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États-Unis : « Tous unis derrière les mineurs »

par Socialist Workers Party

La déclaration suivante a été publiée le 8 mars par les candidats du Socialist Workers Party (SWP : Parti socialiste des travailleurs) aux élections locales dans les États de l’Ohio et du Kentucky. Elle constitue une prise de position officielle du SWP après le recours à la loi Taft-Hartley par le président des États-Unis.

L’utilisation, par le président Carter, de la loi Taft-Hartley « d’esclavage du travail » constitue une terrible menace pour tout le mouvement ouvrier et pour les droits de tous les travailleurs.

À leur écrasante majorité, les mineurs ont démocratiquement rejeté les termes du contrat proposé par les patrons des mines. En donnant l’ordre aux mineurs de renoncer à leur seule arme — le droit de grève — et en les réquisitionnant, Carter foule au pied leur droit démocratique de décider dans quelles conditions ils acceptent de travailler.

La force des mineurs réside dans leur unité d’action et dans le large soutien dont leur lutte bénéficie de la part des autres travailleurs. Carter essaie de diviser les mineurs afin de les isoler et de fomenter la division au sein de l’United Mine Workers of America (UMWA : Syndicat unifié des mineurs américains).

Cette offensive pour diviser et régner se déroule sur plusieurs fronts :

— Les patrons, le gouvernement et les grands moyens d’information ont intensifié leur campagne d’intimidation en rendant les mineurs responsables des licenciements, des fermetures d’écoles et des coupures d’énergie. Les mineurs ont été pris comme boucs émissaires de tout, depuis la hausse des prix jusqu’à la chute du dollar.

— Les avertissements provocateurs à propos de la violence et les menaces d’utilisation des forces fédérales sont destinés à créer une fausse impression : ce serait le pouvoir d’intimidation d’une minorité, et non la solidarité de la vaste majorité, qui empêcherait la réouverture des mines. Mais ce sont les mineurs qui sont les victimes de la violence, ils n’en sont pas les auteurs. D’ores et déjà, les jaunes ont tué deux membres de l’UMW.

— La Maison-Blanche dit qu’elle supprimera les tickets d’alimentation des grévistes. Selon cette logique cruelle, si les enfants des mineurs pleurent de faim, alors les grévistes, mis à genoux, réintégreront les puits.

— Dans l’espoir de diviser le syndicat et de contraindre certaines sections syndicales à se soumettre, Carter menace d’infliger de lourdes amendes à ces dernières et de traîner leurs responsables en justice, voire de les emprisonner. Si rien ne s’oppose à cet assaut contre l’UMW, d’autres syndicats et des millions de travailleurs sentiront bientôt claquer le fouet.

Dans les syndicats, dans les organisations noires et hispaniques, dans les groupes de femmes et les associations d’étudiants, un immense cri doit s’élever pour bloquer la tentative de Carter de briser la grève : « halte à l’agression du gouvernement contre les syndicats ! » Maintenant, plus que jamais, les grévistes ont besoin d’argent, de nourriture et de manifestations de solidarité. Avec leurs caravanes acheminant leurs produits vers le Kentucky, les fermiers en grève ont montré la voie. Le don récent de deux millions de dollars par l’United Auto Workers (UAW : Syndicat unifié des travailleurs de l’automobile) est un exemple pour tous les syndicats. Il faut organiser des réunions et des meetings pour expliquer la vérité sur la grève des mineurs et sur leur juste cause.

Le discours de Carter, évoquant la loi Taft-Hartley, était un modèle de duplicité et de double langage. « J’ai la responsabilité de protéger la santé et la sécurité des Américains », a-t-il dit. Mais le droit à la santé et les garanties de sécurité dans leurs conditions de travail figurent parmi les revendications essentielles des mineurs — Carter n’a jamais dit un mot en leur faveur. Les mineurs ne font-ils pas partie des Américains ?

« La loi sera appliquée », a dit Carter. Mais qu’en est-il des lois garantissant la sécurité des mines que la Blue Diamond Coal Company, comme des centaines d’autres compagnies minières dirigées par des patrons avides de profit, a violées jour après jour jusqu’à l’explosion de la mine de Scotia qui a coûté la vie à 26 mineurs ? Jusqu’à ce jour aucun patron n’est allé en prison ou n’a même payé d’amende pour ces 26 meurtres. Lorsque Carter parle « d’appliquer la loi », il veut dire envoyer ses espions et provocateurs du FBI pour bafouer la loi dans les mines, pour harceler les mineurs et leur tendre des pièges.

« Le pays ne peut pas attendre plus longtemps » d’être approvisionné en charbon, a dit Carter. Mais ce sont les compagnies minières — dominées par les trusts géants du pétrole, de l’acier et des grandes sociétés de service — qui, dans leur guerre contre l’UMW, détiennent en otage les emplois et le bien-être de millions de travailleurs.

