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La gauche à la croisée des chemins : notes pour une nouvelle construction

Pedro Sanchez et Pablo Iglesias après avoir signé au Palais de la Moneda l'accord sur le projet de loi de finances de 2019. Photo gouvernement espagnol.
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Près de huit ans se sont écoulés depuis l’arrivée au pouvoir du PSOE de Pedro Sánchez, d’abord seul, puis en coalition avec Unidas Podemos (Podemos, IU, Comunes) entre 2020 et 2023, et avec Sumar (IU, Comunes, Movimiento Sumar) depuis lors. Ces deux législatures suffisent largement pour dresser le bilan de ce qu’a représenté, en termes sociaux et politiques, ce gouvernement « progressiste ».

Nous pouvons convenir qu’il y a eu dès le début un décalage entre les discours propagandistes et les mesures que ce gouvernement a réellement mises en œuvre. Les promesses du premier mandat de Sánchez comprenaient des mesures telles que l’abrogation de la loi dite « loi bâillon », adoptée sous Mariano Rajoy pour réprimer sévèrement les manifestations qui lui étaient hostiles, ou celle de la réforme du travail, qui a valu à Rajoy une grève générale. Aucun des aspects les plus néfastes de ces deux lois phares de la politique de droite n’a été abrogé après huit ans de gouvernements « progressistes ».

Les politiques du logement illustrent également l’inaction du gouvernement progressiste sur des questions sensibles pour la classe ouvrière. Au cours de la législature où le PSOE et Unidas Podemos ont gouverné ensemble, une loi a été adoptée à ce sujet, mais elle a été pratiquement inutile car elle laissait aux Communautés autonomes, majoritairement dirigées par le PP, la responsabilité de limiter les loyers ; et même dans les régions gouvernées par le PSOE, ces limitations ont été très rares. Au cours de ces huit années de gouvernements de « coalition progressiste », il n’y a eu aucune redistribution réelle des richesses, et les banques ainsi que les grandes entreprises ont enregistré les bénéfices les plus élevés de leur histoire.

Les failles des progressistes

Mais il ne faut pas oublier que le gouvernement a pu compter, toutes ces années, sur les classes moyennes et la majorité de la partie de la classe ouvrière qui vote. Celles-ci ont majoritairement soutenu tant le PSOE qu’UP – dans un premier temps – puis Sumar, lors des différentes élections. Le soutien dont bénéficiait le gouvernement dans ce secteur de la société n’a été érodé de façon significative qu’en raison de la corruption au sein du PSOE et des divisions au sein de l’espace politique Sumar-Podemos. La défense du libéralisme économique et politique, avec l’UE comme pilier d’un capitalisme favorable aux classes moyennes, constitue l’un des socles de l’actuel gouvernement de coalition et fait partie de l’idéologie du progressisme. 

Il n’est pas si étonnant que, compte tenu du contexte mondial – la montée généralisée des forces d’extrême droite et un Trump déchaîné dans ses ambitions expansionnistes –, les classes moyennes progressistes serrent les rangs pour défendre des gouvernements qui leur garantissent un mode de vie stable et un bien-être relatif par rapport au prolétariat migrant des pays du centre capitaliste ou aux immenses poches de pauvreté des pays du Sud. Mais la désaffection politique grandit considérablement chez les jeunes – et pas seulement chez eux – parce que la gauche ne leur offre comme horizon que la précarité perpétuelle et une vie dépourvue de dignité. Nécessairement, si ceux d’en haut s’enrichissent, ceux d’en bas souffrent.

et leur faillite

La montée en puissance de l’organisation d’extrême droite Vox a par ailleurs servi d’excuse permanente pour présenter le gouvernement social-libéral comme un moindre mal face à la possibilité d’une entrée de l’extrême droite au gouvernement. Mais la vague réactionnaire n’a pas eu que des causes objectives. Elle est aussi la conséquence de la déception et de l’usure causées par les échecs des gouvernements de centre-gauche, qui sont arrivés au pouvoir portés par de puissantes aspirations populaires et ont fini par être balayés par des partis d’ultra droite.

On en trouve des exemples en Amérique latine, avec les modèles représentés par l’Argentine et le Chili, mais aussi en Bolivie et en Équateur. La déception face à l’absence de politiques transformatrices de la part de ces gouvernements (ce qui vaut également pour le cas européen) provoque, dans un premier temps, la résignation des classes populaires qui ont porté ces partis au pouvoir, puis le désenchantement et l’abstentionnisme social et politique.

