Lors du congrès confédéral du DGB, qui s’est tenu à Berlin du 10 au 13 mai, le chancelier allemand a été accueilli avec une réticence manifeste par les délégué·es. Dans son discours, il a réaffirmé que l’État-providence n’était plus finançable et que des coupes budgétaires étaient donc inévitables. Ce sont surtout ses déclarations sur les retraites – qui selon lui sont une question de démographie et de mathématiques – qui ont suscité l’indignation générale. Le discours a été interrompu par des huées et des sifflements, sans que Merz ne réponde à ces réactions virulentes.
En revanche, la ministre fédérale du Travail et des Affaires sociales, Bärbel Bas, a été traitée de manière bien plus bienveillante par les délégué·es. Cela a une nouvelle fois clairement montré à quel point beaucoup d’entre eux et elles se sentaient proches du SPD, alors que Bärbel Bas leur avait également exposé les projets du gouvernement fédéral, mais en des termes légèrement différents. Elle a déclaré qu’elle-même ne souhaitait bien sûr pas cela, mais que le SPD faisait désormais partie de cette coalition et que ces questions étaient inscrites dans l’accord de coalition. À l’issue de son discours, elle a été saluée par des applaudissements chaleureux.
Beaucoup de délégué.es ont manifestement bien compris les propos de Mme Bas et partageaient les mêmes sentiments ambivalents. Cela illustre clairement les contradictions internes au DGB : on adopte une position ferme à l’égard du chancelier de la CDU, mais on fait preuve de retenue envers la ministre du SPD.
La mise en place de la « couverture sociale de base »
Pour l’instant, le gouvernement fédéral « noir-rouge » (CDU-SPD) a remplacé le revenu citoyen par la nouvelle « couverture sociale de base », qui entraîne des détériorations significatives pour ses bénéficiaires. Des sanctions pouvant aller jusqu’au retrait total des prestations sont désormais possibles. Il y a certes eu des protestations écrites et de petites actions devant le Bundestag, mais presque personne ne s’en est vraiment ému.
La « réforme de la santé »
La ministre de la Santé, Nina Warken (CDU), a présenté un projet de loi prévoyant des restrictions massives au financement de l’assurance maladie obligatoire (GKV) par les caisses d’assurance maladie. Les coûts ne devraient plus augmenter qu’en fonction de l’évolution des salaires, tandis que les tickets modérateurs pour les médicaments et les séjours hospitaliers devraient être relevés. De même, la couverture des membres de la famille doit être restreinte et la rémunération du personnel hospitalier devra cesser d’être indexée sur l’évolution des salaires. Cela entraînera de nouvelles réductions d’effectifs dans les hôpitaux.
Le projet prévoit toutefois une augmentation du plafond de cotisation, de sorte que les salarié.es à hauts revenus devront contribuer davantage au financement. En revanche, le projet de loi ne prévoit aucune évolution positive vers un régime d’assurance sociale universel, pas plus d’ailleurs qu’une généralisation à d’autres sources de revenus. Si tous les bénéfices provenant d’actions, de portefeuilles ou autre étaient soumis à l’assurance sociale, cela permettrait de dégager une grande partie des fonds nécessaires. Pour la fédération syndicale concernée, ver.di, il est particulièrement amer de constater que cette « réforme » vise à accroître encore davantage la pression sur les salarié·e·s.
La nouvelle loi sur le temps de travail
Le projet de loi du gouvernement fédéral visant à supprimer la journée de huit heures et à autoriser des journées de travail pouvant aller jusqu’à 13 heures, par le biais de modifications de la loi sur le temps de travail, a été vivement critiqué depuis le début par les syndicats affiliés au DGB. Il a toujours été clairement affirmé que ce projet serait considéré comme une déclaration de guerre et qu’il serait combattu. Bärbel Bas a déclaré à ce sujet lors du congrès fédéral du DGB qu’un projet de loi serait présenté au Conseil des ministres en juin.
Les retraites
Le rapport de la commission dite « sur les retraites » doit également être publié en juin et devrait lui aussi envisager des mesures d’austérité. Les syndicats s’opposent fermement, en particulier, à un allongement de la durée de la vie active et à une réduction des prestations. Le rapport de la commission spéciale sur les retraites devrait également être publié en juin ; il devrait lui aussi contenir des mesures d’austérité. Les syndicats s’opposent fermement, en particulier, à l’allongement de la durée de la vie active et à la réduction des prestations. Ces coupes sociales devraient être complétées par une série de réductions supplémentaires des fonds alloués aux initiatives luttant contre la montée de l’extrême droite, aux soins, à l’aide à la jeunesse et à la famille, à l’inclusion et à la participation des personnes handicapées. Si ces projets sont mis en œuvre, il sera encore plus difficile pour de nombreuses personnes de mener une vie autonome.
Conclusions
Après les restrictions en matière de droit d’asile et l’introduction du revenu minimum, ces projets du gouvernement fédéral montrent clairement la direction qu’il souhaite prendre : une nette détérioration des prestations sociales et une pression encore plus forte sur les salariés, les chômeurs et les personnes en situation de handicap. Cela ne pourra être évité que si les syndicats renoncent enfin à leur allégeance servile envers le SPD et préparent et mènent des actions. Celles-ci ne doivent pas se limiter à des assemblées du personnel rituelles dans les entreprises mais doivent être rendues visibles par de larges mobilisations.Die Linke a déjà prévu de prendre des initiatives pour former des coalitions sociales dans le plus grand nombre d’endroits possible à partir de juin afin d’organiser la contestation.
Ver.di semble prendre les choses au sérieux et appelle à « des assemblées du personnel et des rassemblements devant les hôpitaux, qui culmineront le 28 mai 2026, avec une grande manifestation devant la conférence des ministres de la Santé », qui se tiendra le mercredi 10 juin à Hanovre. Le slogan est : « Révolte dans les hôpitaux — ver.di se mobilise contre la loi d’austérité ».
Il importe que le 10 juin soit un signal fort montrant que nous ne tolérerons pas ce genre de « réformes ». Cette journée de juin permettra de voir s’il sera possible de mettre la pression sur le gouvernement fédéral pour le faire changer de cap. Celui-ci a convié les organisations patronales et les syndicats à une réunion ; les dirigeants syndicaux ne doivent y faire aucune concession.
Publié le 20 mai par InterZos Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde