Le bilan de la « libéralisation » du régime du Shah est clair ! Tout autant que la défense des « droits de l’homme » par le président Carter ! Mais la crise économique persiste, multipliant les conflits inter-capitalistes et nourrissant la lutte des classes.
L’article que nous publions ci-dessous trace largement le cadre économique et social sans lequel il est difficile de comprendre l’acuité de la crise du régime du Shah, accélérée et approfondie par le récent soulèvement des masses iraniennes.
Nous avions publié dans Inprecor n° 31 (22 juin 1978), un témoignage sur l’emploi quotidien de la torture en Iran. Nous reviendrons dans un prochain numéro sur l’évolution des forces politiques et religieuses dans le pays.
L’instauration de la loi martiale dans douze grandes villes iraniennes — qui a causé 1000 morts dès le premier jour — représente un tournant important dans le processus d’approfondissement de la crise de la classe dirigeante iranienne. Cette crise a été marquée par le développement du mouvement de masse le plus significatif depuis plus d’un quart de siècle. Pendant un an, un mouvement spontané de protestation contre la dictature répressive du Shah s’est développé. Il s’est transformé en une puissante mobilisation de millions de personnes appelant au renversement de la monarchie.
La croissance rapide de ce mouvement, dont l’ampleur et la profondeur ont surpris la plupart des observateurs, aurait pu créer une situation pré-révolutionnaire en Iran pour la première fois depuis le coup d’État de la CIA en 1953, qui avait remis le Shah sur le trône. À un certain moment, le mouvement de masse a pris des dimensions explosives et incontrôlables. La démoralisation croissante de l’armée menaçait la capacité du régime à contrôler la situation.
Un jour avant la proclamation de la loi martiale, rien qu’à Téhéran, près d’un million de manifestants criaient : « Mort au Shah » et demandaient aux soldats de les rejoindre. Le régime iranien, en faisant appel, une fois de plus, à la force des tanks, a été obligé d’admettre que la garantie des droits démocratiques, même les plus élémentaires, pouvait engendrer le mouvement de masse le plus explosif demandant son renversement.
En dépit du fait qu’aujourd’hui plus de 50 000 soldats bien armés, avec environ 3000 tanks, patrouillent chaque jour dans toutes les villes importantes et que tout rassemblement de plus de trois personnes est interdit, le régime prétend qu’il continue sa politique de « libéralisation ». Cette « politique » a eu jusqu’à présent pour résultat la mort de plus de 10 000 personnes en un an. Il y a encore plus de 100 000 prisonniers politiques. Le contrôle total de la Savak (police politique) sur l’ensemble de la presse et des mass media reste en place. Avant cette politique de « libéralisation », les gens pouvaient au moins se rencontrer dans les mosquées. Aujourd’hui, même ceci n’est plus possible. Plus qu’autre chose, la répression s’est durement aggravée, et tout tend à prouver qu’elle pourrait augmenter.
« LIBÉRALISER » AVEC UNE LOI MARTIALE !
La classe dirigeante iranienne a justifié cela en disant que le Shah veut effectivement libéraliser la vie politique, que son régime a déjà commencé à garantir beaucoup de libertés. Cependant, il avait sous-estimé un problème : la nouvelle atmosphère de libertés politiques a permis aux dirigeants religieux conservateurs de devenir actifs et de pousser les masses iraniennes superstitieuses à la révolte contre le Shah moderniste ! La plupart des forces conservatrices n’ont soi-disant pas pu digérer le rythme rapide des réformes imposées par le Shah au début des années 60. Maintenant qu’elles en ont l’occasion, elles invitent les masses iraniennes à se soulever contre le processus d’« occidentalisation ».
C’est pour cela que le régime du Shah n’a pas d’autre choix que de maintenir un contrôle sévère tout en accordant graduellement des libertés politiques, même si cela signifie imposer la loi martiale sur tout le pays !
Que cela manque totalement de sens et ait été mijoté par la machine à propagande du régime et de ses alliés impérialistes est évident. Aussi religieux et superstitieux que puissent être les Iraniens, ils ont néanmoins la plus grande tradition de lutte pour la liberté, contre toutes les sortes de réaction et de répression, de tout le Moyen-Orient. La Révolution constitutionnelle de 1906-1909, qui a obligé la dynastie Qajar à garantir une constitution ; le mouvement Jangali de la fin des années 1910, qui a conduit à l’établissement d’une République soviétique dans le Gilan ; le mouvement de masse contre l’autocratie, pendant et après la Seconde Guerre mondiale, qui a révélé les luttes des minorités nationales d’Azerbaïdjan et du Kurdistan contre l’oppression nationale et a conduit à l’établissement de républiques autonomes à l’ouest de l’Iran ; le mouvement de masse contre l’impérialisme, qui a abouti à la nationalisation de l’Anglo Iranian Oil Company en Iran et qui a été vaincu après le coup de 1953 : tout cela ne représente que quelques-uns des chapitres de la révolution iranienne. Toutes ces luttes sont rapidement devenues des mouvements révolutionnaires de masse, qui auraient pu ouvrir la dynamique de la révolution permanente en Iran.
