Les élections municipales ont eu lieu en France les 15 (premier tour) et 22 mars (second tour). La confusion qui en ressort, à un an de la présidentielle, est signe d’un morcellement du bloc central et de la droite qui risque surtout de produire un glissement vers l’extrême droite et, face à cela, un éclatement des forces du Nouveau Front populaire (NFP) qui compromet la construction d’une alternative unitaire.
Chaque parti politique est désormais obsédé par la préparation des élections présidentielle et législatives qui, sauf accident de parcours, auront lieu à partir d’avril 2027. Donc, chaque responsable politique – et surtout chaque futur candidat présidentiel –, dans l’impatience d’en finir avec les années Macron, vient de dresser le bilan de ces élections municipales en affirmant, chacun avec autant de certitude, que celles-ci confortent sa stratégie politique pour préparer l’échéance institutionnelle majeure de 2027. Ces élections municipales avaient donc comme vocation obligatoire, à leurs yeux, d’être un « tour de chauffe » et, dans les entrailles de leurs résultats, chaque parti a voulu lire l’augure de sa propre réussite en 2027. Il en suit une cacophonie depuis une semaine, entre et au sein de beaucoup de partis, avec de nombreux éclairages contradictoires des résultats.
La spécificité des élections municipales en France
Il est pourtant étonnant de prétendre tirer « une leçon » de ces élections – et encore moins la légitimation d’une stratégie pour 2027 –, car les élections municipales ont leurs propres caractéristiques et, de plus, le bilan en est largement mitigé pour les uns comme pour les autres. Il n’y a pas « une leçon » des élections municipales.
En France, les élections municipales — c’est-à-dire l’élection de conseils municipaux dans chacune des communes — ont lieu tous les six ans, dans chacune des quelque 34 875 communes du pays. Ces communes sont issues d’un découpage opéré lors de la Révolution française de 1789, essentiellement calqué sur la carte des paroisses catholiques de l’époque. Depuis 1884, chacune élit un conseil municipal, plus ou moins nombreux selon l’importance de la commune, et un maire. En Europe, un tel nombre de communes est exceptionnel (l’État espagnol, l’Allemagne et l’Italie ont entre 8 000 et 10 000 communes). Mais 32 000 d’entre elles ont moins de 3 500 habitants, dans les zones rurales qui ne rassemblent plus que 20,8 % de la population française. 33 173 communes ont eu leur maire élu au premier tour le 15 mars, donc essentiellement dans ces zones rurales où, deux fois sur trois, il n’y avait qu’une seule liste « sans étiquette ».
L’abstention croissante
Les affrontements de listes politiques et leur dénouement concernent donc essentiellement les communes de plus de 3 500 habitants qui regroupent 69 % de la population dans 3 189 villes.
Avant toute chose, il faut aussi souligner la progression constante de l’abstention, à toutes les élections en général, aux élections municipales en particulier. Il y a eu 42,7 % d’abstentions cette année, la participation étant en chute constante depuis des décennies : le taux d’abstention était inférieur à 30 % jusqu’en 1997 ; en 2014 il n’était encore que de 37,8 %. Toutes les élections en France (régionales, européennes, municipales) ont désormais un taux d’abstention croissant, soit autour d’un électeur sur deux. Seule l’élection présidentielle connaît une participation plus importante, mais l’abstention y progresse aussi régulièrement, plus d’un électeur sur quatre en 2022. De plus, d’après des études de l’INSEE, plus de 10 % des électeurs ne sont pas, ou ne croient pas être, inscrits sur les listes électorales.
La seule exception notable dans cette courbe de l’abstention a été en 2024 les élections législatives anticipées (qui ont suivi la dissolution décidée par Macron) et qui avaient abouti à la victoire des listes du Nouveau Front populaire : le taux d’abstention était tombé de 53 % en 2022 à seulement 33 % lors des deux tours de cette élection. La large mobilisation présente lors de cette élection a été évidemment en décalage avec la prise de distance grandissante d’avec les processus électoraux. Pour ces municipales-ci, l’abstention a été plus forte chez les jeunes de 18 à 25 ans (56 %), de 25 à 34 ans (60 %), et parmi l’électorat ayant un revenu inférieur à 1 250 € (60 %).
L’érosion des résultats du Parti socialiste et des Républicains
L’autre point particulier de ces élections est le décalage entre la crise profonde des partis traditionnels (le Parti socialiste et les Républicains) au niveau national depuis 10 ans et le maintien de leur implantation dans les institutions locales. Mais l’érosion est bien présente.
