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Venezuela : recolonisation trumpiste et résistances à venir

par Luis Bonilla-Molina
Donald Trump pendant l’opération Absolute Resolve, le 3 janvier 2026.

Ces derniers mois, nous avons insisté sur le fait que l’objectif de l’administration Trump était de prendre le contrôle politique, économique et militaire du pétrole, des richesses minérales du Venezuela et la gestion des données comportementales de la population afin d’instaurer un régime de contrôle prédictif sur le pays, avec comme horizon l’installation de bases militaires américaines dans la patrie de Bolívar. Mais c’était un raccourci que de penser que pour y parvenir, il suffisait aux États-Unis de placer à la tête du gouvernement vénézuélien María Corina Machado (MCM) et Edmundo González Urrutia (EGU), deux personnalités historiquement alliées à la Maison Blanche, dotées d’un leadership social, mais totalement incapables de gouverner un pays aussi divisé que le Venezuela. Le 3 janvier même, jour de l’attaque militaire contre le Venezuela et de l’enlèvement du président Maduro et de son épouse, Donald Trump a « fait redescendre sur terre » l’opposition de droite vénézuélienne et a déclaré que MCM « n’était pas respectée dans le pays »et était exclue de la « transition ».

Donald Trump a affirmé qu’à partir de maintenant, le Venezuela serait gouverné par lui-même et son équipe la plus proche, le secrétaire d’État Marco Rubio, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, le chef de cabinet adjoint Stephen Miller, le directeur de la CIA John Ratcliffe et le général Dam Caine de l’état-major interarmées, ouvrant ainsi une situation de menace coloniale réelle, tangible et inhabituelle sur le Venezuela. Ce qui s’est passé les jours suivants le confirme.

La nouvelle Compagnie Guipuscoane

La Compagnie Royale Guipuscoane de Caracas (Real Compañía Guipuzcoana de Caracas) fondée en 1728, qui a opéré au Venezuela entre 1730 et 1785, dans le cadre de la relation coloniale avec le Venezuela. Ses principaux objectifs étaient les suivants : contrôler le commerce exclusif entre l’Espagne et le Venezuela, en exportant des produits (cacao, tabac, coton, indigo et cuirs) et en important des marchandises européennes (outils, tissus, vins, etc.), lutter contre la contrebande néerlandaise, anglaise et d’autres nations, ainsi qu’orienter le développement économique local afin d’accroitre les profits de la Couronne espagnole.

Ce que Trump propose pour le Venezuela est une nouvelle situation de contrôle territorial et commercial qui rappelle cette entreprise coloniale. Mais il le fera avec un acteur plus moderne, l’ambassade américaine, d’où la précipitation avec laquelle il a annoncé son intention de rouvrir la représentation diplomatique américaine à Caracas. L’ambassade américaine remplira ce rôle, mais cette fois-ci, il s’agira de s’approprier le pétrole, l’or, les terres rares et d’autres richesses, et de continuer à collecter sur le terrain des données et des informations essentielles au plein développement du modèle prédictif de contrôle basé sur les technologies de pointe.

Récemment, Karoline Leavitt, porte-parole de la Maison Blanche, a déclaré : « À l’heure actuelle, nous avons une influence maximale sur les autorités intérimaires du Venezuela », tandis que Marco Rubio a déclaré : « Le Venezuela ne peut pas transporter de pétrole à moins que nous ne l’autorisions ». Cela a été complété par la déclaration de Trump indiquant que « Delcy Rodríguez s’est engagée à n’acheter que des produits américains », tandis que des rumeurs font état de menaces à l’encontre de dirigeants du gouvernement tels que Diosdado Cabello afin de les contraindre à obéir au gouvernement de Delcy Rodríguez.

Les trois phases de la colonisation

Dans la nuit du 5 janvier, Donald Trump a annoncé son cadeau des Rois mages au Venezuela : les États-Unis s’empareraient de force de 30 à 50 millions de barils de pétrole vénézuélien. Le 7 janvier, le secrétaire d’État Marco Rubio a annoncé les trois phases de la recolonisation du Venezuela. La première phase consiste à s’emparer à court terme de la production pétrolière disponible, jusqu’à atteindre 50 millions de barils de pétrole. Il ne s’agit pas d’un achat forcé au Venezuela, mais de l’annonce du vol public de la richesse vénézuélienne, en utilisant sa puissance militaire et en espérant peu d’opposition locale.

La deuxième phase consiste à assumer le rôle d’administrateur colonial, les États-Unis vendant directement le pétrole vénézuélien sur le marché mondial, s’arrogeant l’utilisation et la gestion du butin de guerre. Afin d’atténuer l’impact communicationnel de cette violation de l’ordre commercial capitaliste, Marco Rubio a souligné que les États-Unis géreraient ces ressources pour la reconstruction du Venezuela et les intérêts américains. De toute évidence, ils veulent récupérer une partie des dépenses militaires générées pendant les mois de blocus naval dans le sud des Caraïbes et utiliser les propres ressources du Venezuela pour réparer les infrastructures pétrolières qui seront désormais utilisées pour l’extraction coloniale du pétrole par les compagnies pétrolières convoquées par l’administration Trump.