LES CHANGEMENTS DES RAPPORTS DE FORCES ET L’ÉCLATEMENT DES CRISES
Quelles en sont les raisons ? L’intégration de l’Iran dans le système impérialiste mondial a induit une crise socio-économique permanente qui n’a pu être contenue que par l’autocratie et la réaction, soutenues et armées jusqu’aux dents par l’impérialisme. La crise agraire, la question nationale, la très faible industrialisation et la domination par l’impérialisme, ont ensemble créé les conditions pouvant rendre réellement explosif n’importe quel mouvement de masse contre l’autocratie. Chaque fois qu’un changement dans les rapports de force entre les classes l’a permis, les masses se sont révoltées contre l’État. Chaque fois le mouvement s’est étendu à des luttes révolutionnaires concernant toutes les tâches historiques fondamentales de la révolution iranienne.
En ce sens, la croissance soudaine du mouvement de masse au cours des derniers quatorze mois n’est pas une exception. Mais il y a une différence très importante. Dans le passé, tous les soulèvements révolutionnaires en Iran ont été rendus possibles par des changements soudains dans les rapports de forces entre les classes, dus à des bouleversements soudains de la situation internationale et à des « causes externes » qui ont conduit à un affaiblissement soudain des forces de la réaction en Iran.
Et dès que les facteurs extérieurs étaient remis en place, les rapports de forces retrouvaient plus ou moins leur état original permettant aux forces réactionnaires d’imposer une défaite durable au mouvement de masse. Par exemple, la Révolution constitutionnelle a eu lieu immédiatement après la Révolution de 1905 en Russie. Elle a commencé dans des zones qui étaient sous l’autorité des forces impériales tsaristes. Aussitôt que le régime tsariste s’est consolidé en Russie, il a aidé la réaction iranienne à mettre la révolution en déroute. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les invasions de l’Iran par les forces alliées, et particulièrement la présence de l’Armée rouge sur le sol iranien, avaient créé des rapports de forces très favorables pour le mouvement de masse. Mais dès que la bureaucratie stalinienne a fait un accord avec le régime iranien, les forces du gouvernement central ont réussi à écraser le mouvement des nationalités opprimées.
Cette fois, la situation est différente. Le changement dans les rapports des forces sociales, qui a affaibli le régime du Shah et permis au mouvement de masse de se développer, est dû essentiellement à un bouleversement interne graduel, qui s’est produit durant les deux dernières décennies. Il a franchi un seuil qualitatif grâce à l’émergence de la crise structurelle de l’économie iranienne. Rien n’indique que la classe dirigeante iranienne puisse inverser fondamentalement cette tendance ou résoudre la crise. C’est pour cela qu’il y a toutes les chances pour qu’en dépit de la loi martiale les masses iraniennes ne soient pas défaites et pour que leur mouvement contre le régime du Shah resurgisse dans un avenir relativement proche.
LA CRISE STRUCTURELLE DE L’ÉCONOMIE IRANIENNE
Tous les indicateurs économiques principaux montrent qu’après deux décennies de croissance considérable de l’économie iranienne, une crise profonde s’est développée depuis la fin de 1976. Après une croissance rapide du secteur industriel, de la population urbaine, de l’agriculture capitaliste et de l’emploi des travailleurs salariés, l’économie iranienne entre maintenant dans une crise qui s’approfondit sans cesse. Le secteur agricole est dans un état d’effondrement quasi total ; la croissance du secteur industriel s’est arrêtée ; le nombre d’indigents dans les villes s’est accru jusqu’à atteindre plusieurs millions. En dépit du revenu énorme du pétrole, l’Iran a maintenant un déficit considérable de sa balance commerciale. Pour couronner le tout, l’inflation galope à un taux supérieur à 30 %.
La formation de capital fixe global annuelle dans l’industrie a diminué de près de 45 % entre mars 1976 et mars 1977 par rapport à la période précédente. Cette diminution est la plus forte dans les gros investissements de plus de 100 millions de rials (65 rials correspondent à environ 1 dollar US) — de plus de 70 %. Plus de 80 % de l’ensemble des investissements se sont effectués dans les usines existantes plutôt que dans de nouveaux projets. La fuite des capitaux d’Iran a augmenté jusqu’au chiffre étonnant de plus de trois milliards et demi de dollars (six fois plus que le total des exportations, non comptés le pétrole et le gaz).
Le chômage et le sous-emploi ont sévèrement augmenté, et pour la première fois depuis des années le nombre des salariés a commencé à décroître.
Il est clair que, pour la première fois dans l’histoire iranienne, nous faisons face à une crise capitaliste de surproduction. Mais ce n’est pas n’importe quelle crise temporaire de surproduction. C’est une crise structurelle qui résulte de l’intégration de l’économie iranienne dans le marché mondial et il est difficile de voir comment elle pourra être résolue sans un retrait total du marché mondial.
LE CHANGEMENT DU RÔLE DE L’ÉCONOMIE IRANIENNE DANS LE MARCHÉ MONDIAL
Afin de comprendre la nature structurelle de cette crise et ses effets sur la lutte de classes, nous devons regarder de plus près les changements qui sont intervenus en Iran dans la période récente (depuis les années 60). Ces changements — qui ont été associés avec la « Révolution blanche » du Shah et avec son désir de « modernisation » de l’Iran — ont leur origine directe dans la nouvelle phase de centralisation et de concentration internationales de capital correspondant à la phase de « capitalisme du troisième âge ». Avec l’importance croissante des revenus issus des paiements pour transfert de technologie, source principale des surprofits monopolistiques, certains changements dans le rôle fondamental joué par les pays sous-développés à l’intérieur de l’économie capitaliste mondiale sont devenus nécessaires.
