Plateforme politique des mineurs boliviens approuvée par le XVIIIème Plénum National (16 août 1974).
Les travailleurs des mines de Bolivie ont le devoir absolu de préciser leur position politique de classe face aux derniers événements politiques et à la série de menaces qui pèsent sur leur avenir, et, en même temps, ils doivent s’adresser à leurs frères de classe et en général à tous les exploités du pays.
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Les déclarations du général Banzer, se proclamant comme le gouvernement le plus fort des dernières décennies de notre histoire, sont tombées en miettes face à la réalité des faits. En un peu moins de trois ans, la dictature s’est décomposée de façon évidente, rongée par sa crise interne et sous la pression de la résistance révolutionnaire du prolétariat et du peuple boliviens. Ses efforts répétés pour se maintenir au pouvoir n’ont pas atteint pleinement leurs objectifs parce que la classe ouvrière et le peuple ne se sont pas laissés tromper et ont, au contraire, repoussé fortement toutes ces manœuvres. C’est ce qui est arrivé, par exemple, lors de la campagne pour que la Bolivie retrouve un accès à la mer, campagne lancée pour freiner les masses avec le drapeau du chauvinisme, ce qui, en dernière analyse, serait apparu comme un appui populaire au régime. Nous savons le sort qu’a rencontré cette campagne : la classe ouvrière répondit en opposant sa propre position de classe qui n’est autre que la lutte révolutionnaire pour un accès maritime du pays dans le cadre de l’entente des peuples en fonction de leur orientation révolutionnaire. D’autre part, la preuve la plus claire de la profonde crise que traverse le gouvernement fut le dernier coup d’État du 5 juin. Ainsi, l’unité tant proclamée de l’armée, unique appui du régime, a été totalement démentie. Tandis que la crise et la décomposition rongeaient les positions du gouvernement et de l’impérialisme, la classe ouvrière et le peuple ont fait progresser leur lutte révolutionnaire, pas à pas, bataille après bataille, reconquérant leurs droits balayés par le coup d’État sanglant d’août 1971 ; ils ont renforcé leur unité et leur organisation à travers leurs propres objectifs immédiats et historiques, opposant une résistance tenace aux mesures anti-populaires de famine et de misère.
De nouveaux et importants secteurs se sont intégrés à la résistance anti-fasciste et anti-impérialiste menée par le prolétariat. C’est le cas des paysans et, plus récemment, des étudiants universitaires, de membres des professions libérales et d’autres secteurs populaires. En résumé, nous affirmons que, alors que le camp gouvernemental connaît crise et décomposition, nos positions se renforcent dans le camp populaire autour de la lutte pour la structuration d’un front unique anti-impérialiste visant à donner au pays un gouvernement populaire, qui représente les intérêts de la majorité de notre peuple, et dirigé par la classe ouvrière.
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La dernière crise qu’a traversée le régime dictatorial actuel a été surmontée, pour le moment, par la mise en place d’un gouvernement essentiellement militaire, afin de montrer qu’il existe de nouveau l’unité au sein des militaires, ce qui est loin d’être la réalité. Au contraire, la formation du cabinet militaire ne représente pas une solution de la crise, car chacun sait que les tentatives putschistes restent à l’ordre du jour entre les différentes tendances nationalistes ; ceci ne doit pas nous tromper, nous autres travailleurs, car les exploités ont une position claire face aux coups d’État, qu’ils soient civils ou militaires : ils doivent toujours maintenir leur indépendance de classe qui s’exprime dans tous leurs documents fondamentaux et dont le véritable contenu démocratique et révolutionnaire n’exclut aucune force civile ou militaire qui s’identifie avec les postulats immédiats et historiques de la classe ouvrière.
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Les fameuses formules d’« institutionalisation » et de « constitutionalisation » prennent un sens clair pour les travailleurs des mines, parce qu’elles ont été définies par leurs propres auteurs de telle sorte qu’il n’est pas besoin d’être devin pour voir le but qu’elles recherchent. L’« institutionalisation », selon ce que l’on dit, est l’étape pour laquelle le gouvernement s’est donné comme objectif de « remettre de l’ordre dans le pays » en créant la soi-disant « paix sociale », etc. En réalité elle ne peut pas être autre chose que la tentative d’imposer aux masses exploitées, par n’importe quel moyen, la volonté du régime, c’est-à-dire d’exercer un contrôle très strict sur les travailleurs et leurs organisations, pour, sur cette base, et seulement une fois cette étape réalisée, passer à la « constitutionalisation » qui ne sera rien d’autre que la légalisation de l’étape précédente — à savoir la légalisation du régime de répression, de famine et d’exploitation, à travers un appareil réorganisé, auquel beaucoup donnent le nom de « nouvel État ». Pour atteindre cet objectif, on a créé un Conseil National des Réformes Structurelles (Consejo Nacional de Reformas Estructurales), formé des représentants de l’oligarchie et de la caste militaire, qui ne feront rien d’autre que de suivre les directives de cette dernière. L’idée de réaliser une constitutionalisation dans des conditions de dure répression des masses, d’interdiction des partis de gauche et d’exil des dirigeants politiques et syndicaux, de nombreux emprisonnements politiques — parmi lesquels des dirigeants ouvriers et syndicaux connus — correspond à une stratégie visant à escamoter la véritable démocratisation du pays et à mettre en place un système électoral qui permette la continuité du système contre-révolutionnaire inauguré en août 71.