Si l’on se réfère aux vingt dernières années, dans les villes de plus de 30 000 habitants, les Républicains sont passés de 102 mairies (120 avec les « divers droite ») en 2014 à 48 (97 avec les « divers droite ») en 2026. Même phénomène pour le PS qui passe de 98 mairies (106 avec les « divers gauche ») en 2008 à 30 en 2026 (52 avec les « divers gauche »). La baisse tendancielle des deux vieux partis traditionnels est donc évidente. Par ailleurs, il faut souligner que les « divers gauche » et « divers droite » tendent petit à petit à être aussi importants que les maires affiliés aux Républicains ou au PS.
Pour sa part, le « bloc central » macroniste (Horizons, Renaissance, Modem) avec 43 mairies maintient le poids qu’avait déjà le centre droit dans les années 80 (Modem de Bayrou ou UDI de Borloo). Ce qui est notable est que ce courant « macroniste », depuis 2017, ne s’est pas structuré comme un parti national et a été incapable de supplanter les partis traditionnels au plan local.
Dans ces villes de plus de 30 000 habitants, le RN a gagné 12 mairies et la France insoumise 6 (le PCF lui-même maintient 19 mairies – 25 en 2014). Donc, pour ces villes moyennes et grandes, on note une perte lente, mais progressive, pour les Républicains et le Parti socialiste.
Les Républicains et l’éclatement du « bloc central »
Ces élections ont lieu à deux tours et les listes peuvent fusionner entre elles ou se maintenir si elles ont rassemblé plus de 10 % des voix.
Bruno Retailleau, président des LR, a pu se féliciter au soir du second tour en déclarant que « les Républicains et leurs alliés remportent le plus grand nombre de voix et d’élus. Nous sommes toujours la première force politique locale en France ». Pour invoquer de tels chiffres, il faut mobiliser les résultats dans toutes les villes de plus de 3 500 habitants où, en effet, la droite affiche l’élection de 1 267 maires et 8,7 millions de voix. Le PS et les « divers gauche » affichent eux seulement 829 mairies, mais 9,2 millions de voix.
Les LR ont du mal à masquer un sérieux échec dans les grandes métropoles, Paris, Lyon, Marseille. Les Républicains ne peuvent avoir comme trophées que l’élection de trois maires du « bloc central », soutenus par LR : Jean-Luc Moudenc à Toulouse (membre du petit groupe de France audacieuse, proche du parti Horizons d’Édouard Philippe), celle de Thomas Cazenave à Bordeaux, macroniste de la première heure, et d’Antoine Armand à Annecy, tous deux membres de Renaissance (le parti de Macron). La plus grande ville dirigée par un Républicain est Clermont-Ferrand, 24e ville de France, 146 000 habitant·es.
Rachida Dati perd à Paris. Martine Vassal était largement distancée par le Rassemblement national à Marseille et une union s’est formée autour du socialiste Benoît Payan. Échec aussi à Lyon où Jean-Michel Aulas, ancien président du club de football de l’Olympique Lyonnais, soutenu par toute la droite, a été battu par le maire sortant écologiste Grégory Doucet, dont la liste avait fusionné avec celle de LFI. Enfin, à Nice, alors que le macroniste Estrosi était soutenu officiellement par LR, Retailleau disait clairement son refus de le soutenir, le renvoyant dos à dos avec Éric Ciotti, ancien président des LR, transfuge vers l’extrême droite et aujourd’hui allié du Rassemblement national avec son nouveau petit parti UDR. Plusieurs élus LR du Sud-Est comme le maire de Cannes ont marqué clairement leur soutien à Éric Ciotti.
Donc le discours triomphaliste de Retailleau, « LR premier parti de France » (LR a rassemblé 4,8 % à la présidentielle de 2022 et 4,3 % aux législatives de 2024) sert à Retailleau et à la direction LR pour justifier la marche en avant annoncée au Bureau politique du parti : la désignation d’un candidat LR (soit directement Retailleau, soit par une primaire interne), à la suite de quoi le parti proposerait peut-être une primaire commune à LR et aux partis du bloc central (Renaissance et Horizons). Cette position s’oppose à celle de l’autre dirigeant principal du parti, Laurent Wauquiez, qui voudrait clairement s’ouvrir à une primaire intégrant le parti d’extrême droite Reconquête (Knafo/Zemmour), petit parti membre du groupe ENS du Parlement européen avec l’AfD allemande et les antisémites et anti-Roms du MHM hongrois.