Pendant cette phase, les monopoles internationaux sont moins intéressés par ces pays comme débouchés pour leur capital suraccumulé, que comme marchés principaux pour l’exportation des biens et services technologiques.
Ceci se reflète dans le fait qu’aujourd’hui l’échange inégal a remplacé le rapatriement des capitaux et des profits monopolistiques comme mécanisme principal de transfert de valeurs des pays sous-développés aux centres capitalistes avancés. De plus, le capital exporté lui-même n’est plus seulement investi dans la production de matières premières pour le marché international, mais aussi dans la production de biens destinés au marché interne des pays sous-développés, qui actuellement n’est plus insignifiant.
Cette phase dans le développement du système capitaliste mondial, qui a été associée avec ce que l’on appelle la politique de néo-colonialisme, a engendré un certain nombre de modifications importantes dans les relations entre les pays sous-développés et les métropoles. Pendant cette phase, contrairement à ce qui se passait dans les premiers stades de l’impérialisme, les pays capitalistes avancés ne peuvent plus, ou ne veulent plus, contrôler le marché interne du capital dans les pays sous-développés.
En fait, les monopoles internationaux s’intéressent maintenant beaucoup à encourager la formation d’une bourgeoisie indigène et à faciliter l’accumulation interne de capital dans les secteurs productifs. Afin de transformer les pays sous-développés en débouchés pour la surproduction de biens technologiques, il faut encourager la réalisation d’investissements productifs par la « bourgeoisie nationale ». C’est pourquoi la fonction des États dépendants de ces pays — qui avaient été l’instrument principal pour obliger la bourgeoisie « nationale » à se lancer dans des secteurs improductifs et subsidiaires de l’économie et pour garantir que la concurrence entre la bourgeoisie « nationale » et la bourgeoisie impérialiste soit toujours résolue dans l’intérêt de cette dernière — s’est maintenant transformée. Actuellement, ils doivent créer les conditions du développement d’une classe indigène d’entrepreneurs capitalistes, dépendant technologiquement des pays capitalistes avancés, et qui, associés avec le capital étranger, exploiteraient et étendraient le marché interne des pays sous-développés.
LES CONDITIONS DES CHANGEMENTS
L’Iran a été un des rares pays dans lesquels ces mutations ont été réalisées de façon plutôt satisfaisante. L’État fort, l’importance du marché interne et les ressources considérables des échanges avec l’étranger, dues aux revenus du pétrole, ont créé des conditions favorables pour que cette transformation ait lieu. Ceci a été fait en se débarrassant d’un certain nombre d’obstacles sur la route de l’accumulation capitaliste, qui avaient été créés dans les phases précédentes de la domination capitaliste sur l’Iran. À l’aide de l’intervention directe de l’État, tous les problèmes structurels de l’économie iranienne qui empêchaient la transformation de l’épargne et des richesses accumulées en investissements productifs ont été supprimés. Toutes les institutions de base dont on avait besoin pour assurer une assistance financière, technique et de gestion à la nouvelle classe capitaliste ont été créées.
À travers le « deuxième plan économique » (1955-1962) qui a été financé par les revenus du pétrole, les prêts de la BIRD (Banque mondiale) et les aides du gouvernement américain, les changements d’infrastructures nécessaires pour faciliter la circulation interne des marchandises ont été réalisés. Plus de 15 % du budget ont été dépensés pour améliorer les réseaux de transport, les communications, la production d’électricité, et pour augmenter la capacité des ports iraniens les plus importants.
La réglementation du commerce extérieur a été graduellement transformée entre 1958 et 1961, pour remplacer la « politique des portes ouvertes » des périodes antérieures par un contrôle étroit et sélectif sur les importations de biens de consommation et par de fortes restrictions à l’importation des biens d’équipement et des produits nécessaires à la production de certains biens de consommation. Cette nouvelle politique a obligé beaucoup de gros commerçants iraniens et de compagnies étrangères à commencer à produire en Iran même les denrées qui autrefois étaient importées. Les réformes agraires ont obligé une grande partie de la paysannerie à quitter la terre et ont engendré la transformation des fortunes liées à l’agriculture en capitaux investis dans les industries nouvellement créées. Des millions de paysans ont été forcés d’émigrer vers les villes, afin de procurer à ces dernières de la main-d’œuvre à bon marché, et les terres achetées aux grands propriétaires fonciers ont été payées sous la forme de participation dans les nouvelles industries.
En 1957, la Banque industrielle de crédit (possédée par l’État) a été créée afin de fournir des prêts à long terme bon marché pour aider à la construction de grandes usines. Cette banque elle-même a participé à beaucoup d’opérations communes et de projets « pilotes » pour faciliter la croissance des industries. Plus tard, en 1969, a été créée une autre banque similaire — la Banque iranienne pour le développement de l’industrie et des mines — qui est une banque mixte avec la participation de l’État et celle des banques étrangères. Grâce à celle-ci, les monopoles internationaux ont pu trouver des clients iraniens, soit pour des opérations en commun, soit simplement pour acheter des usines clé en mains.
