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Iran – La colère des masses

par Parvin Najafi
La raffinerie de pétrole d’Ababan

L’ampleur des manifestations n’a fait que s’accroître lors des dernières semaines tandis que la radicalisation des mots d’ordre se poursuit et que le caractère prolétarien des actions de masse apparaît plus nettement.

Nous publions ci-après un article écrit début novembre par Parin Najafi sur le développement des mouvements de masse en Iran. Face à ce danger, le Shah a suscité depuis la mise en place d’un nouveau gouvernement militaire, sans réussir pour autant à briser la dynamique profonde des luttes sociales en cours.

Le 21 novembre, les communications internationales entre l’Iran et le monde extérieur ont été partiellement renouées. Durant deux jours, selon l’agence Reuter, il n’y a eu «aucun contact extérieur du fait du bouleversement politique». Les travailleurs des télécommunications nationales ont participé à la grève contre le Shah.

La vague de grèves, bien que n’ayant pas atteint son point ultime, affecte néanmoins de larges secteurs de l’économie, notamment ceux de l’énergie. Les autorités ont beau proclamer que la grève du pétrole a pris fin le 14 novembre, cette nouvelle est contredite par les correspondants occidentaux selon lesquels elle continue dans certains secteurs. De toutes façons, les chiffres officiels pour la production du pétrole restent très en dessous de la normale.

Une nouvelle vague de manifestations de rues a commencé. Une dépêche de l’agence UPI en date du 19 novembre rapporte que des «émeutes» massives ont éclaté dans les villes saintes de Mashhad et Qom. Le massacre des manifestants continue.

Ainsi le gouvernement militaire mis en place par le Shah le 6 novembre a dans deux objectifs principaux : mettre fin aux grèves ; mettre fin aux démonstrations hostiles au Shah. Tout ce qu’il a pu faire a été de gagner du temps.

La classe dominante a besoin de respirer pour trouver une solution politique. Elle estime que la perpétuation d’un régime militaire brutal est trop dangereuse et pourrait provoquer un soulèvement révolutionnaire encore plus puissant.

Le type de solution politique qu’elle recherche est indiqué dans un article du Sunday Times de Londres du 19 novembre : «On parle beaucoup à Téhéran d’une ‘solution à l’espagnole’ qui verrait le Shah transformé en Juan Carlos iranien.»Ceci impliquerait une coalition comprenant le Front national et la définition d’un rôle pour le Shah acceptable à la fois par l’armée et par les opposants religieux.

Le régime semble avoir peu de chances de parvenir à un tel compromis. La désillusion des masses est allée trop loin. De plus, l’évidence de la corruption du régime se confirme sans cesse davantage. L’un des derniers scandales concerne Kish, une île de corail dans le Golfe, site du Palais d’hiver du Shah. L’île a été transformée en «île de plaisir» avec des casinos, des hôtels de super-luxe et un réseau de prostitution prospère. Juste au moment où le gouvernement militaire annonçait une campagne anti-corruption, on découvrit que le directeur de Kish, nommé par le Shah en personne, s’était enfui avec plus de dix millions de dollars.

Les problèmes économiques s’accumulent. La crise est telle que la plupart des projets économiques du régime doivent être abandonnés ou largement révisés en baisse : projet nucléaire ; électrification du réseau ferré ; construction du métro de Téhéran ; et mise sur pied de plusieurs usines pétrochimiques. Dans le Washington Post du 10 novembre, Jonathan Randal, écrivant sur la grève du pétrole à Abadan, notait que «les interviews de deux jeunes dirigeants du Comité de coordination de grève expriment l’attachement à des idéaux utopiques plutôt qu’au jeu et au marchandage de la lutte contractuelle». Exactement ! Ces paroles nous montrent l’avenir possible de ce combat héroïque en Iran et la raison pour laquelle l’impérialisme est si pessimiste. Le mouvement ouvrier international doit faire tout son possible pour que les «idéalistes utopiques» qui émergent aujourd’hui en Iran parviennent à faire déboucher les luttes actuelles en révolution prolétarienne.

 

Plus puissante que jamais, l’attaque massive contre le régime du Shah se poursuit et atteint, en ce début novembre, sa quatrième semaine.

Des dizaines de milliers de travailleurs appartenant aux secteurs industriels stratégiquement les plus importants se sont mis en grève, exigeant la fin de la répression politique.

