Nous terminons aujourd’hui la publication de la résolution du Revolutionary Marxist Party (Parti marxiste révolutionnaire, section ceylanaise de la IVe Internationale), adoptée en décembre 1973. Les quatre premiers chapitres de ce document sont parus dans INPRECOR n° 0 et 1 (nous n’avions pu, faute de place, continuer dans le n° 2). Ils concernaient la formation du front uni gouvernemental, la Constitution et l’état d’urgence, les mesures législatives du Front uni et la répression dirigée par ce dernier à l’égard du JVP (Janatha Vimukthi Peramuna).
Nous publions aujourd’hui les chapitres 6, 8 et 9, qui portent sur l’évolution des partis qui forment le Front uni gouvernemental, l’état du mouvement de masse et la construction de notre section ceylanaise. Deux chapitres ne seront pas publiés dans INPRECOR, vu la longueur du document : le chapitre 5, sur la politique économique du Front uni et la situation de l’île, et le chapitre 7, qui analyse l’opposition de droite au régime Bandaranaike.
Cette résolution est parue intégralement en brochure à Sri Lanka, en cingalais, tamoul et anglais.
La situation au sein du Front uni
L’hégémonie politique du Sri Lanka Freedom Party (Parti de la liberté de Sri Lanka — parti de Mme Bandaranaike) sur le Lanka Sama Samaja Party (LSSP) et le Parti communiste (Moscou) au sein du Front uni entre les trois partis fut établie dès la formation de ce front en 1968. Il était expressément déclaré que le Programme commun était élaboré pour poursuivre « la politique de Mme Bandaranaike ». Il fut également décidé que Mme Bandaranaike devait être le chef du Front uni et devait déterminer le nombre de sièges pour lesquels le LSSP et le PC(M) devaient présenter des candidats dans les élections législatives à venir.
Lors des élections législatives de mai 1970, chaque candidat devait exprimer son accord avec le Programme commun pour pouvoir être nommé. Le SLFP gagna trois fois plus de sièges que le LSSP et le PC(M) réunis, sur la base de la distribution des sièges pour lesquels le Front uni présentait des candidats. Bien que le SLFP détînt la majorité absolue à lui seul, avec 90 sièges (sur un total de 151), il avait quand même besoin de l’appui du LSSP au moins, avec ses 19 sièges, afin de détenir les deux tiers vitaux des sièges qui permettaient d’abolir le Sénat, d’abroger la Constitution de Soulbury sans la violer, et d’établir une nouvelle Constitution. Ce fait donna au LSSP une certaine capacité de pression sur le SLFP au sein du Front uni ; et cela amena la nomination de Colvin R. de Silva du LSSP comme ministre des Affaires constitutionnelles. Cette pression est maintenue sous la nouvelle Constitution, dans la mesure où toute proposition de loi peut être adoptée, sans passer devant les tribunaux constitutionnels, si elle obtient une majorité des deux tiers, même si elle est, ou si certaines des mesures qu’elle préconise sont, en violation de la Constitution. L’importance du soutien parlementaire du LSSP aux lois réactionnaires, comme la loi sur la Commission de justice criminelle, apparut de façon frappante quand une section du PC(M) refusa d’appuyer cette loi. Les relations politiques étroites et permanentes entre les dirigeants du SLFP et du LSSP ont été renforcées par la dépendance permanente du premier sur le second pour l’adoption des lois qui ne pourraient pas être défendues avec succès devant les tribunaux constitutionnels. On peut donc dire que la dictature politique du Front uni au Parlement et à travers le Parlement repose sur les rapports politiques entre le LSSP et le SLFP.
Bien qu’il y ait eu des rumeurs de mécontentement au sein du SLFP et du LSSP, en particulier au sein de leurs secteurs jeunes, il y a peu de raison d’attendre l’apparition de courants de gauche importants au sein de ces partis. Cela est dû au fait que les membres de ces deux partis sont largement désorientés politiquement, et, pour une partie, consistent en éléments petits-bourgeois opportunistes, dont la majorité ont tiré des profits personnels ou des positions intéressantes au sein de l’establishment. Au sein de ces partis, les travailleurs sont en grande majorité des employés du secteur public, qui demeurent derrière ces directions politiques, principalement pour garder leur travail ou progresser dans la hiérarchie.
