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Irlande : front uni contre la répression

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Quatre militants du Revolutionary Marxist Group (RMG, Groupe marxiste révolutionnaire, section irlandaise de la IVe Internationale), un sympathisant du RMG et un militant de People’s Democracy sont passés en procès, le 20 août dernier, sous l’accusation truquée de « conduite tumultueuse ». Les six militants faisaient partie du service d’ordre d’une manifestation contre l’internement le 11 août. Les arrestations — et la tentative de faire de ces procès une démonstration politique — font partie des mesures britanniques visant à intimider les organisateurs de protestations massives dans l’Irlande du Nord contre le maintien de l’internement des militants politiques. En fait ces arrestations furent précédées par une série de provocations durant la manifestation proprement dite.

La manifestation fut la plus importante action contre l’internement au cours du mois d’août ; elle fut plus importante que la manifestation organisée par la Northern Ireland Civil Rights Association — association des droits civiques d’Irlande du Nord, soutenue par l’IRA officielle et le PC —, et que celle organisée par l’IRA provisoire. Environ 2 000 personnes y participèrent. La manifestation partit d’Andersonstown et obligea l’armée britannique à fermer la principale autoroute menant à Belfast quand les manifestants essayèrent de traverser cette autoroute pour se rendre au camp de concentration de Long Kesh.

Les manifestants défilèrent pendant plusieurs kilomètres, malgré les attaques occasionnelles à coups de pierre par des éléments loyalistes, éléments que les soldats britanniques présents en grand nombre laissèrent faire ; la manifestation fut finalement arrêtée par une barricade de rue mise en place par la Royal Ulster Constabulary et appuyée par les troupes en uniforme de combat.

Après un meeting au cours duquel des orateurs du RMG soulignèrent la nécessité de l’unité pour lutter contre la répression, la manifestation fit demi-tour. Mais quand elle arriva à Andersonstown, les soldats britanniques déclenchèrent une série de provocations. La route était bloquée par un cordon de soldats en uniformes de combat. Ils tirèrent des balles de caoutchouc et un petit affrontement s’ensuivit, au cours duquel les soldats saisirent deux membres du service d’ordre.

Le gros de la manifestation fut obligé d’aller se reformer dans une rue voisine. Mais au bout de cette rue elle dut de nouveau affronter des soldats du Black Watch, un régiment écossais de l’armée britannique, particulièrement réputé pour sa violence. Une heure après la dissolution de la manifestation, quatre militants du RMG furent arrêtés par une patrouille mobile du Black Watch et emmenés à la caserne britannique de Fort Monagh à Andersonstown, où ils furent détenus et interrogés durant cinq heures avant d’être transférés entre les mains de la Royal Ulster Constabulary et placés en détention provisoire.

Le lendemain, un militant du RMG passa en procès et fut condamné, sur la seule base d’un témoignage d’un membre du Black Watch, à six mois de prison, pour lesquels le sursis fut accordé « à contrecœur » par le juge. Les autres militants restèrent en détention provisoire. Au cours de la procédure de mise en liberté sous caution, le juge tenta de faire jouer les « implications politiques » de l’affaire, expliquant que les accusés étaient tous liés par leurs « idées marxistes et léninistes ». Il expliqua qu’ils n’étaient pas membres du service d’ordre, mais bien les organisateurs de la manifestation. Un militant anglais du RMG fut dénoncé comme « agitateur étranger ».

Cependant, au tribunal, le témoignage donné par des soldats britanniques apparut tellement frauduleux que les accusations contre deux militants furent levées ; deux autres militants furent condamnés à deux mois avec sursis.

Ces incidents soulignent la nécessité de l’unité d’action entre les forces anti-impérialistes pour défendre les militants et toute la population anti-unioniste. Le rythme de la répression va sans aucun doute s’accélérer avec le développement des compromis avec les Loyalistes. On peut s’attendre à sa généralisation à toute la classe ouvrière anti-unioniste. La seule riposte efficace est l’unité d’action des organisations anti-impérialistes.

Été 1974

Lettre hebdomadaire