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Contre le G7, construisons la résistance internationaliste à Genève

par Juan Tortosa
Le pape François lors du G7 de 2024 en Italie. Photo Yacaworca
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Face au G7, qui se réunit à Évian pour organiser la destruction des peuples, l’exploitation du vivant et la domination des corps, organisons notre résistance contre le fascisme et l’impérialisme ! Retrouvons-nous du 13 au 17 juin 2026 à Genève pour construire la riposte internationaliste !

«Le G7 rassemble chaque année les gouvernements de sept des pays les plus riches du monde, qui discutent d’économie et de géopolitique. Depuis 1975, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, le Canada et le Japon se réunissent pour organiser la direction capitaliste du monde – rejoints en 1997 par la Russie, aujourd’hui exclue à la suite de l’annexion de la Crimée en 2014. »

C’est ainsi que débute l’Appel à la mobilisation de la Coalition internationale NOG7, composée de plus de 40 organisations, à la gauche du Parti socialiste et des Verts genevois, actuellement majoritairement issues de la région lémanique.

Un club restreint au service des puissants et des multinationales

Le G7 est un « forum » créé en 1975 sous la forme d’une réunion « informelle » des puissances industrielles occidentales. Le G7 incarne l’ordre international issu de la Seconde Guerre mondiale, avec les États-Unis comme pivot. À son apogée, il représentait plus des deux tiers du produit intérieur brut mondial. Bien que son poids économique ait aujourd’hui diminué, ses membres continuent de concentrer une grande partie du capital technologique, militaire et financier de la planète. Le G7 n’a aucune légitimité démocratique, mais ça ne l’empêche pas de se considérer comme un gouvernement mondial permanent des multinationales, du capital financier et des complexes militaires.

Le G7 joue un rôle actif dans l’imposition des politiques néolibérales au Sud comme au Nord, et dans l’accaparement des ressources des peuples du Sud. Il prône la baisse des dépenses publiques, la réduction de l’État à la seule fonction de contrôle social et de militarisation accrue.

Pour imposer ces politiques, il s’appuie sur les institutions financières internationales, comme le Fonds Monétaire International, et la Banque Mondiale, et plus tard l’Organisation Mondiale du Commerce, dans lesquelles les membres du G7 disposent de la majorité du capital et par conséquent déterminent les décisions.

Le G7 a une double fonction : la reproduction de l’ordre économique mondial pour les intérêts des grandes puissances et le contrôle et le pillage des pays dominés, principalement à travers la dette. Le G7 poursuit sans pitié sa politique malgré l’ampleur des désastres écologiques et sociaux qui l’accompagnent.

Le G7 aujourd’hui

Nous vivons dans un monde caractérisé par les inégalités croissantes : inégalités sociales et économiques, politiques, écologiques, géopolitiques, dont la manifestation la plus significative est la domination néocoloniale des pays du Sud Global. À cela s’ajoutent encore la guerre permanente des États-Unis pour garder son hégémonie, le génocide israélien à Gaza, l’invasion russe de l’Ukraine, etc.

La réunion qui aura lieu en juin sur les rives du lac Léman se déroulera dans un contexte géopolitique et économique particulier, différent des précédents sommets. Les tensions et conflits d’intérêts au sein du G7, souvent masqués par une façade d’unité, se sont accentués, au point que la traditionnelle « photo de famille » ne pourra plus les dissimuler. Nous traversons une période de profonde mutation à l’échelle internationale, marquée par la montée en puissance de l’extrême droite réactionnaire – au gouvernement dans plusieurs pays, à commencer par les États-Unis – l’intensification des contradictions inter-impérialistes et les tentatives de rompre les anciens équilibres mondiaux.

Il y a des intérêts opposés entre les membres du G7,notamment sur la guerre en Ukraine et sa continuation ; l’intervention militaire des États-Unis et d’Israël en Iran et les conséquences géopolitiques pour la région et économiques pour le reste des pays riches ; les ambitions expansionnistes de l’administration Trump visant même des pays de l’Union européenne ; la confrontation avec la Chine, la principale concurrente à l’hégémonie des États-Unis, etc. Nous assistons à la restructuration du système-monde au niveau international et à des luttes inter-impérialistes, qui se traduisent par une montée du militarisme et du bellicisme, ainsi que par de nouvelles dynamiques extractivistes visant à préserver ou à étendre de nouvelles zones d’influence.

Adopter une perspective anticapitaliste sur le G7, ce n’est pas simplement dénoncer ses décisions ponctuelles, mais analyser le système qu’il incarne et reproduit, la nature même de cette institution mondiale. Un petit noyau de chefs d’État qui représentent les privilégiés de la planète ne peut pas s’arroger le monopole de décider pour nous.