Grâce à ces « réformes », l’économie iranienne a été transformée pour correspondre aux changements intervenus dans le système impérialiste mondial et au rôle qui lui a été donné par les monopoles internationaux. En ce qui concerne l’impérialisme, les résultats ont été très satisfaisants. Les importations iraniennes sont passées de 49 milliards de rials en 1959 à 795 milliards de rials, dont 90 % viennent des pays capitalistes avancés (ceci ne comprend pas les importations militaires). Plus de 75 % des importations des cinq dernières années sont des biens utilisés dans le secteur productif, composés pour 45 % de biens d’équipement et de pièces de rechange, et pour 30 % de matières premières et de produits intermédiaires utilisés dans les nouvelles industries. En ce qui concerne l’Iran, cette transformation a signifié une croissance énorme de la formation de capital indigène et de la production capitaliste. La formation de capital fixe brute a été multipliée par vingt, de 53 milliards de rials en 1959 à 1048 milliards en 1975 (les investissements en machines représentent plus de 40 % de ce dernier chiffre). La part du capital étranger dans le total de ces investissements a décru, en passant de 30 % à un peu moins de 7 %, pendant la même période.
Ce sont ces développements qui ont été appelés « modernisation » et « industrialisation » d’« un Iran indépendant » par le régime iranien et ses idéologues. Un fait est clair : c’est que le rôle de l’Iran dans la division internationale du travail créée par l’impérialisme est resté inchangé. Alors que les importations iraniennes se sont multipliées par quarante en deux décennies, les exportations pétrolières ont seulement été multipliées par cinq ; l’accroissement des exportations de produits manufacturés est totalement négligeable. Plus de 90 % des exportations non pétrolières iraniennes sont encore composées de matières premières et de tapis fabriqués à la main. La dépendance de l’économie iranienne envers le secteur pétrolier a augmenté. En 1957, le secteur pétrolier représentait moins de 68 % de toutes les exportations, alors qu’en 1974 il a atteint 97 % de ces exportations.
Néanmoins, il est vrai que le secteur industriel de l’économie iranienne s’est accru considérablement pendant cette période. La part du secteur industriel (y compris les mines et la construction) dans la valeur ajoutée a augmenté de 16 % du PIB (à prix constants de 1972) en 1959 à plus de 25 % en 1975. Pendant la même période, la part de l’agriculture est passée de 33 % à 14,5 %. En 1959, seulement 20,8 % de l’emploi total était dans l’industrie, alors qu’en 1975 ce chiffre s’est accru jusqu’à 32 %. Quoi que puissent indiquer ces chiffres, ils ne montrent certainement pas le caractère contradictoire de la croissance industrielle, qui provient de sa nature particulière et dépendante. Pour montrer cela, il faut regarder de plus près le processus d’industrialisation et analyser son résultat.
LA NATURE DE L’INDUSTRIE IRANIENNE
La croissance industrielle dépendante sur le plan technologique et produite sous l’impulsion de facteurs externes a imposé au capitalisme iranien des traits caractéristiques provoquant sa stagnation et sa crise.
Un développement inégal croissant se manifeste dans le secteur industriel aussi bien sur le plan géographique que technologique. L’inégalité des revenus est sans cesse croissante. La production industrielle se concentre quasi exclusivement dans le domaine des biens de consommation. L’élargissement du marché intérieur est extrêmement lent. Les entreprises iraniennes sont incapables de faire face à la concurrence sur le marché mondial. Il existe une tendance permanente vers la suraccumulation et l’inflation. La couche des travailleurs salariés reste très mince. Les rapports pré-capitalistes et semi-capitalistes tendent à se stabiliser et même, dans certains cas, à se renforcer.
Le caractère importé de la croissance industrielle signifie au fond que des greffes d’importantes entreprises modernes (utilisant peu de main-d’œuvre) ont été opérées sur de vieux secteurs traditionnels où dominent des petits artisans n’utilisant presque pas de moyens techniques. Les modifications graduelles dans ces secteurs ont été empêchées par l’importation d’entreprises clé en mains. Il en résulte une coexistence d’environ 2000 entreprises modernes employant quelque 250 000 travailleurs et de centaines de milliers de petits ateliers totalisant environ deux millions de personnes. 81,5 % de la force de travail sont employés dans 860 000 ateliers (une moyenne de deux personnes par unité de production). Seules 138 entreprises occupent 500 travailleurs et plus ; elles regroupent 150 000 salariés. La productivité dans la majeure partie du secteur industriel est donc extrêmement basse. Le seul fait que les petits ateliers artisanaux puissent continuer à survivre et même se renforcer dans certaines branches indique la nature de la crise du capitalisme iranien.
Les entreprises modernes n’ont pas été capables d’introduire des modifications importantes au sein du secteur retardé. Les raisons de cela ne sont pas difficiles à découvrir si l’on examine les divers secteurs de l’industrie moderne.