Pour ce qui est de la corruption politique, il y a maintenant peu de différence entre le SLFP, le LSSP et la minorité du PC(M) qui s’abrite derrière la tendance de Pieter Keuneman.
Les liens des trois partis du Front uni au sein du mouvement syndical reflètent leurs rapports sur la scène politique, dans la mesure où leurs organisations syndicales sont totalement soumises à la politique du gouvernement de Front uni. Cependant, dans plusieurs secteurs, on assiste à une compétition très dure entre les trois partis pour la direction des syndicats, malgré leur collaboration politique. Le résultat de cette situation est un déclin continuel de la force et de l’influence du Joint Committee of Trade Union Organizations (Comité unitaire des organisations syndicales), contrôlé par le Front uni. Son rôle est de servir de tremplin, au sein des travailleurs organisés, pour les dirigeants des partis du Front uni, en plus d’être un instrument de collaboration de classe, en accord avec la politique du Front uni.
Le Parti communiste (Pékin) et Pékin
La scission au sein du Parti communiste (Moscou), qui suivit le refus de son dirigeant traditionnel, S. A. Wickremasinghe, de son dirigeant « jeune », Sarath Muttetuwegama, et de deux autres membres de sa fraction parlementaire, de voter la loi sur la Commission de justice criminelle, ne put pas être réparée par la suite. En effet, une majorité du PC(M), réagissant contre l’isolement toujours plus grand du Front uni de sa base populaire, ne voulait pas apporter un soutien acritique aux mesures toujours plus réactionnaires et antipopulaires de la direction du Front uni, bien que le seul représentant du PC(M) au Cabinet, Pieter Keuneman, semble avoir été en accord avec cette direction. La scission au sein de la fraction parlementaire donna lieu à une scission au sein du Parti, quand l’aile de S. A. Wickremasinghe gagna le contrôle total du Comité central du Parti. On a donc maintenant une situation unique à Ceylan, celle d’un Parti communiste dont la minorité est dans le gouvernement et la majorité en dehors, tout en continuant à le soutenir politiquement, et les deux tendances continuent à avoir des relations avec Moscou.
La direction du LSSP a en général toujours manifesté sa totale loyauté envers Mme Bandaranaike et travaillé en liaison étroite avec la coterie des ministres du SLFP, comme Felix Dias Bandaranaike, Maithripala Senanayake et T. B. Ilangaratne, qui semblent contrôler, avec elle, le SLFP. Malgré des différences indéniables de projet et de tradition politiques au départ, et des divergences qui ont dû apparaître au sein de la clique dirigeante SLFP/LSSP au sein du gouvernement de Front uni, l’espoir que nourrissaient certains opposants de droite au gouvernement d’une rupture entre eux ne s’est pas réalisé. La principale raison en est qu’ils sont maintenus ensemble par des intérêts politiques et sociaux et par la crainte du mouvement de masse, surtout après l’assassinat et la torture de milliers de jeunes après avril 1971, et les attaques lancées contre le niveau de vie et les droits des masses après cette date.
L’appui ouvert et continu accordé par le régime chinois au gouvernement de Front uni de Mme Bandaranaike a fait perdre au PC (Pékin) toute influence politique au sein du mouvement de masse. Après la scission du groupe de Premalal Kumarasiri et l’expulsion de Wijeweera et d’autres en 1966, et plusieurs autres départs par la suite, le noyau du PC (Pékin) n’avait plus aucun cadre cingalais. L’emprisonnement du dirigeant Shanmugathasan et de la plupart des dirigeants du syndicat des travailleurs des plantations dirigé par le PC (Pékin) a paralysé le Parti. Plus tard, le départ de la direction du syndicat des travailleurs des plantations, et du vieux dirigeant syndical Watson Fernando, laissa Shanmugathasan pratiquement sans cadres politiques et sans base au sein du mouvement syndical. De plus, le discrédit souffert par le régime de Pékin à la suite de l’accroissement de ses rapports amicaux avec les États-Unis, et sa dénonciation du JVP au lendemain de la liquidation physique du JVP par le gouvernement de Front uni, laisse peu de chance à Shanmugathasan d’opérer un nouveau recrutement pour son organisation. Il semble aujourd’hui que l’influence de Pékin dans la vie politique ceylanaise passe maintenant par son influence sur le gouvernement de Front uni, sur la base du soutien politique, économique et militaire qu’il lui apporte.
