Le discours d’Andy Burnham sur la décentralisation était meilleur que ne le laissent entendre les commentaires. C’était aussi un programme conçu pour une décennie lancé par un Premier ministre qui pourrait ne pas en avoir un, explique Simon Pearson.
Le People’s History Museum était un choix délibéré. Burnham a dit que c’est l’un de ses endroits favoris. L’un de ses vieux habits se trouve à l’étage dans la collection permanente. Sa venue faisait le travail idéologique que le discours ne ferait pas.
Burnham portait un T-shirt et ne répondait pas aux questions. Lorsqu’il a conclu avec une invitation à imaginer un bon développement dans chaque code postal et de l’espoir dans chaque cœur, les applaudissements ont duré assez longtemps pour faire partie intégrante de la traduction de l’histoire.
Le commentaire présentera cela comme un discours sur la dévolution, ce qui est assez exact comme description. Mais la dévolution n’est pas le problème central que le discours a besoin de résoudre. Le problème, c’est le temps.
Burnham devient premier ministre sans mandat public, sans vote des membres du parti et sans compétition parlementaire. Il dispose de l’appui de suffisamment de parlementaires du Labour Pary pour laisser la direction sans contestation. Il a aussi remporté l’élection d’un siège désigné pour tester s’il pouvait encore atteindre les personnes qui avaient cessé de faire confiance au parti. Aucun Premier ministre entrant dans la période d’après-guerre n’est arrivé sur un terrain aussi précaire. L’arrangement ne le disqualifie pas pour gouverner, mais la première crise sérieuse se perçoit différemment quand il n’y a pas d’autorité électorale pour l’absorber. La crise devient l’histoire de la légitimité plutôt que du programme.
Le programme lui-même est structuré autour d’une mission de dix ans. Avant toute chose, Burnham cherche à atteindre les règles fiscales : finances saines, la discipline du cadre budgétaire actuel. Pas de petites lignes avec des conditions cachées, mais le premier cadre substantiel à l’intérieur duquel tous les autres engagements doivent s’adapter. Tout dans le discours doit passer par le même Trésor qui a bloqué pour une décennie les ambitions du Grand Manchester.
Problème structurel
Dans un article de ce matin dans The New Statesman, Paul Collier nomme le problème structurel avec une précision rendant inconfortable les omissions du discours. La trésorerie contrôle directement 80 % de la dépense publique. Elle recrute parmi un petit nombre de diplômés, fait tourner le personnel avant qu’il puisse accumuler des connaissances sectorielles et fonctionne sur un horizon temporel qui se termine le 31 mars. Chaque économie comparable a séparé la gestion budgétaire de la planification économique à long terme. La Grande-Bretagne n’en a pas. 40 ans de déclin planifié de l’ancien nord industriel est la conséquence, visible dans les données régionales et dans la politique pleine de nids-de-poule du dernier parlement.
Collier s’arrête juste avant la question évidente suivante : pourquoi cela a-t-il persisté ? La structure de la Trésorerie n’est pas une erreur administrative en attente de correction. C’est un règlement collectif avec des bénéficiaires. Le court-termisme protège la géographie du pouvoir : le capital financier à Londre, Whitehall contrôlant l’allocation, richesse en actifs protégée du déclin régional, le centre se réservant le droit de décider quels endroits peuvent attendre. Ces bénéficiaires ne déménagent pas à Manchester.
Plus ambitieux que Darlington
Le précédent de Darlington devrait concentrer les esprits. Rishi Sunak annonça un campus du Trésor là-bas dans son budget 2021, juste à côté de sa propre circonscription, comme un acompte sur l’égalité des chances. Collier précise sur ce qui suivrait : le personnel est devenu plus compréhensif envers le ministère des communautés. Le satellite est considéré, en interne, comme un succès. Le pouvoir n’a pas bougé. Les sympathies ont changé. Burnham tente quelque chose de beaucoup plus ambitieux que Darlington. Mais la question reste la même : qui contrôle la dépense, et sur quel horizon temporel ?
Le modèle remonte plus loin que Sunak. Il y a sept ans, John McDonnell promit de démanteler complètement le Trésor et déplacer un fonds national de transformation de 250 milliards de livres vers le nord, en mettant les administrateurs là où l’argent était supposé couler. Le Labour Party perdit cette élection et la promesse ne fut jamais mise en œuvre. Six ans plus tard, la proposition est devenue un centre névralgique au bureau du Premier ministre. L’ambition institutionnelle n’a pas grandi. Elle s’est contractée.
Le règlement post-1979 que Burnham a promis implicitement de renverser n’était pas conçu dans un simple parlemennt. Thatcher avait besoin de trois termes. Elle avait derrière elle un mandat electoral décisif, un mouvement ouvrier brisé industriellement et fracturé politiquement, une opposition idéologiquement en chute libre et assez de soutiens dans les médias et la classe des professionnels convaincus que le vieil ordre méritait de mourir. La décomposition institutionnelle qu’elle acheva, prit une génération au dépourvu. Ses conséquences se font encore sentir aujourd’hui : gouvernement local démantelé, biens publics privatisés, politique économique réorienté en faveur du capital financier, la capacité de l’État à planifier délibérément diminuée. Burnham promet un rééquilibrage significatif de ce règlement dans un parlement qu’il n’a pas gagné, avec un mandat qu’il n’a pas cherché et avec Reform et des Tories rajeunis attendant de le faire trébucher.