TROIS SECTEURS INDUSTRIELS
Le premier secteur est composé par des entreprises produisant des biens de luxe ou de consommation durable pour une petite couche aisée de la population. Elles importent la quasi-totalité de leur matière première et de leurs moyens de production. Ces biens étaient antérieurement importés. Dès lors, ils n’entrent pas en concurrence avec des productions indigènes. La majeure partie de ces entreprises ne sont que de simples usines de montage. Ainsi, même ici, aucune qualification technique n’est développée ; la main-d’œuvre employée est peu onéreuse. Ces usines se trouvent en quelque sorte dans une situation d’insularité par rapport au reste de l’économie iranienne. En outre, la croissance de la demande pour ce type de biens est faible. Une grande partie des consommateurs préfère encore acheter des biens provenant directement de l’étranger. Ainsi, ces entreprises survivent actuellement grâce aux aides que leur apporte l’État sous formes diverses, par exemple en leur assurant parfois un monopole relatif sur le marché.
Le second secteur est formé par des entreprises produisant des biens antérieurement importés. Tout ce qui vient d’être dit pour le premier s’applique aussi ici ; si ce n’est qu’une partie des matières premières utilisées est produite en Iran. Cependant les effets d’entraînement sur l’ensemble de l’économie restent des plus limités. Auparavant, ces matières premières étaient exportées ; aujourd’hui leur exportation est freinée. En outre, les acheteurs étrangers se sont tournés vers des pays produisant des matières premières à des prix plus compétitifs. Même des capitalistes iraniens achètent à des pays étrangers des matières premières qui sont pourtant produites en Iran. Les faillites des entreprises développant leurs activités dans ce domaine sont nombreuses.
Le troisième secteur comporte des unités de production opérant sur le même terrain que les entreprises artisanales traditionnelles. Il y a donc des heurts entre elles. Beaucoup de petits producteurs furent contraints d’abandonner leurs entreprises. Mais après une décennie de développement industriel, il est possible d’avoir une vue plus nette de la situation. Le secteur traditionnel réussit à survivre. Les entreprises modernes ne sont pas nettement plus efficaces que les unités artisanales bien organisées. La technologie importée est de seconde main, mais son coût d’installation est fort élevé. La capacité concurrentielle de ces entreprises modernes est donc restreinte. En travaillant plus et en exploitant la force de travail familiale, les petites entreprises peuvent se maintenir. En distribuant directement leur production sur un petit marché local, elles sont même capables de faire quelques profits. Néanmoins, pour elles, il n’existe aucun stimulant à l’utilisation de technologies plus avancées ou à l’expansion. Le secteur moderne a bloqué le développement de ces ateliers, mais leur survivance empêche les entreprises plus avancées de dominer totalement le marché intérieur. Au sein de ce secteur, se développe ainsi une forte crise de surproduction.
INÉGALITÉS DE DÉVELOPPEMENT
Le développement inégal extrême de l’industrialisation pose des problèmes toujours plus aigus. Plus de 65 % des nouvelles industries se trouvent concentrées autour de Téhéran, ceci pour diverses raisons : proximité des grands marchés urbains, économies d’échelle dues à la taille plus grande des entreprises, rapports avec d’autres entreprises, etc.
Par contre, les petites entreprises artisanales peuvent produire pour des petits marchés locaux dispersés. En outre, elles peuvent profiter plus facilement des sources indigènes de matières premières et des liens avec d’autres entreprises complémentaires sur le plan local.
La consommation privée épouse cette inégalité. En 1953, les dépenses de consommation dans les zones rurales étaient à peu près égales. En 1975, la seule région de Téhéran a dépensé deux fois plus pour la consommation que l’ensemble des zones rurales.
Ainsi, vu tous ces obstacles, le marché interne connaît une croissance fort limitée. La structure même de l’industrie iranienne ne crée pas un dynamisme interne qui induirait une expansion du marché et une accentuation de la division du travail. Les échanges entre le département 1 (produisant les moyens de production) et le département 2 (produisant les moyens de consommation) qui, dans le système capitaliste, sont déterminants pour l’élargissement du marché intérieur, sont quasi inexistants. En dehors de la production des matières premières, le département 1 se réduit à sa plus simple expression. Ainsi, même si le secteur moderne pouvait acquérir le contrôle hégémonique de tout le marché intérieur, il serait confronté à une crise permanente de suraccumulation et de surproduction.
La conquête de marchés extérieurs fait partie maintenant des rêves de la bourgeoisie iranienne. Mais une force de travail à bon marché ou du pétrole à bas prix ne remplacent pas une technologie efficace et dont le coût est inférieur. Sur le marché mondial les exportateurs iraniens pourront difficilement marquer des points !
LA STAGNATION DE L’AGRICULTURE
Selon les idéologues du régime, la réforme agraire devait permettre la modernisation de l’agriculture iranienne et l’apparition d’une paysannerie bien portante. Aucun des objectifs fixés n’a été atteint. En 1975, l’agriculture iranienne employait 36 % de la force de travail, mais ne participait que pour 9,3 % au PIB.
Non seulement l’Iran, après des décennies d’industrialisation, n’est pas capable d’exporter des biens manufacturiers, mais aujourd’hui, il doit importer de la nourriture, pour un total de deux à trois milliards de dollars par an.
