La différence entre un chef d’État néofasciste et un chef d’État de « la gauche de rupture » sera bien réelle (voir article précédent). Mais un chef d’État dans un pays dépourvu d’un mouvement populaire actif, y compris en matière de politique internationale, aura un pouvoir limité. Si l’Espagne tient tête au délire trumpien, c’est aussi parce que la gauche politique et sociale du pays s’est mobilisée et continue de le faire contre l’impérialisme. Si même Giorgia Meloni, la présidente néofasciste du conseil des ministres d’Italie, proteste contre les mauvais traitements infligés aux ItalienNEs menant des flottilles de la paix contre le blocus de Gaza, ce n’est pas par un amour patriotique des gauchistes qui la conduisent, mais parce qu’un réel sentiment populaire est hostile à l’abominable génocide perpétré par les fascistes israéliens en Palestine.
Voilà pourquoi nous-mêmes consacrons tant d’énergie à nous mobiliser pour Gaza, pour Cuba, contre la fascisation du monde. Nous combattons l’idée néfaste et fausse suivant laquelle notre action serait vaine. Les États-Unis ont été vaincus au Vietnam, la France a reconnu l’indépendance de l’Algérie après sa déculottée indochinoise, l’apartheid sud-africain a été brisé par le combat héroïque des peuples concernés, mais aussi par la mobilisation solidaire des campus, des dockers, des mouvements et syndicats progressistes dans de nombreux pays. Abandonner ce B.A.-BA de l’internationalisme prolétarien est un contresens dramatique à l’heure de la mondialisation sans limite.
La possible victoire de Mélenchon, qui n’a rien d’une certitude, serait une opportunité indiscutable pour que les révolutionnaires et progressistes de France et des colonies en appellent à tous les peuples du monde pour agir contre la guerre, la militarisation, l’exploitation des classes dominées, la destruction du climat et de la biodiversité. Le mouvement doit aller dans les deux sens. La force de LFI et de toute la gauche de rupture grandira si elle sait prendre à bras le corps et de façon unitaire les enjeux internationaux de la lutte entre le fascisme et l’émancipation.
Le combat international n’est pas seulement dans l’affrontement entre le « camp occidental » et les peuples du monde. Cette vision campiste commet la faute impardonnable de tourner le dos aux peuples qui sont sous la férule de régimes rétrogrades, réactionnaires et parfois sanguinaires. S’opposer au bellicisme impérialiste dit « occidental » ne doit pas conduire à rester sourd au cri des masses iraniennes étranglées par « des gardiens de la révolution » qui sont surtout des gardiens de leurs propres coffres-forts, ni indifférent au sort du peuple ukrainien quotidiennement bombardé par la mafia poutinienne qui en même temps tient en laisse les peuples de Russie, dont les fils servent de chair à canons… ou à drones. L’internationalisme ne se divise pas. Il ne doit pas être à géographie variable.
Aujourd’hui, l’autodétermination des peuples est un principe cardinal qui ne souffre pas d’exception sous prétexte que l’on est Ukrainien ou Ouïgour ou Arménien ou n’importe qui d’autre. La raison de cette exigence fondamentale est simple : l’humanité ne sortira de la crise systémique qui l’emprisonne, ne mettra fin aux guerres de plus en plus coûteuses en vies humaines, en destructions massives, en écocides dévastateurs, que si tous les régimes d’oppression tombent. Aux États-Unis, en Iran, en Russie et ailleurs.
Pour faire face au capitalisme de fin du monde qui menace jusqu’à son existence, l’humanité a besoin de toutes ses forces, de la coopération universelle des peuples. Cette vérité fondamentale ne parviendra jamais à l’entendement des Le Pen, Bardella et autres Trump. La gauche française est aujourd’hui à un moment crucial de son histoire. Elle le comprendra, en tirera les conséquences, ou périra comme espoir d’émancipation.
Publié dans Révolution socialiste n°451 le 15 juin 2026