Le mouvement de masse
La perte de toute illusion des masses dans le gouvernement de Front uni, après ses attaques contre le niveau de vie et sa répression systématique des droits démocratiques et des libertés civiques sous l’état d’urgence, a entraîné une confusion et une démoralisation très grandes au sein de la gauche ceylanaise. Dans ces conditions, elle a été tellement désorientée, et elle a tellement dégénéré, qu’elle n’est absolument plus capable de mener une lutte contre la classe capitaliste et l’État, et il est difficile de la considérer encore comme un mouvement de gauche. Cependant des secteurs importants de la classe ouvrière, particulièrement parmi les couches de jeunes travailleurs, tout comme parmi les étudiants et la jeunesse au chômage, n’ont pas été trompés par les conceptions réformistes des partis de gauche traditionnels, ou ont cessé de l’être.
Le mouvement syndical est largement limité au prolétariat urbain et des plantations. Le prolétariat rural et des sections importantes du prolétariat urbain, employés dans des petites entreprises, ou de façon temporaire dans des grandes entreprises, sont totalement inorganisés, et ne disposent d’aucune réglementation légale qui garantisse leur emploi et leurs conditions de travail.
Dans la mesure où les travailleurs inorganisés, tout comme les travailleurs organisés, ont été largement influencés par les conceptions réformistes, ils se sont adressés aux partis parlementaires pour qu’ils améliorent leurs conditions sociales par des mesures législatives. De plus, les travailleurs organisés ont cherché à améliorer leur situation par l’action de leurs représentants syndicaux et par des luttes. Aujourd’hui, pour la grande majorité du prolétariat, il n’est plus possible de progresser par ces moyens, et, en conséquence, ils ne peuvent pas défendre leurs conditions de travail et de vie par ces moyens.
L’Essential Service Order, créé et maintenu sous l’état d’urgence depuis mars 1971, est un instrument important de lutte antigrève, dans la mesure où il déclare illégal tout refus de travailler, individuel ou collectif. Ce décret vicieux a été utilisé dans plusieurs cas pour opérer des licenciements massifs en cas de grève et pour opérer des licenciements individuels. Néanmoins, la paix sociale a pu être maintenue sous le gouvernement de Front uni bien plus à cause de la politique de collaboration de classe des partis de la gauche traditionnelle au sein du Front uni qu’à cause de l’Essential Service Order.
L’apathie politique domine dans toutes les catégories de travailleurs des services publics et des entreprises nationalisées. Cela est dû, d’une part, à la perte d’illusions dans le gouvernement pour une grande majorité d’entre eux, qui avaient soutenu le Front uni lors des élections. Cela est également dû, d’autre part, à la crainte de la répression contre toute opposition active au gouvernement, répression qui va jusqu’au licenciement définitif, sans dédommagement, pour « activité subversive ». De plus, dans le secteur public où les syndicats contrôlés par le Front uni sont dominants, les travailleurs sont soumis à un contrôle des directions, contrôle effectué avec la collaboration des directions syndicales. Dans certains cas des officiels de ces syndicats font même partie de la direction.
