévère à cette perspective. Quand la balance des paiements britannique montra un surplus en 1969, il sembla que la Grande-Bretagne commençait à surmonter le problème qui la tiraillait depuis la fin de la guerre. Mais la nature du surplus indiquait que ce n’était pas le cas. Il découlait uniquement de la baisse des prix d’importation et de la hausse des prix d’exportation, après la dévaluation. En d’autres termes, cela ne reflétait pas un renforcement de l’économie mais plutôt un affaiblissement.

La modification des perspectives de la Grande-Bretagne a eu des répercussions inévitables sur sa stratégie en Irlande. Jusqu’en 1968, quand la ligne qu’elle suivait se heurta à un véritable soulèvement démocratique de la population catholique, la réponse de la Grande-Bretagne resta dans le cadre de la stratégie poursuivie au cours de la première moitié de la décennie. Au cours de la première phase du soulèvement, d’octobre 1968 à août 1971, le but du Parti travailliste et des Conservateurs était simplement de restaurer le statu quo afin de reprendre la longue marche vers une solution fédérale graduelle.

Mais les contradictions s’approfondirent si rapidement au Nord qu’il fut nécessaire d’accélérer l’introduction de la solution fédérale par un effort hasardeux visant à prévenir une confrontation prématurée. Ainsi, dans la seconde phase de la lutte, l’AssembléeL’Assemblée est la structure de gouvernement des six comtés du Nord mise en place par l’accord de Sunningdale. et un pouvoir exécutif paritaire furent rapidement mis sur pied, et l’Accord de Sunningdale fut élaboré comme premier pas vers une solution fédérale. Cependant, l’efficacité de ces initiatives à court terme se situait dans le contexte d’une expansion des opportunités du capitalisme britannique. Maintenant que l’on ne peut plus compter sur cette précondition, la stratégie fédéraliste est abandonnée. Une nouvelle stratégie pour la reprise en main de la situation en Irlande est nécessaire. La Grande-Bretagne n’a pas facilement admis ce fait. Elle devait d’abord avoir confirmation de la profondeur des problèmes économiques et politiques internes auxquels elle était confrontée avant de brûler les ponts. Mais maintenant que cela est chose faite, il faut faire les réajustements nécessaires.

Le tournant

Si l’effondrement de l’Assemblée et de l’exécutif paritaire et la disparition de Sunningdale indiquent un changement dans l’attitude de la Grande-Bretagne envers l’Irlande, le Livre blanc du 4 juillet indique la direction dans laquelle ce changement est fait. Il représente une retraite totale par rapport à la stratégie fédéraliste et un tournant vers une solution fortement répressive dans la crise actuelle.

Dans ce nouveau projet, la dimension irlandaise du problème n’existe absolument pas. De la position précédente, qui expliquait que la classe dominante orangiste devrait subordonner son autonomie politique aux dictats de l’ensemble de la classe dominante irlandaise en accord avec les besoins de l’impérialisme britannique (comme cela était souligné dans le Livre vert d’octobre 1972, où le terme « dimension irlandaise » apparaissait pour la première fois), on passe à un niveau purement géographique — c’est-à-dire que l’État libre du Sud et les six comtés du Nord ont une « frontière commune ». La « dimension irlandaise » n’a donc plus là aucun sens politique. Comme le remarquait l’Irish Times du 5 juillet :

« La ‘dimension irlandaise’ est réduite à une ombre… L’acceptabilité par Dublin [de toute solution britannique pour le Nord] n’entre pas dans la nouvelle politique. »

Le partage du pouvoir, qui était l’autre principal pilier de la stratégie britannique, perd également tout contenu. Auparavant, le Livre vert avait admis que la population catholique était devenue une minorité permanente dans le Nord et que ce seul fait créait une série d’anomalies sociales et politiques. Le premier Livre blanc (mars 1973) présentait un système de partage des pouvoirs entre les représentants politiques choisis par la minorité et les représentants unionistes comme seule façon de démocratiser les rapports politiques dans le Nord — précondition indispensable pour la solution fédérale.

Le second Livre blanc, où la raison du partage des pouvoirs est uniquement le besoin de stabilité politique, montre combien la confiance de la Grande-Bretagne a été ébranlée au cours des derniers évènements. De même, l’insistance sur le fait qu’il « doit y avoir une certaine forme (!) de partage des pouvoirs » est plus un cri de désespoir qu’une conviction politique. Il n’y a en fait qu’une seule forme de partage du pouvoir qui aurait pu coopter la minorité anti-impérialiste. Elle a été essayée et renversée par les Loyalistes.

