Le glissement vers la droite continue et Die Linke se met elle-même des bâtons dans les roues.
Les élections régionales en Saxe-Anhalt ont donné le résultat attendu. Le scrutin a été principalement déterminé par la situation politique au niveau national. C’est dans une large mesure un vote contre le gouvernement Merz/Klingbeil qui s’est exprimé. La CDU a perdu, en pourcentage, plus de la moitié des voix qu’elle avait obtenues il y a cinq ans, ne recueillant plus que 17,2 % ; en chiffres absolus, cela représente 160 000 voix de moins. Le SPD, deuxième parti de la coalition au pouvoir, a réussi, avec 9,3 %, à maintenir de justesse son mauvais résultat de 2021, tout en gagnant 33 000 voix.
Dans cette situation, une démission du chancelier Merz semblerait logique : d’autres avant lui l’avaient fait face à une baisse de popularité bien moindre, ou avaient déclenché des élections anticipées. Mais cette démarche ne sera probablement pas exigée par l’opposition de gauche, qui s’est malheureusement elle-même paralysée à force de vouloir manifester son respect des institutions.
Le départ des dirigeants du SPD semble en revanche plus probable.
Le grand gagnant de ce scrutin est l’AfD, qui a ainsi presque achevé de faire basculer l’électorat vers la droite. Cette formation a enregistré un taux de participation exceptionnel pour des élections régionales, à 77,8 %, et a été celle qui a récupéré le plus de voix parmi ceux et celles qui s’abstenaient auparavant, avec 250 000 voix supplémentaires. Die LINKE est retombée à son état de faiblesse antérieur et, outre le fait qu’elle n’a pas su tirer parti de la hausse du taux de participation, elle a même perdu des voix, qui sont allées chez les abstentionnistes.
Le virage à droite, marqué par les slogans « L’Allemagne d’abord » venus de l’AfD, a depuis longtemps séduit la CDU et le SPD. Tous deux courent derrière l’AfD quasiment comme elle le souhaite, et pas seulement sur la question de l’immigration. Les divergences de fond les plus importantes entre les partis au pouvoir et les « souhaits » de l’AfD concernent la question du soutien à l’Ukraine et des importations d’énergie en provenance de Russie.
Ce mouvement vers la droite, tant lors des élections qu’au cœur de la société, a également donné naissance à une « aile gauche » sous la forme du BSW, qui a franchi le seuil d’éligibilité avec 5,3 % des voix et recueilli 69 271 secondes voix.1Les offres de front transversal pour le moins singulières, notamment celles de Sahra Wagenknecht, celle qui a donné son nom au mouvement, ont atteint leur objectif de justesse ; maintenant, ce mouvement peut sans crainte aider un ministre-président de l’AfD à accéder au pouvoir.
Avec 117 498 voix (8,9 %), ce sont également les Verts qui ont été les gagnants inattendus de ces élections. Ils ont amélioré leur score de 55 000 voix. Comme le SPD, ils ont bénéficié d’une campagne de mobilisation des seconds votes financée à grands frais, destinée à empêcher la formation d’un gouvernement dirigé par l’AfD. Cette campagne a également fait une victime : Die Linke, qui a dû enregistrer un décalage frappant entre ses bons résultats pour les premiers votes et ses pertes considérables pour les seconds votes, notamment dans ses bastions urbains de Halle et de Magdebourg.
La réussite de cette campagne a encore fait un autre perdant : les sondages, dont les prévisions s’écartent généralement beaucoup du résultat final, mais qui ont surtout produit des erreurs flagrantes concernant les Verts (à la baisse) et Die Linke (à la hausse).
Le succès de l’AfD, que viennent souligner diverses études basées sur des sondages et des données empiriques portant sur l’appréciation de la compétence des partis et le comportement électoral, confirme les résultats des scrutins précédents. L’AfD n’est pas seulement un parti de protestation et d’opposition à ce qui est en place, mais un parti de droite solidement installé dans la conscience de l’électorat et désiré politiquement. Son principal point de distinction avec un parti fasciste à part entière reste l’absence d’un ancrage social permanent en dehors du cadre des campagnes électorales et du jeu parlementaire. L’AfD s’efforce de combler ce déficit et chaque progrès en la matière suffit à faire froid dans le dos ; mais c’est aussi précisément sur ce terrain qu’elle peut et doit être battue par une alternative de gauche.
