Cette Journée internationale des droits des femmes s’est déroulée dans une atmosphère morose, marquée par les échos des raids, des écoles détruites et des murs effondrés qui ont réduit au silence plus de 160 jeunes voix à l’école primaire de Minab.
Le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, a revêtu une tout autre signification cette année pour les Iraniennes. Pour de nombreuses militantes iraniennes de la diaspora, cette journée ne s’est pas accompagnée, comme auparavant, de banderoles violettes ni du rythme familier des manifestations, discours, interviews et messages de solidarité sur l’égalité des sexes. Partout dans la diaspora, le poids de la guerre dévastatrice qui ravage l’Iran a pris le pas sur les chants et les célébrations au sein des cercles du mouvement des femmes iraniennes.
En Iran, les blessures émotionnelles des familles en deuil suite aux massacres de février 2026 continuent de saigner et ne sont pas encore cicatrisées, tandis que la population subit une guerre désastreuse. Au cours des 47 sombres années du régime de la République islamique, malgré la brutalité du régime et l’absence de liberté d’expression ou de réunion, le 8 mars, les femmes se sont rassemblées chez elles ou discrètement dans les espaces publics pour marquer cette journée. La résistance est depuis longtemps tissée dans le quotidien des femmes iraniennes : le courage de défier la structure de pouvoir autoritaire et patriarcale au sein de leur foyer et dans la société, de rester fermes et de se réserver un espace pour réaffirmer leur engagement envers la liberté, la démocratie et la justice de genre, tout en renouvelant et en redynamisant leur lutte à mesure qu’elles avancent, sans jamais reculer. Cependant, cette Journée internationale des droits des femmes s’est déroulée dans une atmosphère sombre, marquée par les échos des raids, des écoles détruites et des murs effondrés qui ont réduit au silence plus de 160 jeunes voix à l’école primaire de Minab. En effet, la guerre est un échec de la diplomatie, de la politique et de l’humanité.
La première célébration organisée du 8 mars en Iran eut lieu en 1922 (le 17 Esfand 1300) dans la province du Gilan, sous l’égide de l’association féminine *Peyk-e Saʿādat-e Nesvān* (« Messagère du bonheur des femmes »). Menée par des personnalités telles que Roshanak No‘doost, cette commémoration a marqué l’une des premières manifestations de l’activisme collectif des femmes en Iran. Après la révolution de 1979, les femmes de Téhéran et de quelques autres villes ont organisé des manifestations historiques du 8 au 14 mars (17-23 Esfand 1357), pour protester contre le port obligatoire du voile. Des milliers de personnes sont descendues dans la rue pour réclamer des droits légaux et une protection égale devant la loi, et pour protester contre le port obligatoire du hijab. Les lois sur le port obligatoire du hijab ont été temporairement suspendues et reportées, mais elles ont été imposées un an plus tard. Au cours des décennies suivantes, la célébration publique du 8 mars a été restreinte par le régime autoritaire et misogyne de la République islamique, bien que cette journée ait perduré à travers des rassemblements privés, des manifestations limitées et d’autres actes créatifs et courageux qui ont souvent conduit à des arrestations et à des emprisonnements. Chaque année, à l’approche du 8 mars, les autorités iraniennes menacent les femmes et les mettent en garde contre tout rassemblement visant à revendiquer leurs droits. Les militantes, les journalistes, les chanteuses et d’autres personnalités publiques sont régulièrement prises pour cible par des détentions arbitraires, des flagellations, des interrogatoires coercitifs, des menaces et la fermeture de leurs comptes sur les réseaux sociaux. Quelques jours après le 8 mars 2005, au moins cinq militantes des droits des femmes ont été arrêtées, marquant un schéma de répression qui s’est poursuivi et amplifié au cours des 47 dernières années.
Les origines historiques de la Journée internationale des femmes remontent aux luttes ouvrières du début du XXe siècle, lorsque les travailleuses se sont mobilisées pour réclamer des salaires équitables, une réduction du temps de travail, la participation politique et la dignité sur le lieu de travail. Parmi ces premières actions, la manifestation organisée en 1908 par les ouvrières de l’industrie textile à New York a eu une influence particulière : des milliers de femmes ont défilé pour réclamer de meilleures conditions de travail et des droits politiques, reflétant ainsi l’élan croissant des mouvements ouvriers et socialistes internationaux qui militaient en faveur de l’égalité des femmes. En 1910, lors de la Conférence internationale des femmes socialistes à Copenhague, la socialiste allemande Clara Zetkin a proposé la création d’une journée internationale annuelle consacrée aux droits des femmes et au suffrage féminin — une proposition soutenue à l’unanimité par plus d’une centaine de femmes représentant dix-sept pays. La première Journée internationale des femmes a été célébrée en 1911 en Allemagne, en Autriche, au Danemark et en Suisse, où des millions de personnes se sont rassemblées lors de manifestations pour réclamer le droit de vote des femmes et l’égalité des droits ( Nations Unies, Contexte de la Journée internationale des droits des femmes).