Le mécontentement chronique qui prédomine parmi la masse des travailleurs les moins payés dans les plantations de thé et de caoutchouc est devenu de plus en plus aigu par suite de la réduction des jours de travail (avec réduction de salaire) et de la hausse du coût de la vie. En conséquence les revendications salariales de leurs syndicats se sont faites de plus en plus insistantes. La réduction récente de la ration hebdomadaire de riz a accru la détresse économique dans les plantations plus que dans tout autre secteur. Bien que le Ceylon Workers’ Congress (Congrès des travailleurs ceylanais, CWC) ait développé son agitation autour des revendications économiques et démocratiques qui touchent principalement la majorité des travailleurs des plantations d’origine indienne-tamoule, et bien que la direction du CWC soit opposée politiquement au gouvernement de Front uni, il est peu probable qu’elle soit prête à mener les travailleurs des plantations dans une confrontation avec le gouvernement et les propriétaires des plantations, pour satisfaire leurs revendications. Cependant, l’inquiétude profonde qui domine parmi les travailleurs des plantations risque de déboucher sur une explosion de la lutte de classes dans ce secteur, avant tout autre secteur de l’économie, à moins que le gouvernement de Front uni ne passe quelque accord avec la direction du CWC pour l’empêcher.
Étant donné l’impasse dans laquelle se trouve le mouvement syndical, des secteurs de la classe ouvrière ont commencé à comprendre la nécessité d’une régénérescence de la gauche et de l’unification de la classe ouvrière derrière une direction politique capable de diriger sa lutte pour la défense de ses intérêts, contre ceux des capitalistes et de leur État.
La liquidation du JVP, l’assassinat et l’emprisonnement de milliers de jeunes, et la répression générale qui domine depuis avril 1971, ont largement freiné l’apparition de tendances révolutionnaires au sein de la jeunesse lycéenne et étudiante, au sein de laquelle le JVP avait une influence importante. Dans ces circonstances, les partis du Front uni contrôlent désormais le mouvement étudiant dans les universités, et, tout comme dans le mouvement syndical, de fortes rivalités existent entre eux. La tendance du LSSP et celle du SLFP ont tenté de s’unir contre la tendance du PC(M) lors des élections pour les comités étudiants ; mais le PC(M) est en position de force dans une série d’universités à cause de sa critique de certains aspects de la politique du gouvernement de Front uni.
La perte de toute illusion dans le gouvernement de Front uni a entraîné, au sein des masses, et, particulièrement, parmi les couches des classes moyennes, un tournant vers l’UNP, comme un « moindre mal » pour les anciens partisans des partis du Front uni. Malgré la victoire de l’UNP dans certaines élections partielles, on ne peut pas dire que le Front uni ne jouisse plus du soutien politique des masses. Mais ce soutien n’est plus enthousiaste. Il se limite à quelques sections de petits propriétaires et des secteurs de la bureaucratie d’État, ainsi qu’à certains secteurs de la classe ouvrière qui ont bénéficié directement de mesures du Front uni.
La décomposition du mouvement de gauche, qui avait été dirigé pendant une génération par le LSSP et le PC(M), a non seulement plongé les masses dans une grande confusion politique, mais également sans défense contre les attaques faites à leurs droits et à leur niveau de vie. La reconstruction de la gauche et la relance de la lutte de classes reposent désormais sur la jeune génération.
La construction du parti et nos tâches
La minorité qui scissionna du LSSP en 1964 pour former notre parti n’avait pas de cohésion politique propre à cette époque. Le seul facteur unificateur qui mena à la scission fut le rejet de la décision prise par la majorité du LSSP de soutenir l’entrée du LSSP dans une coalition gouvernementale sous la direction du SLFP. Des scissions et départs successifs dans la décennie qui a suivi sa formation ont réduit la force du parti et ne lui ont pas permis de s’opposer efficacement à l’opportunisme du LSSP et du PC(M).
La scission dirigée par Karalasingham en 1966 et son retour au LSSP étaient dus en partie au manque de confiance dans la capacité du parti de développer son influence au sein du mouvement de masse contre l’influence, bien plus importante à l’époque, du LSSP. Elle indiquait également l’incapacité de ces gens à rompre avec les pratiques politiques et l’opportunisme qui dominaient au sein du LSSP quand il commença à dégénérer en un parti réformiste parlementaire.