La vraie leçon concernant les LR est que ce parti, déjà lourdement affaibli, sort de ces élections clairement fragmenté, sous-estimant le faible poids électoral de leur parti pour une présidentielle, face à Horizons, à Édouard Philippe et aux restes de Renaissance d’un côté, au RN de l’autre. Tout cela pour une organisation de plus en plus poreuse aux thèmes du RN et aux alliances avec l’extrême droite. Être supplétif d’une candidature Édouard Philippe ou se réduire comme une peau de chagrin face au RN sont les deux risques qui menacent les Républicains, qui se voient néanmoins comme un axe de rassemblement avec le « bloc central » des macronistes.
Dans ce camp du centre droit macroniste et de la droite, on compte près d’une dizaine de prétendants, déclarés ou non, pour la présidentielle, voulant tous — il n’y a pas de femmes candidates pour l’instant dans ce courant — tourner la page de Macron, espérant chacun couvrir le même espace politique qui avait permis la victoire surprise, en 2017, d’Emmanuel Macron. Dans tous les cas, le bloc central et la droite n’ont pas encore trouvé les moyens de ne pas se présenter éclatés en 2027.
Le Rassemblement national
Le Rassemblement national n’a pas « renversé la table » lors de ces élections municipales, mais avec son allié UDR d’Éric Ciotti, il a gagné 57 mairies dans les 3 060 villes de plus de 3 500 habitants, contre 9 en 2020. Son poids local est encore dérisoire par rapport à son poids dans les élections nationales, mais il a franchi un réel palier. La victoire à Nice est symbolique, mais a du mal à gommer l’échec subi à Marseille et à Toulon où un très bon score de premier tour laissait espérer une victoire. Le RN s’est heurté à un front de la droite à Toulon et à un front de la gauche à Marseille. Reste un seul élu RN dans une ville de plus de 100 000 habitants, Louis Aliot à Perpignan.
Cependant, le RN progresse dans son ancrage institutionnel, notamment dans le Var et la région du Nord avec plusieurs communes moyennes gagnées, et ces résultats peuvent désormais permettre l’élection de plusieurs sénateurs1. C’est un pas de plus dans une normalisation où le parti grignote des voix sur la droite, l’image la plus spectaculaire étant la place prise par son candidat à Marseille, Frank Alisio, rassemblant 35 % des voix au premier tour, trois fois plus que la candidate LR, Martine Vassal, qui apparaissait pourtant favorite des sondages quelques mois avant l’élection.
Au total, là encore, malgré tout, ces résultats montrent la spécificité des municipales et le décalage entre les résultats réels et les commentaires de Jordan Bardella qui les présentait comme « l’expression d’un basculement profond (…) la fin d’un vieux monde à bout de souffle ». Le RN poursuit sa course vers l’élection présidentielle avec Bardella ou Le Pen, si elle n’est pas déclarée inéligible cet été. Les élections municipales ont montré à la fois la banalisation de ce parti néofasciste — et la banalisation aussi assumée par la droite du petit parti Reconquête, de Sarah Knafo et Éric Zemmour — et la porosité croissante de la base électorale de la droite dure et de l’extrême droite.
L’éclatement des composantes du Nouveau Front populaire
Le vrai problème manifesté par ces élections municipales est le franchissement d’un pas supplémentaire dans l’éclatement des composantes du Nouveau Front populaire.
Les élections municipales ont toujours été le socle le plus solide, le maillage de la vie politique institutionnelle en France (ce sont essentiellement les conseillers municipaux qui élisent le Sénat), et chaque parti traditionnel a toujours voulu soigner sa présence à ce niveau. La France insoumise ne s’était, jusque-là, pas préoccupée de sa présence municipale. Après sa victoire au sein de la gauche avec la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (NUPES) en 2022, LFI avait essayé de négocier des accords avec ses partenaires socialistes, écologistes et PCF pour obtenir au moins un poste de sénateur aux élections de la même année. Son faible poids dans les conseils municipaux et une logique boutiquière des dirigeants de ses partis alliés aboutirent alors à un refus et au maintien de l’éviction de LFI du Sénat.
