Le peuple kanak est à l’avant-garde du combat anticolonialiste des dernières colonies françaises. Lonnè ek respé pou pèp kanak !
Ce peuple a été rendu minoritaire sur sa terre par la conjonction funeste de la colonisation de peuplement hier, et du colonialisme de peuplement qui se maintient.
La première est un fait historique lourd. Les FrançaisEs se sont installéEs en masse, et le fameux bagne de Nouvelle-Calédonie a porté sa contribution au phénomène migratoire.
Le second a été théorisé par Pierre Messmer, ministre des Colonies dans les années 1970 du siècle dernier. « Faire du blanc » était sa devise favorite, résumant une politique organisée afin de juguler la revendication nationale en rendant les Kanaks minoritaires dans leur propre pays.
Contre l’énorme crime colonial, le peuple kanak s’est toujours battu, s’est périodiquement soulevé, a tenu tête. Sans vouloir faire un historique, soulignons la diversité des formes de résistance qu’il a dû pratiquer. Insurrections, recherche d’alliances en France et dans les autres colonies, recours devant l’ONU, travail de conscientisation… Il a brisé des urnes quand cela s’imposait, fait face quand un pouvoir colonial « de gauche » assassinait Machorro et Nonarro, ou quand une droite bestiale massacrait à Ouvéa.
Il a négocié quand ce fut possible, ratifié des compromis en fonction du rapport de forces, relancé la mobilisation lorsque le pouvoir colonial trahissait ses engagements, participé à toutes sortes d’élections ou au contraire boycotté les urnes, en fonction des contextes. Il a bravé la furie colonialiste, pris les armes sans jamais sombrer dans le terrorisme aveugle. Il n’a jamais cessé de prôner la paix. Il a fait une offre généreuse et humaniste aux « victimes de l’histoire », à savoir les descendants des colons du passé, rendant possible la construction d’un avenir commun et fraternel. DirigeantEs, militantEs et souvent simples citoyenNEs ont payé un lourd tribut pour cet héroïsme historique.
Tragédie qui en mai 1989 fit vaciller l’espoir, il est même advenu que le dirigeant le plus prestigieux, Jean-Marie Tjibaou, tomba en même temps que son camarade Yéiwéné Yeiwéné, sous les balles de frères kanak aveuglés par la colère et l’incompréhension, face aux complexités et contradictions inhérentes à la lutte.
Les indépendantistes kanaks ont cherché avec acharnement à réaliser l’unité des forces émancipatrices. Au lieu de s’éterniser dans les guerres intestines, ils ont rectifié les erreurs de certains d’entre eux, sans les excommunier. Ces forces indépendantistes kanaks et non kanaks ont de même surmonté le récent épisode de l’accord trompeur imposé par la macronie à l’un de leurs représentants.
À peine sortis des geôles coloniales sur place ou en France à 20 000 km, ils ont analysé la situation, évalué les enjeux et les risques importants liés aux présidentielles de 2027 et pris sans aucune tergiversation leurs responsabilités en appelant à faire résolument campagne et voter Jean-Luc Mélenchon. L’élection présidentielle française laisse présager un choix final entre l’horreur lepéniste, le pire pour tous les peuples sous administration française (et dont les rejetons locaux ont déjà montré leurs appétits criminels), et une possibilité, jamais acquise d’avance, d’alternative aux siècles de brutalité et de mépris colonial.
Quel accord avec Mélenchon ?
L’accord entre LFI et le mouvement indépendantiste de Kanaky est une nouveauté dans l’histoire coloniale française. Pour la première fois, un candidat de la gauche radicale de France ayant une chance de l’emporter s’engage à la fois pour l’indépendance du pays colonisé, pour un calendrier précis et proche (janvier 2028), et pour discuter, entre pays alors indépendants tous les deux, d’une association, si les Kanaks le souhaitent.
Une incongruité demeure selon nous : l’idée que ce plan serait soumis à la validation préalable du peuple français par voie référendaire. Pour nous, seul le peuple kanak doit être consulté sur le sort de la Kanaky. Mais il est vrai que deux éléments atténuent cette limite. D’abord, le candidat à la présidence ne feint pas la neutralité : il indique clairement son soutien à l’indépendance de la Kanaky. Ensuite, il déclare sans ambages qu’en cas de vote contraire du peuple français, il ne resterait pas à la tête d’un État qui n’aurait que la force pour se maintenir dans la place. Il faut reconnaître un certain panache à cette position.
(À suivre)
Publié dans Révolution socialiste n°456 le 20 juillet 2026