La Journée internationale des femmes (JIF) est un jour férié officiel dans de nombreux pays et, depuis 2019, également dans la ville de Berlin. Au fil du temps, cette journée est devenue un événement mondial visant à rendre hommage aux luttes et aux acquis des femmes dans les domaines social, politique et économique. En 1975, à l’occasion de l’Année internationale de la femme, les Nations Unies ont officiellement désigné le 8 mars comme Journée internationale des femmes. Deux ans plus tard, en 1977, l’ONU a appelé les États membres à proclamer une Journée des Nations Unies pour les droits des femmes et la paix internationale, inscrivant ainsi cette commémoration dans un cadre plus large de promotion de l’égalité des sexes et de la justice sociale à l’échelle mondiale.
Le 9 mars 2026, plus de six mille femmes se sont réunies en présentiel et en ligne à l’occasion de la 70esession de la Commission de la condition de la femme (CSW70) et du Forum des ONG, dont le thème prioritaire était axé sur la garantie et le renforcement de l’accès à la justice pour les femmes et les filles. On s’attendait à ce que les enjeux soient particulièrement importants cette année, et c’est bien ce qui s’est produit dès le premier jour. Les conclusions concertées (document E/CN.6/2026/L.2), un document traditionnellement adopté par consensus sur le thème de la Commission – dont le thème cette année est « Garantir et renforcer l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles, notamment en promouvant des systèmes juridiques inclusifs et équitables, en éliminant les lois, politiques et pratiques discriminatoires, et en s’attaquant aux obstacles structurels » – ont été adoptées avec une seule voix contre, celle des États-Unis. Les conclusions concertées de 2026 soulignent que les cadres juridiques, les politiques et les pratiques qui perpétuent les inégalités doivent être réformés, tandis que les obstacles structurels empêchant la pleine participation des femmes à la vie publique et privée restent des préoccupations pressantes. La 70e session de la Commission de la condition de la femme et du Forum des ONG, le plus grand forum mondial pour la promotion de l’égalité des sexes, a un objectif clair : promouvoir les droits, la justice et les mesures concrètes visant à garantir que toutes les femmes et les filles puissent vivre en sécurité, s’exprimer librement et participer sur un pied d’égalité.
La dure réalité est que, cette année, la Journée internationale des droits des femmes survient à un moment décisif. Les femmes et les filles n’ont jamais été aussi proches de l’égalité, ni aussi proches de la perdre. Malgré les progrès réalisés dans certains pays pour renforcer les protections juridiques contre la violence domestique et la discrimination, les femmes et les filles du monde entier restent vulnérables, alors que leurs droits sont remis en cause et que les systèmes de protection vacillent. Selon le rapport d’ONU Femmes publié le 4 mars 2026, des millions de personnes continuent de subir des violences, notamment en ligne, ainsi que l’exclusion et l’impunité, alors que la réaction hostile à l’égalité des sexes s’intensifie. La 70e session de la Commission de la condition de la femme (CSW70), qui s’est tenue du 9 au 19 mars au siège des Nations Unies à New York, ainsi que le Forum des ONG, constituent la plus grande tribune mondiale pour faire progresser l’égalité des sexes, avec un objectif clair : promouvoir les droits, la justice et des mesures concrètes pour garantir que toutes les femmes et les filles puissent vivre en sécurité, s’exprimer librement et participer sur un pied d’égalité.
Le 8 mars est toujours l’occasion de réfléchir, de tirer des leçons et de renouveler notre solidarité avec les mouvements de femmes à travers le monde. C’est le moment de penser à la douleur des familles en deuil, de celles qui ont perdu des êtres cher·es lors des massacres de février 2026 et des civil·es tué·es en Iran et dans les pays voisins dans le cadre de la guerre qui sévit actuellement en Iran. C’est également l’occasion de reconnaître la résistance quotidienne et persistante des femmes iraniennes, qu’elles soient discrètes ou ouvertement engagées, ainsi que les sacrifices que le peuple iranien continue de consentir pour ouvrir la voie à la démocratie, aux droits humains, à la dignité et à la justice de genre. Comme en Palestine, en Ukraine, au Soudan et dans de nombreux autres endroits du monde, les femmes continuent de porter le fardeau le plus lourd des conflits, de l’insécurité et des contraintes systémiques. Pourtant, leur endurance, leur courage et leur défiance continuent de définir l’esprit du 8 mars, rappelant à la communauté internationale que les droits des femmes, la paix et la justice sont indissociables et d’une actualité brûlante, tant au niveau local que mondial.
Ainsi, le 8 mars 2026, nous nous sommes tenu·es solidaires des femmes du monde entier, de celles qui résistent, de celles qui reconstruisent et de celles qui refusent de renoncer à l’espoir. Au-delà des frontières et des langues, leur courage se propage comme une marée, emportant avec lui le souvenir des luttes passées et la promesse des libertés à venir. Nous avons rendu hommage non seulement aux victoires remportées, mais aussi à cet esprit inébranlable et tenace qui revendique la dignité, l’égalité et la paix. En ce moment partagé, nos voix s’unissent en un chœur – peut-être doux, mais indestructible.
Publié le 12 mars 2026 par LAProgressive, traduit par DE pour Entre les lignes entre les mots.