Dans ces conditions le devoir de la classe ouvrière est de conquérir et de défendre l’application des libertés qui s’exprime dans le respect des droits démocratiques de tous les citoyens, la libre organisation syndicale, le respect des libertés syndicales, la possibilité d’expression des partis politiques révolutionnaires et la prononciation d’une amnistie générale et sans restriction.
Face à cette situation, les travailleurs doivent renforcer leurs propres méthodes de lutte, car la conquête de leurs droits ne sera possible que par leurs efforts et leurs sacrifices dans la lutte.
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Quand le gouvernement fait savoir qu’il est disposé à autoriser le fonctionnement de la Centrale Ouvrière Bolivienne (COB — Central Obrera Boliviana) il le fait en essayant de canaliser les organisations ouvrières dans sa prétendue institutionalisation, c’est-à-dire les domestiquer et les soumettre à ses desseins, comme simples appendices de son orientation politique. Les déclarations faites à ce sujet sont claires et tranchantes de la part du gouvernement, quand il explique qu’il désire réorganiser la COB en utilisant des éléments étrangers à la classe ouvrière. Il s’agit, sans aucun doute, de remplacer la véritable Centrale Ouvrière Bolivienne par une institution totalement différente et truquée. Face à une telle absurdité, tous les travailleurs des mines du pays ont le devoir de lutter pour imposer le fonctionnement de la Centrale Ouvrière Bolivienne à partir de la base, réglementée par ses principes révolutionnaires de classe traditionnels, car c’est sur cette base qu’a été construite notre principale organisation dans le long et difficile processus de luttes que nous avons menées contre les ennemis des travailleurs.
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Le coup d’État d’août 1971 a déchargé toute sa barbarie contre les étudiants et les universitaires, non seulement parce qu’il s’affronta physiquement à eux, mais parce qu’il dut démanteler les principales tranchées de résistance dans les villes.
Quand, après près de trois années d’humiliation et de silence, les universitaires du pays sont rentrés activement dans la lutte pour leurs droits piétinés, cela prouve sans aucun doute le degré de mécontentement et de résistance qui existe dans des secteurs populaires contre la politique pro-impérialiste. L’incorporation des universitaires à la lutte que mènent les travailleurs a une très grande importance révolutionnaire ; c’est pourquoi, en ratifiant l’unité des mineurs et des universitaires, nous devons appuyer les revendications de nos camarades universitaires en répétant que leur lutte ne pourra pas progresser et obtenir des succès significatifs si elle n’est pas liée à la cause du prolétariat, c’est-à-dire qu’elle ne pourra pas atteindre ses objectifs en dehors du cadre de la position anti-impérialiste des travailleurs et du peuple.
Après de nombreuses années de soumission politique, les travailleurs de la campagne se sont ouverts au réveil politique national en se joignant à la lutte générale du peuple bolivien, à partir des tristes événements de la vallée de Cochabamba qui ont montré clairement que les paysans constituent un secteur qui souffre intensément des conséquences des mesures économiques qui s’abattent sur le peuple. Ce processus qui s’entame ne peut prendre fin que par le renversement de la tutelle gouvernementale qui les opprime actuellement, tâche pour laquelle les travailleurs des mines expriment leur solidarité avec ce secteur important, allié naturel de la classe ouvrière.
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Il découle de tout ce que nous avons dit plus haut que le problème actuel auquel le prolétariat minier et le reste des exploités sont confrontés se situe essentiellement dans le domaine de la lutte politique. Ne pas comprendre ainsi la situation actuelle serait une véritable irresponsabilité historique qui reposerait fondamentalement sur nos actuelles directions syndicales et révolutionnaires. C’est pourquoi il est important d’orienter l’activité de la Fédération des Mineurs vers le renforcement et l’amplification de l’unité de tous les travailleurs et exploités du pays, en commençant une lutte effective pour le fonctionnement de la Centrale Ouvrière Bolivienne comme direction unique du mouvement ouvrier.
Le 16 août 1974