Le recul de la conscience de classe

Contrairement à ce que soulignent certaines analyses impressionnistes, on n’assiste pas pour l’instant à un glissement significatif des classes populaires vers le soutien à des options d’extrême droite, mais plutôt à des glissements internes au sein de la droite (des plus traditionnelles aux plus extrêmes), accompagnés d’un certain suivisme parmi les jeunes, qui constatent que les gouvernements progressistes n’améliorent pas une avenir toujours plus désespérant sur le plan de l’emploi et de l’accès au logement. La propagande et « l’inflation discursive » des gouvernements de centre-gauche sont inversement proportionnelles aux changements réels dus à leurs politiques, soumises sans grande résistance aux contraintes du néolibéralisme dominant. 

Face à ce sombre tableau, les classes travailleuses n’ont plus de repères clairs. Ce phénomène se conjugue avec le recul profond des appartenances syndicales ou communautaires. La perte de l’identité de classe est l’un des ressorts de l’expansion de l’idéologie néolibérale et du déclin généralisé de la gauche, si on l’envisage non pas comme une marque électorale mais comme une manière d’organiser la classe ouvrière au quotidien. La consommation de masse et le « chacun pour soi » ont remplacé les réunions, les manifestations et les comités populaires, tout comme l’assimilation de messages simplistes sur les réseaux sociaux a remplacé les livres et l’étude. La reconstruction d’une conscience fondée sur l’expérience concrète, matérielle des exploité·es et des opprimé·es, devrait être l’un des objectifs primordiaux de tout projet politique qui continue d’aspirer à une révolution écosocialiste.

La crise sociale et politique de la gauche

Au sein de ce qu’on appelle la société civile, on a l’habitude de parler de la crise de la gauche comme si elle résultait essentiellement du manque d’unité électorale des différents groupes progressistes (Sumar, Podemos, Izquierda Unida et les organisations spécifiques à chaque territoire) et de la chute globale du nombre de leurs voix. Dans ce discours très superficiel, l’idée de crise se limite au domaine électoral, comme si la relation entre partis et société se réduirait à sa dimension électorale, flottant au-dessus d’un vide social peuplé d’individualités dispersées. Dans une version plus élaborée de cette idée, la crise serait créée, ou du moins alimentée, par la disparition de la vie interne des partis, leurs lacunes démocratiques et une guerre des egos qui empêcherait la construction d’accords unitaires. L’explication de cette crise tourne ainsi en rond : il s’agirait d’un phénomène issu des entrailles des partis, avec une conséquence électorale, dans laquelle la société/les électeurs et les organisations/représentants politiques entretiennent une relation d’altérité et d’incompréhension mutuelle.

La gauche « pschitt »

Mais où trouver une analyse des changements et des difficultés au sein du bloc historique dans son ensemble ? Avons-nous soudainement accepté que la politique institutionnelle et son pathos diplomatique constituent la seule dimension réelle de ce que nous appelons la politique ?

Il ne fait aucun doute que le cycle politique passé a renouvelé les formes de l’action politique à gauche. Mais, au bout de quelques années, et après que ces nouvelles expressions du changement aient été pour l’essentiel absorbées par les dirigeant·es et leut contrôle total sur les organisations qu’ils incarnent, les vents nouveaux n’ont pas réussi à créer de nouvelles forces de résistance. Ils ont seulement réussi à produire un effet « pschitt », reproduit à chaque nouvelle opération politique, qu’elle s’appelle Podemos, Ahora Madrid, Comunes, Mas Madrid ou Sumar.

La gauche politique actuelle est un mélange d’organisations vieillissantes et de salarié·es plus jeunes, qui ont trouvé dans les institutions un débouché dans à un avenir professionnel incertain. La gauche institutionnelle n’offre plus de projets susceptibles d‘entraîner les mouvements sociaux, les syndicats ou la jeunesse dans une vision radicale de la transformation sociale. Depuis 2017, date du virage de la direction de Podemos vers les gouvernements régionaux avec son entrée au sein de l’exécutif de Castille-La Manche, la seule perspective est celle de gouverner à n’importe quel niveau administratif en tant que partenaire minoritaire du PSOE. Contrairement aux années 1990, lorsque le profil plus combatif de Julio Anguita 1 avait provoqué un rapprochement des courants de gauche et des jeunes vers ce que représentait alors Izquierda Unida, les jeunes fuient ce type d’organisations et personne ne les considère plus comme des outils utiles pour un militantisme aspirant à dépasser le capitalisme. Ce ne sont que des bulletins de vote destinés à compléter la majorité sociale-libérale, présentée comme un moindre mal face à la montée de l’extrême droite. Désormais dépourvus de stratégie et de vision à long terme, ces partis errent d’une élection à l’autre, tentant ainsi de conserver suffisamment de voix pour accéder aux subventions publiques qui leur permettent de maintenir leurs appareils déclinants.

Dans ces conditions, il n’est pas étonnant qu’émergent des organisations politiques, essentiellement composées de jeunes, en rupture radicale avec cette gauche institutionnelle. C’est le cas du GKS au Pays basque et du CJS 2 dans d’autres régions de l’État, qui se sont nourris d’une scission regroupant plus de la moitié de l’UJCE (les jeunesses du Parti communiste d’Espagne). Le discours communiste orthodoxe et une forme d’auto-construction très identitaire ne semblent pas, pour l’instant, constituer des freins à leur croissance parmi les secteurs de la jeunesse qui se radicalisent. 

Les organisations d’extrême gauche, n’ont, elles, pas encore la masse critique permettant d’envisager un saut qualitatif à court terme. Cependant, des organisations comme Anticapitalistas conservent un noyau stable de cadres et ont intégré une nouvelle génération de militant·s qui pourrait jouer un rôle important dans les futures recompositions de la gauche radicale.

La crise des mouvements sociaux

Ce qui, entre 2010 et 2022, a donné naissance à ce qu’on a appelé la « nouvelle politique » était, en réalité, un ensemble beaucoup plus vaste de structures, de relations, d’institutions populaires et de cadres de contestation qui a traversé toute la sphère politique, créant ainsi des imaginaires et des attentes communes. L’expérience de Podemos d’abord, puis celle de Sumar et des différents « municipalismes » ensuite, ne peut être dissociée de la trajectoire des principaux mouvements sociaux qui ont marqué cette époque : le féminisme, l’écologie et la lutte pour le logement. Leur programme et leurs structures sont liés à la crise de la gauche, et en subissent les effets, comme nous allons tenter de l’analyser.

Le 23 septembre 2014, Alberto Ruíz Gallardón annonçait qu’il quittait la politique : la démission de l’ancien ministre de la Justice, membre du Parti populaire, a alors constitué une grande victoire pour le mouvement féministe et la première chute d’un membre du gouvernement, obtenue par ce mouvement multiforme né en 2011. Le retrait définitif du projet de contre-réforme de la loi sur l’avortement qui portait son nom a été un symbole de ce que la lutte sociale pouvait accomplir, avec, dans le domaine du logement, les images de plus en plus fréquentes de blocages massifs empêchant les expulsions, et les dénonciations publiques des politiques de droite.

Nés de l’opposition aux gouvernements de Mariano Rajoy, les principaux mouvements sociaux ont entretenu dès le départ une relation complexe avec la réussite de Podemos et son entrée dans les gouvernements de coalition. Passant de l’illusion sociale à l’illusion politique, les cadres des mouvements sociaux ont massivement intégré les institutions et leur gestion, notamment au niveau local. Le travail municipal de proximité, tant vanté, en commun entre les militant·es, les conseiller·es municipaux·les et leurs assistant·es, a contribué, combiné à l’absence de formation politique concernant les dangers du parlementarisme et à la faiblesse de contrôle démocratique sur les élu·es, à générer des rapports et des loyautés personnels qui rendent difficile la clarification des objectifs et des moyens mis en œuvre. Quel est le rôle des collectifs militants et du mouvement de masse ? Que devient l’opposition traditionnelle à des gouvernements qui ont soudainement semblé être les nôtres ? Fallait-il alors les défendre ? Et adapter les revendications habituelles au réalisme de ce qui est possible à court terme, sur la base du respect de la législation en vigueur, sans remettre en cause la structure étatique héritée de la dictature, la recherche de compromis avec les grandes fortunes et capitaux, et le respect des exigences économiques de l’Union européenne ?

Reflux et manque de structures démocratiques

Les deux principales manifestations du mouvement de masse de ces dernières années (la vague de grèves féministes entre 2017 et 2020, et l’énorme explosion écologiste de la jeunesse entre 2018 et 2022) ont créé, au moins temporairement, les conditions permettant de rompre avec ces tendances à l’institutionnalisation. L’irruption de centaines de milliers de personnes dans le domaine de la participation politique directe, associée à un développement programmatique radical, courageux et largement considéré comme nécessaire et possible (qui jouait à bien des égards le rôle d’un programme de transition), a fait de ces deux mouvements des phénomènes politiques précieux, difficilement réductibles au cadre étroit du jeu institutionnel. Cependant, ni les féministes ni les écologistes n’ont été capables de construire des structures démocratiques stables garantissant la pérennité du mouvement au-delà des soulèvements concrets et permettant le débat et la discussion collectifs, au-delà des erreurs ou des réussites des directions informelles et des expériences locales limitées. 

Grève des femmes à Pampelune le 8 mai 2018. Photo Ekinklik.

Dépourvus de structures dans lesquelles se cristalliser, sans victoires concrètes – malgré un soutien massif –et sans médiations entre le moment de contestation et les perspectives d’avenir, les deux mouvements ont entamé une phase de décomposition et de reflux progressifs, accélérée par les contraintes de la pandémie. Nous vivons encore ce paradoxe aujourd’hui : alors que le féminisme et l’écologisme continuent de générer un consensus important et de mobiliser des masses importantes, le mouvement repose sur des structures organisationnelles précaires, très affaiblies et qui perdent de plus en plus leurs repères et leur sens. D’un côté, la mobilisation face à des attaques concrètes continue de rassembler beaucoup de monde de manière sporadique, mais les structures du mouvement ne se solidifient pas.

En cette période de gouvernement de coalition progressiste, nous avons assisté à un autre phénomène que l’on peut rapprocher de ce que Gramsci considérait comme « l’État élargi ». De nombreuses activités ou initiatives des mouvements sociaux sont financées par des ministères, des entreprises publiques ou des agences gouvernementales, et ces financements gonflent les effectifs de certains mouvements et associations qui peuvent à peine s’autofinancer par le biais des cotisations de leurs militant·es. Ils substituent alors à ce mécanisme indépendant de l'État une source de revenus qui comporte des contreparties. Nous ne sommes pas anarchistes et nous ne défendons pas ici l’idée que les mouvements sociaux doivent refuser toute aide publique à leurs activités. Mais lorsque la majeure partie du budget des mouvements sociaux critiques envers le pouvoir (et donc envers le gouvernement gestionnaire du capitalisme en place) dépend de l’État, cela favorise indéniablement la bureaucratie interne et l’éloignement par rapport à un programme de rupture avec l’ordre établi. L’autoreproduction du mouvement et de ses couches salariées devient alors une fin en soi. Cela contribue à transformer le mouvement en lobby auprès des institutions, délaissant la préoccupation d’arracher des acquis par la mobilisation et l’auto-organisation. 

Quant aux syndicats, leur déclin en tant qu’organisateurs de la conflictualité sociale est un fait indéniable. La Confédération syndicale des Commissions ouvrières (CC OO) et l’UGT se sont transformées en prestateurs de services pour leurs adhérent·es, même s’ils conservent un effectif total de près de 2 millions de personnes. Leurs délégué·es, à quelques exceptions près, végètent dans les entreprises, où les grèves ont atteint des niveaux historiquement bas et où les conflits brillent par leur absence.

Au cours des huit dernières années, les syndicats majoritaires se sont contentés d’accompagner le gouvernement dans ses décisions, sans remettre sérieusement en cause (comme cela s’est produit à d’autres époques sous les gouvernements du PSOE) la politique sociale de l’exécutif. On peut se demander si les appareils bureaucratisés des syndicats majoritaires auront la capacité de réagir, après tant d’années de paralysie, face à un éventuel nouveau gouvernement du PP et de Vox, qui mènera sans aucun doute de violentes attaques contre l’essence même de ces organisations. Cependant, dans les différentes parties de l’État espagnol existent d’autres structures syndicales, qui n’ont pas suivi la voie de l’adaptation totale empruntée par la CC OO et l’UGT. La CIG en Galice, l’ELA et la LAB au Pays basque ou la CGT en Catalogne sont les expressions d’un syndicalisme qui, même avec des limites, continue à mener la lutte pour remporter des victoires.

Perspectives pour une nouvelle gauche écosocialiste et révolutionnaire

Cet aperçu de la situation actuelle de la gauche sociale et politique dans l’État espagnol vise à formuler des hypothèses et des propositions concrètes pour la reconstruction d’une gauche de classe, dotée de liens organiques avec la classe ouvrière et capable de tracer un horizon écosocialiste crédible et souhaitable.

La montée en puissance de la réaction rend encore plus urgente la nécessité d’organisations politiques de gauche alternatives au gouvernementalisme, dotées d’une vision d’ensemble, capables de faire face à l’extrême droite et qui ne soient pas subordonnées au néolibéralisme « progressiste », comme c’est le cas aujourd’hui de toute la gauche parlementaire. La construction d’un tel outil politique ne peut se faire sans dresser un bilan sincère des expériences du cycle 2011-2019, au cours duquel le courant dans lequel nous militons, Anticapitalistas, a participé au lancement et au développement de Podemos, une alliance hybride anti-néolibérale. Nous reconnaissons avoir commis des erreurs politiques dans cette période, mais aussi que cette expérience était nécessaire. Sans s’attarder sur un bilan qui a déjà été dressé, il convient de rappeler que bon nombre des positions en matière de stratégie politique, de tactique immédiate et de modèle organisationnel que nous défendions alors ont bien résisté au passage du temps.

La situation politique est nouvelle et sans prétendre à l’exhaustivité, voici quelques points tirés de cette expérience qui devraient être indispensables à une nouvelle politique écosocialiste :

• Le rôle fondamental d’une organisation de rupture doit résider dans la construction d’une force sociale organisée capable d’affronter sur tous les terrains la bourgeoisie et les politiciens à son service. Une bonne communication politique est nécessaire, mais ce n’est pas le plus important. La formation des militant·es et l’activité politique publique d’une organisation de rupture doivent être consacrées à la construction des mobilisations et au renforcement des mouvements ouvriers, féministes, écologistes, LGTBIQ+, pour le logement, et de tous ce qui comporte un potentiel anticapitaliste et de rupture.

• Il faut construire une relation de non-altérité avec les mouvements sociaux et les luttes concrètes, fondée sur un ancrage territorial et sur un travail respectueux mais ferme en leur sein, en essayant d’établir des relations organiques avec les organisations de la classe ouvrière et avec des secteurs spécifiques de celle-ci. Des relations fondées non pas sur la représentation, mais sur l’implication politique directe et l’auto-organisation.

• Le programme et l’idéologie sont des éléments indispensables à l’élaboration d’un nouvel outil politique. Ce dernier, s’inscrivant dans le cadre d’accords stratégiques fondamentaux que nous allons énoncer ci-après, devrait être pluraliste, ne pas se limiter à une seule identité. L’accord politique de base devrait comprendre des lignes rouges concernant les accords possibles avec le social-libéralisme, la défense d’une tradition liée au mouvement ouvrier et l’inclusion des autres traditions émancipatrices (féminismes, écologie, LGTBIQ+, antiracisme) ainsi qu’une vision anti-impérialiste et non-campiste du monde.

• La culture organisationnelle d’un regroupement qui souhaite surmonter les erreurs du passé doit être fraternelle, respecter la liberté de critique et permettre la formation de courants internes, dans le cadre d’une loyauté générale. Lorsque nous parlons de vieilles erreurs, nous faisons référence tant au culte de la personnalité et à l’interdiction de la critique interne – qui ont tant fait les beaux jours de la nouvelle politique – qu’à la culture fractionniste propre à une grande partie de l’extrême gauche, qui transforme les partis révolutionnaires en champs de bataille permanents entre différentes factions. 

• Une nouvelle organisation écosocialiste devrait disposer de finances dépendant majoritairement de ses propres cotisations et, si des subventions devaient être perçues, elles ne devrait pas constituer son principal apport financier. De même, et dans le cas où elle obtiendrait une représentation au sein d’une institution, il doit exister des limites sur le plan des salaires comme du nombre de mandats.

Ces points ne constituent qu’une ébauche de ce que devrait être, selon nous, une nouvelle organisation pour la classe ouvrière de l’État espagnol (au sein de laquelle la classe ouvrière migrante devrait jouer un rôle de premier plan). Nous n’inventons pas la poudre. On pourrait également nous reprocher d’élaborer des recettes idéalistes et difficiles à mettre en œuvre. Mais comme le disait notre regretté Daniel Bensaïd : « Peut-être la construction d’une organisation révolutionnaire est-elle aussi nécessaire qu’impossible, comme l’amour absolu chez Marguerite Duras. Cela n’a jamais empêché personne de tomber amoureux »

Le 3 avril 2026

 

Julia Cámara et Raúl Camargo sont militant·es d’Anticapitalistas et membres de la direction de la IVe Internationale. Publié dans Viento Sur n° 200. Traduit par Fabrice Thomas. Intertitres de la rédaction.

  • 1

    Julio Anguita González (1941-2020) a été maire de Córdoba de 1979 à 1986, coordinateur de la Gauche unie (IU) entre 1989 et 1999, et secrétaire général du Parti communiste espagnol (PCE) de 1988 à 1998.

  • 2

    Gazte Koordinadora Sozialista (GKS) et Coordinadora Juvenil Socialista (CJS) : « Coordination de la jeunesse socialiste ».

 

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