En 2020, la France insoumise n’avait que deux maires dans des villes de plus de 5 000 habitants. Au-delà de cette première raison de peser fortement en 2026, la stratégie annoncée de la France insoumise était de faire de ces élections un tremplin pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon en 2027. La conséquence fut le choix de présenter plus de 500 listes labellisées LFI dans toutes les villes de plus de 100 000 habitants et dans 80 % des villes de plus de 30 000 habitants, en se concentrant sur les zones où les présidentielles et les législatives avaient donné les meilleurs résultats. C’était donc clairement un choix d’appareil, mais lié aussi à une stratégie pour 2027 visant à faire jouer au maximum le rapport de force pour s’imposer comme la seule candidature pouvant passer le premier tour. Il n’était donc pas question pour Mélenchon de présenter à nouveau des listes NFP. Les campagnes de LFI furent, sur des bases radicales reprenant le programme du NFP, une affirmation sans démarche unitaire.
Pour le PS, le choix était diamétralement opposé : s’appuyer sur la force restant à ce parti au niveau de son implantation locale pour lui redonner une visibilité nationale et construire un rapport de force suffisant, soit pour une candidature socialiste autonome en 2027 (avec la possibilité d’un choix Parti socialiste-Place publique avec Raphaël Glucksmann), soit pour participer à une primaire de la gauche avec les autres composantes du NFP (sans Mélenchon) comme cela a été proposé à Tours en janvier 2026 par une annonce commune d’Olivier Faure, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin.
Parallèlement à ces préparatifs, les semaines précédant les élections municipales ont vu la multiplication de forces centrifuges. À côté du dispositif mis en place par LFI, le reste des partis du NFP ont construit des alliances à géométrie variable, selon les configurations locales. Mais alors que les Écologistes et le PCF laissaient la porte ouverte à des alliances au second tour avec la France insoumise face à la droite, la direction du Parti socialiste, sous pression de la droite du parti (Jérôme Guedj et François Hollande, notamment), affirmait « aucun accord national au second tour avec la France insoumise », rejetant LFI hors de la gauche « respectable » (tout en laissant la possibilité d’accords locaux à bas bruit). Cela venait après que les dirigeants du PS ont multiplié les dénonciations de la France insoumise, reprenant l’ignoble campagne de la droite après la mort du néonazi Quentin Deranque et la multiplication des accusations d’antisémitisme visant Mélenchon.
La droite du parti semblait donc avoir scellé la ligne du parti, imposant à Faure de fermer la page du NFP et même d’écarter une primaire ouverte à gauche avec des forces comme les Écologistes et l’Après — qui avaient refusé à l’Assemblée la ligne de « salut public » du PS, avaient soutenu les budgets des gouvernements Lecornu et avaient voté plusieurs fois la censure.
Marseille et Paris semblaient à l’échelle des municipales représenter cette ligne d’unité du NFP sans LFI, puisque l’unité de toutes les autres composantes (Écologistes, PCF et Après) était réalisée derrière Emmanuel Grégoire à Paris et Benoît Payan à Marseille.
La France insoumise semblait donc mise sur la touche de ces élections et la physionomie du reste de la gauche unie semblait donner du crédit aux partisans d’une recomposition d’une unité de la gauche « à l’ancienne » sous domination sociale-démocrate. Malgré tout, des dynamiques militantes unitaires se sont construites, par exemple à Saint-Denis ou à Toulouse.
Les résultats du premier tour des municipales et les jours qui ont suivi ont démenti ce scénario. Si le PS avait engrangé de bons résultats, la percée spectaculaire était venue de LFI qui gagnait Saint-Denis, plus grande commune de la région parisienne, était en nette position de l’emporter à Roubaix, arrivait en tête de la gauche à Toulouse, notamment. Les listes faisaient plus de 10 % dans 60 % des communes de banlieue, dans 96 villes. Ces très bons résultats locaux réduisaient à néant la campagne de presse de la réaction et faisaient apparaître LFI comme une force populaire locale, une composante essentielle à gauche.
