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Pour un front antifasciste et anti-impérialiste mondial

par Farooq Tariq

Notre camarade Farooq Tariq a tenu le discours d’ouverture de la Conférence internationale ant-impérialiste tenue à Lahore au Pakistan. Il propose des orientations générales en se distinguant des tendances campistes.

La Conférence internationale anti-impérialiste de Lahore (Pakistan) se tient à un moment particulièrement critique, alors que les centres capitalistes occidentaux ont intensifié leur offensive impérialiste visant à faire face au recul de leur hégémonie.

La situation internationale a évolué avec le second mandat du président étatsunien Donald Trump, ce dernier mettant en place un programme d’extrême droite et une politique étrangère de recolonisation et de guerre.

Aux côtés de son partenaire génocidaire, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, Trump a déclaré la guerre à l’Iran, cherchant à s’assurer la domination totale du marché du pétrole et du gaz. Cela vient s’ajouter au génocide à Gaza, à l’invasion du Venezuela, à la tentative d’étranglement de Cuba et aux menaces d’annexion sur le Groenland.

Le tyran s’efforce de normaliser le langage génocidaire, le chantage et l’interventionnisme, ainsi que le racisme, la misogynie et la haine des migrant·es. Sur le plan intérieur, il tente d’expulser des millions de travailleur·ses des États-Unis.

Le déclin de l’empire américain

L’impérialisme est une composante essentielle du capitalisme, et un appui fondamental pour les puissances européennes et étatsunienne en temps de crise. Se trouvant à la traîne (notamment derrière la Chine) dans la course à la domination des sources d’énergie renouvelables, l’empire étatsunien renforce son contrôle sur les approvisionnements traditionnels en pétrole.

L’enlèvement de dirigeants vénézuélien·nes et la guerre contre l’Iran sont deux exemples flagrants d’un empire refusant d’innover face au changement climatique et s’emparant au contraire par la force des ressources des pays dominés.

Dans le même temps, le comportement mafieux des États-Unis ne peut se réduire à la simple sécurisation du contrôle des chaînes de valeur des combustibles fossiles. La guerre totale menée par Trump contre le Venezuela, l’Iran, la Palestine, le Liban et Cuba doit être replacée dans le contexte plus large d’une guerre contre celui qui se nomme lui-même « l’Axe de la Résistance ». Un « Axe » qui est seulement anti-impérialiste, et pas du tout anticapitaliste.

L’autoritarisme sanglant est l’outil central de l’impérialisme de notre époque pour imposer par la force ses politiques de famine, de prolifération des technologies et pratiques écocides, de pouvoir excessif des géants de la tech, de spoliation des ressources naturelles et énergétiques, et d’augmentation des dépenses militaires.

S’il n’est pas vaincu, l’impérialisme américain s’engagera dans une marche aveugle vers le désastre écologique.

L’anti-impérialisme ne suffit pas

L’anti-impérialisme constitue une menace directe pour l’hégémonie étatsunienne, même s’il ne représente pas une menace pour le capitalisme mondial. C’est pourquoi nous devons soutenir l’Iran et les autres pays dominés qui résistent à l’agression impérialiste, même si leur anti-impérialisme est dépourvu d’anticapitalisme.

Mais cette stratégie n’est valable qu’à court terme. À long terme, nous devons œuvrer à la construction de mouvements et de partis à la fois anti-impérialistes et anticapitalistes. L’anti-impérialisme dépourvu d’anticapitalisme est une dérive dangereuse : il peut prendre la forme d’un État théologique anti-américain, comme l’Iran, ou d’un capitalisme d’État laïc, comme en Chine.

Tout en résistant à l’impérialisme américain, nous devons donc également résister à ces caricatures de l’anti-impérialisme. Cela ne signifie pas que nous cessons de soutenir leur lutte pour la souveraineté, même si celle-ci s’accompagne de versions localisées du capitalisme. Mais nous devons être clair·es sur le fait qu’il ne peut s’agir que d’une stratégie à court terme.

Nous ne pouvons pas nous permettre de réduire le projet socialiste à un capitalisme à visage humain, ou à l’anti-impérialiste. Nous ne devons pas réduire nos exigences à ce point. Nous devons lutter contre l’impérialisme et contre le capitalisme.