Les rues iraniennes sont le théâtre de manifestations quotidiennes de dizaines de milliers de personnes en colère, décidées à porter un coup final à la dictature exécrée du Shah.

Partout en Iran, les étudiants ont transformé les campus en «universités rouges», en centres d’éducation et d’organisation pour le mouvement contre la monarchie.

C’est en bref une situation pré-révolutionnaire qui s’ouvre en Iran et qui prend de plus en plus l’aspect d’une explosion insurrectionnelle.

LES TRAVAILLEURS EN GRÈVE POUR LA DÉMOCRATIE

L’industrie du pétrole — dont la production annuelle est estimée à 22 000 milliards de dollars — la principale industrie en Iran, comptant pour 80% du revenu gouvernemental, a été frappée le 31 octobre d’une grève sur le tas d’ampleur nationale.

Les ouvriers des installations de production, des raffineries, des usines pétrochimiques et de toutes les branches y attenant ont cessé le travail, coupant l’approvisionnement journalier de millions de barils de pétrole brut et de milliards de mètres cubes de gaz naturel aux marchés étrangers.

Les ouvriers en grève ont déclaré qu’ils ne produiraient et ne raffineraient que la quantité de pétrole nécessaire aux besoins intérieurs. La grève a appelé à soutenir les revendications de tous les opprimés et exploités en Iran pour en finir avec la loi martiale, pour la liberté des prisonniers politiques et pour que justice soit faite contre les auteurs des massacres perpétrés par le régime.

Les ouvriers du pétrole réclament également la dissolution des «services de sécurité» de la police secrète sur leurs lieux de travail et la garantie par le gouvernement que la présence des officiers de la sécurité et du personnel de l’armée ne soit plus jamais autorisée à l’intérieur des usines ; ils réclament aussi la démission du colonel Kalyaai, chef du «service de sécurité» de la raffinerie d’Abadan, connu pour son mépris déclaré des ouvriers.

Le gouvernement mène une intense campagne pour briser la grève des ouvriers du pétrole. Dans un discours devant le Parlement iranien, le Premier ministre Sharif-Emani a menacé les grévistes d’une mise en accusation pour «trahison».

Le 1er novembre, l’armée fut envoyée pour déloger les grévistes. Devant la résistance des ouvriers, elle ouvrit le feu, tuant et blessant un grand nombre d’entre eux. Selon une dépêche de l’UPI parue dans News World du 3 novembre, «l’opération provoqua la colère des ouvriers qui déclarèrent qu’ils ne négocieraient pas d’accord tant que l’armée serait en place».

Le même jour, les troupes tiraient dans un meeting de masse réunissant les ouvriers en grève de la plus importante raffinerie du monde, à Abadan, tuant et blessant de nombreuses personnes.

Lors d’une autre tentative visant à briser la grève, les représentants de la société pétrolière ont menacé de licencier tous les ouvriers en grève qui n’auraient pas repris le travail le 4 novembre. Ils ont menacé de faire appel aux soldats pour remplacer les ouvriers en grève. Mais c’est irréaliste puisque la plupart des emplois de l’industrie du pétrole exige un haut niveau de qualification que les soldats ne possèdent pas.

En dépit de tout cela, et des pressions exercées sur eux, les ouvriers du pétrole s’en tiennent fermement à leur engagement de ne pas reprendre le travail jusqu’à satisfaction de leurs revendications. Un jour après les ouvriers du pétrole, les travailleurs de la ligne aérienne d’État Air Iran — la seule ligne aérienne en Iran — entraient en grève. Une dépêche de l’UPI annonçait que «les employés en grève de Air Iran ont déclaré qu’ils désertaient leurs postes pour se joindre au ‘mouvement de solidarité’ dirigé par l’opposition contre le régime du Shah. De même que les ouvriers du pétrole, ils ont présenté d’importantes revendications politiques comprenant l’arrêt de la loi martiale à Téhéran et dans onze autres villes.»

