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Intifada au Jammu-et-Cachemire : 21 morts supplémentaires tués par les forces de sécurité

par Farooq Sulehria
© X @JAAC_Official

Lundi 27 juillet, à Rawalakot, 21 nouvelles personnes ont été tuées. C’est la deuxième fois en près de sept semaines que Rawalakot est le théâtre d’un massacre.

Plus tôt, dans la nuit, entre le 6 et le 7 juin, les forces de sécurité ont ouvert le feu sur un sit-in pacifique à Rawalakot. Au moins dix personnes ont été tuées à cette occasion. Ce qui se passe au Cachemire a été largement ignoré par les médias internationaux. Et pas seulement par les médias internationaux. Les grands médias pakistanais, eux aussi, soit ne couvrent pas l’événement, soit se contentent de mener une propagande odieuse contre un mouvement de type « intifada » qui s’est emparé du Jammu-et-Cachemire sous contrôle pakistanais.

Je vais donner un peu de contexte à l’audience internationale qui écoute ce podcast. Une longue marche avait été annoncée par le Comité d’action populaire unifié (Joint Awami Action Committee, JAAC), qui est la structure organisationnelle d’un vaste mouvement social qui secoue cette région du Jammu-et-Cachemire depuis environ trois ans.

C’était la troisième fois qu’ils annonçaient une longue marche au départ de Mirpur, une ville importante située aux confins du Jammu-et-Cachemire. Ils devaient se diriger vers Muzaffarabad, la capitale du Jammu-et-Cachemire. Le Jammu-et-Cachemire est une région autonome. D’une certaine manière, il ne fait pas partie du Pakistan. Il n’est pas intégré au Pakistan de la même manière que l’Inde a intégré la partie occupée du Jammu-et-Cachemire qu’elle contrôle.

Le Jammu-et-Cachemire sous contrôle pakistanais dispose de son propre parlement, de son propre Premier ministre, de sa propre Cour suprême, et des élections devaient se tenir hier, le 27 juillet. Le premier tour des élections a effectivement eu lieu hier, mais il a été largement boycotté. Pratiquement aucun électeur ne s’est rendu aux urnes.

Avant ces élections, le Comité d’action populaire unifié avait annoncé une longue marche sur Muzaffarabad, dont la revendication principale était la suppression des douze sièges réservés aux réfugiés. Il s’agit des réfugiés originaires du Jammu-et-Cachemire sous contrôle indien, qui ont émigré au Pakistan et s’y sont installés depuis environ quatre-vingts ans. Douze sièges leur sont actuellement réservés. Le problème était le suivant : grâce à ces sièges réservés, Islamabad, la capitale du Pakistan – ou, en d’autres termes, l’État pakistanais – contrôlerait le système électoral et formerait un gouvernement de son choix à Muzaffarabad. D’où cette revendication du Comité d’action populaire unifié visant à supprimer ces sièges, à mettre fin à ces quotas réservés aux réfugiés, afin qu’un véritable gouvernement représentant la population du Jammu-et-Cachemire, dans la partie du Cachemire sous contrôle pakistanais, puisse former un gouvernement de son choix. Avant cette « Longue Marche », qui devait débuter le 9 juin, les forces de sécurité ont tenté d’enlever l’un des principaux dirigeants, Umar Nazir Kashmiri, originaire de Rawalakot — qui a été le pilier de ce mouvement. C’est là que ce mouvement a vu le jour et s’est concrétisé sous la forme d’une organisation appelée Comité d’action populaire unifié.

