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Positions face à l’offensive trumpiste

par Brais Fernández

Cette année 2026 a commencé par un bouleversement mondial. L’enlèvement de Nicolás Maduro au Venezuela par l’armée américaine a eu un impact à l’échelle mondiale et expose de manière crue la nouvelle phase dans laquelle nous sommes entrés. Dans cette brève note, nous souhaitons souligner certaines questions clés qui, à notre avis, peuvent servir de base à la discussion politique dans le domaine du socialisme international.

L’agression des États-Unis contre le Venezuela constitue une agression impérialiste qui doit être fermement condamnée. L’enlèvement du président d’un pays souverain inaugure une nouvelle méthode de discipline et de terreur qui aura des effets durables sur la vie politique de nombreux pays.  L’impérialisme américain traite à nouveau l’Amérique latine comme son arrière-cour. Cependant, contrairement à ce qu’annonçait Trump, les États-Unis n’ont pas envahi le Venezuela : ils ont décapité son gouvernement et contraint l’appareil d’État post-chaviste à négocier dans un rapport de forces totalement défavorable. Le contrôle du pétrole et du commerce, ainsi que l’isolement de la Chine, sont des objectifs essentiels, mais pas les seuls.  L’objectif est d’établir une relation de vassalité qui discipline toute tentative de souveraineté ou d’indépendance vis-à-vis de Washington. C’est quelque chose que l’opposition fasciste vénézuélienne commence à comprendre à travers des humiliations successives : dans un monde néocolonial, où la souveraineté d’un pays périphérique peut être bafouée, il en va de même pour les fractions de la classe dominante qui, à un moment donné, cessent d’être utiles à l’impérialisme.

Dans ce contexte, plusieurs débats s’ouvrent autour du Venezuela. Le premier est immédiat et urgent : il est indispensable de former un grand front uni contre l’impérialisme qui exige la libération de Maduro et la fin des menaces contre d’autres pays d’Amérique latine, en particulier Cuba et la Colombie. Aucune force de gauche ne devrait hésiter sur ce point.

Le deuxième débat concerne l’échec et la faiblesse des vestiges de la soi-disant révolution bolivarienne. Plusieurs questions se posent ici. Tout d’abord, la nature du régime. Le Venezuela actuel n’a que peu ou rien à voir avec une démocratie socialiste. Il n’y a pas de processus révolutionnaire socialiste ouvert, du moins depuis la mort de Chávez, qui avait déjà mis en garde contre les risques et les défis auxquels le processus bolivarien serait confronté dans son document Golpe de timón. Il n’y a pas de transfert de pouvoir d’une classe à une autre, mais plutôt la consolidation d’une caste bureaucratique et entrepreneuriale liée à l’armée et aux affaires pétrolières. D’un point de vue marxiste, ce régime peut être qualifié de bonapartisme régressif, qui consolide une nouvelle configuration bourgeoise et s’éloigne du césarisme progressiste du chavisme initial, qui avait ouvert, de manière indéterminée et finalement frustrée, la possibilité d’une transition vers le socialisme. Le madurisme a restreint la liberté politique de la gauche critique et n’a pas construit de système de participation populaire alternatif à la démocratie bourgeoise. En tant que communistes, nous défendons une conception de la démocratie qui peut, si nécessaire, restreindre la liberté politique de la classe ennemie afin de détruire son monopole sur la propriété privée ; mais ce processus doit être dialectique, ouvrant la voie à la construction de formes de pouvoir par le bas, capables de servir de base à un nouveau type d’État et à une légitimité alternative qui remplace la légitimité bourgeoise. Rien de tout cela ne s’est produit au Venezuela ces dernières années.