La scission d’Edmund Samarakkody, peu après la conférence du parti en avril 1968, et sa disparition virtuelle de la scène politique, indique également que beaucoup de ceux qui avaient scissionné du LSSP étaient incapables de se réorienter vers le mouvement de masse et de construire une direction marxiste révolutionnaire.
Les perspectives de développement du parti furent freinées par les différentes scissions et départs d’une organisation déjà petite. Les calomnies politiques lancées publiquement contre le parti par les scissionnistes rendirent également difficile son développement, surtout parmi une jeunesse qui ne savait rien du trotskysme et encore moins du LSSP(R). Le groupe healyste (Revolutionary Communist League) formé par d’autres éléments scissionnistes contribua à accroître la confusion sur le trotskysme, le LSSP(R) et la IVe Internationale. Son journal a eu quelque influence dans les milieux universitaires de gauche. Il n’a pas d’influence significative au sein de la classe ouvrière à cause de son hypersectarisme et de son suivisme par rapport aux partis de la gauche traditionnelle du Front uni. Il n’est révolutionnaire que dans la mesure où il répète inlassablement ses refrains et appelle comme un perroquet à la « construction d’un parti révolutionnaire » en réponse à tous les problèmes soulevés par la lutte des classes.
Cependant, la raison fondamentale qui a freiné la croissance du parti doit être cherchée dans les profondes illusions créées par l’alliance politique entre le LSSP et le PC(M) au sein du Front uni dirigé par le SLFP, à l’époque où ces trois partis étaient dans l’opposition parlementaire au gouvernement UNP en 1965-1970. Un des principaux facteurs qui freina le développement du parti au sein de la jeunesse fut le développement d’une nouvelle organisation de jeunesse révolutionnaire, le JVP. La perte de toute illusion dans le gouvernement au sein des masses, et la débâcle subie par le JVP en 1971, ont changé les conditions de développement du parti dans le mouvement de masse pour la période à venir.
Le rôle dirigeant que plusieurs militants du parti ont joué au sein du Ceylon Mercantile Union, et la transformation de ce syndicat en une puissante organisation dans toutes les catégories de travailleurs urbains, dans le secteur privé et dans le secteur nationalisé, ont été les principaux facteurs qui ont permis au parti, malgré sa petite taille, de devenir le seul groupe révolutionnaire politiquement significatif agissant actuellement au sein du mouvement de masse. Un plus grand intérêt pour le parti s’est développé dans la dernière période, parmi ceux qui ont reconnu le rôle important qu’il a joué pour faire du CMU l’avant-garde du mouvement de masse, dans la lutte pour la défense des droits démocratiques malgré les conditions dangereuses et difficiles de répression maintenues par le gouvernement. La défense des dirigeants du JVP jugés devant la Commission de justice criminelle et la large campagne que nous avons menée pour faire connaître l’enquête ont permis de développer un intérêt pour notre ligne politique, en particulier parmi les prisonniers politiques et les anciens militants du JVP. En conséquence, bien que la situation demeure dangereuse pour le mouvement de masse et rende encore difficile la reconstruction de la gauche, le parti est désormais en position d’organiser une avant-garde marxiste révolutionnaire, capable de diriger le mouvement de masse et de le faire progresser sur la voie du socialisme.
La tâche propagandiste principale du parti pour la période actuelle est de faire comprendre aux masses ceylanaises que la bourgeoisie ceylanaise, même avec un régime parlementaire en association avec les partis de la gauche traditionnelle, est incapable de maintenir sa domination sur une base démocratique, et de résoudre leurs problèmes, particulièrement celui du chômage et de la hausse du coût de la vie.
Afin de remplir cette tâche et de mener les masses au renversement de la domination capitaliste et à l’établissement d’un gouvernement ouvrier et paysan sous la direction du prolétariat, il est essentiel que le parti montre la nécessité de s’engager activement dans la construction de l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat, capable d’unir les travailleurs des villes, de la campagne et des plantations dans un mouvement de masse pour le socialisme.