L’autre forme possible de partage des pouvoirs est celle défendue par les Loyalistes — l’inclusion de Castle Catholics (catholiques du Château) et de Token TeighsCastle Catholic (catholique du Château) est un terme qualifiant les catholiques qui collaboraient avec l’impérialisme britannique, au temps où le château de Dublin était le siège du pouvoir britannique en Irlande. « Token Teigh » est un terme historique de dénigrement utilisé contre la minorité catholique dans le Nord. dans un cabinet contrôlé par les Orangistes. Cela semble être la « certaine forme » de partage du pouvoir que le Livre blanc ait choisie. La bourgeoisie britannique opère une retraite vers l’acceptation d’un régime du type du vieux StormontStormont était le siège du gouvernement dans le Nord jusqu’à l’introduction de la domination directe de la Grande-Bretagne en mars 1972. Son nom est étroitement associé à la suprématie politique protestante. avec quelques rapiéçages pour faire bonne figure.

Faire confiance aux loyalistes

Quand on a compris ce qui précède, il est facile de comprendre les dispositions prévues par le Livre blanc par rapport à la mise en place d’une machine politique intérimaire. Cette machine n’est pas une courroie de transmission vers une mise en place ultérieure de la solution fédéraliste, mais une courroie de transmission pour un retour à la situation d’avant 1968.

Afin de sortir de la terrible situation dans laquelle elle s’est embourbée, la Grande-Bretagne a besoin d’un peu de répit. C’est le but recherché par l’établissement d’un Congrès constitutionnel pour discuter des solutions possibles au problème du Nord. Mais peut-on sérieusement croire qu’à cinq années de luttes intenses peut succéder une longue période de pur bavardage ? Que la prolongation de la discussion pourrait faire surgir une solution à laquelle on n’aurait pas encore pensé ? Non, la Grande-Bretagne n’est pas si naïve, et elle n’attend pas de nouvelle solution. Elle attend simplement un moment opportun pour appliquer la nouvelle stratégie qui est déjà élaborée dans le Livre blanc.

Pour imposer cette stratégie, la Grande-Bretagne doit pouvoir compter sur un processus moléculaire qu’elle peut stimuler mais sans en faire directement partie. En d’autres termes, la Grande-Bretagne ne peut pas se permettre de laisser porter un coup fatal à la minorité en ce moment. Une telle mesure unirait toute la communauté, écarterait le SDLP (Social Democratic and Labour Party)Parti travailliste social-démocrate issu originellement des luttes pour les droits civiques, il représente les intérêts de la bourgeoisie et de la petite bourgeoisie catholique. et stimulerait la révolte de l’autre côté de la frontière dans le Sud. Au lieu de cela la Grande-Bretagne compte sur le changement des rapports de forces entre les communautés protestante et catholique. Dans le cadre de son approche précédente, la Grande-Bretagne avait essayé de garder les LoyalistesProtestants qui veulent rétablir la situation d’avant 1968. sous contrôle tout en s’occupant de la minorité catholique. Elle laisse maintenant les choses aller et permet ainsi l’établissement d’un rapport de forces plus favorable aux Loyalistes.

Dans ce sens l’ambiguïté du Livre blanc sur la question de la sécurité est énorme. Le SDLP fut amèrement déçu par l’absence de tout geste allant dans le sens de la création d’une force de sécurité acceptable pour la minorité. Ce qui est plus important encore, c’est le silence gardé sur la revendication des politiciens loyalistes d’une Garde civile protestante de 20 à 30 000 hommes. Bien que les Loyalistes aient contacté officiellement le gouvernement britannique plusieurs fois sur cette question, bien que la revendication ait été accompagnée de menaces de guerre civile de la part de John LairdUnioniste de droite. et Bill CraigAncien ministre du Stormont, un des principaux dirigeants loyalistes qui créa le Vanguard Unionist Party et est en liaison étroite avec des organisations paramilitaires., il a gardé le silence à ce sujet.