«OUVREZ LES LIVRES DE COMPTES»

Le 28 octobre, les travailleurs de la société d’État des Télécommunications annonçaient qu’ils ne reprendraient le travail que si leurs revendications étaient satisfaites, à savoir :

  • la libération immédiate et sans conditions de tous les prisonniers politiques détenus lors de ces vingt-cinq dernières années ;
  • une enquête rapide sur la corruption et les abus commis par les hauts fonctionnaires de la société des Télécommunications et leur démission immédiate ;
  • la cessation de tous les accords de type colonial entre cette société et les Américains ;
  • la divulgation des dossiers des travaux exécutés par les sociétés américaines ayant reçu des millions de dollars provenant des revenus du pays ;
  • l’expulsion des conseillers américains (employés de Bell Helicopter) engagés à des salaires exorbitants par la société ;
  • une purge scrupuleuse de tous les fonctionnaires corrompus de la société et l’élection à leur place de personnes dignes de confiance ;
  • la dissolution du «service de sécurité» de la société, qui a créé une atmosphère de répression et de terreur ;
  • le droit de créer un syndicat ;
  • une enquête sur tous les achats effectués lors des cinq dernières années, spécialement des pièces d’équipement électronique et des centaines de camions américains.

Les revendications concernant l’ouverture des livres de comptes exigeant l’arrêt du pillage impérialiste du pays deviennent de plus en plus populaires en Iran.

Ces différents secteurs économiques-clé ne sont pas seuls concernés par ce vaste mouvement de grève qui se poursuit, plus massif que jamais. Les travailleurs des banques se sont remis en grève, tout comme ceux des services publics dans de nombreuses villes. Il en va de même des travailleurs des docks portuaires. Les betteraves à sucre pourrissent dans les champs, car les 7 000 ouvriers agricoles du gigantesque complexe agro-industriel de Haft-Tapeh ont cessé le travail depuis plus d’un mois.

Un mois après la date officielle de la rentrée scolaire, pas un seul cours n’a été convoqué dans les écoles et les universités. Forte de 400 000 participants, la grève des enseignants entre dans son deuxième mois. Les enseignants s’efforcent toujours parallèlement de construire un syndicat. Un grand nombre de conférences de délégués d’enseignants se sont tenues en province ces dernières semaines et ont élu des comités exécutifs provisoires.

Des grèves très puissantes se poursuivent dans la fonction publique, qui emploie une force de travail immense, avec les employés de nombreuses municipalités, les travailleurs des ministères des finances et du commerce et les employés du Bureau de développement agricole.

Le Washington Post du 2 novembre résumait la situation en ces termes : «Déjà vieille d’un mois, une grève d’un million de fonctionnaires iraniens a conduit les services gouvernementaux à une quasi-paralysie.»

Les employés de la radio et de la télévision, en grève depuis une semaine pour protester contre la censure gouvernementale, ont repris le travail le 29 octobre après avoir obtenu l’assurance que la censure serait levée. Le jour suivant, les travailleurs du quotidien de Téhéran Ayandegan se mirent en grève contre la censure imposée au journal par ses propres éditeurs. Leur lutte fut soutenue de façon enthousiaste par les travailleurs des plus importants quotidiens iraniens, Le Rayman et le Etela’at, qui avaient conduit une grève victorieuse contre la censure gouvernementale début octobre.

«Les travailleurs iraniens ne conduisent pas les grèves comme les Occidentaux l’entendent», expliquait William Claiborne dans le Washington Post du 4 novembre : «Ils quittent rarement leurs ateliers ou leurs bureaux parce que les grèves sont illégales et qu’il n’existe pas de syndicats organisés.»

«Les travailleurs se rendent à leur travail et sont payés, mais ils ne travaillent tout simplement pas, ou pratiquent de telles ‘grèves du zèle’ que la production est pratiquement nulle.»

«Bien que techniquement ouvertes, les usines ne servent plus guère que de lieux de rencontre pour les ouvriers mécontents, pour tenir des meetings politiques et discuter de nouvelles revendications.»

«Certaines des revendications qui ont été acceptées sont extraordinaires : paiement des repas ; paiement des transports pour se rendre au travail ; ré-embauche des employés licenciés au cours des quinze derniers jours, quel qu’en soit le motif ; paiement du temps pour se rendre au travail et démission de certains directeurs.»

«En dépit des dénégations officielles», poursuit Claiborne, «des directeurs du ministère iranien des Finances admettent en privé que l’agitation ouvrière a filtré sur l’ensemble de la base industrielle du pays.» Il ajoute : «Les économistes du gouvernement iranien le savent bien, puisqu’environ la moitié des employés du ministère des Finances sont en grève et qu’une masse de partisans du Front national a récemment organisé des manifestations dans les bureaux du ministère, dévalant les couloirs aux cris de ‘Mort au Shah !’»