Face à cela, des alternatives écosocialistes et anticapitalistes existent, et nous allons en débattre lors de notre contre-sommet à Genève, les 13 et 14 juin.

Construire la résistance internationaliste

À l’initiative de la Grève féministe, de secteurs antifascistes et d’un centre autonome (le Silure) à Genève, une large coalition, comprenant notamment des syndicats, BDS, Solidar, le NPA-L’Anticapitaliste et le CADTM, s’est constituée pour dénoncer le rôle du G7 dans le désordre mondial et construire une mobilisation importante, notamment les 13 et 14 juin 2026. Le sommet officiel aura lieu du 15 au 17 juin, à Évian, côté français, à proximité de Genève.

Les autorités françaises ayant interdit toute manifestation sur leur territoire, la mobilisation se déroulera en Suisse, dans un cadre restreint et sous contrôle. Le gouvernement fédéral déploiera plus de 2 000 soldats et la police des cantons limitrophes viendra en renfort de leurs collègues genevois. Elles veulent fermer les frontières et restreindre la libre circulation. Les autorités tentent de créer une ambiance de peur en disant que les « casseurs » sont de retour, 23 ans plus tard. De l’autre côté de la frontière, aucune salle n’est disponible pour le contre-G7, sur ordre de la préfecture, et côté genevois, aucun espace public ne nous est accordé. Aucune commune, même celles dites de gauche, ne veut pour le moment mettre à disposition un terrain pour le campement.

Le 14 juin, une manifestation féministe haute en couleur

En Suisse, le 14 juin est une date centrale dans la lutte pour l’égalité salariale et la reconnaissance du travail visible et invisible des femmes. Elle correspond à l’anniversaire de la première grève des femmes en Suisse, le 14 juin 1991. Organisée dix ans après l’inscription de l’égalité dans la Constitution, elle a réuni plus de 500 000 femmes, autour du slogan : « Les femmes, bras croisés, le pays perd pied ». Cette journée a contribué à l’adoption de la Loi sur l’Égalité en 1996. Une autre grève féministe massive a eu lieu le 14 juin 2019, dénonçant la persistance des inégalités.

Aujourd’hui, la Grève féministe en Suisse constitue l’un des principaux moteurs des mobilisations sociales contre le patriarcat, le racisme et le fascisme. La manifestation contre le G7, du 14 juin, dans l’après-midi, prendra les couleurs violettes de cette colère.

Un appel relativement radical a été élaboré, accordant une large place à la lutte contre le fascisme. D’autres axes sont également mis en avant : la lutte contre l’impérialisme, la dénonciation des nouvelles formes de domination postcoloniale, ainsi que l’extractivisme et l’utilisation de la dette comme instrument de domination.

Nous envisageons d’organiser plus d’une dizaine de conférences, ateliers et plénières, dès le jeudi 11 juin au soir. Plusieurs thématiques seront abordées : le rôle de la grève féministe, l’écofascisme, la solidarité avec la Palestine, le nouvel ordre mondial, l’extractivisme, comment combattre le fascisme, etc. Des concerts et des activités artistiques sont également prévus. Et, bien entendu, une manifestation aura lieu le dimanche 14 juin, dans l’après-midi.

Un contexte politique différent par rapport à 2003

Les médias suisses comparent la mobilisation actuelle à celle de 2003, contre le G8 à Évian. Pourtant, le contexte est profondément différent. En 2003, le mouvement altermondialiste était à son apogée, porté par plusieurs années de mobilisations massives à l’échelle internationale. Aujourd’hui, les dynamiques sont différentes, même si certaines luttes, notamment la solidarité avec le peuple palestinien et la grève féministe, restent centrales. En vingt ans, la répression et la criminalisation des mouvements sociaux se sont intensifiées, réduisant les espaces de contestation.

Pour l’instant, nous ne savons pas si les activités prévues à Genève, ainsi que la manifestation du 14 juin, seront autorisées. Malgré cela, la mobilisation s’organise. Entretemps, une large coalition s’est constituée en France et un Appel a été lancé. Nous travaillons en collaboration et appelons ensemble aux mobilisations.

L’appel genevois se conclut par une invitation à rejoindre la mobilisation à Genève :

« Pour l’internationalisme et la solidarité entre les peuples, contre le colonialisme et les politiques migratoires mortifères, organisons la résistance !

Pour la solidarité entre les travailleur·euse·s de tous les pays et contre les spoliations, manifestons ensemble contre le G7 ! »

Nous vous attendons ! 

Le 24 avril 2026

Juan Tortosa est membre de solidaritéS et de la Coordination NoG7 de Genève

 

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المؤلف - Auteur·es

Juan Tortosa

Juan Tortosa est membre du Groupe écosocialiste de SolidaritéS et du groupe d’organisation des Sixièmes Rencontres écosocialistes internationalistes.