Ces derniers mois, parallèlement aux informations concernant la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran, les grands médias occidentaux — y compris les chaînes de télévision françaises et la BBC britannique — ont largement évoqué, dans le cadre des spéculations sur la chute de la République islamique et son alternative possible, le nom de Reza Pahlavi, fils du Shah renversé lors de la révolution de 1979.
Examinons brièvement qui est Reza Pahlavi, pourquoi il est mis en avant dans les circonstances actuelles, quelles sont ses stratégies et tactiques, quelles sont ses chances de retour en Iran, et si une éventuelle restauration de la monarchie en Iran apporterait liberté, démocratie et prospérité au peuple iranien.
Qui est Reza Pahlavi ?
Son père, Mohammad Reza Shah, un patriarche, refusait de faire de sa fille « Shahnaz » (née de son premier mariage avec l’Égyptienne Fawzia, sœur du roi d’Égypte) son héritière. Comme sa seconde épouse, Soraya, était stérile, il divorça d’elle et épousa Farah Diba. Leur fils aîné, Reza, devint héritier du trône.
Au moment de la révolution de 1979 et de la fuite de sa famille hors d’Iran, Reza Pahlavi avait 18 ans. Les États-Unis, qui avaient ramené au pouvoir le Shah par le coup d’État de 19531, refusèrent de l’accueillir sur leur sol et de lui accorder l’asile. Après une période d’errance avec sa famille au Maroc, aux Bahamas, etc., Après la mort du Shah en Égypte, son fils Reza s’installa aux États-Unis.
Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, il n’a exercé aucun emploi. Il a mené une vie luxueuse grâce à la fortune astronomique volée par ses parents et à des investissements lucratifs. Contrairement à de nombreux exilés politiques dans le monde, qui consacrent leur vie à la libération de leur pays et possèdent expérience et compétences, son seul « curriculum vitæ (CV) » est d’être le fils du Shah, ce qu’il considère suffisant pour revendiquer le trône.
Base sociale des monarchistes
Parmi les près de trois millions d’Iranien-nes ayant fui ou émigré après la révolution de 1979, une grande partie appartenait à la classe dirigeante. Les oligarques et les ultra riches de l’ancien régime, rêvaient du retour de la monarchie et de la récupération de leurs pouvoirs et privilèges. Ils soutiennent Reza Pahlavi depuis l’étranger.
À l’intérieur du pays, la répression des libertés civiles et individuelles par la République islamique et l’imposition de lois religieuses ont nourri une certaine nostalgie de l’ancien régime chez une partie de la population. De plus, les puissantes chaînes de télévision pro-Pahlavi, qui présentent depuis des années l’époque du Shah comme un paradis de liberté et de prospérité, influencent une jeunesse qui n’a pas connu la dictature monarchique.
Enfin, une partie de la bourgeoisie à l’intérieur de l’Iran — soumise à la pression de l’oligarchie dominante privilégiée, partisane de l’économie néolibérale et de l’intégration au marché mondial — se compose également de républicain·es et de partisan.nes du rétablissement du régime monarchique.
Une crédibilité née de la répression !
On dit que l’histoire se répète toujours deux fois, la première comme une tragédie et l’autre comme une farce. La dictature du Shah, en réprimant les forces progressistes et de gauche tout en laissant le clergé agir librement, a conduit à l’absence d’alternative lors de la révolution de 1979, ouvrant la voie à Khomeiny. De même, 47 ans de répression sous la République islamique, interdisant toute organisation indépendante, ont conduit à une situation où la lutte contre le régime manque d’alternative structurée. Dans ce vide, les monarchistes à l’étranger, disposant de ressources financières importantes et d’appareils médiatiques puissants soutenus notamment par l’Arabie saoudite et Israël, apparaissent comme les seuls visibles dans les médias occidentaux.
Comme le dit le proverbe : « Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. »
Stratégie et tactiques
Face à l’absence de partis politiques en Iran et à la fragmentation de l’opposition à l’étranger, Reza Pahlavi a tenté de se poser en unificateur. Il a même déclaré préférer personnellement la république à la monarchie, affirmant vouloir seulement instaurer une démocratie permettant au peuple de choisir via référendum.
Ces déclarations visaient à rallier les républicains sous son influence. Mais ces alliances ont rapidement échoué en raison de son autoritarisme et de celui de son entourage.
Reza Pahlavi, de par sa nature de classe et son caractère chauvin, ne pouvait pas être un facteur d’unité. Il ne con naissait rien de la pauvreté, l’exploitation et les inégalités de classe ; il ne tenait absolument pas compte des classes ouvrières et laborieuses ; il utilisait la question des femmes, à l’instar de son père, comme un instrument de propagande, et son éloignement du féminisme ainsi que de l’émancipation des femmes face au patriarcat et à la domination masculine ne laissait aucune possibilité de susciter le soutien des femmes.
En résumé, loin d’unifier l’opposition, il a contribué à accroître divisions et méfiance.
Sa stratégie de retour
La stratégie principale de Reza Pahlavi repose sur une intervention extérieure, notamment des États-Unis et d’Israël. Sans base organisée en Iran, il mise sur les sanctions économiques et une intervention militaire des États-Unis et d’Israël pour renverser le régime. Il soutient ouvertement la guerre contre l’Iran, allant jusqu’à s’opposer à des cessez-le-feu. Cette position lui vaut une forte hostilité parmi les Iranien.nes, notamment celles et ceux qui subissent les conséquences directes des bombardements.