Les mobilisations de masse sans précédent dans les rues d’Iran se poursuivent également, ne montrant aucun signe d’épuisement.

Partout les manifestants s’en prennent aux agents de la SAVAK. Dans certains endroits les statues du Shah ont été renversées et son portrait retourné.

Le 4 novembre l’armée a ouvert le feu sur une grande manifestation étudiante à Téhéran, tuant, selon les étudiants, quarante personnes. Le jour suivant on assistait à des manifestations d’ampleur nationale. Radio Iran annonçait qu’au début de la matinée, une foule immense, composée d’étudiants et de très nombreux autres secteurs de la population, était rassemblée devant l’Université de Téhéran et commençait à défiler dans les rues.

Le ministre de l’Information annonçait plus tard dans une interview qu’il en avait réchappé de justesse, après avoir été expulsé de ses bureaux par les manifestants, secouru par des amis et s’être réfugié dans un autre bâtiment du ministère, découvert à nouveau et finalement réfugié dans une pâtisserie pendant plusieurs heures jusqu’à ce que la foule s’en aille.

Des témoins, joints par téléphone par Intercontinental Press, ont raconté que ces derniers jours, les soldats se sont abstenus de charger les manifestants, alors même qu’ils en avaient reçu l’ordre. Une fois, un camion militaire passant près d’une manifestation, les soldats saluèrent et applaudirent la foule. Malgré la poursuite d’affrontements violents ouverts avec la troupe, les manifestants continuent à espérer la fraternisation avec les militaires.

Pour détourner le raz-de-marée qu’est devenu le mouvement de masse, le gouvernement a engagé et armé des hommes de main. Il a déclaré la chasse ouverte aux contestataires, à leur vie et à leurs biens. La police s’est montrée une active auxiliaire de ces bandes parallèles en leur prêtant main-forte.

Un grand nombre de villes ont été la cible de ces tueurs. Le City News de New-York du 1er novembre relevait le cas suivant : «Les journaux iraniens annoncent que Salan Jaf, parlementaire fidèle au Shah, a engagé et armé 2000 membres de tribus iraniennes. Ils ont envahi dans la nuit de lundi (30 octobre) la ville de Paveh à l’ouest de l’Iran, à cheval et en camions.»

«Selon ce récit, les habitants de Paveh, qui redoutaient une attaque, avaient quitté la ville avant leur arrivée — pour éviter une confrontation. Ils tenaient une réunion de protestation et étaient en train de prier lorsque les assaillants arrivèrent. Trois personnes furent tuées alors qu’elles priaient.»

«Puis les assaillants s’en retournèrent et attaquèrent la ville, incendiant des voitures, des magasins et des maisons. Les femmes et les gosses de la ville, laissés en arrière par les hommes, ripostèrent et incendièrent trois camions pleins de pillards, lapidant à coups de pierres les cavaliers, tuant douze des assaillants.»

La terreur organisée n’a pas produit l’effet escompté. Elle a au contraire soudé plus étroitement les masses et leur a permis de prendre conscience de façon de plus en plus précise des tâches pratiques de la lutte, les amenant dans certains cas à constituer leur propre groupe d’autodéfense. À Amol, ville de la mer Caspienne qui a été la cible des attaques répétées par les hommes de main engagés par le gouvernement, la jeunesse a constitué le 29 octobre un groupe d’autodéfense fort de 3000 participants. Armés de bâtons, ils ont parcouru la ville en groupes de cinquante, contrôlant tous les véhicules pénétrant dans la ville pour en interdire l’accès aux hommes de main. Dans la ville kurde de Sanandaj, qui a également été l’objet des attaques répétées d’hommes de main, la population s’est armée de bâtons et a tenu une manifestation en les brandissant montrant qu’elle était prête à se défendre.

LES «UNIVERSITÉS ROUGES»

Le nouveau syndicat constitué par les enseignants universitaires a annoncé une semaine de solidarité commençant le 28 octobre. Cet appel n’est pas tombé dans l’oreille de sourds et a reçu le soutien de la plupart des partis politiques et organisations de droits civiques du pays. Partout un grand nombre de campus ont fait connaître leurs programmes — cours, réunions, conférences et autres rencontres — qui ont été publiés dans la presse iranienne.

