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Quel futur pour le Bangladesh ?

par Ibne Azad
Une opération d’aide au Bangla Desh… « Seulement 20 % atteignent les sinistrés… »

Il y a environ quatre ans, dans la nuit du 12 au 13 novembre 1970, un cyclone sans précédent et un raz de marée gigantesque ravagèrent les régions côtières de ce qui était alors le Pakistan oriental. Le régime militaire pakistanais fit très peu d’efforts pour sauver la vie des populations frappées par le cyclone. Le Sheikh Mujibur Rahman, premier ministre actuel du Bangladesh, était alors dirigeant du parti d’opposition au Pakistan oriental. Il déclara lors d’une conférence de presse le 26 novembre 1970 :

« Nous avons vécu avec des inondations et des cyclones depuis l’indépendance [1947, quand les Britanniques quittèrent les Indes]. Aujourd’hui, après 23 ans d’indépendance nationale nous n’avons aucun plan de contrôle des inondations… Nous sommes aujourd’hui renforcés dans notre conviction que si nous voulons sauver la population du Bangladesh des ravages de la nature et des attaques de ses voisins, nous devons obtenir l’autonomie régionale complète… Nous devons avoir tous les pouvoirs pour diriger notre économie. Ce n’est qu’après nous être arrachés à la domination de la coterie régnante et après avoir obtenu l’autonomie régionale complète… que nous pourrons résoudre nos problèmes les plus urgents, que ce soit le développement économique, le contrôle des inondations, ou la reconstruction des villages et la réhabilitation des personnes endommagées par le cyclone. »

Les inondations et les cyclones sont deux catastrophes naturelles importantes qui frappent le Bangladesh presque tous les ans. Au cours de la lutte contre le régime militaire du Pakistan, une des revendications de Rahman avait été un contrôle efficace des inondations. Le 3 janvier 1971, parlant devant une foule de près de deux millions de personnes à Dacca, Rahman promit :

« Quand nous avons soulevé le problème du contrôle des inondations par le passé, on a toujours évoqué la question du manque de fonds. Je montrerai comment on peut trouver l’argent pour le contrôle des inondations. » (Morning News, Dacca, 4 janvier 1971.)

Il y a maintenant plus de deux ans et demi que Rahman est premier ministre du Bangladesh. Quand il fut nommé premier ministre, il promit à la population un Sonar Bangla (un Bengale doré). Mais au lieu de cela Rahman et ses hommes de la Ligue Awami ont fait du Bangladesh un véritable cimetière. Une corruption sans limite, une mauvaise administration et l’inefficacité la plus grande règnent en maître. Le Bangladesh est ruiné. Son économie s’est effondrée bien avant que la récente inondation ait frappé le pays. Rahman n’a pas mieux agi que les bouchers pakistanais. Au contraire, les masses travailleuses connaissaient, sous certains aspects, une condition meilleure à l’époque. Il y en a peu aujourd’hui qui crient « Joi Bangla » (Gloire au Bengale). La question qui revient le plus souvent est : « Le Bangladesh a-t-il un futur ? »

Les inondations de juin

C’est au mois de juin, cette année, que les inondations ont frappé le Bangladesh. Le niveau des différentes rivières s’éleva régulièrement et la situation fut aggravée par les fortes chutes de pluie. Au début août le pays subit la pire inondation depuis 150 ans. Deux tiers de la surface du pays furent inondés. Près de 30 millions de personnes furent touchées ; 3 000 moururent ; 3 500 miles de routes furent détruits.

Au moment où nous écrivons il n’est pas encore possible d’estimer de façon précise l’étendue réelle des dommages. Le gouvernement du Bangladesh l’estime à environ 500 millions de dollars US. Il est difficile de décrire les souffrances de la population.

Rahman a fait très peu pour lutter contre les inondations. Et son gouvernement n’a rien fait non plus pour protéger la population contre les cyclones. Dans le budget de l’année en cours, seuls 3 millions de takas (1 dollar = environ 7 takas) ont été alloués à ce problème, alors que le minimum requis par le ministre du Contrôle des inondations était de 6,5 millions de takas (Holiday, Dacca, 4 août 1974).