Troisième phase : amorcer la transition gouvernementale vénézuélienne, qui semble être l’annonce d’une évaluation, à partir du comportement post-agression du 3 janvier, de ce qu’il convient de faire avec le gouvernement de Caracas dirigé par Delcy Rodríguez, ainsi que le moment de la construction des représentations politiques (avec des « gens bien ») qui lui garantissent le maintien de sa relation coloniale avec le pays.

Marco Rubio sait qu’il ne pourra pas transformer une république en colonie sans résistance locale, ce qui laisse présager une période où la puissance militaire, policière et des services de renseignement américains jouera un rôle de premier plan, aspirant certainement à obtenir la collaboration des forces militaires et policières locales, ce qui reste à voir.

Protectorat ou gouvernement nationaliste

Le gouvernement vénézuélien qui s’est installé le 3 janvier devra surmonter certaines tempêtes internes pour démontrer qu’il a la force nécessaire soit pour contenir l’impérialisme, soit assumer un rôle collaborationniste. Dans tous les cas, il doit consolider sa capacité à gouverner.

La possibilité de rassembler une large unité nationale contre le colonialisme américain passe par le dépassement du traumatisme causé par la capture et l’enlèvement du couple Maduro-Flores, qui s’est produit avec si peu de résistance militaire, ce qui a fait planer l’ombre d’une trahison interne. Localiser de façon crédible ceux qui ont incarné cette trahison est un défi pour l’actuelle administration bolivarienne. Cela est lié à l’urgence de remonter le moral des forces armées nationales, qui ont subi des dizaines de pertes - tout comme les 32 combattants cubains de l’entourage présidentiel - sans pouvoir infliger aucune perte aux forces envahissantes.

D’autre part, Donald Trump, dans le cadre d’une stratégie ou d’une réalité objective – l’avenir le dira –, a souligné à plusieurs reprises que le gouvernement intérimaire dirigé par Delcy Rodríguez collabore avec son administration et « ne veut pas commettre les mêmes erreurs que Maduro ». La présidente par intérim Delcy Rodríguez a timidement démenti ces affirmations, tout en précisant que le pétrole qui sortira du Venezuela le fera dans des conditions commerciales normales de vente et de paiement. Cette ambiguïté, compréhensible car on sort encore de l’impact du déploiement et des actions militaires du 3 janvier, doit être surmontée, soit pour organiser la résistance anticolonialiste, soit pour assumer le rôle de conseil d’administration colonial. Nous espérons que la première option sera retenue.

Un sentiment nationaliste traverse le pays, mais ne trouve pas de direction politique claire pour le canaliser. La gauche vénézuélienne, en particulier le Parti communiste vénézuélien (PCV) et Corriente Comunes, ont clairement exprimé leur opposition aux tentatives coloniales de l’administration Trump, tout en accusant le madurisme (dont Delcy Rodríguez faisait partie jusqu’à récemment) d’avoir conduit le pays dans cette situation terrible, en appliquant un programme anti-classe ouvrière et supprimant les libertés démocratiques minimales pour ceux qui souhaitent s’organiser de manière autonome. Mais un front nationaliste capable de changer la situation défensive actuelle ne peut être construit uniquement avec la gauche radicale. La possibilité d’une résistance efficace à l’agression militaire et au colonialisme américain passe par la construction d’un large front national, qui n’ait pas une politique ambivalente face à l’impérialisme. Le gouvernement de Delcy Rodríguez n’a pas encore montré qu’il était prêt à assumer ce rôle jusqu’à ses dernières conséquences.

Les tâches révolutionnaires

Jusqu’au 2 janvier, la tâche principale des révolutionnaires était de récupérer les libertés démocratiques minimales qui permettraient à la classe ouvrière de s’exprimer et de s’organiser pour faire face à l’offensive impérialiste et à la dérive autoritaire du gouvernement Maduro. À partir du 3 janvier, et après les annonces de la Maison Blanche visant à faire du Venezuela une colonie américaine, la priorité est désormais de défendre l’indépendance nationale avec le régime le plus large possible de libertés politiques pour les forces patriotiques. Les faits diront si la situation évolue vers une phase de libération nationale. 

Il ne peut y avoir aucun doute quant à la nécessité de promouvoir la plus large unité d’action possible, avec toutes les forces politiques et sociales qui placent la souveraineté et l’indépendance nationale comme priorité à ce stade. Il est temps de nous concentrer sur les points communs autour de la défense de la nation, de sa souveraineté et de son indépendance.

Le 8 janvier 2026

Traduit du castillan par Luc Mineto.

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