Dans la situation actuelle le parti doit chercher à regrouper ou à former des tendances capables d’être orientées dans une direction révolutionnaire, au sein du prolétariat rural et dans les plantations, en s’appuyant pour cela sur les positions qu’il a gagnées au sein du prolétariat urbain. Il est aussi important que le parti forme des groupes, ou entre en contact avec des groupes déjà existants au sein de la population travailleuse tamoule et au sein du mouvement étudiant, qui puissent participer au renforcement de l’avant-garde révolutionnaire du prolétariat. Pour réaliser ces tâches le parti doit développer sa propagande et son agitation autour des revendications démocratiques suivantes :
- Levée de l’état d’urgence et rétablissement de toutes les libertés démocratiques, y compris la libération inconditionnelle de tous les prisonniers politiques en détention provisoire ou condamnés sous la loi de la Commission de justice criminelle ou les mesures de l’état d’urgence, et abrogation de cette loi ainsi que de la loi sur la Sécurité publique et des autres lois répressives.
- Droits de citoyenneté pour toute personne apatride d’origine indienne à Ceylan, et suppression des rapatriements forcés des travailleurs d’origine indienne.
- Reconnaissance du tamoul comme langue officielle, comme le cingalais, et abolition de toute forme de discrimination contre des minorités raciales ou religieuses.
Par rapport au gouvernement de Front uni, le parti doit continuer à dénoncer sa véritable nature et le rôle de traître joué par le LSSP et le PC(M). En même temps, il est essentiel que le parti dénonce également le caractère démagogique de la propagande de l’UNP sur la question des droits démocratiques et du niveau de vie des masses. Dans la mesure où l’UNP cherche à tromper les masses en expliquant que les attaques du Front uni sont la conséquence des idées marxistes et socialistes, afin de discréditer ces idées, le parti doit également expliquer la nature réelle du rôle que joue l’UNP face au gouvernement de Front uni. Il faut souligner qu’il s’agit essentiellement d’un rôle complémentaire, dans la mesure où l’UNP comme le Front uni cherchent à préserver les rapports de propriété et la domination capitalistes à Ceylan, au détriment des masses, bien qu’avec des moyens différents. Quand elles comprendront cela, les masses verront que leur niveau de vie a été érodé tout autant sous le précédent gouvernement de l’UNP que maintenant sous le Front uni, étant donné la détérioration du système capitaliste à Ceylan sous les deux gouvernements.
En ce qui concerne le Parti fédéral et le Congrès des travailleurs de Ceylan, le parti doit expliquer leur incapacité à garantir les droits démocratiques de la population tamoule dans les provinces du nord et de l’est, et des travailleurs d’origine indienne des plantations, sous un régime bourgeois, qu’il soit dirigé par le SLFP ou l’UNP, ou par une alliance entre les deux. Le parti doit également expliquer la nature du Front uni tamoul et le rôle complémentaire qu’il joue par rapport à l’UNP, au sein des minorités nationales, dans la période actuelle.
Pour défendre le niveau de vie des masses et leurs droits démocratiques, le parti doit continuer à expliquer la nécessité, et chercher à organiser des actions de masse, de façon indépendante par rapport aux partis du Front uni et aux partis de l’opposition de droite. Par rapport à cela, le parti doit continuer à stimuler la formation d’organes indépendants de défense des droits et du niveau de vie des travailleurs, tels que le People’s Defence Committee, et la formation d’un front unique entre les syndicats et les autres organisations de masse, autour de revendications qui permettront de faire progresser la conscience de classe des travailleurs, et qui leur feront comprendre la nécessité de la prise du pouvoir par les travailleurs, sous la direction de l’avant-garde marxiste révolutionnaire.
En plus de ces tâches politiques visant à reconstruire le mouvement ouvrier à Sri Lanka sous une direction marxiste révolutionnaire, il est essentiel que le parti développe une éducation marxiste systématique, et montre la nécessité pour l’avant-garde révolutionnaire ceylanaise de rejoindre la IVe Internationale, car la lutte pour le socialisme à Sri Lanka ne pourra pas se développer isolée de la lutte pour le socialisme à l’échelle mondiale.
Décembre 1973