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Le registre des associations a supprimé le Congrès des syndicats de Malaisie, et personne ne s’en est aperçu

par S. Arutchelvan

Depuis 2022, le gouvernement d’Anwar Ibrahim a mis en œuvre les réformes législatives les plus favorables aux syndicats que la Malaisie ait connues depuis des décennies : assouplissement des restrictions à la création de syndicats, interdiction de la discrimination à l’adhésion syndicale et allocation de nouveaux fonds publics pour renforcer les capacités syndicales. La syndicalisation dans le secteur privé a néanmoins continué de baisser, s’établissant aujourd’hui à environ 2,5 %.
S. Arutchelvan, vice-président du Parti Sosialis Malaysia (PSM)1, [1] explique comment le MTUC a été rongé par des luttes fractionnelles autour des postes, des sièges au conseil d’administration et des déplacement internationaux, au point que sa dissolution a été approuvée sans protestation des travailleurs qu’il est censé représenter. Son analyse a été rédigée trois semaines après la publication de cette décision ; le délai d’appel de 30 jours s’est depuis écoulé sans que la décision ne soit révoquée, et les syndicats alignés sur la Coalition pour la réforme du droit du travail ont pris des mesures pour créer un organisme de remplacement, la Fédération malaisienne des syndicats (MFTU)2. [MJ]

Cela fait maintenant plus de trois semaines que le plus grand congrès syndical du pays a été supprimé du Registre des associations (RoS), mais il semble qu’aucun travailleur ni aucun syndicat ne le regrette. Il n’y a pratiquement aucune réaction, aucune nouvelle ni mise à jour. Il n’y a ni manifestations ni piquets de grève de travailleurs réclamant la renaissance du MTUC, ni déclarations de ses dirigeants dénonçant une intervention ou une répression du gouvernement.

En fait, le MTUC avait un autre nom, à caractère satirique : « Empty You See » (vide, tu vois). Le MTUC d’aujourd’hui est bien loin des syndicats du milieu des années 1940, en particulier de la Fédération pan-malaisienne des syndicats (PMFTU), qui affichait un taux d’adhésion de 67 %3. La PMFTU s’était battue pour la journée de travail de huit heures, un jour de repos hebdomadaire, un salaire minimum, et bien plus encore. Elle a ensuite été réprimée par les Britanniques4.

Le MTUC est depuis longtemps un syndicat docile, mais sa situation actuelle est sans doute la pire qu’il ait jamais connue. Le taux de syndicalisation en Malaisie est désormais tombé à moins de 6 %. Si l’on exclut les travailleurs du secteur public, le taux de syndicalisation parmi les employés du secteur privé ne serait que d’environ 3 %5.

L’âge d’or est révolu. Des dirigeants comme V. David — surnommé « King David » — et Zainal Rampak ont, dans une certaine mesure, semé la crainte parmi les employeurs et le gouvernement6. [6] En 1989, le Premier ministre de l’époque, Mahathir Mohamad, a même créé un organisme rival, la Malaysian Labour Organisation (MLO), afin de saper les positions du MTUC, que le gouvernement considérait comme « compliqué » à gérer. La MLO s’est ensuite effondrée en 1996.

Aujourd’hui, le gouvernement ou l’État n’a plus besoin de réprimer le syndicat. Les luttes intestines et les interminables batailles judiciaires ont suffi à rendre le MTUC inefficace en tant que centre syndical national. On se demande parfois : pourquoi y a-t-il un conflit aussi violent autour de la direction du MTUC ? Serait-ce pour les avantages, les missions internationales pour assister aux conférences de l’OIT, ou les sièges au sein des conseils d’administration de l’EPF (Fonds de prévoyance des employés) et du PERKESO (Organisation de sécurité sociale, Pertubuhan Keselamatan Sosial) ?7

Le MTUC a été pris dans un conflit de direction complexe, opposant principalement deux factions. En 2019, le congrès triennal des délégués s’est soldé par un vote à égalité pour le poste de président, ce qui a entraîné une période d’incertitude. En 2022, une nouvelle élection a eu lieu, désignant Mohd Effendy Abdul Ghani comme président. Cependant, ce résultat électoral a ensuite été contesté devant les tribunaux. En 2023, la Haute Cour de Shah Alam a déclaré les élections de 2022 nulles et non avenues et a émis une ordonnance de suspension, empêchant la direction du MTUC de prendre quelque décision politique que ce soit.