Cependant, le marxisme ne détermine pas sa position internationale uniquement en fonction du caractère socialiste d’un régime. Le Venezuela ne fait pas partie du bloc impérialiste et est devenu une cible coloniale. Certes, le bilan du gouvernement Maduro dans ce domaine n’est pas brillant non plus : le pays est confronté à une défaite retentissante, avec une mobilisation populaire réduite à néant (il suffit de comparer la situation actuelle à l’énergie déployée en 2002 après le coup d’État contre Chávez) et l’obligation de céder aux exigences de Trump, malgré la rhétorique de résistance que le gouvernement tente de maintenir avec peu de crédibilité.

C’est pourquoi nous insistons sur l’idée centrale : le marxisme révolutionnaire ne définit pas son soutien à un pays par rapport à un autre exclusivement en fonction du caractère de son gouvernement, mais en fonction de sa position dans le système mondial et de sa relation avec l’impérialisme. En ce sens, le soutien au Venezuela doit être total et sans faille. La mobilisation mondiale et la défaite de l’impérialisme américain sont des conditions sine qua non pour que le Venezuela puisse ouvrir une nouvelle marge de liberté socialiste. Telle doit être la base politique sur laquelle articuler une alliance dans la conjoncture actuelle.

L’offensive trumpiste vise également l’Union européenne. L’UE est une structure impérialiste en déclin, et Trump cherche à provoquer son implosion interne. Le Groenland en est un exemple récent. L’UE se sait impuissante face à cette offensive, qui affaiblit ses dirigeant·es et les montre incapables de défendre leur propre sphère d’influence. Cela renforce l’extrême droite, qui agit comme un véritable « parti étranger » trumpiste, offrant sa soumission à Washington et promettant aux Européens que, grâce à elle, l’Europe ne sera plus faible. Cette dynamique introduit une profonde fracture au sein de la classe dominante, avec des répercussions dans tous les pays. Prenons le cas de l’État espagnol, où le PP a été complètement déstabilisé après le coup de force de Trump au Venezuela (en ne comptant pas sur l’opposition vénézuélienne) et l’annonce de la conquête du Groenland. Alors que le cas vénézuélien s’inscrit dans un conflit entre un pays impérialiste et un autre soumis à la domination coloniale, le conflit au Groenland est purement impérialiste. La gauche doit s’y opposer en adoptant sa propre position : indépendance du Groenland, non-alignement avec aucun des blocs et rejet de l’exploitation destructrice de ses ressources. Elle doit également, bien sûr, continuer à exiger la sortie de l’OTAN et s’opposer de manière intransigeante au réarmement militariste promu par l’UE.

Enfin, l’attaque de Trump contre le Venezuela s’inscrit également dans une offensive plus large, qui vise à restructurer la vie sociale aux États-Unis et dont l’objectif immédiat est la migration latino-américaine. Le meurtre d’une mère blanche à Minneapolis alors qu’elle s’opposait à une descente de l’ICE montre que, dans le contexte de la crise prolongée de rentabilité du capitalisme, l’intensification des politiques impérialistes à l’étranger ne s’accompagne pas d’une redistribution interne des richesses, mais d’une augmentation de la stratification sociale et d’une violence de plus en plus fasciste. La classe dirigeante n’a plus rien d’autre à offrir, et c’est pourquoi les contradictions vont s’accentuer. Aujourd’hui, l’extrême droite est à son apogée, mais sa propre politique jette les bases d’une résistance future. Le cas de la migration latino-américaine est illustratif : une partie importante de cette population a basculé à droite ces dernières années, poussée par l’échec des populismes en Amérique latine, les illusions d’ascension sociale dans le nouveau pays et l’influence idéologique de dispositifs tels que l’évangélisme. Cependant, cette combinaison peut être remplacée par l’expérience directe des raids de l’ICE, le mépris politique absolu (comme le traitement réservé par Trump à Corina Machado et son entourage) et une vie quotidienne marquée par l’humiliation. Cela n’affectera pas seulement les États-Unis : cela aura également des effets sur l’État espagnol, ouvrant la possibilité de déplacements et de mutations entre les blocs historiques. Aujourd’hui, la droite est en plein essor, mais tout en progressant, elle pose les bases de sa propre crise.

Publié le 8 janvier 2026 par Viento Sur