La Bolivie vit l’une des périodes les plus critiques de son histoire ; une crise économique qui, combinée à un gouvernement pro-FMI, conduit la Bolivie à la dépendance vis-à-vis des multinationales, tandis qu’il n’existe aucune option révolutionnaire capable de résoudre ces crises. Marisol Rina (MR), correspondante du bulletinSúmate en Bolivie, nous parle un peu de la situation dans ce pays voisin.
La crise économique et celle du carburant ont contraint la COB à appeler à une grève illimitée. Dis-nous si cette mesure bénéficie du soutien des travailleurs et si elle sera maintenue.
Si c’est la COB qui a lancé un appel à la grève illimitée, le mécontentement au sein de la population est dû à la crise économique que traverse le pays et à la très mauvaise qualité du carburant. Il y a un malaise généralisé, qui ne se limite pas aux adhérents de la COB. La population dans son ensemble attendait simplement que les élections régionales du 22 mars aient lieu, afin d’élire les nouvelles autorités locales et d’être représentée. Même si la COB a pris l’initiative de lancer la grève, divers secteurs de la société s’opposent au gouvernement central, comme le secteur du transport routier lourd, fédéré et indépendant, ainsi que les syndicats (commerçants), qui ont mené diverses actions contre le gouvernement, notamment des grèves de 24 heures dans un premier temps.
Comment le président Rodrigo Paz gère-t-il la crise économique du « pays brisé » dont il a hérité, marquée par une pénurie critique de devises et de carburant ?
D'un point de vue objectif et technique, on constate que le gouvernement de Rodrigo Paz ne fait que endetter davantage le pays pour rembourser la dette ; nous savons que cette action n'est techniquement pas viable et qu'elle ne fera qu'aggraver la crise. Cependant, au début de son mandat, Rodrigo Paz a promulgué le décret suprême n° 5503, en seulement 30 jours selon une procédure dite de « fast track », qui prévoyait la suppression des subventions sur les hydrocarbures. Mais il ne s’agissait pas seulement de la suppression de ces subventions : ce décret comportait des articles qui, d’une certaine manière, favorisaient les grands entrepreneurs et bradaient nos ressources. C’est pourquoi la population s’est mobilisée pour faire abroger ce décret. Après une vague de manifestations dans tout le pays, le gouvernement a été contraint d’abroger ledit décret et d’en promulguer un autre visant uniquement la suppression de la subvention sur les hydrocarbures, mais malheureusement, le gouvernement de Paz ne cherche pas à œuvrer pour l’ensemble de la population bolivienne, car bien que le prix de l’essence ait été aligné sur les cours internationaux, on nous fournit simplement une essence de très mauvaise qualité, au détriment de la vie quotidienne des personnes les plus démunies.
En ce qui concerne les devises, comme indiqué, Rodrigo Paz se tourne vers le FMI alors que, tout au long de la campagne, il s’était engagé à ne pas y avoir recours ; mais aujourd’hui, il y a recours, se contentant de contracter une dette pour en rembourser une autre. Il n’y a donc aucune vision sur la manière de générer de nouvelles devises ; ils n’ont tout simplement pas de plan et continuent d’improviser au jour le jour.
La crise du MAS est la défaite d’une alternative. Quel a été le principal élément déclencheur ?
Je pense qu’il faut comprendre d’où vient le MAS, car, certes, le MAS a été le parti auquel nous nous sommes identifiés pendant de nombreuses années, mais nous n’avons jamais abandonné l’essence de nos valeurs culturelles que nos parents nous ont enseignées, comme « AMA SUA » (ne sois pas voleur), « AMA QUELLA » (ne sois pas paresseux), « AMA LLULLA » (ne sois pas menteur). Cependant, sous le mandat de Luis Arce Catacora, des actes de corruption ont été dénoncés, ce qui a entraîné la fragmentation du parti politique. En effet, certaines personnes étaient complices de cette corruption de Luis Arce Catacora, mais la majorité ne l'était pas, car cela va à l'encontre de notre essence même. C'est là que commence notre fragmentation.
Cependant, lors des élections nationales de 2025, nous nous sommes retrouvés dans une situation compliquée, car le gouvernement de Luis Arce a trouvé un moyen illégal d'empêcher notre candidat qui nous représentait, Evo Morales, de participer aux élections. Nous avons donc opté pour un vote de révolution (vote nul), tandis que le parti MAS avait son candidat, Eduardo del Castillo. Ce candidat a obtenu 3,17 % au niveau national (169 887,00 voix) et le vote nul 19,87 % au niveau national (1 371 019,00 voix), plus d’un million de Boliviens, n’ayant pas de candidat pour les représenter, ont opté pour un vote de révolution (vote nul).
Existe-t-il une perspective de construire une nouvelle organisation politique populaire ?
Nous nous trouvons actuellement dans la phase la plus compliquée et la plus difficile de l'organisation politique, car malheureusement, sous l'administration de Lucho Arce, on nous a volé l’acronyme du MAS, et c'est pourquoi nous sommes actuellement en train de créer un nouveau EVO-PUEBLO. Cependant le gouvernement multiplie les prétextes et les obstacles pour nous empêcher d’officialiser ce sigle et de commencer à affilier les sympathisants. Par ailleurs, l’union de tout le bloc populaire se met en place pour résister à un gouvernement de droite (gouvernement de la PAZ), c’est pourquoi nous sommes dans une phase de réarticulation de tout le bloc populaire.
Publié le 16 mai 2026 par Súmate, traduit par Luc Mineto