En 2024, une faction dirigée par le secrétaire général Kamarul Baharin Mansor a convoqué une réunion du conseil général et a destitué le président Mohd Effendy Abdul Ghani, qui a par la suite affirmé que la réunion et sa destitution étaient illégales et constituaient un outrage envers la justice.

De nouvelles élections ont été ordonnées par la Cour d’appel en août 2025 afin d’élire une nouvelle équipe dirigeante pour le mandat 2025-2027. Datuk Abdul Halim Mansor a été élu président, recueillant 227 voix contre 218 pour Mohd Effendy Abdul Ghani — une majorité de seulement neuf voix. Quant au secrétaire général Kamarul Baharin, il l’a emporté avec seulement sept voix d’avance. Le syndicat semble divisé en deux factions presque égales.

Il semble que les dirigeants syndicaux aient été tellement épuisés à se battre entre eux plutôt qu’à lutter contre les patrons qu’ils n’ont pas eu l’énergie ni la volonté de réagir lorsque le RoS a dissous le MTUC le 7 mai 2026. La suspension a été prononcée en vertu de l’article 14(5) de la loi de 1966 sur les associations pour non-respect d’une directive du RoS imposant la présentation des comptes financiers contrôlés pour la période 2020-2025 et des registres des sources de financement étrangères8.

Si seulement le MTUC avait consacré toute son énergie à lutter pour l’amélioration des conditions des travailleurs malaisiens, il ne se serait pas retrouvé dans cette tourmente. Les tentatives du gouvernement pour augmenter le nombre de syndiqué.es ont échoué — non pas à cause de la réticence des travailleurs, mais parce que les syndicats eux-mêmes ne semblent plus intéressés par l’organisation de la classe ouvrière aux fins de la défense de ses intérêts9.

Il semble que la lutte pour des postes, l’obtention de sièges au sein des conseils d’administration gouvernementaux et les voyages à l’étranger soient devenus le nouveau champ de bataille des dirigeants syndicaux malaisiens.

S. Arutchelvan, vice-président du Parti Sosialis Malaysia (PSM), a fondé le Centre de développement communautaire (CDC), qui travaille avec les travailleurs des plantations, les ouvriers d’usine et les pauvres des zones urbaines. Il s’est présenté à quatre reprises aux élections de l’Assemblée de l’État de Selangor et a été arrêté par la police malaisienne à plus de 40 reprises dans le cadre de ses activités militantes.

Publié le 1er juin 2026 par Think Left. Traduit de l’anglais pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepLpro. Notes établies par Mark Johnson.

  • 1

    Sur l’histoire et les principes du PSM, voir Choo Chon Kai, « 25 ans du Parti socialiste de Malaisie (PSM) », Europe Solidaire Sans Frontières, avril 2023.

  • 2

    Le Registre des associations a rendu son ordonnance de dissolution le 7 mai 2026 en vertu de l’article 14(5) de la loi de 1966 sur les associations. Le MTUC disposait de 30 jours à compter de cette date pour faire appel auprès du ministre de l’Intérieur en vertu de l’article 18 de la même loi. Le délai d’appel a expiré le 6 juin 2026 sans qu’aucun document public ne fasse état d’un appel déposé ou d’une annulation de l’ordonnance. Le 10 mai 2026, les syndicats alignés sur la Coalition pour la réforme du droit du travail ont annoncé la création d’un comité provisoire chargé de mettre en place un organisme de remplacement qui s’appellerait la Fédération malaisienne des syndicats (MFTU).