Selon les agences de propagande gouvernementales, l’origine de cette situation doit être recherchée dans le « manque d’attention » du gouvernement pour l’agriculture, alors qu’il concentrait son attention sur la « rapide industrialisation ». En outre, le gouvernement affirme que l’élévation du niveau de vie a impliqué une croissance de la demande de biens de subsistance, alors que l’émigration des paysans vers les villes provoque un manque de main-d’œuvre agricole.
En fait, l’industrialisation a contraint les paysans à réduire leur activité à l’agriculture de subsistance. L’industrie ne peut absorber ni les paysans expulsés de leur terre, ni le surplus annuel de population.
En outre, la superficie des terres arables n’a pas augmenté, quand bien même la population rurale a crû de 5 millions de personnes. Les terres les plus fertiles ont été utilisées pour la production vouée à l’exportation. Ainsi, pour survivre, les familles paysannes sont réduites à travailler énormément, à mobiliser toute la force de travail familiale, ne serait-ce que pour leur propre subsistance. La réforme agraire n’a pas impulsé une croissance du nombre de salariés, mais, par contre, elle a provoqué une croissance du nombre de travailleurs non payés, employés dans la famille. Ce processus se retrouve dans toute l’économie iranienne.
La pénurie des biens vivriers doit être compensée par l’importation. La production indigène doit faire face à la concurrence du blé américain, de la viande australienne, des oranges israéliennes, etc. Plus d’un fermier iranien a succombé sous ces coups.
L’émigration vers les zones urbaines provoque une paupérisation drastique d’une partie de la population des villes, rejetée dans des conditions de vie pré-capitalistes. En outre, cette armée de réserve industrielle fait pression sur les salaires. Tout ceci concourt à limiter l’élargissement du marché intérieur et donc la croissance des secteurs liés à la production des biens de consommation.
LE SECTEUR PÉTROLIER
L’industrie pétrolière est le joyau de la classe dominante. Bien qu’utilisant moins de 0,5 % de la population active, elle procure cependant 37,3 % du PIB en 1975. Moderne et à un taux de productivité élevé, elle a pourtant peu d’effets d’entraînement sur le reste de l’économie. L’essentiel de sa production est composé de pétrole brut exporté. Essentiellement, elle fournit une source d’énergie à bon marché. En outre, elle offre des revenus importants à l’État pour ses projets : industrialisation, subsides à une agriculture déficiente, achat d’armement et entretien d’une gigantesque armée pour assurer le pouvoir de la classe dominante, etc.
Grâce à elle, les dangers imminents d’une grave crise ont été repoussés. Mais les revenus pétroliers déclinent avec l’inflation mondiale et la réduction de la demande. La crise de l’économie iranienne ne peut être résolue par l’injection d’argent frais. La crise de surproduction peut être retardée, mais à la longue, elle se combinera avec une inflation galopante, que la Banque centrale se refuse aujourd’hui de calculer officiellement.
Les revenus pétroliers ont aussi permis à l’État de garantir les profits capitalistes : détaxation, création d’infrastructure, crédits à long terme à très bas taux d’intérêt, etc. Mais aucune de ces mesures ne peut empêcher l’éclatement de la crise. Les ressources financières du pétrole ont par contre multiplié les dépenses improductives et accru l’inégalité de la distribution des revenus. Alors que la population rurale lutte contre la famine, en 1977 500 000 Iraniens ont passé leurs vacances en Europe ou aux États-Unis et y ont dépensé deux milliards de dollars !
Quand les revenus pétroliers décroîtront drastiquement, rien ne les remplacera. Dans les années 1980, même si les dépenses d’armement étaient réduites fortement, ce que les généraux verraient d’un mauvais œil, les revenus pétroliers risquent de ne plus fournir le coussin amortisseur actuel. La crise sera encore plus sévère. L’exportation de gaz et de produits pétrochimiques ne peut fournir un palliatif. Pourquoi les pays européens importeraient-ils du gaz d’Iran et non pas de Hollande, d’Algérie ou d’ailleurs quand on connaît les coûts élevés de transport ? De plus, l’Iran a déjà anticipé la vente du gaz. Enfin, la surproduction qui touche internationalement le secteur pétrochimique rend peu crédible une offensive d’exportation dans ce domaine. Le meilleur avenir possible pour l’industrie consisterait à pouvoir fournir le marché intérieur et à limiter les importations avec les effets positifs qui en découlent pour la balance des paiements.
LA CRISE POLITIQUE DE LA CLASSE DIRIGEANTE IRANIENNE
Alors que l’éclatement d’une crise de surproduction est imminent, tous les échecs du régime sont mis en relief. L’opposition politique a pris des forces ; un vaste mouvement contre la monarchie a éclaté.
Initialement, c’est la grande bourgeoisie elle-même qui a commencé à se plaindre. Jusque-là, le régime du Shah avait bien servi ses intérêts. Mais dès que la crise commença à apparaître au coin de la rue, elle s’est mise à mordre la main qui l’avait nourrie. D’abord, elle s’est plainte du gaspillage croissant des ressources par l’État. Le régime à son tour a commencé à parler de la nécessité de taxer les profits des industries principales. La bourgeoisie a proposé un programme d’austérité visant les salaires et des mesures protectionnistes. La bourgeoisie a commencé à critiquer l’immense pouvoir politique et économique de l’État. Elle veut participer plus directement à la direction du gouvernement et aux décisions de planification qui affectent la répartition des fonds publics. Toutes ces querelles ont finalement conduit à un accord sur un changement de gouvernement : Hoveida est remplacé par Amouzegar, en août 1977.