La France insoumise, renversant sa position d’isolement du premier tour, a proposé nationalement la fusion avec les autres listes de la gauche pour réaliser un « front antifasciste », en pratique pour battre la droite. Malgré la décision de la direction du PS, les accords PS/LFI se multiplièrent dans de nombreuses villes, comme Toulouse, Nantes, Tulle, Limoges, Clermont-Ferrand, signés dans plusieurs cas par des socialistes proches de Hollande et Guedj, comme à Tulle et à Nantes. Toute la campagne et le positionnement du PS semblaient s’écrouler comme un château de cartes et l’unité de la gauche se reconstruire. Mais surtout, le Parti socialiste donnait le tournis à ses propres électeurs, à qui la plupart des dirigeants du parti avaient répété qu’il était impossible de s’allier avec le parti de Mélenchon. À Paris et à Marseille, les têtes de listes socialistes refusèrent la fusion des listes. À Marseille, ce refus semblait incompréhensible alors que la liste du socialiste Benoît Payan ne devançait celle du Rassemblement national que de 1,6 %, que la liste LFI avait rassemblé 11,94 % et que, dans tous les cas, de nombreux électeurs de la candidate LR (12,41 %) se reporteraient sur le RN au second tour, donnant la mairie à l’extrême droite. Malgré le refus sectaire de Benoît Payan, la France insoumise eut l’intelligence de préférer retirer sa liste, même sans fusion, plutôt que d’offrir la ville au RN.
Mais le plus grave, évidemment, est qu’au total les divisions de la campagne de premier tour, le déferlement d’une campagne haineuse contre la France insoumise et une forte mobilisation de la droite auront empêché la victoire du candidat insoumis à la tête de listes fusionnées à Toulouse et à Limoges, et qu’un pourcentage réel d’électeurs du PS n’aura pas suivi le mouvement. Il faut noter que ce n’est qu’après le premier tour, à Toulouse par exemple, que les syndicats (CGT, FSU, Solidaires) ont appelé à voter pour la liste fusionnée à gauche. Ces fusions et le retrait volontaire de LFI à Marseille auront permis des victoires à gauche, comme à Nantes et à Lyon. Mais la majorité des listes fusionnées LFI/PS furent battues, permettant une nouvelle offensive au sein du PS pour verrouiller toute démarche d’unité à gauche.
Au total, LFI aura gagné son pari d’implantation locale en remportant les élections dans 8 villes, dont 7 de plus de 30 000 habitants, essentiellement dans les banlieues populaires de la région parisienne, dans le Nord et autour de Lyon.
Cependant, cette campagne aura mis la gauche sur des rails qui ne peuvent que la faire dérailler en 2027. Non seulement les principaux partis de la gauche ne voient leur action des prochains mois que sur le terrain institutionnel, avec la préparation électorale de 2027, sans aucune campagne commune sur les questions sociales ou démocratiques. De plus, l’éclatement des partis de gauche a largement freiné la construction de démarches unitaires avec le mouvement social et syndical. La différence avec juin/juillet 2024 est évidente de ce point de vue. Sur la question électorale, un triste jeu symétrique est en train de se jouer. Olivier Faure vient de refuser publiquement « tout accord national entre le PS et LFI pour la présidentielle et pour les législatives ». Une déclaration inimaginable il y a deux ans, et démoralisante pour des dizaines de milliers de militant·e·s du mouvement social et syndical qui redoutent une victoire du RN en 2027. Du côté de la France insoumise, toutes les déclarations qui ont suivi le deuxième tour écartent toute référence au NFP, détaillant la marche du parti vers la présidentielle et appelant les courants de gauche à la rejoindre sans proposer aucune démarche commune des partis du NFP.
La voie semble donc fermée à la construction d’une unité à gauche sur des bases de rupture avec les politiques d’austérité, et aucun levier social n’apparaît pour l’instant pouvant inverser les dynamiques centrifuges, alors que les classes populaires subissent encore de nouvelles attaques avec l’augmentation du coût de la vie due à la spéculation sur les produits pétroliers et qu’à l’arrière-plan, les crises climatique et écologiques, sanitaires et sociales ne cessent de s’aggraver, boostées notamment par les guerres moyen-orientales ou est-européennes, les rivalités inter-impérialistes et la course aux armements. C’est donc, malgré tout, une nécessité impérieuse, face à la victoire programmée de Bardella/Le Pen, que de construire une telle alternative unitaire de rupture avec les politiques capitalistes libérales — construction qui nécessiterait la mobilisation unitaire de toutes les forces du mouvement ouvrier et démocratique comme cela a pu se réaliser en 2024, il y a à peine deux ans.
Le 23 mars 2026.
Article écrit pour la revue Viento Sur. Communiqué par l’auteur. Intertitres et mise en forme par la rédaction d’ESSF.
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Le Sénat comprend 348 sièges. Il est élu au suffrage indirect par 162 000 grands électeurs, à 95 % délégués issus des conseils municipaux, plus les autres élu·e·s régionaux, députés, sénateurs.