Pressions croissantes
Les crises sont déjà là. Toute la fin de semaine, la Maison Blanche signale que l’engagement britannique e consacrer 5 % de son produit intérieur brut (PIB) à la défense est une fausse promesse. Il y a un examen des actifs américains en Europe en attente parmi le contingent européen des membres de l’OTAN. John Healey quittr le poste de secrétaire à la défense parce qu’il n’y avait pas d’argent. Le plan d’investissement dans la défense annoncé cette semaine n’inclut pas de date pour atteindre 3 %, sans parler de 5 %. Burnham s’est engagé à augmenter les dépenses et s’est engagé à respecter les règles fiscales et ces deux points ne se résolvent pas sans que quelque chose cède. Ce qui cède en premier lors d’une restriction budgétaire, c’est presque toujours le programme d’investissement régional à long terme. Cela n’a pas de coût politique immédiat. Les communautés auxquelles ce programme est supposé bénéficier n’ont aucune influence sur le calendrier du Trésor. Sa réponse à la pression de la défense est de la reformuler plutôt que de lui résister. Le plan d’investissement dans la défense sera soumis à la pondération sociale sur les marchés publics :
- Capacité de fabrication souveraine dans l’acier, la défense, l’énergie et l’alimentation ;
- Stages d’apprentissage et de travail comme retour sur l’agent public.
Réforme des achats et stratégie industrielle deviennent le même instrument. Si le modèle tient, les dépenses dans la défense deviennent un véhicule pour la réindustrialisation régionale ainsi qu’une réponse à Washington. L’argument est cohérent tant que ça va. Mais la Maison blanche demande un pourcentage global du PIB et le modèle d’acquisition ne répond pas à cette question.
Construction de maisons
Une promesse dans le discours rompt avec cette continuité contrôlée, et cela mérite d’être traité différemment. Le programme de construction de maisons municipales, le plus grand depuis la période d’après-guerre, sur un terrain public vacant, ne serait pas un exercice de promotion. Il chanterait les loyers, la formation familiale, les zones scolaires, le rapport de pouvoir entre locataires et propriétaires en une génération. Blair ne l’a jamais dit. Brown fit des gestes et recula. Starmer passa deux ans à Downing Street sans le dire avec conviction. Si Burnham le fait à grande échelle, cela change les conditions de vie de la classe ouvrière d’aucune manière qu’aucune franchise de bus ou coordination municipale ne peut atteindre.
Enlever l’image du nord et ce que Burnham appelle Manchesterism est la variante régionale de la troisième voie : le même modèle de croissance, réparti plus équitablement aux endroits qu’il a jusqu’à présent contournés. Finances saines, innovation universitaire. Partenariat public-privé, intervention ciblée là où le marché ne va pas. L’engagement pour une fabrication souveraine, la protection par le biais des marchés publics plutôt que la propriété, est plus percutant que tout ce que le New Labour a produit. La théorie sous-jacente du développement économique et ceux qui les conduisent ne sont pas fondamentalement différents. Que ce modèle puisse être efficace au sein des communautés qui l’ont connu durant quarante ans sous une forme atténuée, par le biais des zones d’activité, des structures de revitalisation et des organismes régionaux supprimés puis rétablis sous d’autres noms, le discours de Manchester n’a pas abordé cette question.
Est-ce que imaginer suffit ?
La péroraison de « Imagine » boucle la boucle. Imagine une bonne croissance dans chaque code postal et de l’espoir dans chaque cœur, Quiconque a vécu l’année 1997 connaît ce registre : optimisme civique comme méthode politique, le refus de nommer l’ennemi ou reconnaître que les gens qui profitent du règlement actuel ne le céderont pas sans bataille. Communication efficace. Pas un compte sur pourquoi les régions sont là où elles sont.
Burnham a des choses que Starmer n’eut jamais. Une décennie de gestion du Grand Manchester lui a donné une profondeur institutionnelle qu’aucune expérience au sein du cabinet fantôme ne remplace, et le résultat de Makerfield montre qu’il peut atteindre des gens que le parti avait rayé de sa liste. L’engagement pour le logement social est réel. Le discours est meilleur que la plupart des commentaires permettront.
Un programme bâti pour une décennie est vulnérable à un parlement qui ne dure pas. Reform n’est pas encore une machine électorale : le terrain est mince, le candidat de base plus mince, et Burnham a 403 sièges. Face au poids des problèmes hérités, l’histoire devient celle de son échec à les gérer, le calcul que son équipe est déjà en train de faire. Si le programme décrit à Manchester ce matin est encore reconnaissable au moment de cette élection, c’est la question que personne dans la pièce n’est prête à nommer.