Ce Comité d’action populaire unifié dispose d’un comité central. Il compte près de trente-trois membres principaux, qui représentent toutes les régions du Jammu-et-Cachemire. C’est-à-dire le Jammu-et-Cachemire sous contrôle pakistanais. Chaque district dispose d’une section du Comité d’action populaire unifié. Ces personnes sont élues par les habitant·es de leur région. La tentative d’enlèvement d’Umar Nazir Kashmiri aux abords de Rawalakot, le 5 juin, a en réalité entraîné la mort de son proche collaborateur, Shahzeb, son compagnon de lutte. Ce jeune homme, âgé d’une trentaine d’années, a été tué, et Umar Nazir Kashmiri lui-même a été blessé lors des tirs de la police. Les habitant·es de Rawalakot ont organisé un sit-in avec le corps de Shahzeb devant l’hôpital militaire local, et la nuit suivante, les forces de sécurité ont tiré à balles réelles sur les manifestant·es. Au moins dix à douze personnes ont été tuées lors de cet incident. Cela a véritablement bouleversé toute la région. Et malgré ce climat de peur, la « Longue Marche » a démarré depuis Mirpur en direction de Rawalakot ; à mi-chemin de Muzaffarabad, elle a de nouveau été prise pour cible par des tirs, et au moins cinq personnes ont été tuées. Selon certaines sources, sept personnes auraient trouvé la mort. La « Longue Marche » est finalement arrivée à Rawalakot. Entre-temps, Rawalakot était soumise à un couvre-feu et toute la région était assiégée ; l’État pakistanais a bloqué les camions acheminant de la nourriture vers la région.

Il s’agit d’une région enclavée. Tous les produits alimentaires, les médicaments, tout transite par le Pakistan. Une coupure d’Internet a été imposée. Elle est en vigueur pour l’essentiel depuis le 5 ou le 6 juin, en particulier dans la région de Rawalakot. Il est très difficile de communiquer avec la population. Même les services de téléphonie mobile ont été coupés, interrompus. Quoi qu’il en soit, lorsque cette « Longue Marche » est arrivée à Rawalakot, les manifestant·es ont entamé un sit-in, un immense sit-in qui a duré plus de cinquante jours. En fait, cinquante-trois jours, jusqu’au 26 juillet.

Les forces de sécurité ont une nouvelle fois attaqué le sit-in à au moins deux ou trois reprises. Des morts sont à déplorer. À ce jour, plus de soixante-dix personnes ont été tuées dans le cadre de violences étatiques, depuis, comme vous le savez, le 5 ou le 6 juin jusqu’à hier. Mais hier a été la journée la plus violente. Au moins vingt et une personnes, comme je l’ai dit plus tôt, ont été tuées.

Hier, le sit-in, qui avait repris sa marche, est à nouveau entré dans la ville de Rawalakot, où régnait le couvre-feu. Des centaines et des centaines de personnes. Je ne dispose pas de chiffres confirmés, mais au moins cinquante à soixante mille personnes défilaient dans les cortèges. Elles sont entrées dans la ville par différents côtés. Elles voulaient mettre fin au siège de la ville et au couvre-feu qui y régnait, mais des tirs à balles réelles ont été lancés sur les manifestant·es. Les violences se poursuivent. J’enregistre ce podcast alors que je reçois des nouvelles de plus en plus inquiétantes en provenance de Mirpur, où une petite manifestation a eu lieu hier pour protester contre les meurtres commis à Rawalakot.

On craint de nouvelles violences, d’après les informations qui affluent. Les forces de sécurité continuent de tirer sur les manifestant·es ; des coups de feu sont tirés. Des gaz lacrymogènes sont utilisés. Et les manifestant·es tiennent bon. Ils refusent de céder. Et ils promettent de poursuivre leur marche vers Muzaffarabad. Je pense qu’à la fin de cette journée, beaucoup de gens craignent de nouveaux décès. C’est une situation vraiment très triste. Et la tragédie est d’autant plus grande que cet incident, ainsi que l’ensemble du mouvement – qui est en réalité très prometteur et très progressiste à bien des égards –, a été ignoré par la communauté internationale.

Aujourd’hui, l’appel urgent est de faire preuve de solidarité et de faire connaître ce mouvement en cours. L’État pakistanais doit faire preuve de retenue. Les forces progressistes du monde entier doivent manifester leur protestation et exprimer leur solidarité avec ce mouvement. Nous espérons qu’un dialogue s’engagera d’une manière ou d’une autre. Et que cette violence prendra fin. Certaines des revendications clés devraient être satisfaites. Même si le Comité d’action populaire unifié a revu ses revendications à la baisse, l’État ne les prend pas en compte. L’État est déterminé à écraser ce mouvement. Il est résolu à faire preuve de « tolérance zéro », comme il le dit lui-même, à l’égard du mouvement. Je m’efforcerai de vous tenir informés plus tard dans la soirée ou peut-être demain matin. Espérons que la situation s’apaisera.

Le 28 juillet 2026

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