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Déclaration (Inde) : Solidarité avec les manifestant·es en Iran - Opposons-nous aux tentatives de renverser le régime des États-Unis, de l’Union européenne et d’Israël

par Radical Socialist
© Bruisefarshid - Own work, CC0

Radical Socialist est solidaire du soulèvement populaire en Iran contre la répression brutale de l’État et la détérioration des conditions économiques dans le pays, provoquée par l’effondrement de la monnaie officielle iranienne et la flambée de l’inflation. La vague de protestations actuelle a débuté le 28 décembre 2025 au Grand Bazar de Téhéran et s’est rapidement étendue au-delà de la capitale pour toucher les trente et une provinces que compte l’Iran.

Contrairement à la désinformation propagée par les médias occidentaux et les agences gouvernementales iraniennes, les manifestant·es sont principalement des citoyen·nes iranien·nes ordinaires qui sont victimes de la flambée des prix des produits de première nécessité tels que la nourriture et les médicaments, du chômage, de la corruption rampante et des inégalités économiques flagrantes.

Il ne fait aucun doute que les troubles actuels en Iran sont principalement alimentés par les sanctions économiques prolongées imposées par l’Occident et instrumentalisés par des forces opportunistes telles que la CIA et le Mossad dans le but explicite de renverser le gouvernement iranien actuellement au pouvoir. Cependant, il serait erroné de considérer que ce mouvement populaire est entièrement le fruit d’une intervention étrangère. Une telle affirmation minimise considérablement les griefs légitimes du peuple iranien et justifie la répression violente menée par la République islamique contre les manifestations, qui en sont désormais à leur troisième semaine.

Les manifestations actuelles font suite à une série de mouvements populaires qui ont secoué l’Iran depuis 2017, la dernière grande révolte ayant eu lieu en 2022 après l’exécution de Mahsa Amini, une Kurde de 22 ans, qui a déclenché une vague de protestations massives et donné naissance au mouvement « Femme, vie, liberté », l’un des plus grands mouvements sociaux de l’histoire récente de l’Iran. Ces explosions périodiques sont le reflet de crises plus profondes qui trouvent leur origine dans les sanctions occidentales, ainsi que dans le caractère corrompu et répressif des politiques du gouvernement iranien, notamment l’imposition de mesures d’austérité, la réduction des salaires des travailleurs et la répression de tout mouvement de contestation, alors que près d’un tiers de la richesse totale du pays reste concentrée entre les mains de riches magnats du pétrole et d’oligarques. L’Iran a également le salaire minimum le plus bas des pays de la région moyen-orientale et nord-africaine, et près de 70 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

La dépréciation du rial, la monnaie officielle iranienne, d’environ 84 % à la suite de la guerre de 12 jours avec Israël en juin 2025, a encore affaibli l’économie fragile de l’Iran et accéléré la paupérisation des classes moyennes. En décembre 2025, l’inflation avait atteint le niveau alarmant de 42,2 %, les prix des denrées alimentaires ayant augmenté de 72 % et ceux des médicaments de 50 % par rapport à l’année précédente. Les récentes réformes économiques engagées par le président iranien Masoud Pezeshkian n’ont guère contribué à endiguer la corruption, telle que la manipulation du système de taux de change variables par sa clientèle privilégiée, et témoignent d’une réticence générale du gouvernement à s’écarter du statu quo. L’érosion du soutien populaire à la République islamique est illustrée par le fait que les manifestations en cours ont été déclenchées par les classes marchandes ou les bazaaris qui constituaient historiquement la base du régime clérical.

Alors que les manifestations de masse entrent dans leur troisième semaine, la mobilisation ne se limite plus aux petits commerçants et aux marchands. Comme lors du soulèvement de 2022, un grand nombre de femmes, de jeunes, d’étudiants, de syndicalistes et de membres de la classe ouvrière se sont joints aux manifestations pour réclamer la fin de leur misère économique et de leur oppression prolongées. Le régime iranien a répondu par la répression violente des manifestations, avec des tirs aveugles, des arrestations arbitraires, la fermeture de bureaux et d’universités, une coupure illimitée d’Internet et des communications, des menaces d’exécution et des représailles judiciaires. Bien que les chiffres officiels restent non vérifiés, l’agence de défense des droits humains Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, estime que plus de 2 500 personnes ont été tuées pendant les manifestations et qu’environ 18 000 ont été arrêtées par les forces de sécurité iraniennes. Les médias d’État iraniens ont également commencé à diffuser les photos des personnes tuées lors des manifestations afin de dissuader les citoyen.nes ordinaires de se joindre aux manifestations.