Die LINKE n’a pas su tirer profit de la forte participation électorale. Elle a recueilli 112 541 voix, soit 8,6 %. Cela représente 4 000 voix de moins qu’en 2021. C’est désastreux pour un parti de gauche qui s’oppose au système sur une base programmatique. Ce genre de partis dispose généralement d’un électorat fidèle. Le fait que celui-ci soit resté chez lui marque clairement une régression vers les conditions qui prévalaient au sein de Die Linke avant son grand essor de 2025 – et ce résultat manifeste bien sûr clairement que la démarche d’opposition au système n’est pas allée très loin.
Au contraire : les efforts concertés des dirigeant·es au plan national et régional de Die Linke, ainsi que des courants internes au parti qui les soutiennent, pour se présenter comme un parti soutenant l’État et défendant « la démocratie » (au sens littéral du terme), ont abouti exactement au résultat que l’on pouvait prévoir : Die LINKE a été considérée comme superflue, comme un appéndice des partis au pouvoir, dont le renfort, comme si cela ne suffisait pas, n’est même pas apprécié par ces derniers.
Cela a eu pour effet annexe de constituer une véritable aide électorale pour le BSW, qui a ainsi récupéré 13 000 voix. Alors qu’il s’était déjà presque entièrement autodétruit à cause de querelles internes et du comportement incroyable de Sahra Wagenknecht, le BSW s’est vu offrir l’occasion de se présenter comme le seul parti critique envers le gouvernement.
Le résultat électoral qui vient de tomber sonne presque comme un pied de nez à cette auto-castration de Die Linke. Toutes les assurances données par les dirigeants de Die Linke à Berlin et à Magdebourg, selon lesquelles ils seraient prêts à permettre et à tolérer la nomination d’un membre de la CDU au poste de ministre-président, sont sans doute vaines. Seule une alliance à cinq partis – allant de la CDU au BSW – pourrait empêcher l’AfD d’accéder au pouvoir. Il n’en résultera toutefois rien de plus qu’un front négatif, dans lequel, comme l’expérience le montre, Die Linke peut facilement être présentée comme le bouc émissaire et l’enfant mal-aimé.
Si l’AfD ne tente pas de former un gouvernement minoritaire pour faire sortir certains députés du front du « non », il y aura très bientôt de nouvelles élections, qui pourraient alors offrir à l’AfD un résultat encore meilleur, et à Die Linke un résultat encore plus mauvais. C’est au plus tard à ce moment-là que la résistance au sein de la CDU contre les alliances avec l’AfD s’effondrera.
Die LINKE doit rompre sans délai avec cette nouvelle-ancienne ligne de complaisance envers les partis au pouvoir et se construire en tant que parti de classe indépendant, ancré dans la société réelle, comme cela avait été décidé lors du congrès du parti à Chemnitz. Dès les prochaines élections en Mecklembourg-Poméranie occidentale et à Berlin, un tel changement de cap pourrait et devrait entrer en vigueur.
Et pour la Saxe-Anhalt, il faut que ce soit clair et qu’on le dise clairement : pas un seul vote pour l’AfD ou la CDU – opposition parlementaire et extraparlementaire !
Le 8 septembre 2026
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Le mode de scrutin allemand aux élections régionales est mixte : chaque électeur ou électrice dispose de deux voix — une « première voix » (Erststimme) pour élire un candidat ou une candidate au scrutin uninominal dans sa circonscription, et une « seconde voix » (Zweitstimme) pour une liste de parti, qui détermine la répartition proportionnelle des sièges au Landtag. Une clause de barrage (Sperrklausel) exige qu’un parti obtienne au moins 5 % des secondes voix pour être représenté au Parlement régional.