Dans le même numéro de Holiday, N. M. Harun écrivait :

« Les experts pensent qu’il y a deux approches au problème de la protection contre les inondations : (a) un contrôle efficace des inondations est possible sur la base d’un plan touchant l’ensemble du pays et d’efforts multinationaux ; et (b) des projets demandant une grande main-d’œuvre dans le cadre d’un plan d’ensemble peuvent être entrepris même avec les ressources actuelles du pays pour protéger de vastes régions des inondations. L’administration actuelle doit encore prendre en considération la première approche. Quant à la seconde approche, elle n’a pas montré beaucoup d’enthousiasme jusqu’ici. »

Malgré les ravages sans précédent causés par l’inondation, la réponse internationale a été très faible. Dès que les eaux commencèrent à submerger de larges régions du pays, Rahman organisa un tour en hélicoptère au-dessus des régions dévastées pour les chefs des missions diplomatiques. Le gouvernement demanda de l’aide aux Nations unies et aux autres organisations internationales. La réponse internationale a été pitoyable.

Par le passé, lors du cyclone de 1970 et au cours de la première année de libération du Bangladesh, le gouvernement reçut une aide importante de l’étranger : au cours de la première année d’indépendance, les Nations unies, avec l’opération Dacca, offrirent plus de 500 millions de livres sterling. Mais, au moment où nous écrivons, très peu a été offert au gouvernement du Bangladesh. Le gouvernement US n’a donné que 4 millions de dollars. Le Bureau d’aide aux sinistrés des Nations unies à Dacca n’a donné que 20 000 dollars. Ces sommes sont bien en deçà des 500 millions de dollars qui sont estimés nécessaires par le gouvernement du Bangladesh. Commentant cette situation, Michael Hornsby expliquait :

« Cette parcimonie reflète le désenchantement des organisations internationales et des autres donateurs face à la manière dont les fonds donnés pour l’aide aux sinistrés par le passé ont été dissipés et détournés par les officiels corrompus du Bangladesh. » (The Times, Londres, 14 août 1974.)

Un correspondant de l’hebdomadaire du Bangladesh Deshbangla rapportait que toutes les missions étrangères de Dacca étaient conscientes de la façon dont le gouvernement avait abusé et gaspillé une bonne partie de l’aide étrangère :

« Les missions étrangères au Bangladesh estiment qu’environ 50 % de l’aide fut détournée vers les Indes, 30 % fut approprié par les distributeurs, c’est-à-dire uniquement les membres de la Ligue Awami au pouvoir, et seulement 20 % atteignit les pauvres et les nécessiteux du Bangladesh. » (Deshbangla, Dacca, 8 août 1974.)

Après le cyclone de 1970, Rahman accusa le régime militaire pakistanais de négligence criminelle à cause de son incapacité à lancer une opération de sauvetage et d’aide intensive. Mais comment l’opération est-elle menée par le gouvernement de la Ligue Awami ? Dans cette période de crise nationale, Rahman aurait dû développer un programme unifié pour lutter contre une telle calamité. Au lieu de cela il a fait de la politique avec l’inondation. Il utilise ses forces de police pour freiner le travail de secours entrepris par les partis de l’opposition. Le message est clair. Ses hommes et lui veulent se partager toute l’aide qui pourrait arriver dans le pays.

Une économie à l’agonie

Bien avant les récentes inondations, l’économie du pays avait atteint un point d’effondrement. Les réserves de devises étaient épuisées. En conséquence les importations des produits de consommation essentiels avaient été suspendues, et les importateurs étrangers n’honoraient plus les lettres de crédit du Bangladesh. Le déficit du commerce extérieur pour 73/74 a atteint 44,5 millions de takas (Deshbangla, 8 août 1974). À la fin du mois de juin dernier les réserves de devises étrangères avaient pratiquement atteint le point zéro.

