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L’emprise croissante de l’occupation sur Gaza et la Cisjordanie depuis la guerre contre l’Iran

par Samar Nasser
Rue Omar al-Mokhtar à Gaza-ville, 23 février 2025. © Jaber Jehad Badwan, CC BY-SA 4.0

Le gouvernement israélien a profité du fait que l’attention mondiale est focalisée sur la guerre israélo-américaine contre l’Iran et de l’offensive israélienne sur le sud du Liban pour poursuivre sa guerre génocidaire et son expansion à Gaza et en Cisjordanie.

En effet, malgré le prétendu cessez-le-feu d’octobre 2025, fondé sur le plan de paix de Trump qui divise la bande en deux parties selon la « ligne jaune » (plus de 54 % revenant à Israël, le reste accueillant 2,2 millions d’habitants de Gaza dans l’espace exigu restant), Israël n’a respecté ni le cessez-le-feu ni aucune clause de l’accord, et a poursuivi sa guerre d’extermination par des tirs et des bombardements terrestres et aériens dans différentes zones. Le bilan des victimes depuis le « cessez-le-feu » s’élève à 750 martyr·es et 2 090 blessé·es selon une source du ministère palestinien de la Santé, portant le total des victimes du génocide à Gaza depuis le 7 octobre à 73 000 martyr·es et 173 000 blessé·es à la suite des bombardements directs.

Ces chiffres ont augmenté durant la guerre contre l’Iran, qui s’est étendue du 28 février au 8 avril, période au cours de laquelle les forces d’occupation ont tué 124 Palestinien·es et blessé 352 autres.

Israël ne se contente pas de ses bombardements répétés : il poursuit également sa guerre de la faim à Gaza en limitant l’entrée des aides humanitaires alimentaires et médicales, aggravant ainsi les souffrances de plus de 80 % de la population du territoire, qui souffre d’un manque criant d’aide, dont plus de 52 % des familles dépendent entièrement.

Ces violations du cessez-le-feu sont ininterrompues depuis le premier jour de l’accord. Elles ont confirmé ce que même des participants au Conseil de paix de Trump pressentaient : le plan de paix de Trump n’est guère plus qu’un vœu pieux, et une nouvelle tentative de Trump de mobiliser l’argent des pays du Golfe arabique pour financer ses projets d’investissement. Ce qui est le plus inquiétant dans la situation gazaouie, ce ne sont pas seulement les transgression israéliennes – attendues de tous –, mais surtout le recul de la couverture médiatique, voire sa quasi-disparition sur certaines chaînes et certains médias, en raison du manque de correspondants – pris pour cibles par les forces d’occupation –, et de l’attention des médias tournée vers la guerre contre l’Iran et le sud du Liban. Ce recul de la couverture a incité les forces d’occupation à s’enfoncer davantage dans leurs projets expansionnistes, en déployant des colonies derrière la « ligne jaune » : sept nouvelles colonies ont été ajoutées aux 31 déjà existantes, et des routes sont goudronnées vers ces nouvelles implantations dans une politique du fait accompli visant à transformer la « ligne jaune » provisoire en frontière définitive – cette ligne qui n’avait été tracée que le temps d’accomplir les clauses de l’accord, conformément au délai accordé à la Commission nationale supposée désarmer le Hamas et reconstruire le territoire en l’espace de huit mois à compter de la signature de l’accord. Israël traite le plan de paix de Trump comme il a traité tous les accords palestiniens depuis Oslo : tout ce qui est provisoire devient permanent, en sus des violations permanentes de toute clause de tout accord.

La situation en Cisjordanie

Depuis le 7 octobre 2023, les Palestinien·nes de Cisjordanie sont confronté·es à une escalade des affrontements et des provocations de la part de l’armée israélienne et des colons, à un degré jamais atteint dans l’histoire du conflit arabo-israélien. Ce qui aggrave encore la pression sur les Palestinien·nes, c’est la dégradation de la situation économique due à la guerre à Gaza, aux fermetures permanentes et aux restrictions de circulation, rendant difficile l’accès aux lieux de travail en raison de la multiplication des points de contrôle et des bouclages.