Mais juste au moment où commençait cette semaine de solidarité, le gouvernement ordonna la fermeture des principales universités. Après une tempête de protestations, dont un sit-in de 5000 personnes devant l’Université de Téhéran, le gouvernement fut obligé de reculer, et les universités réouvraient le 29 octobre.

Depuis lors, les universités iraniennes sont devenues de véritables centres d’éducation de grande qualité. Des centaines de milliers de personnes participent aux cours, aux conférences et aux réunions. La fréquentation des cours de plusieurs sessions des universités de Téhéran a dépassé 10 000 personnes. C’est là que les représentants des enseignants et travailleurs en grève, ainsi que les prisonniers politiques récemment libérés ont reçu l’accueil le plus chaleureux.

Lorsque Safar Ghahremani, le prisonnier politique le plus longtemps incarcéré, ayant passé trente ans dans les cachots du Shah, a pris la parole à l’Université de Téhéran, quelque 22 000 personnes étaient là pour l’entendre.

Les étudiants et les enseignants ont réussi à expulser les gardes d’un grand nombre de campus.

KHOMEINI REFUSE LE COMPROMIS

L’appel au renversement de la monarchie iranienne par Khomeini n’est accueilli favorablement ni par la bourgeoisie d’opposition, ni par la hiérarchie religieuse.

L’irruption du mouvement massif de grève qui menace gravement le régime du Shah et, avec lui, le système capitaliste en Iran, a provoqué un brusque glissement à droite de l’opposition bourgeoise.

Ces politiciens recherchent activement les moyens de mettre un terme à la mobilisation de masse et s’affirment de plus en plus ouvertement en faveur de la monarchie. La hiérarchie religieuse iranienne a fondamentalement suivi la même voie. En fait, les dirigeants du Front national, la principale formation de l’opposition bourgeoise, et la monarchie ont déjà entamé des négociations pour parvenir à une solution de compromis.

Le seul des dirigeants les plus en vue de l’opposition qui ait fermement refusé tout compromis avec le régime du Shah est l’Ayatollah Khomeini. Il est tout à son crédit qu’il n’ait pas cédé, malgré les pressions subies, tant de la part des dirigeants du Front national que de la hiérarchie religieuse iranienne.

Il est par contre fortement soutenu par les travailleurs, les paysans, les sans-emplois et les autres couches exploitées et appauvries d’Iran. Du fait de sa position sans compromis, Khomeini est de loin celui dont la base populaire est la plus large, plus large que celle d’aucun autre dirigeant ou d’aucune organisation.

LE SHAH LE DOS AU MUR

Le Shah se trouve manifestement en situation difficile. Le mouvement de masse a empiété sur son autorité par bonds et rebondissements. Il n’existe ni organisation réformiste importante ni bureaucratie ouvrière à même de contrôler la lutte. En faisant appel à l’armée pour noyer le mouvement dans le sang et le briser par la répression brutale, il court le risque grave de créer en son sein de profondes fissures.

Inquiets de ce dilemme posé au Shah, toutes les forces réactionnaires du monde ont serré les rangs derrière le pouvoir du Shah. Washington et les autres puissances impérialistes occidentales ont en diverses occasions exprimé leur ferme soutien au Shah et les bureaucraties chinoise et soviétique n’ont pas fait moins.

Selon le Times du 4 novembre, «Un article de La Pravda rapportait aujourd’hui l’importance attachée par le Kremlin à la stabilité de l’Iran, qui n’est qu’à 1250 miles de la frontière soviétique. Le journal attaquait les dirigeants religieux iraniens et déclarait que l’Ayatollah Khomeini ne devait pas compter sur le soutien de l’Union soviétique dans sa lutte contre le Shah.»

Face au soutien international que reçoit le Shah, les travailleurs iraniens en grève ont besoin du soutien et de la solidarité de leurs frères ouvriers du monde entier.

Les travailleurs des pays impérialistes, spécialement des USA, ont la responsabilité particulière de faire savoir au monde entier qu’ils se tiennent aux côtés de leurs frères et de leurs sœurs assiégés en Iran, et non aux côtés du Shah, le tyran.

5 novembre 1978