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Exit Orban, Internationale Brune affligée, Poutine et Trump endeuillés!

par Yorgos Mitralias

Évidemment, le tombeur de Orban Peter Magyar est un conservateur endurci, et il y a encore deux ans, il était haut placé dans le parti du sieur Orban. Et aussi évidemment, son parti Tisza est un parti fourre tout à dominante conservatrice. Toutefois, cela n’empêche que le fleuron hongrois de l’extrême droite européenne parti en fumée, ses associés semblent inconsolables. L’Italienne Meloni, la Française Le Pen, l’Espagnol Abascal, le Portugais Ventura, le Néerlandais Wilders, le Belge Van Grieken, le Britannique Farage, ainsi que son grand ami le génocidaire Israélien Netanyahou et les chefs des formations néonazies comme l’AFD allemand, ne cachent pas leur déception. Mais, ce sont les mentors de M. Orban et guides suprêmes de l’Internationale Brune Vladimir Poutine et Donald Trump qui sont, à juste titre, désemparés et sonnés. Car tant pour l’un que pour l’autre, Orban et son régime constituaient la pièce maîtresse de leur projet -en cours de réalisation- qui ambitionne de subvertir l’Europe et la faire gouverner par des partis racistes, néofascistes et d’extrême droite dure à leur solde !

Alors, ce n’est pas un hasard que tout ce beau monde s’est empressé de soutenir le plus activement possible M. Orban en participant en personne à sa campagne électorale. Et surtout, que le vice-président américain J.D. Vance a fait de même en pleine guerre contre l’Iran, se déplaçant à Budapest seulement trois jours avant qu’il aille à Islamabad pour négocier avec les Iraniens ! Un J.D. Vance qui n’a pas hésité d’appeler Trump pour qu’il intervienne en direct au meeting de Orban au Palais de Sports de Budapest, avec ces mots : « Je suis un grand fan de Viktor – je le soutiens à 100 %, les États-Unis le soutiennent à 100 % » ! Peine perdue, la disparition de leur bastion hongrois les laisse bien assommés et décontenancés car elle interrompt -pour la première fois- la longue série des victoires électorales qui ont fait que l’extrême droite européenne monte en flèche depuis plus de dix ans dans pratiquement tous les pays de notre vieux continent.

Certes, il reste à voir l’impact qu’aura la disparition de ce que Trump aimait qualifier de « rempart civilisationnel pour l’Europe » tant sur les prochaines performances électorales de cette extrême droite européenne, que sur la guerre que mène Poutine contre l’Ukraine. Cependant, il n’est pas du tout exclu que la défaite cuisante d’Orban combinée aux difficultés grandissantes que sont en train de rencontrer Trump en Iran et Poutine en Ukraine, marque un coup d’arrêt à la progression ininterrompue de cette extrême droite européenne. Et cela d’autant plus que d’importantes divergences sont en train d’apparaître parmi les participants de l’Internationale Brune en gestation, en raison des guerres coloniales de Bibi Netanyahou et surtout en raison des politiques et des manières du président américain qui sont loin de faire l’unanimité, au point que plusieurs d’entre eux (Meloni, Le Pen et même ..le AFD allemand) considèrent désormais son soutien public plutôt dommageable qu’utile en raison de l’effondrement de la popularité de Donald Trump partout en Europe.

En somme, beaucoup dépendra de l’évolution des rapports entre les grands patrons de cette « confrérie » internationale de la réaction la plus agressive et décomplexée, les sieurs Trump et Poutine. Pour l’instant, tout indique que leurs rapports restent bons, profitant d’ailleurs du rééquilibrage de leur rapport des forces que provoque d’un côté, la perte d’influence de Trump en raison des impasses de sa guerre contre l’Iran, et de l’autre, les gains de Poutine qui a vu ses recettes pétrolières et gazières doubler en Mars passé en raison des conséquences de cette même guerre ! La meilleure preuve en est la façon dont Trump a commenté les informations des médias -fondées d’ailleurs sur des rapports des services américains -concernant l’aide que la Russie de Poutine offre aux Iraniens, pour que ces derniers tirent avec succès drones et missiles sur les militaires américains. Bien que les victimes en soient des compatriotes de Trump, celui-ci qui d’habitude jure de se venger et promet l’enfer à celui qui touche un cheveu d’un américain, s’est limité cette fois à minimiser l’importance du fait que la Russie partage avec l’Iran de tels renseignements, en disant que tout ça… « n’aide pas beaucoup les Iraniens » ! Une réaction ou plutôt un manque de réaction plus qu’éloquent…

Ceci étant dit, la crise du trumpisme et les divisions que provoquent dans les rangs de l’extrême droite européenne et internationale les performances guerrières et autres de Netanyahou, Poutine et Trump, contribuent à ce que la disparition du bastion hongrois laisse sans référence unificatrice l’extrême droite européenne. Et cela parce que Orban réussissait là où tous les autres échouent : faire l’unanimité parmi toutes les tendances et « sensibilités » racistes, misogynes, homophobes, anti-européennes, anti-migrants, anti-ouvrières, antisocialistes, fascistes et néonazies de l’extrême droite européenne et même mondiale. Si à tout ça on ajoute que Orban a servi pendant au moins 12 ans d’allié stratégique -et aussi de cheval de Troie dans les centres de décision et les institutions européennes- de Poutine et de son régime, on comprend mieux que sa disparition constitue un événement de premier ordre qui pourrait avoir d’importantes répercussions tant sur l’issue de la guerre de Poutine contre le peuple ukrainien, que sur l’évolution des rapports de force politiques en Europe et même au-delà.

Et la gauche européenne dans tout ça ? Malheureusement, force est de constater qu’elle brille par son absence, laissant la droite dite « libérale » monopoliser la défaite de Orban et la défense de la démocratie en Europe. Pourquoi ? Mais, parce que l’association de Trump avec Poutine perturbe fortement ses certitudes qui veulent que les impérialistes américains trouvent sur leur chemin les anti-impérialistes russes, que le « bon » Poutine soit l’ennemi du «mauvais » Trump. C’est ainsi que sa composante probablement majoritaire, soit s’abstient de commenter la défaite écrasante de Orban car tout commentaire l’obligerait de parler de Poutine et de sa guerre ukrainienne, chose qu’elle évite sciemment de faire depuis quatre ans. Soit se souvient et fustige uniquement le soutien à Orban du fasciste Trump et de l’extrême droite européenne, mais « oublie » de citer celui que - l’également fasciste et parrain des fascistes- Poutine lui a offert abondamment depuis bien longtemps. Deux poids et deux mesures et ensuite elle se demande pourquoi les citoyens persistent à lui tourner le dos…

Alors, étant donné l’état plutôt lamentable de la gauche actuelle, on se console tout d’abord avec ses rares oasis vraiment internationalistes qui ne renoncent pas et sauvent l’honneur de la gauche globale, comme avec la disparition d’Orban, ainsi qu’avec les échecs de Trump en Iran et les impasses de Poutine en Ukraine. On se console comme on peut tout en étant à l’affût de la petite étincelle qui pourra mettre le feu à nos sociétés plus inflammables que jamais.

Le 16 avril 2026

 

المؤلف - Auteur·es

Yorgos Mitralias

Yorgos Mitralias, journaliste retraité, ancien militant de la section grecque de la IVe Internationale et de Syriza, un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM, a animé le site EuropeansForBerniesMassMovement qui fournissait, surtout en anglais et en grec, des informations quotidiennes sur les actions des mouvements sociaux et de la gauche étatsunienne.