Le Bangladesh tenta d’obtenir un prêt important auprès du Fonds monétaire international (FMI). D’après un rapport publié par l’Observer de Londres, le FMI n’a accordé que 16 millions de livres alors que le Bangladesh avait besoin d’une somme de 300 millions de livres pour importer les produits essentiels pour les six mois à venir. Les inondations qui se sont produites depuis n’ont fait qu’aggraver la situation de l’économie agonisante du pays. Au cours des deux derniers mois, Mujib a envoyé ses émissaires dans les différentes capitales du monde pour obtenir de l’aide. Le ministre des Affaires étrangères prit contact avec les riches pays pétroliers comme l’Iran, le Bahreïn, le Qatar et Abu Dhabi. Le ministre des Finances a été envoyé à Washington. Deux membres de la commission du plan du Bangladesh ont été envoyés en Hongrie, en Allemagne occidentale, en Jordanie, en Tchécoslovaquie, en Belgique et en Grande-Bretagne. Un ministre a été envoyé en Arabie saoudite, en Égypte et en Irak. Le ministre de l’Industrie a été envoyé à Moscou. Avant même son départ, les bureaucrates du Kremlin avaient fait savoir qu’ils n’avaient pas l’intention d’aider le Bangladesh à se sortir de la crise actuelle en offrant de l’aide en monnaie solide. On pense que l’aide soviétique se fera selon un système d’échange contre des produits industriels fabriqués par une industrie mise sur pied grâce à l’aide soviétique.

La situation économique est si mauvaise que la commission du plan du Bangladesh a abandonné toute idée d’appliquer le premier plan quinquennal du pays. Il va être remplacé par un programme de développement annuel. L’administration de Rahman éprouve de grandes difficultés à rembourser les dettes étrangères. Le 1er septembre 1973, M. Hamidullah, gouverneur de la Banque du Bangladesh, souligna que trois facteurs avaient contribué à l’effondrement de l’économie du Bangladesh : la fuite des capitaux, la forte contrebande vers les Indes et les échecs de la production dans les usines.

Mais qui paie les frais de l’effondrement économique ? La situation des masses laborieuses est indescriptible. Comment les gens peuvent-ils survivre avec un revenu par tête inférieur à 200 dollars par an, alors que le riz est vendu un demi-dollar la livre et qu’une chemise d’homme ordinaire coûte au moins 20 à 25 dollars ? La famine entraîne de nombreuses morts. Pendant la période du gouvernement de Rahman, les prix ont augmenté d’au moins 500 à 600 %. Les masses laborieuses ont été saignées à blanc. Au cours des quatre derniers mois seulement, le prix du riz a au moins doublé. Le prix du tissu a augmenté d’au moins dix fois depuis l’indépendance du Bangladesh. Le manque d’efficacité de l’administration de Rahman est tel que, à cause de l’absence d’une signature de la commission du plan, un large projet de culture de coton n’a pas pu être réalisé.

La corruption, la pratique du marché noir, et toutes les autres activités antisociales se développent de façon incontrôlée. Une section de la Ligue Awami a accumulé des richesses considérables. Tout le monde est persuadé, au Bangladesh, que Rahman lui-même a accumulé assez de richesses pour devenir un des dix hommes les plus riches du pays. Qui est la nouvelle classe riche au Bangladesh ? Pour ne donner qu’un seul exemple, le neveu de Rahman, le Sheikh Fazlul Huq Moni, est devenu un des hommes les plus riches du pays. Il a été ouvertement dénoncé, même par des membres de la Ligue Awami, et est bien connu pour ses pratiques corrompues. Son oncle lui offre sans aucun doute une protection et une immunité totales. L’an passé, le fils même de Mujibur fut pris en flagrant délit d’activités antisociales.