La situation a atteint son paroxysme après la guerre contre l’Iran, les colons profitant de l’accaparement de l’attention mondiale par ce conflit pour intensifier leurs agressions, qui ont perdu toute retenue au point que l’armée d’occupation elle-même se plaint de son incapacité à maintenir l’ordre et à régler les conflits nés de leurs attaques incessantes contre les Palestinien·nes, et du pillage des biens et des terres agricoles. Le mois de mars a enregistré 638 agressions contre des habitant·es et des biens, soit une hausse de 177 % par rapport à la même période en 2025. Ces violations ont touché toutes les villes de Cisjordanie, avec le soutien des figures de la droite politique et des intégristes, dans une complicité américaine assumée.

L’adoption de la loi sur la peine de mort pour les prisonniers palestiniens

Le racisme sioniste et l’emprise de l’intégrisme d’extrême droite se sont manifestés dans ce qui s’est passé à la Knesset israélienne le 30 mars : l’adoption d’une loi instaurant la peine de mort pour les prisonniers palestiniens, dans un consensus sans précédent parmi les membres de la Knesset. Cette démarche s’inscrit dans le contexte des transformations qui traversent la structure religieuse juive, désormais dominée par des prédicateurs néofascistes radicaux tels que les rabbins Kahana et Ginzburg, qui supervisent l’enseignement d’une version rigoriste du judaïsme talmudique à la nouvelle génération d’enfants et de jeunes juifs. Cela se reflète dans le racisme et la haine que l’on observe chez les colons extrémistes qui ont perdu toute retenue, avec des pratiques d’une barbarie telle qu’elle a suscité l’indignation de personnalités de la droite israélienne elle-même.

Après l’adoption de la loi, de nombreuses analyses et évaluations ont émergé quant à la possibilité que la Cour suprême l’annule ou la modifie. Qu’il y ait ou non des amendements, la droite religieuse israélienne continuera de légiférer et de concevoir des plans contre les Palestinien·nes en Cisjordanie, à Gaza et à l’intérieur d’Israël. Bien que l’adoption de la loi ait eu lieu alors que le monde était absorbé par la guerre en Iran, elle a suscité des protestations et des manifestations de rejet en Palestine, en Jordanie, en Syrie, en Irak et en différents endroits du monde. La plus significative a été la grève générale observée dans les gouvernorats de Cisjordanie le mercredi 1ᵉʳ avril, en réponse à l’appel des forces nationales et islamiques – ce qui a conduit les forces d’occupation à intensifier leurs raids et arrestations quotidiens.

Le black-out médiatique imposé par Israël sur l’extermination de Gaza et l’étranglement de la Cisjordanie

Parmi les violations et agressions incessantes, le ciblage des journalistes en Palestine par l’État occupant n’est pas nouveau, mais le fait qu’il soit devenu clairement et délibérément systématique après le 7 octobre constitue un fait nouveau : le nombre de journalistes tué·es alors qu’ils couvraient le génocde à Gaza s’élève à 213, selon un communiqué du Comité pour la protection des journalistes, et à 270 selon une autre source.

Ce ciblage direct des journalistes a conduit de nombreuses chaînes et médias à réduire le nombre de leurs reporters de terrain. Avec la guerre contre l’Iran, les efforts des institutions médiatiques se sont concentrés sur la couverture de cette guerre et du sud du Liban. Ce changement a détourné l’attention mondiale de l’extermination à Gaza et des violences en Cisjordanie, et a reporté le soutien international vers de nouveaux théâtres de conflit, ce qui a encore renforcé l’emprise de l’occupation.

Le soutien de la communauté internationale

Les habitants de Gaza vivent aujourd’hui la pire des catastrophes : plus de deux millions de Gazaoui·es entassé·es dans une infime parcelle derrière la « ligne jaune », représentant moins de la moitié de l’espace surpeuplé où ils vivaient avant le 7 octobre, dans un contexte de destruction totale, de prolifération de fléaux et de maladies dus à la pollution et à l’absence de tous les éléments vitaux – nourriture, eau, soins médicaux –, dans un bombardement incessant. La situation en Cisjordanie s’aggrave de jour en jour, avec des tentatives acharnées de l’armée et des colons d’étouffer les Palestinien·nes et de les pousser à quitter leurs terres. Des transgressions sans précédent exigent la mobilisation des militant·es, des défenseur·ses des droits humains et le soutien international du monde entier face à la machine de destruction israélienne qui, si elle n’est pas stoppée, conduira à des catastrophes menaçant la région et le monde.

Le 12 avril 2026