  • 3

    Arutchelvan estime que les effectifs de la PMFTU représentaient 67 % de la main-d’œuvre. Des sources historiques font état de 263 598 membres en 1947, soit plus de la moitié de la main-d’œuvre totale de la Malaisie, 85 % des syndicats existants étant affiliés à la PMFTU. Le chiffre de 67 % n’a pas été corroboré par les sources disponibles et semble être une estimation de l’auteur. Voir également : « Origines et évolution du mouvement syndical en Malaisie », Europe Solidaire Sans Frontières, 15 août 1996.

  • 4

    Le Pan-Malayan General Labour Union a été fondé en 1946 et rebaptisé Pan-Malayan Federation of Trade Unions en 1947. À la suite du déclenchement de troubles sociaux, les autorités coloniales britanniques ont déclaré l’état d’urgence le 18 juin 1948 et ont interdit la PMFTU. De nombreux dirigeants syndicaux ont été arrêtés ; SA Ganapathy, premier président de la PMFTU, a été pendu en mai 1949. Dans une plantation de caoutchouc de Kedah, la police a ouvert le feu sur des travailleurs en grève.

  • 5

    Le taux de syndicalisation dans le secteur privé en Malaisie est passé de 4,4 % en 2010 à 2,5 % en 2022, selon les données du Département des statistiques et du Département des affaires syndicales analysées par l’économiste Lee Hwok Aun. Voir Lee Hwok Aun, « Malaysia’s Progressive Wage Policy : Looming Questions for the Pilot Project », ISEAS Perspective 2024/48, 3 juillet 2024. Le nombre d’adhérent.es aux syndicats du secteur public a augmenté au cours de la même période, mais cela n’a aucune incidence sur la négociation collective, car le gouvernement détermine unilatéralement les conditions d’emploi dans le secteur public.

  • 6

    V. David (1927—2005) a occupé le poste de secrétaire général du MTUC de 1976 à 1992 et celui de secrétaire général du Syndicat des travailleurs des transports de 1958 à 1995. Il a été élu au Conseil d’administration de l’OIT et a été député de Bangsar (1959) et de Damansara. On lui attribue la campagne qui a abouti à la proclamation du 1er mai comme jour férié en Malaisie en 1972. Tan Sri Zainal Rampak (1939—2024) a occupé le poste de président du MTUC de 1986 à 2004 et s’est vu décerner le titre de « Père des travailleurs malaisiens » en 1997.

  • 7

    Le Fonds de prévoyance des employés (EPF) et l’Organisation de sécurité sociale (PERKESO) sont les deux principaux organismes statutaires de Malaisie chargés du bien-être des travailleurs. Tous deux ont des conseils d’administration qui comprennent des représentants syndicaux, ce qui fait des sièges au sein de ces organismes une source d’influence institutionnelle et de rémunération pour les dirigeants syndicaux.

  • 8

    Le RoS avait émis une directive de conformité à l’intention du MTUC le 6 avril 2026. Le MTUC n’a pas fourni deux catégories d’informations dans les délais impartis : les états financiers vérifiés et les livres comptables pour la période 2020-2025, ainsi que les détails des fonds ou des actifs reçus de sources étrangères. L’ordonnance de dissolution a été signée par Nurul Azhar Husin, directeur du RoS de Selangor.

  • 9

    Le gouvernement d’Anwar a mis en œuvre une série de mesures législatives et budgétaires visant à accroître le nombre d’adhérents aux syndicats. La loi de 2022 sur les syndicats (modification) a autorisé la coexistence de plusieurs syndicats sur un même lieu de travail. La loi de 2024 sur les syndicats (modification), entrée en vigueur le 15 septembre 2024, a supprimé la restriction de longue date limitant la création de syndicats à un établissement, un secteur, une profession ou une industrie particuliers, et a interdit toute discrimination dans l’adhésion syndicale fondée sur la race, la religion ou la nationalité. Le gouvernement a alloué 10 millions de RM (environ 2,1 millions d’euros) au Programme des affaires syndicales (PHEKS) en 2025. Malgré ces mesures, la syndicalisation dans le secteur privé a continué de reculer. Voir aussi : « Les mouvements socialistes, féministes et autochtones s’opposent à Anwar », Europe Solidaire Sans Frontières, 2025.

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