La sévère pénurie de nourriture qui régnait au Bangladesh avant la récente inondation a été créée de toutes pièces. D’après les estimations officielles du gouvernement, les manques étaient de l’ordre de 1,8 million de tonnes de nourriture. D’autre part, en 1973 le pays avait fait des récoltes excellentes. D’après une estimation de l’organisation du Commonwealth, le Bangladesh a produit 12,5 millions de tonnes de riz, ce qui aurait été suffisant pour nourrir une population de 75 millions de personnes. Pourquoi assiste-t-on alors à une pénurie du riz ? La réponse est simple. Le riz est introduit en contrebande aux Indes où l’on connaît une pénurie chronique de riz et d’autres produits alimentaires. Le produit le plus soumis à la contrebande est le jute, qui représentait 85 % des profits des exportations du Bangladesh. Aujourd’hui l’industrie du jute est au bord de l’effondrement. Avant 1971, les Indes connaissaient un déficit dans cette industrie équivalent à 500 000 balles de coton. Aujourd’hui la situation a bien changé. Un quotidien indien a récemment révélé que les Indes avaient accumulé un million de balles de jute par la contrebande et qu’elles s’étaient fixé comme but d’exporter 500 000 balles de jute brut (The Hindustan Standard, 16 mars 1974). Depuis que les industriels du jute se procurent la matière première par contrebande au Bangladesh, les 62 usines de jute du Bengale occidental, aux Indes, fonctionnent à plein rendement, et ont même mis en place deux équipes. D’un autre côté, les 77 usines de jute du Bangladesh sont confrontées à une crise aiguë de production ; beaucoup vont bientôt devoir fermer leurs portes à cause du manque de matière première et de produits importés, tels les lubrifiants et les pièces détachées. La fermeture des usines de jute jetterait des milliers d’ouvriers au chômage. Parallèlement, les gains du gouvernement du Bangladesh dus aux exportations de jute ont baissé de 3,5 milliards de takas en 1969 à 2,6 milliards de takas en 1973/74.

Le calcul qui se trouve derrière cette contrebande est simple. Officiellement une roupie indienne égale une taka du Bangladesh. Mais au cours non officiel, une roupie égale au moins deux takas. Le prix d’un maund (82 livres) de jute est de 60 takas au Bangladesh et le prix est le même aux Indes. En passant en contrebande un maund de jute, on obtient 60 roupies indiennes qui peuvent être changées contre 120 takas. Les 120 takas peuvent être ramenées au Bangladesh, ou bien on peut acheter une pièce de tissu de 120 takas et la revendre 150 takas au Bangladesh. Grâce à ce calcul très simple, non seulement le jute, mais le riz, les légumes et le lait sont sortis en contrebande du Bangladesh, provoquant une pénurie artificielle de nourriture.

La répression contre l’opposition

Depuis l’indépendance, Rahman a promis à plusieurs reprises d’utiliser les forces armées pour « liquider la corruption, la contrebande et les autres activités antisociales ». Mais toutes ses promesses sont absolument creuses. La raison en est que, au Bangladesh, peu de gens, en dehors des membres de la Ligue Awami au pouvoir, peuvent se procurer les licences et les patentes permettant de faire du commerce extérieur et intérieur. Les membres de la Ligue Awami ont monopolisé toutes les fonctions rémunératrices, toutes les affaires, commerces et industries profitables. Cela voudrait donc dire que Mujib devrait utiliser les forces armées contre les hommes de son propre parti. Il a au contraire utilisé les forces armées pour liquider toute opposition.

Le 5 février 1974 une loi accordant les pouvoirs spéciaux a été votée, permettant au gouvernement de prendre toutes les mesures de détention préventive sans procès, de censurer les journaux, d’interdire certaines publications et d’interdire des organisations et associations. Rahman a utilisé à fond ces pouvoirs spéciaux, afin de faire taire le peuple. Il vaut la peine de rappeler ce qu’il défendait par le passé. Le 28 octobre 1970, dans une déclaration au peuple du Pakistan faite à la radio, il déclara :

« Il faut établir une véritable démocratie, dans laquelle les libertés fondamentales seront garanties constitutionnellement. Notre manifeste présente le cadre pour un développement des partis politiques, des syndicats et des gouvernements locaux. Nous nous engageons à restaurer la liberté totale de la presse et à extraire la corruption qui s’est développée comme le cancer dans notre société. » (Dawn, Karachi, 29 octobre 1970.)

Les évènements de ces dernières années ont clairement montré combien les promesses de Rahman étaient vides de sens.