Un épisode marquant fut son appel au soulèvement des 8 et 9 janvier 2026, alors que le régime avait complètement coupé Internet et les communications téléphoniques en Iran afin de mener la répression dans le silence et l’obscurité. A la suite de Donald Trump, Il a, via la chaîne de télévision par satellite « Iran International », lancé un appel à la population : « ne quittez pas les rues, de l’aide est en route ». Les gens ont été trompés ; aucune aide n’est arrivée, et en l’espace de deux jours, plusieurs milliers de personnes non armées ont été massacrées par le régime.
Quelles chances de retour de Reza Pahlavi ?
Contrairement à Netanyahu et Reza Pahlavi, Donald Trump semble privilégier une transformation du régime plutôt qu’un renversement total. Cela revient, pour Reza Pahlavi, à l’effondrement du château de sable qu’il a construit dans son imaginaire. Encore plus décevant pour lui est l’échec de ses tentatives de rencontre avec Donald Trump, ainsi que la déclaration explicite de ce dernier affirmant qu’il ne prend pas Reza Pahlavi au sérieux, faute de soutien suffisant à l’intérieur du pays. Netanyahou l’utilise comme un levier de pression, et même le régime islamique lui-même s’en sert comme d’un instrument de sabotage et déstabilisation au sein de l’opposition. La stratégie à long terme et maximale de Netanyahu consiste à morceler l’Iran, à provoquer des guerres civiles d’usure et à transformer le pays en miettes et dépourvu de puissance, dans le but d’assurer la suprématie et l’hégémonie d’Israël au « Nouvel Moyen-Orient ».
Même si Israël, dans une optique à court terme et minimale, souhaitait le rétablissement de la monarchie de Reza Pahlavi, sans la volonté des États-Unis et sans des conditions internes favorables en Iran, il ne pourrait pas imposer cet objectif. Aucune de ces conditions n’est, pour l’instant, favorable à Reza Pahlavi.
Même si cette guerre devait conduire au renversement de la République islamique, les restes organisés et armés des vastes forces de résistance du régime à travers le pays, d’une part, ainsi que les opposants au système monarchique — notamment les travailleurs/euses, les forces de gauche, et en particulier des groupes ethniques tels que les Kurdes, les Turcs et les Arabes — ne permettraient pas à Reza Pahlavi, chauvin et farouchement opposé aux droits des minorités ethniques et à un système fédéral, de descendre de l’avion à l’aéroport de Téhéran et de faire ne serait-ce que deux pas en direction de l’ancien palais de son père !
Marcher sur les œufs !
Reza Pahlavi a lié son destin à des contradictions profondes : s’appuyer sur les ennemis du peuple iranien et soutenir les sanctions économiques ainsi que la guerre, au prix de la haine du peuple iranien à son égard ; revendiquer le patriotisme tout en trahissant, en pratique, la patrie ; nourrir le rêve de retourner en Iran, ce qui ne serait possible que si l’Iran était réduit à une situation comparable à celle de Gaza ; conditionner les alliances politiques à l’adhésion au principe sacré de « l’intégrité territoriale », tout en soutenant la guerre de Benjamin Netanyahu dont l’objectif serait de morceler l’Iran !
Porteur de démocratie ?
Ce pour quoi le peuple iranien se bat aujourd’hui n’est pas le retour à la monarchie, qu’il a reléguée à la poubelle de l’histoire lors de la révolution de 1979. A la place du régime fasciste islamique, il veut la mise en place d’une république démocratique sociale, fédérale, laïque et féministe, car l’écrasante majorité du peuple iranien a besoin de liberté, de démocratie, égalité, de protection sociale et de bien-être. Au lieu de :
Reza Pahlavi, son entourage et tous ces voleurs, les grands capitalistes, les anciens diplomates et les militaires, les tortionnaires ayant fui lors de la révolution, ainsi que leurs enfants et petits-enfants, ne partagent pas la souffrance de ce peuple. Ceux qui aujourd’hui, dans les rues des États-Unis, d’Europe, du Canada et d’Australie, insultent et agressent physiquement les opposant·es à la monarchie, constituent des groupes fascistes qui manifestent avec le drapeau d’Israël et celui de la SAVAK (organisation de torture sous le Shah) dans les rues de Berlin, Paris, Londres, Toronto, Los Angeles, etc. Ils veulent revenir pour récupérer leurs pouvoirs et privilèges perdus et compenser les opportunités manquées durant près de 50 ans d’exploitation et de pillage ; ils veulent revenir pour s’approprier tout ce que la classe dirigeante actuelle a accaparé et pillé, avant que le peuple ne le leur arrache. Ils déclarent ouvertement vouloir revenir pour se venger de la révolution de 1979 et exécuter les forces de gauche.
Le peuple iranien n’a besoin d’aucun roi, même s’il était le plus démocratique, le plus intègre, le plus honnête et le plus purement cérémoniel — à plus forte raison pas de Reza Pahlavi, qui est à l’opposé absolu de toutes ces qualités.
Publié par Échos d’Iran n°29 – 6 avril 2026
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Organisé par la CIA et les services secrets britanniques (MI6), suite à la nationalisation du pétrole par le Premier ministre iranien Mossadegh.