Ce n’est certainement pas parce que le gouvernement considère cette question trop triviale pour s’en occuper. Cette revendication émerge des racines mêmes du loyalisme. Elle est partie de l’Ulster Special Constabulary Association, un groupe paramilitaire formé d’anciens B-Specials qui compte plusieurs milliers de membres et a des représentants dans l’Ulster Workers CouncilOrgane de coordination de la récente grève loyaliste.. Cette organisation pourrait former à elle seule la colonne vertébrale d’une milice loyaliste officielle ou non.

Il faut ajouter à cela le mécontentement croissant envers le rôle de l’Ulster Defence RegimentRégiment spécial de l’armée britannique, recruté exclusivement en Irlande du Nord et à composition presque 100 % protestante. et la Royal Ulster ConstabularyLa force de police, presqu’entièrement protestante., à la fois au sein des loyalistes en général et au sein des membres des forces de sécurité eux-mêmes. De nombreux rapports sont apparus dans la presse concernant des groupes paramilitaires loyalistes qui prenaient le contrôle d’unités de l’UDR et menaient des opérations sectaires (contre la minorité catholique — INPRECOR). Le mécontentement par rapport à la RUC s’accroît également. Proportionnellement, la RUC a souffert le plus de la guerre contre le « terrorisme ». Des chiffres publiés le mois dernier par la RUC montrent que depuis 1968 plus de la moitié de ses membres ont été blessés dans les affrontements et des batailles de rue. Par rapport à cela, ses succès contre les ProvosProvisional Irish Republican Army, une des deux ailes de l’IRA, qui mène la lutte armée. ont été minimes — l’an passé plus de 1 000 bombes ont été posées malgré des précautions de sécurité sans précédent. Même les succès des forces de sécurité montrent combien leur tâche est vaine. La capture de 282 roquettes et mortiers, 1 598 armes à feu, 187 399 balles et 3 400 livres d’explosifs révèle simplement la taille énorme de l’iceberg qui demeure hors d’atteinte des forces de sécurité. Face à cette maigre performance et au coût en moral et en prestige pour l’UDR et la RUC, la revendication des loyalistes pour la mise en place d’une force plus agressive a reçu un large écho dans la communauté protestante.

L’oubli apparent de la Grande-Bretagne de cette tendance au militarisme loyaliste n’est pas sans explication. Cette tendance est exactement ce que la Grande-Bretagne veut voir se développer, sans se salir les mains pour l’instant.

Jusqu’ici aucune section importante du mouvement révolutionnaire n’a saisi la dynamique et la direction de la lutte nationaliste. Après l’établissement de l’Assemblée, les OfficialsOfficial Irish Republican Army, l’autre aile de l’IRA, de tendance réformiste. prédirent un retour à la normale. Les groupes d’extrême gauche, à l’exception du RMG (Revolutionary Marxist Group, section irlandaise de la IVe Internationale) et de PD (People’s Democracy, formation centriste qui soutient la lutte militaire des Provos), se sont contentés de condamner l’Assemblée et le partage du pouvoir comme n’étant qu’un geste vide de sens, mais ils ont ignoré leur implication pour le futur de la lutte. Les Provos prédirent que l’Assemblée s’effondrerait, mais en conséquence de leur propre campagne.

Après la chute de l’Assemblée et l’échec de Sunningdale, toutes ces organisations et ces groupes se lancent une fois de plus dans des prédictions faciles se basant sur des dogmes présumés. Certains voient le développement d’un mouvement autonome dans la classe ouvrière protestante, mouvement qui se tournera inévitablement vers le socialisme. D’autres voient un retrait de la Grande-Bretagne et un accord entre les Républicains et les Loyalistes. Et, bien évidemment, pour l’extrême gauche, aveuglée par son dogmatisme, rien n’a changé — « la lutte continue ». Toutes ces affirmations passent bien à côté de la réalité.

Y aura-t-il un mouvement autonome de la classe ouvrière protestante et se tournera-t-il vers le socialisme ? Ceux qui font cette prédiction espèrent que les divisions actuelles au sein du camp loyaliste produiront un tel résultat. Mais ils ont mal compris la nature de ces divisions. Il est vrai que des frictions se développent entre les éléments plébéiens de l’Ulster Workers Council et les représentants de la classe moyenne dans le United Ulster Unionist Council. Mais ces frictions ne sont pas le produit d’un déplacement de l’UWC vers le socialisme ou même le populisme. Le fait est en réalité que la grève de l’UWC a amené les dirigeants bourgeois du loyalisme au sommet du pouvoir après cinq ans de fragmentation et de frustration. Maintenant qu’ils sont au sommet, les West, Craig et Paisley saisissent l’occasion pour se débarrasser de tous les intermédiaires plébéiens (de la classe ouvrière et de la petite bourgeoisie) afin d’affirmer leur contrôle sur le mouvement.

