À l’occasion de la journée de solidarité internationale avec le Chili, le 11 septembre, le Ceylon Mercantile Union (CMU), syndicat de tendance lutte de classes dirigé par nos camarades du Revolutionary Marxist Party (section ceylanaise de la IVe Internationale) a organisé une heure de grève et de manifestation. L’action avait été préparée par plusieurs semaines de mobilisation (banderoles tendues au travers de nombreuses rues, tracts, etc.), après que le Conseil Général du Syndicat ait pris cette décision de façon unanime.
À 11 heures, le 11 septembre, les militants du CMU arrêtèrent le travail, se rassemblèrent devant leurs entreprises et partirent en manifestation. Tous les quartiers de Colombo furent sillonnés, pendant une heure, par ces mini-cortèges, qui, pour certains, rassemblaient plusieurs centaines de travailleurs.
Les slogans des manifestants réclamaient :
- la fin de l’état de guerre interne contre le peuple,
- la suppression des tribunaux militaires,
- la libération des prisonniers politiques et syndicaux,
- le respect des libertés démocratiques et syndicales.
Le soir se tint un meeting au cours duquel notre camarade Bala Tampoe, secrétaire général du CMU, tira les leçons du coup d’État chilien devant les militants du syndicat.
Enfin, le 12 septembre au soir se tint un second meeting, appelé en commun par le CMU et plusieurs autres organisations syndicales, dont le Ceylon Workers Congress et le Ceylon Democratic Congress, puissants chez les travailleurs tamouls des plantations.
Mais tous les autres syndicats avaient refusé de participer à la grève et aux manifestations du 11 septembre. Car à Ceylan mobiliser activement les travailleurs contre la junte chilienne a des implications immédiates. Cela revient à mettre en accusation le gouvernement de Front Uni de Gauche qui a les mains tachées du sang du prolétariat rural et de la jeunesse cinghalaise depuis qu’il a lancé ses forces de répression contre le JVP (Janatha Vimukti Peramuna — Front de Libération Populaire) en avril 1971.
Cela revient à lutter pour la libération de milliers de révolutionnaires qui restent encore en prison, pour l’acquittement de Wijeweera et des autres dirigeants du JVP jugés actuellement, pour la reconquête du droit de grève aboli en vertu de l’état d’urgence en vigueur depuis trois ans. Danger mortel pour les bureaucraties syndicales corrompues liées à la coalition gouvernementale au pouvoir. Mais la mobilisation organisée par le CMU a eu un impact très profond chez les travailleurs. Aussi le SLFP (parti de Mme Bandaranaike), le LSSP et le PC ne pouvaient rester sans réagir. On vit donc les organisations de jeunesse des trois partis au pouvoir convoquer à la dernière minute un meeting pour le 10 septembre et tenter ainsi de reprendre l’initiative. On vit les syndicats liés à la coalition gouvernementale faire de même le 13 septembre en donnant la parole à N.M. Perera et Calvin de Silva, ministres du LSSP, pour dénoncer les « atrocités commises contre les travailleurs chiliens ». La presse aux ordres, le Ceylon Daily News en tête, y alla elle aussi de sa larme de crocodile. Ce journal, dans son éditorial du 13 septembre, après avoir affirmé qu’il s’associait à la campagne internationale de protestation parce que la suppression totale des libertés où que ce soit est une cause de préoccupation morale ( !), montre ses motivations profondes. Le Front Uni de Gauche à Ceylan et l’Unité Populaire au Chili étaient deux gouvernements élus, dont la commune aspiration était de construire un socialisme fondé sur une base démocratique. Que les travailleurs ceylanais soutiennent donc fermement leur gouvernement s’ils veulent éviter de subir le sort de leurs frères chiliens…
Malgré toutes ces manoeuvres de diversion les mobilisations impulsées par le CMU ont constitué un acquis pour l’avenir. Pour la première fois dans l’histoire du mouvement syndical ceylanais, une grève a eu pour seul objectif l’affirmation de la solidarité internationale des travailleurs. Pour la première fois depuis avril 1971 et l’état d’urgence une manifestation ouvrière ayant un sens directement politique et anti-gouvernemental a pu se tenir.
Septembre 1974