Depuis l’indépendance du Bangladesh plusieurs journaux de gauche ont été suspendus. La liberté de la presse a été largement limitée. L’éditeur du quotidien le plus populaire du Bangladesh, Ganakantha (La Voix du peuple), journal du parti d’opposition Jatiya Samajtantrik Dal (JSD, Parti socialiste national), a été arrêté sous les pouvoirs spéciaux. La plupart des journaux quotidiens sont sous contrôle gouvernemental, tout comme sous la domination pakistanaise, quand les quotidiens appartenaient soit au gouvernement, soit à des gens du Pakistan occidental, soit à des Bengalis pro-pakistanais.

Le 26 juillet 1974 un quotidien contrôlé par le gouvernement, le Purbodesh (L’Est du pays), annonça une future pénurie du sel au Bangladesh. L’administration de Mujib n’essaya pas de prouver que cette nouvelle était fausse ; au contraire, le gouvernement fit pression sur l’éditeur du journal qui licencia immédiatement le journaliste responsable. D’après les sources gouvernementales cette nouvelle a aggravé (sic).

Les nouveaux riches de la Ligue Awami

Le 15 février 1971, à l’académie bengalaise de Dacca, le Sheikh Mujibur déclara :

« Nous croyons fermement à une économie socialiste et à une société libérée de l’exploitation. Nous ne resterons pas au pouvoir si nous ne sommes pas capables de traduire les espoirs que le peuple a placés en nous… » (The Pakistan Observer, Dacca, 16 février 1971.)

Quelques jours plus tard, il répéta sa promesse :

« Sans une économie basée sur un schéma socialiste, 70 millions de personnes ne peuvent pas vivre sur une superficie de 55 000 miles carrés. » (Dawn, Karachi, 1971.)

Voilà les promesses que le Sheikh Mujibur Rahman a faites au peuple. Après la libération du Bangladesh, les compagnies d’assurances et les grandes industries furent nationalisées et le gouvernement fixa une limite pour les investissements dans le secteur privé. La Ligue Awami n’avait pas d’autres possibilités que d’avoir recours à de telles mesures puisque la bourgeoisie bengalaise était très faible et n’était pas du tout capable de lancer seule ses activités. Il faut noter que les capitaux étrangers ne furent pas touchés par les mesures de nationalisation de la Ligue Awami. Le 4 juillet 1971, le Conseil économique national du Bangladesh décida de lever les limitations imposées aux investissements dans le secteur privé, en faisant passer le plafond de 2,5 millions de takas à 30 millions de takas. Les limitations aux investissements étrangers ont également été levées, rendant le Bangladesh propre à une exploitation néocoloniale.

Au cours de ces deux dernières années de monopole de la corruption, la Ligue Awami a réussi à créer une nouvelle classe riche (bien que pas encore très forte), dont les membres ont acquis leurs richesses avant tout par des moyens illégaux. En élevant le plafond des investissements privés, le gouvernement a donc permis à ce secteur d’investir le capital accumulé par le marché noir.

Dès le départ, le programme de nationalisation de Rahman était une vaste mystification. Badruddin Umar, politologue bengalais, l’explique ainsi :

« Au Bangladesh, il n’y avait rien de révolutionnaire dans les différentes mesures prises par le gouvernement dans le domaine de l’industrie, de l’agriculture, du commerce et dans toutes les autres sphères de la vie nationale. Leurs nationalisations ne représentaient pas du tout une attaque contre le capital ; elles ne se voulaient pas du tout une attaque contre le capital. Il s’agissait d’un mécanisme de transfert de la propriété de certaines mains dans certaines autres, des mains de ceux qui n’étaient pas dans la Ligue Awami aux mains des membres de la Ligue Awami. C’est pourquoi personne ne s’est véritablement attaché à développer les industries nationalisées. Mais, d’un autre côté, il fallait que les industries nationalisées servent de diverses façons à l’accumulation de la richesse dans les mains privées. La production des industries nationalisées ne s’est pas développée, et par suite d’une mauvaise gestion de ces industries, l’idée même de nationalisation, et avec elle de socialisme, est totalement discréditée aux yeux des masses. »

Holiday, 7 juillet 1974

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