Le cabinet d’Amouzegar comprenait quelques représentants directs de la grande bourgeoisie et le poids des technocrates avait augmenté. Beaucoup de programmes proposés par la bourgeoisie ont été adoptés par ce nouveau cabinet. Rien ne pouvait passer sans que soient consultés d’abord les gros industriels iraniens. Les propositions de lois sur les impôts étaient amendées dans le but de peser plus lourdement sur les couches petites-bourgeoises. Une importante campagne de propagande a été mise en œuvre contre « l’improductivité de la classe ouvrière iranienne » et « les gros salaires » qu’elle recevait. Les petits producteurs et les distributeurs sont rendus responsables de l’inflation.
Il fut promis qu’un combat contre la corruption serait lancé. Le gouvernement a déclaré qu’il créerait « une atmosphère politique ouverte » et « garantirait beaucoup de libertés ».
La petite-bourgeoisie et la classe ouvrière n’ont évidemment pas regardé ces propositions d’un trop bon œil. La petite-bourgeoisie a toujours été attaquée par l’État, qui a été à l’origine du processus d’industrialisation. Ce processus a signifié la ruine des producteurs indépendants. Pour eux, le « combat contre l’inflation » paraissait, et était en fait, un instrument entre les mains de la grande bourgeoisie pour conquérir le marché entier.
La classe ouvrière, à laquelle on avait constamment promis auparavant une part des profits, de bons logements et des salaires élevés, a maintenant été priée de se serrer la ceinture et de travailler plus dur. Malgré la répression, la classe ouvrière iranienne, dans les nouvelles industries, est parvenue à obtenir des augmentations de salaire. En exploitant la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, elle a obligé les employeurs à accéder à ses revendications. Pendant cette période de crise économique, la bourgeoisie a persuadé le gouvernement de l’aider à combattre ces revendications.
Le gouvernement a promulgué une nouvelle loi du travail draconienne qui, dans son essence, est une attaque directe contre la classe ouvrière. Les ouvriers devront avoir des cartes d’identité sur lesquelles seront données toutes les informations concernant leurs emplois passés et actuels. Le but est de les empêcher de quitter un travail pour un autre mieux payé. Des pénalités seront imposées aux firmes qui emploieraient les ouvriers d’une autre société. Tout ceci, bien sûr, a contribué à politiser la classe ouvrière iranienne et à lui prouver que le combat pour ses propres intérêts nécessite l’obtention des droits démocratiques.
Les projets pour une solution de la crise agricole viennent de commencer à être mis en œuvre. Ils peuvent aboutir à une explosion dans les campagnes, car ils impliquent l’expulsion de paysans de leurs terres. Déjà, ces derniers ont résisté. Les paysans font aussi l’expérience directe de la politique de l’État ; il en découle une politisation lente des masses paysannes.
La concurrence dans les milieux bourgeois s’est accentuée sous les coups de la crise économique. Les capitalistes ont commencé à se dénoncer mutuellement. Mais vu les liens étroits qui existent entre eux et les institutions étatiques, cela revient à mettre ces dernières en question.
Chaque capitaliste a accumulé sa richesse par des services rendus au Tribunal royal ou par des contacts avec des membres du sommet de la bureaucratie d’État. La famille royale elle-même est la famille capitaliste la plus importante. Beaucoup de capitalistes, afin d’obtenir les droits de monopole sur un marché, offrent au Shah ou à d’autres membres de la famille royale (ou de cercles proches d’elle) des parts gratuites ou à bon marché dans leurs industries. Quand les capitalistes commencent à se dénoncer entre eux, cela signifie mettre en question les sources de leur richesse et de leur pouvoir. Le rôle de la famille royale elle-même est visé.
Toutes ces querelles entre capitalistes ont bien sûr attisé les forces sociales qui étaient contre l’État et aidé à ajouter une dimension politique plus grande à leur combat. C’est à l’intérieur d’un tel contexte que le mouvement de masse contre la dictature a surgi. La période de croissance économique s’est arrêtée, tous les rêves sur « le mouvement vers la grande civilisation » (une référence à un livre écrit par le Shah) ont été dévoilés pour ce qu’ils sont. Un mécontentement existe dans l’immense majorité de la population. La lutte de classe s’est nettement intensifiée, et pour couronner le tout, l’autorité de l’État a été remise en cause par la classe dirigeante elle-même. Et la classe dirigeante est incapable de faire quoi que ce soit à ce propos. Elle ne peut pas résoudre la crise socio-économique alors qu’elle en est elle-même la cause. Elle ne peut pas changer le régime alors qu’elle-même en est issue. Ainsi, dans ces temps troublés, rien ne peut l’aider mieux que les tanks de son Shah.
Octobre 1978
Octobre 1977 : l’association des écrivains organise 10 « soirées des écrivains et poètes » dirigées contre la censure gouvernementale. Plus de 10 000 personnes assistèrent à chacune de ces soirées.