Pendant ce temps au Pakistan

Alors que le monde entier loue le rôle de l’État pakistanais en tant que médiateur entre l’Iran, les États-Unis et Israël, nous avons vu ce même État mettre en œuvre son programme néolibéral, rasant des quartiers populaires à Islamabad, au moment même où les pourparlers ont lieu.

Il ne s’agit pas d’un incident isolé, mais d’un exemple parmi d’autres de l’enthousiasme renouvelé de l’État pour dépouiller les masses ouvrières urbaines et rurales de leurs acquis sociaux et écologiques, au nom du développementalisme. Nous voulons rappeler à l’État qu’il ne peut pas se forger une réputation de médiateur diplomatique à l’étranger tout en menant une politique répressive chez lui.

Le Pakistan a connu 32 ans de dictature militaire et les militant·es politiques ont consenti les plus grands sacrifices pour lutter en faveur d’une véritable démocratie et du socialisme. J’ai personnellement passé huit ans en exil, j’ai été arrêté des dizaines de fois et ma famille a subi des intimidations. Cela est arrivé à des milliers d’autres personnes après la prise de pouvoir par l’armée.

L’une de nos principales tâches consiste à reconquérir l’espace civique que l’armée nous a enlevé.

L’unité de la gauche

Nous devons développer un projet en positif pour un avenir progressiste et socialiste, un projet qui s’oppose au capitalisme sous ses diverses formes : aux impérialistes, fascistes, libéraux, théocrates, étatistes et hybrides, qu’ils soient mis en œuvre par des régimes démocratiques ou par des dictatures.

Malgré les divergences internes, la gauche doit forger un front uni contre la droite. Le mouvement mondial de soutien à la Palestine est un bon exemple d’un combat progressiste unissant des forces aux convictions diverses pour lutter pour une cause commune. Des exemples similaires de forces de gauche convergeant autour de luttes et développant un socialisme par en bas sont légion à travers le tiers monde.

Certains peuvent remettre en question le succès de ces combats communs, mais l’expérience de toute ma vie au sein de mouvements sociaux et des partis me conduit à considérer qu’il n’existe pas de formule magique face à la machine impérialiste et génocidaire à laquelle nous sommes confrontés : ce n’est qu’après avoir construit une puissante convergence des masses ouvrières, des paysan·nes et d’autres classes marginalisées que nous pourrons peser.

Les gouvernements capitalistes refusent de reconnaître que les mobilisations populaires qui s’opposent à eux sont le résultat de profondes contradictions sociales. Ils les attribuent généralement aux actions d’« agents » internes ou externes. Nous ne pouvons avaliser cette version conspirationniste de l’histoire. Il ne fait aucun doute que l’impérialisme et ses agents tentent de tirer parti de luttes telles que celle du peuple iranien contre le régime. Mais cela ne fait pas de ces luttes une opération impérialiste. Nous devons nous opposer aux interventions militaires, tout en continuant à soutenir les luttes populaires.

Un internationalisme cohérent

Aujourd’hui plus que jamais, nous devons pratiquer un internationalisme cohérent : une solidarité sans frontières, qui englobe les luttes des travailleur·euses et des opprimé·es, ainsi que les luttes pour l’autodétermination des peuples à travers le monde, sans exception.

C’est une politique qui s’oppose à toutes les formes d’impérialisme. Elle ne subordonne pas la lutte d’un pays à celle d’un autre. C’est une politique qui correspond au slogan : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Pour une solidarité sans frontières ! Pour un internationalisme sans exception !

Le 3 mai 2026

 

Farooq Tariq, membre de la direction de la Quatrième Internationale, est le président du Parti Haqooq-e-Khalq Pakistan. Il est membre du conseil mondial de l’Alliance contre les inégalités et du comité exécutif du Mouvement des peuples asiatiques sur la dette et le développement (APMDD).

Ceci est une version éditée du discours d’ouverture prononcé lors de la Conférence internationale anti-impérialiste organisée par le Parti Haqooq-e-Khalq (HKP) et l’Académie populaire. Traduit par Anouk Essyad.

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Farooq Tariq

Farooq Tariq, militant de la Quatrième Internationale, est le président du Parti Haqooq-e-Khalq Pakistan. Il est membre du conseil mondial de l’Alliance contre les inégalités et du comité exécutif du Mouvement des peuples asiatiques sur la dette et le développement (APMDD)