En exigeant que le syndicat renonce aux avantages précédemment inscrits dans le contrat et agisse comme une police à l’égard de ses propres adhérents, les patrons ont délibérément provoqué la grève, en décembre dernier. Les propriétaires de mines se sont vantés d’« avoir donné une leçon » aux mineurs. Aucun politicien du Parti démocrate ou du Parti républicain — qu’il se soit prononcé en faveur de la loi Taft-Hartley ou de la saisie des mines — n’est jamais allé jusqu’à suggérer que la solution à la « crise » soit que les patrons se rendent aux raisons des mineurs. Ils sont tous d’accord pour que les mineurs se soumettent aux conditions des patrons.

Carter avertit solennellement qu’il ne tolérera « plus aucun accord laxiste générateur d’inflation ». Mais la question des salaires n’a jamais été soulevée pendant la grève !

Afin de faire passer les mineurs pour cupides et irresponsables, Carter masque les véritables problèmes. Quels sont-ils ?

— Le droit aux soins médicaux : les patrons s’acharnent à vouloir détruire le système d’assistance médicale que les mineurs ont conquis il y a plus de trente ans. En lui substituant des assurances privées et en faisant payer des centaines de dollars les soins des mineurs et de leur famille, les compagnies minières s’apprêtent à empocher, chaque année, des millions de dollars de profits supplémentaires. Si le système d’assistance médicale de l’UMW est démantelé, les cliniques des régions minières qui en dépendaient seront forcées de fermer leurs portes. Des milliers de gens et des collectivités entières en subiront les conséquences dramatiques.

— Le droit à une retraite décente : les mineurs qui ont pris leur retraite avant 1976 ne touchent que la moitié de ce que reçoivent ceux qui l’ont prise plus tard. Les mineurs demandent que toutes les retraites soient égalisées à un niveau permettant de vivre décemment.

— Le droit de grève : cette revendication se heurte à l’opposition frénétique des patrons miniers, des moyens d’information et des politiciens capitalistes. Ils prétendent que les mineurs sont paresseux et irresponsables, prêts à bloquer les mines pour un rien. Mais le droit de grève est une question de vie ou de mort.

Pour la seule année passée, 125 mineurs sont morts par suite d’accidents du travail, victimes de la soif de profit des compagnies minières et de leur mépris pour la sécurité des travailleurs. Les mineurs ont appris à se méfier des inspecteurs gouvernementaux du travail et des procédures truquées de plainte et d’arbitrage des patrons. Ils ne peuvent se fier qu’à eux-mêmes, qu’à leur propre capacité de paralyser la production quand les conditions de sécurité deviennent insuffisantes.

Les patrons demandent la répression féroce des grèves « sauvages » et veulent que les syndicats assurent la « paix sociale ». Derrière cette formule se cache l’intensification des cadences, davantage de catastrophes minières et de morts de mineurs.

En se dressant pour défendre leurs droits contre les patrons et le gouvernement — et en luttant pour le contrôle du syndicat par la base —, les mineurs se battent pour tous les travailleurs. Ils ont montré qu’il est possible de résister à l’offensive des capitalistes, qui veulent faire payer aux travailleurs l’irrationalité de leur système de profit.

La grève des mineurs a donné une idée du pouvoir impressionnant de l’action unie de la classe ouvrière. Mais jusqu’à présent les patrons ont conservé leur monopole sur le terrain politique, qu’ils utilisent pour miner la puissance ouvrière. C’est exactement ce que Carter cherche à accomplir avec la loi Taft-Hartley et les autres initiatives gouvernementales. Aussitôt que le combat gagne l’arène politique, il devient évident que les travailleurs n’ont ni voix ni instrument politique.

Les patrons disposent de deux partis : les démocrates et les républicains. Les travailleurs ont besoin de leur propre parti, d’un parti ouvrier de masse, indépendant, basé sur un mouvement syndical combatif et démocratique. Un tel parti serait un instrument redoutable pour mettre à nu les tentatives de division du gouvernement et pour unifier la classe ouvrière autour de la défense des mineurs.

Au contraire des démocrates et des républicains, un parti ouvrier s’opposerait vigoureusement à toute restriction de l’activité syndicale et du droit de grève.

Un parti ouvrier contribuerait à organiser la lutte pour les soins médicaux gratuits, pour une véritable sécurité des conditions de travail — pour tous les travailleurs — et la sécurité de l’emploi, une réduction des horaires, la fin des discriminations raciales et sexuelles et pour d’autres revendications encore. Il combattrait pour remplacer le gouvernement actuel d’une riche minorité par un gouvernement démocratique des travailleurs.

Aujourd’hui c’est dans la grève des mineurs que se mène la bataille pour la défense des droits de tous les travailleurs. Dressés face à la violence de la classe dominante et à ses mauvais coups, les mineurs ont besoin du soutien le plus large possible.

Tous unis derrière les mineurs !

Le 8 mars 1978

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