La République islamique a justifié ses exactions en qualifiant les manifestants de terroristes ou d’agents de la CIA et du Mossad qui cherchaient à provoquer un changement de régime. Les déclarations provocatrices de Trump et de plusieurs autres responsables politiques américains et israéliens ont également donné du crédit aux allégations selon lesquelles des puissances étrangères auraient contribué à attiser les troubles. Les élites de la diaspora et les monarchistes de l’opposition iranienne appellent ouvertement à une intervention américaine pour renverser la théocratie et rétablir la dynastie Pahlavi, une perspective qui a été rejetée même par Trump. D’autre part, de nombreux membres de la gauche considèrent l’Iran comme une force anti-impérialiste mise à mal par des années d’isolement économique imposé par l’Occident. Cela les a amenés soit à soutenir le discours officiel iranien, soit à minimiser la colère réelle de la population à l’égard du gouvernement. La réticence d’une partie de la gauche à l’égard de la résistance iranienne n’a fait que s’accentuer à la suite du génocide des Palestinien.nes à Gaza par Israël, de l’attaque américaine contre le Venezuela et des menaces de Trump de changer le régime en Amérique latine et d’annexer le Groenland. Certains commentateurs affirment désormais que l’Iran devrait revoir sa doctrine de défense et se doter d’armes nucléaires afin de dissuader les États-Unis et Israël de le bombarder. Le droit des Iranien·nes à choisir leur propre gouvernement apparaît surtout comme une note de bas de page ou est totalement écarté parce que « le moment n’est pas opportun ». C’est la même logique que celle utilisée par l’État iranien pour réprimer systématiquement le mouvement syndical, qui consiste à amplifier les menaces extérieures et à forger un discours fallacieux sur l’unité nationale entre les travailleurs et les classes dirigeantes.

Nous tenons à réaffirmer que les aspirations démocratiques du peuple iranien ne peuvent être considérées comme secondaires par rapport aux considérations géopolitiques. Les difficultés économiques des Iranien.nes. ordinaires ne feront que s’aggraver avec l’imposition par Trump de droits de douane de 25 % aux pays ayant des relations commerciales avec l’Iran. L’Inde s’est immédiatement pliée aux exigences des États-Unis et a suspendu ses exportations de riz à destination de l’Iran. L’Inde est le plus grand exportateur de riz vers l’Iran, et cette dernière mesure ne manquera pas d’exacerber la hausse des prix des denrées alimentaires en Iran. Dans un tel scénario, le ressentiment du public à l’égard du gouvernement iranien ne devrait pas s’atténuer de sitôt, malgré les efforts de la République islamique pour écraser le soulèvement par une répression brutale. Le peuple iranien s’oppose farouchement à toute intervention étrangère et à tout changement de régime imposé par le haut, tout en réclamant la fin du régime de la République islamique, comme l’exprime le slogan désormais populaire « Mort au dictateur ». Ce sentiment se reflète également dans la récente déclaration publiée par le « Syndicat des travailleurs de la société des transports de Téhéran et de sa banlieue », qui proclame :

« ... la voie vers la libération des ouvriers et de celles et ceux qui triment ne passe ni par un dirigeant imposé par le haut, ni par le recours à des puissances étrangères, ni par des clans issus du gouvernement. Elle passe plutôt par l’unité, la solidarité et la création d’organisations indépendantes sur le lieu de travail et au niveau national. »

Seul le peuple iranien a le droit de choisir son gouvernement. Soutenir ses droits ne revient pas à approuver le projet impérialiste de déstabilisation de l’Iran. Nous appelons les progressistes et les démocrates du monde entier à lutter contre les sanctions économiques injustes imposées par l’Occident à l’Iran et à manifester leur solidarité avec les masses iraniennes dans leur lutte pour la liberté et le changement.

Le 16 janvier 2026

Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepLpro.