Le Conseil palestinien de l’olive (Palestinian Olive Council) estime qu’environ un million d’oliviers ont été détruits à Gaza1. La Banque mondiale estime que la guerre au Liban a généré environ 22 millions de tonnes de déchets2. Ces effets environnementaux dévastateurs de la guerre vont de pair avec le bilan humain. Bien qu’une partie soit « incidentelle », une grande partie des dégâts est délibérée. La qualité de vie des populations est étroitement liée à la santé des terres sur lesquelles elles vivent. En Palestine, le génocide s’accompagne d’un écocide – l’ampleur et les effets durables des dommages écologiques causés par l’État israélien continueront de rendre la vie des Palestinien·nes difficile pendant des décennies.
Impact environnemental
Une étude récente portant sur les quinze premiers mois des attaques d’Israël contre Gaza a estimé les émissions de gaz à effet de serre à un niveau supérieur aux émissions annuelles combinées du Costa Rica et de l’Estonie, attribuées en grande partie aux bombardements aériens et terrestres de Gaza ainsi qu’au transport d’armes depuis les États-Unis et l’Europe3. La part la plus importante des émissions reste encore à venir et proviendra de la reconstruction des zones détruites. Cette destruction elle-même est actuellement estimée à plus de 60 millions de tonnes de débris, dont huit millions pourraient constituer des déchets dangereux provenant de sites industriels, de panneaux solaires détruits et d’amiante présent dans d’anciens bâtiments 4.
Les dommages sur les infrastructures, notamment aux canalisations d’égout et d’eau ainsi qu’aux stations de traitement, ont également conduit à la contamination des réserves naturelles d’eau de Gaza, avec une probable contamination des zones marines et côtières5. Les dégâts causés à la végétation et aux sols affectent également la capacité du terrain à absorber l’eau et augmentent le risque d’inondations.
Le sol, à son tour, est au cœur des questions de santé environnementale. Outre les dommages structurels et le compactage, les contaminants laissés par les bombes et autres équipements militaires affectent la végétation future de cette région. Dans le sud du Liban, les attaques israéliennes ont inclus l’utilisation massive de phosphore blanc — une substance toxique et inflammable pouvant rester active pendant des semaines6. Outre ses effets directs sur les êtres humains, tels que des brûlures cutanées, des confusions mentales ou des douleurs abdominales, il empoisonne également les sols, limitant leur capacité à alimenter toute vie végétale ou animale et rendant difficile toute culture.
Impact agricole
Les dommages écologiques de la guerre incluent la destruction et la contamination des sols, de l’eau et de l’air. Il en résulte que l’environnement d’après-guerre perd une grande partie de sa biodiversité et de sa capacité à soutenir même la vie humaine. C’est crucial dans des régions comme Gaza et le sud du Liban, où l’agriculture est le pilier économique de nombreuses familles.
À Gaza, les fermes et les vergers couvraient environ 47 % de la superficie totale du territoire avant le 7 octobre7. Une récente évaluation géospatiale a révélé que moins de 5 % des terres cultivables de Gaza restent disponibles, plus de 80 % des terres agricoles étant désormais endommagées ou inaccessibles8. Les oliviers, dont plus de dix mille familles dépendent, ont été décimés : l’armée israélienne en a directement rasé de nombreux, certains sont devenus inaccessibles et ont dépéri faute d’eau et d’engrais, et d’autres ont dû être abattus pour servir de bois de chauffage par nécessité9. Plus de 80 % des puits agricoles ont également été endommagés10.
Écocide
En Palestine, l’ampleur des dégâts, tant par la superficie touchée que par l’impact à long terme, a été qualifiée d’« écocide »11. Le terme désigne une destruction environnementale délibérée et généralisée, afin de la distinguer des dommages « collatéraux » et de souligner les atteintes portées à ces écosystèmes et à leur capacité à soutenir la vie humaine.
Parallèlement au génocide, dans lequel plus de 67 000 Palestinien·nes ont été tué·es, la destruction environnementale rendra la vie à Gaza difficile pour les générations à venir et entraînera vraisemblablement la mort de beaucoup d’autres. Les restrictions sur l’accès à l’aide humanitaire, combinées à la destruction des ressources en eau, de la faune et des terres cultivables, ont conduit l’ensemble de la population de Gaza à souffrir d’insécurité alimentaire, avec des taux élevés de malnutrition et plus d’un demi-million de personnes en situation de famine12. Le manque de ressources a également contraint la population à recourir à des pratiques telles que la combustion de plastique pour se chauffer. Cela, conjugué à l’effondrement des infrastructures d’assainissement et de gestion des déchets ainsi qu’à la multiplication des décharges sauvages, a entraîné de graves problèmes sanitaires et environnementaux.
Écosocialisme
La guerre, le capitalisme et la crise climatique ne sont pas indépendants les uns des autres et ne doivent pas être combattus séparément. Les attaques d’Israël contre la Palestine contribuent au changement climatique et, simultanément, rendent les Palestinien·nes plus vulnérables à ses effets. Outre les restrictions imposées et la destruction des ressources alimentaires et hydriques, les Palestinien·nes subissent également une hausse des températures et une aggravation de la sécheresse13.
La guerre contre Gaza est estimée avoir coûté l’équivalent de près de 2 millions de tonnes d’émissions de dioxyde de carbone, et la reconstruction des infrastructures de Gaza devrait en coûter 29 millions supplémentaires14. En Ukraine, l’estimation pour la troisième année s’élève à 230 millions de tonnes, l’équivalent des émissions annuelles combinées de l’Autriche, de la Hongrie, de la République tchèque et de la Slovaquie15. À une époque où les écosystèmes terrestres sont déjà menacés, où la plupart des gouvernements n’ont pas pris de mesures sur les émissions et où les températures continuent de grimper16, la destruction environnementale et l’empreinte carbone de la guerre mettent davantage en péril la santé de la planète.
Le changement climatique et la guerre, à leur tour, touchent de manière disproportionnée prolétaires17. De la façon la plus directe qui soit, à mesure que la nourriture, le logement et les soins de santé se raréfient, leurs coûts augmentent et les problèmes de santé se répandent. Les travailleur·ses sont également contraint·ses à des emplois précaires, insoutenables ou dangereux, ou poussé·es vers des migrations à haut risque. Au Soudan, le conflit armé et la désertification forment les éléments d’un cercle vicieux qui a déplacé un tiers des agriculteur·rices soudanais·es, aggravant encore les pénuries de ressources et la désertification18.
L’impact de la guerre et du génocide sur la vie humaine est immédiatement visible, mais une violence écologique plus lente et plus silencieuse menace également la survie des populations. Il y a de nombreuses années, Israël a interdit aux Palestinien·nes de cueillir le zaatar (thym sauvage) et l’akkoub (plante ressemblant au chardon), deux aliments de base indigènes du régime alimentaire palestinien, visant à saper un lien culturel avec la terre et à restreindre une autre source de nourriture et de revenus. Dans l’Arctique, la disparition des glaces et l’évolution des conditions météorologiques menacent la sécurité alimentaire et les pratiques des Inuits, telles que la conservation du poisson dans le sol19. La vie et le bien-être humains sont indissociables de l’environnement qui nous entoure. L’impact de la destruction environnementale sur la vie humaine et la destruction délibérée de l’environnement ainsi que l’aliénation de celui-ci en tant que tactique des guerres impérialistes et capitalistes soulignent la nécessité de relier les mouvements ouvrier, antiguerre et pour le climat dans la lutte pour l’écosocialisme.
Publié le 5 avril 2026 par Rupture
- 1« We estimate that nearly one million of Gaza's 1.1 million olive trees have been destroyed » (Nous estimons que près d'un million des 1,1 million d'oliviers de Gaza ont été détruits). Palestinian Olive Council, cité dans Drop Site News, 20 octobre 2025. www.dropsitenews.com/p/gaza-olive-groves-oil-farmers-israel-war
- 2« After Israel's relentless strikes, what is Lebanon's long-term plan for clearing war rubble and rebuilding infrastructure? » (Après les frappes incessantes d'Israël, quel est le plan à long terme du Liban pour déblayer les décombres et reconstruire les infrastructures ?). The New Arab, 30 juin 2025. www.newarab.com/features/explainer-how-lebanon-handling-rubble-left-israels-war
- 3« Carbon footprint of Israel's war on Gaza exceeds that of many entire countries » (L'empreinte carbone de la guerre d'Israël contre Gaza dépasse celle de nombreux pays entiers). The Guardian, 30 mai 2025. www.theguardian.com/world/2025/may/30/carbon-footprint-of-israels-war-on-gaza-exceeds-that-of-many-entire-countries
- 4« The grim task of recovering thousands of bodies from the rubble of Gaza » (La sinistre tâche de récupérer des milliers de corps dans les décombres de Gaza). The Guardian, 2 novembre 2025. www.theguardian.com/world/2025/nov/02/the-grim-task-of-recovering-thousands-of-bodies-from-the-rubble-of-gaza
- 5« Environmental damage in Gaza Strip harming human health, threatening long-term food and water security » (Les dommages environnementaux dans la bande de Gaza nuisent à la santé humaine et menacent la sécurité alimentaire et hydrique à long terme). UN Environment Programme, 23 septembre 2025. www.unep.org/news-and-stories/press-release/environmental-damage-gaza-strip-harming-human-health-threatening
- 6« Israel's toxic legacy: White phosphorus bombs on south Lebanon » (L'héritage toxique d'Israël : les bombes au phosphore blanc sur le sud du Liban). Al Jazeera, 25 mars 2024. www.aljazeera.com/features/longform/2024/3/25/israels-toxic-legacy-bombing-southern-lebanon-with-white-phosphorus
- 7« 'Ecocide in Gaza': does scale of environmental destruction amount to a war crime? » (« Écocide à Gaza » : l'ampleur de la destruction environnementale constitue-t-elle un crime de guerre ?). The Guardian, 29 mars 2024. www.theguardian.com/environment/2024/mar/29/gaza-israel-palestinian-war-ecocide-environmental-destruction-pollution-rome-statute-war-crimes-aoe
- 8« Gaza's agricultural infrastructure continues to deteriorate at alarming rate » (Les infrastructures agricoles de Gaza continuent de se dégrader à un rythme alarmant). FAO, 26 mai 2025. www.fao.org/newsroom/detail/gaza-s-agricultural-infrastructure-continues-to-deteriorate-at-alarming-rate/en
- 9« We estimate that nearly one million of Gaza's 1.1 million olive trees have been destroyed » (Nous estimons que près d'un million des 1,1 million d'oliviers de Gaza ont été détruits). Palestinian Olive Council, cité dans Drop Site News, 20 octobre 2025. www.dropsitenews.com/p/gaza-olive-groves-oil-farmers-israel-war
- 10« Gaza's agricultural infrastructure continues to deteriorate at alarming rate » (Les infrastructures agricoles de Gaza continuent de se dégrader à un rythme alarmant). FAO, 26 mai 2025. www.fao.org/newsroom/detail/gaza-s-agricultural-infrastructure-continues-to-deteriorate-at-alarming-rate/en
- 11« 'Ecocide in Gaza': does scale of environmental destruction amount to a war crime? » (« Écocide à Gaza » : l'ampleur de la destruction environnementale constitue-t-elle un crime de guerre ?). The Guardian, 29 mars 2024. www.theguardian.com/environment/2024/mar/29/gaza-israel-palestinian-war-ecocide-environmental-destruction-pollution-rome-statute-war-crimes-aoe
- 12« Famine confirmed for first time in Gaza » (La famine confirmée pour la première fois à Gaza). OMS, 22 août 2025. www.who.int/news/item/22-08-2025-famine-confirmed-for-first-time-in-gaza
- 13« Ecocide and resistance in Palestine » (Écocide et résistance en Palestine). The Ecologist, 2 septembre 2025. theecologist.org/2025/sep/02/ecocide-and-resistance-palestine
- 14« Carbon footprint of Israel's war on Gaza exceeds that of many entire countries » (L'empreinte carbone de la guerre d'Israël contre Gaza dépasse celle de nombreux pays entiers). The Guardian, 30 mai 2025. www.theguardian.com/world/2025/may/30/carbon-footprint-of-israels-war-on-gaza-exceeds-that-of-many-entire-countries
- 15« Three years of war in Ukraine: 'Environmental damage knows no borders' as emissions rise to new high » (Trois ans de guerre en Ukraine : « Les dommages environnementaux ne connaissent pas de frontières » alors que les émissions atteignent un nouveau record). Euronews, 24 février 2025. www.euronews.com/green/2025/02/24/three-years-of-war-in-ukraine-environmental-damage-knows-no-borders-as-emissions-rise-to-n
- 16« Emissions 'gap' must concentrate global effort at Cop30 to bring Earth to safer place » (Le « fossé » des émissions doit concentrer les efforts mondiaux à la COP30 pour ramener la Terre vers un état plus sûr). The Irish Times, 4 novembre 2025. www.irishtimes.com/world/2025/11/04/emissions-gap-must-concentrate-global-effort-at-cop30-to-bring-earth-to-safer-place
- 17« Nothing Left to Take: The Impact of War on Earth » (Plus rien à prendre : l'impact de la guerre sur la Terre). Reform & Revolution, 31 juillet 2024. https://reformandrevolution.org/2024/07/31/nothing-left-to-take-the-impact-of-war-on-earth
- 18« Sudan's Fight Against Desertification and Drought Amidst the War » (La lutte du Soudan contre la désertification et la sécheresse en temps de guerre). Arab Reform Initiative, 24 juillet 2024. www.arab-reform.net/publication/sudans-fight-against-desertification-and-drought-amidst-the-war
- 19« The Inuit knowledge vanishing with the ice » (Les savoirs inuits qui disparaissent avec la glace). BBC, 12 octobre 2021. www.bbc.com/future/article/20211011-the-inuit-knowledge-vanishing-with-the-ice