Janvier 1977 : les étudiants, bientôt rejoints par les enseignants, se mobilisent massivement pour le retrait des troupes en poste sur les campus depuis 1972. Une série de grèves est déclenchée pour les droits politiques et civiques.
9 janvier 1978 : vague de manifestations contre la presse gouvernementale insultant l’ayatollah Khomeini, l’un des dirigeants les plus prestigieux des shiites musulmans. Les troupes gouvernementales ouvrent le feu et font plusieurs morts ; jour de funérailles, le 18 février : davantage de victimes encore, notamment à Tabriz, qui sont solennellement enterrées le 2 avril ; manifestations dans 55 villes ; plusieurs morts ; autre journée nationale de deuil en mai puis le 17 juin, date à laquelle les magasins des grandes villes fermèrent. Ces journées furent imitées sporadiquement à l’échelon local, par exemple dans la région kurde à Shiraz et Kermanshah ou à Meshed les 23 et 24 juillet.
13 mars : début des protestations des prisonniers de Qasr contre leurs conditions de détention. Mouvement suivi par des dizaines de grèves de la faim, de pétitions et par la formation du comité de défense des droits des prisonniers politiques.
Avril : début d’une lutte de longue haleine contre la fermeture de l’université Aryamehr de Téhéran, centre du combat anti-autocratique. La protestation fut si intense que Rastakhiz, le journal officiel du régime, et Etelaat, quotidien semi-officiel de Téhéran, durent le mentionner à plusieurs reprises.
2 juin : plusieurs centaines d’étudiantes de l’université de Téhéran manifestent contre la présence de militaires dans leurs dortoirs et contre les restrictions dans les horaires d’entrée et de sortie des dortoirs.
8 juin : Mahabad (capitale de la République kurde indépendante) : 10 000 personnes manifestent lors des funérailles de Aziz Yousafi, membre du Bureau politique du Parti démocratique du Kurdistan et ancien prisonnier politique du pays.
11 juin : conférence de presse ouverte aux journalistes étrangers à Téhéran décrivant largement l’emprisonnement et les tortures infligées aux milliers de prisonniers politiques ; ceci afin de remettre à sa juste place la propagande du régime sur sa « libéralisation ».
22 juillet : manifestation à l’enterrement du Sheikh Ahmad Kafi, dirigeant de l’opposition religieuse. Charge de la police. 40 morts à Ispahan. Pour cette même occasion, des manifestations le 28 juillet à Qom, Ispahan, Shiraz, Rafsanjan, Kerman, Shahi, Hamadan, Tabriz et Jahrum.
5 août : discours du Shah à la télévision à l’occasion du 72e anniversaire de la révolution constitutionnelle de 1906. Il promet la démocratie « à l’occidentale ». « Nous donnerons le maximum de liberté politique ; la liberté de parole et de la presse… »
10 août : manifestations dans l’ensemble du pays.
11 août : des barricades à Ispahan.
12 août : promulgation de la loi martiale à Ispahan, Najafabad et Homayounshahr.
19 août : 600 morts dans un cinéma d’Abadan. Le Shah accuse les « extrémistes » ; l’opposition au régime s’empresse de dénoncer le caractère « incendie du Reichstag » de cette provocation probable.
21 août : les étudiants iraniens manifestent à Washington et à Paris, rejetant l’incendie criminel sur le régime.
26 août : les cérémonies funéraires pour les victimes d’Abadan se transforment en violentes manifestations antirégime au cri de « mort au Shah ».
27 août : démission du gouvernement Amouzegar ; désignation comme Premier ministre de Jaafar Sharif Emami.
29 août : Hua Guofeng porte un toast en l’honneur du Shah pour sa résistance à « la politique d’expansionnisme et d’hégémonisme des grandes puissances ».
29-31 août : Qom et Meshed : grosses manifestations.
4 septembre : 3 à 4 millions de personnes dans les rues des grandes villes manifestent pour en finir avec la dynastie régnante. Manifestations sans précédent.
7 septembre, Téhéran : 500 000 personnes défilent contre l’interdiction gouvernementale des réunions publiques. Le gouvernement déclare la loi martiale pour six mois, à Téhéran et 11 villes importantes.
8 septembre : la troupe tire sur la foule. Plusieurs milliers de morts.
9 septembre : en une seule journée, le cimetière de Behesht-e-Zahra délivre 3897 permis d’inhumer (la presse mondiale parlait de 58 morts !).
10 septembre : le président Carter s’extrait de Camp David le temps de téléphoner au Shah que son soutien lui reste entièrement acquis (au nom des droits de l’homme ?).
12 septembre : 15 000 manifestants à Paris (PC, PS et organisations d’extrême-gauche).
13 septembre : conférence de presse du CAIFI (Comité pour la liberté intellectuelle et artistique en Iran) à Washington, au cours de laquelle prirent la parole, aux côtés de parlementaires américains, le poète iranien en exil Reza Baraheni et Babak Zahraie, secrétaire national du CAIFI.
Note : Les statistiques citées plus haut sont tirées de « Notes sur l’industrialisation de l’Iran » et de « La question agraire en Iran », une série d’articles parus dans les numéros 4 à 8 de Kandokav (journal trotskyste iranien).