Ceux — entre autres certaines sections de la direction des Provos — qui s’imaginent que la Grande-Bretagne va se retirer du Nord en laissant les Républicains et les Loyalistes réaliser un compromis fédéraliste font preuve d’une même absence de compréhension. Peuvent-ils croire qu’après une aussi longue campagne pour maintenir sa présence, la Grande-Bretagne va simplement abandonner les énormes atouts qu’elle a accumulés dans le Nord ? Est-ce que l’impérialisme britannique a accru son contrôle du capital commercial et industriel du Nord au cours de la dernière décennie pour simplement le remettre à un quelconque État fédéral qui serait dominé par les Provos ou un autre groupe républicain ? Absolument pas. La bourgeoisie loyaliste (ou même ses partisans dans la classe ouvrière), qui a exclu la population catholique même des postes de travail, va-t-elle soudainement être d’accord pour partager son butin ? Quel espoir !

Finalement, est-ce que la « lutte » va simplement « continuer » sans changement significatif ? Seule la gauche économiste aveugle peut le croire.

Tandis que ces caricatures fossilisées de la social-démocratie se posent des questions qui ont reçu une réponse claire de la part des évènements (des questions aussi profondes que « est-ce que les travailleurs protestants vont s’unir avec leurs frères catholiques pour lutter contre l’impérialisme »), de nouvelles questions décisives apparaissent.

La principale question dans la période à venir est de savoir si oui ou non la classe ouvrière catholique sera capable de lancer la lutte contre l’alliance naissante entre l’impérialisme britannique et le loyalisme et le retour aux jours du vieux Stormont. Si la réponse à cette question est négative, alors le récent Livre blanc est l’épilogue d’une série de manœuvres impérialistes ; si la réponse est optimiste, il ne représente que l’ouverture d’un nouveau chapitre de la lutte.

Bien que la minorité catholique semble démoralisée et docile, il y a un processus de recomposition à l’œuvre dans la communauté. Tandis que le SDLP maintient son hégémonie politique sur les catholiques, les forces révolutionnaires anti-impérialistes progressent lentement. L’existence de ce processus, et le fait qu’il exerce une pression réelle, est confirmé par les divisions qui sont apparues périodiquement au sein des rangs du SDLP depuis la victoire des Loyalistes. De plus, la tendance DevlinFait référence aux éléments populistes au sein du SDLP qui croient qu’une ligne plus militante est nécessaire pour maintenir la base électorale du Parti. Cette position est représentée par Paddy Devlin, dirigeant du mouvement pour les droits civiques et membre de l’IRA dans les années 50. a pris apparemment le dessus dans le parti au cours de ces controverses. Le SDLP dans son ensemble subit la pression de la radicalisation dans les ghettos, et ceci entraîne une nouvelle atmosphère plus favorable à un soulèvement révolutionnaire parmi les catholiques.

Si la communauté catholique était désespérée, le SDLP aurait certainement assoupli sa position sur la « dimension irlandaise » et le partage du pouvoir. Au contraire, il a été obligé, sous peine d’affaiblir encore plus sa base électorale, de présenter une image intransigeante et militante.

Il est possible de prévoir que, au fur et à mesure que les plans britanniques apparaîtront plus clairement, une opposition croissante se fera jour parmi la population britannique. Étant donné la nature critique de la situation économique et politique britannique et la nouvelle confiance en eux-mêmes des loyalistes, aucune tentative sérieuse d’intégrer cette résistance ne sera faite. La seule issue possible sera une confrontation prenant des dimensions de guerre civile.

S’il est évident que les masses catholiques n’abandonneront pas leurs aspirations historiques sans lutter, un point d’interrogation reste posé sur le rôle de la gauche révolutionnaire irlandaise. Dans son ensemble elle a montré son incapacité à comprendre la dynamique de la lutte ou à donner une direction réelle aux larges couches qui lui ont fait quelquefois confiance.

La confrontation à venir est la dernière chance qui se présentera pendant une longue période. Ce n’est qu’en unissant nos forces et en forgeant des liens réels avec les masses que nous pouvons espérer relever le défi.

Été 1974

Lettre hebdomadaire