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Grèce : pour la reconstruction du mouvement syndical

par Epitropi Organotikis Protovoulias

Le manifeste suivant, publié et diffusé par le Comité d’organisation d’avant-garde, est paru dans le journal Ergatike Pale (Lutte ouvrière), journal des trotskystes grecs, du 10 août 1974. Sous la dictature militaire ce journal apparaissait sous forme ronéotypée clandestinement tous les mois. Après la chute de la junte il est apparu toutes les semaines. La traduction du grec est d’Intercontinental Press, hebdomadaire d’information trotskyste publié à New York.

Après presque huit ans d’une rude persécution de toutes les activités syndicales dans notre pays, toute tentative de défendre les intérêts des travailleurs fut réprimée par les balles, la prison, l’exil et la torture. Aujourd’hui, à la suite de notre lutte patiente et grâce à la lutte de toutes les couches opprimées de la société, une brèche est ouverte.

Afin de remplir nos responsabilités dans la défense, le progrès et la consolidation de notre classe, nous devons systématiquement exploiter cette opportunité. À cette fin, nous devons former des groupes syndicaux qui défendent réellement nos intérêts.

Le premier pas dans cette direction est de former un Comité organisateur d’avant-garde (Epitropi Organotikis Protovoulias) dans chaque catégorie, dans chaque ville, et dans chaque secteur de l’industrie. Ces groupes doivent servir comme directions provisoires, impulsant et dirigeant la lutte pour expulser les opportunistes désignés par la Junte, ces bureaucrates qui, pendant des années, ont touché de gros salaires grâce à leur trahison et dont la seule mission était d’envoyer des télégrammes de félicitation aux assassins de nos camarades de travail. Ces comités vont lancer une campagne afin d’intégrer les travailleurs de chaque catégorie. Ils vont constituer leurs organes dirigeants d’une façon démocratique et, le plus rapidement possible, garantir que ceux-ci représentent réellement la volonté et le choix des travailleurs de la catégorie concernée. Ces comités vont étudier les problèmes les plus urgents de chaque catégorie et exprimer leurs revendications.

Nous ne devons pas perdre de vue la crise qui sévit aujourd’hui, et nous ne devons pas non plus faire confiance à de vagues promesses. Nous devons rester vigilants et organiser systématiquement cette vigilance. Seule la classe ouvrière elle-même a la capacité et la profonde volonté de défendre et de consolider les intérêts des travailleurs. Il est sûr que des tentatives vont être entreprises pour remplacer les hommes de main de la Junte par de nouveaux bureaucrates opportunistes du genre de Markos.

Ainsi, les béni-oui-oui d’avant 1967 qui ont amené une telle misère pour la classe ouvrière essayeront de prendre la place des hommes de main de la Junte. Les travailleurs de notre pays doivent résister à de telles tentatives d’une façon énergique et organisée.

Dans aucun cas les dirigeants désignés ne peuvent être tolérés à aucun niveau de la structure syndicale. Au niveau de la base, les dirigeants doivent être élus démocratiquement par les travailleurs. Et les dirigeants aux niveaux supérieurs, y compris au sommet, doivent être élus à leur tour par les représentants choisis par les travailleurs. En plus, tous les dirigeants élus doivent être révocables à tout moment par la base ouvrière.

Nous appelons tous les syndicalistes chevronnés à prendre très vite des initiatives dans le cadre du mouvement de formation des Epitropes Organotikis Protovoulias et à regrouper tous leurs jeunes camarades qui ont démontré leurs capacités au cours de l’épreuve de feu des huit dernières années, mais qui n’ont pas encore l’expérience d’un travail syndical légal.

Tenant compte de la situation dans laquelle se trouve notre classe et des progrès technologiques qui ont eu lieu, les revendications centrales de chaque catégorie devraient être les suivantes :

  • l’élection démocratique immédiate de tous les organes dirigeants, qui doivent être gérés par les travailleurs eux-mêmes sans intervention aucune des tuteurs désignés par la Junte ou par Markos ;
  • la semaine de travail de cinq jours ;
  • la journée de travail de sept heures ;
  • une augmentation salariale de 50 % pour regagner une partie du pouvoir d’achat que nous avons perdu au cours des sept dernières années, et des réajustements permanents afin d’élever nos salaires au niveau européen ;
  • salaire égal pour les hommes et les femmes ;
  • une diminution des heures de travail sans perte de salaire afin de distribuer le travail disponible pour engager les chômeurs de toutes les catégories. Des travaux publics pour éliminer le chômage ;
  • allocation de chômage égale au salaire normal ;
  • quatre semaines de vacances payées pour tous les travailleurs (ouvriers, employés) quelle que soit leur ancienneté ;
  • toutes les allocations sociales payées par les patrons ;
  • gestion de toutes les caisses sociales par les travailleurs eux-mêmes ;
  • des crèches pour les enfants et des soins spéciaux pour les mères au travail ;
  • quatre heures de travail et quatre heures d’étude pour les jeunes travailleurs de 14 à 18 ans ;
  • abolition du travail pour les moins de 14 ans et un soutien social et matériel pour la prise en charge et l’éducation de ces mineurs ;
  • conditions égales et droits égaux pour tous les travailleurs étrangers, y compris le droit de s’organiser économiquement et politiquement ;
  • abolition de toutes les lois anti-ouvrières ;
  • aucune intervention de l’État dans les syndicats.

TOUT LE MONDE DANS LA LUTTE !

Été 1974

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