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7 septembre : un pas vers l’indépendance du Mozambique

par Tony Southall

L’accord signé le 7 septembre dernier à Lusaka entre les représentants du FRELIMO, dirigés par Samora Machel, et une délégation du gouvernement portugais ayant à sa tête le ministre des affaires étrangères, Mario Soares, représente une étape importante dans le développement de la lutte pour la libération de tout le continent africain du colonialisme et du racisme. Le 25 septembre, le mouvement de guérilla créé il y a 10 ans pour lutter contre la domination portugaise sur son territoire recevra les 2/3 des charges gouvernementales et fournira le premier ministre du gouvernement qui mènera le pays à l’indépendance le 25 juin 1975.

Il y a trois mois, le dirigeant du gouvernement portugais, Spinola, élabora une formule qui essayait de freiner le processus de décolonisation à travers les manoeuvres contenues dans le « projet » qu’il formula alors pour la réalisation de l’auto-détermination. Il fallait éviter la remise directe du pouvoir aux forces de libération en prônant une « auto-détermination basée sur le fonctionnement d’un système démocratique » qui devrait faire suite à un cessez-le-feu. Le but recherché était tout d’abord de désarmer les combattants des forces de libération et, ensuite, d’encourager l’apparition de groupes — particulièrement au sein de la petite-bourgeoisie africaine — d’accord de faire des concessions à l’impérialisme portugais et international et qui feraient concurrence, dans l’« arène démocratique », aux mouvements de libération.

Face à cet assaut, les manoeuvres prévues par Spinola ne connurent même pas un début de réalisation. En août, le COREMO, un groupe dirigé par d’anciens membres du FRELIMO, qui avaient scissionné de ce dernier au cours de la crise interne de 1969/70, annonça la formation d’une coalition alternative de 5 petits partis ayant des racines ténues dans la petite-bourgeoisie urbaine africaine. On n’a plus entendu parler de ce groupe, tandis que le FRELIMO a été capable d’organiser des meetings regroupant des milliers de personnes dans les zones urbaines.

De plus, des secteurs significatifs de la population blanche, grosse de 250 000 personnes, particulièrement les étudiants et les membres des Démocrates du Mozambique, se sont rangés publiquement aux côtés du FRELIMO. Dans une telle situation Spinola n’avait pas d’autre choix que celui de négocier avec les combattants des mouvements de libération qui se renforçaient nettement dans le pays.

Évidemment l’annonce de l’accord de Lusaka fut accueillie par une réaction d’arrière-garde dans des secteurs de la population blanche regroupés à Lourenço Marques. La nouvelle fut suivie par une occupation immédiate de la principale station de radio du Mozambique par des blancs s’appelant le Mouvement Pour Un Mozambique Libre. Leur but était la « déclaration de l’indépendance du territoire sans le FRELIMO ». Mais deux éléments entraînèrent l’effondrement total de ce mouvement au milieu de la semaine suivante. Tout d’abord il ne reçut aucun appui de la part de la population blanche en dehors de Lourenço Marques. Ensuite, la réaction de la population noire de cette ville fut immédiate et violente, rendant impossible aux rebelles de considérer même la possibilité de contrôle du port.

La bataille de Lourenço Marques causa la mort de 100 personnes, principalement des Africains. Mais elle a montré sans équivoque à la population blanche du Mozambique qu’une solution à la rhodésienne était impossible à réaliser. Il ne serait pas surprenant que les quelques mille « réfugiés » qui sont arrivés à Johannesburg deviennent la source d’autant d’histoires d’horreurs pour la presse mondiale que cela avait été le cas, il y a dix ans, lors des évènements du Congo. Mais il ne fait aucun doute qu’il n’y aura aucune possibilité de retour pour le petit groupe de racistes blancs qui s’enfuient maintenant du Mozambique.

Quelles sont les perspectives à long terme du FRELIMO pour le nouvel État ? La première question cruciale pour le nouveau gouvernement sera ses relations avec les États racistes blancs de Rhodésie et d’Afrique du Sud. Une application totale des sanctions économiques à la Rhodésie bloquerait immédiatement la sortie par le port de Beira de 90 % du commerce de ce pays. Cependant le régime de Smith vient d’annoncer la réalisation d’une voie de chemin de fer passant par le Pont Beit vers l’Afrique du Sud, qui devrait lui permettre de réduire quelque peu sa dépendance sur le Mozambique. Les liens de l’Afrique du Sud avec le Mozambique et sa dépendance sur ce pays pour le transport apparaissent clairement. Une grande partie du commerce de la région industrielle du Transvaal passe par le port de Lourenço Marques. Les mines d’or d’Afrique du Sud dépendent du Mozambique pour la fourniture sur contrat de 100 000 travailleurs chaque année, ce qui représente 25 % de leur main d’oeuvre. Le barrage de Cabora Bassa sur le Zambèze dans la province du Tete doit être relié par des câbles de haute tension aux centrales électriques d’Afrique du Sud vers lesquelles il doit exporter une grande partie de sa production. Le problème, pour le FRELIMO, est que cette dépendance fonctionne dans les deux sens. Il ne fait aucun doute que la perte de revenus qui suivrait la rupture de tous liens avec ces pays aurait, temporairement, de lourds effets économiques pour le nouvel État. Et on ne peut pas faire confiance aux directions des États africains au nord du Mozambique pour compenser de façon adéquate les pertes qu’entraîneraient de telles actions.

Le second grand point d’interrogation posé est sur la nature de classe du nouveau régime. Il ne fait aucun doute que le FRELIMO, dans sa direction et ses unités de combat, a représenté, particulièrement depuis la scission de 1969-70, un des mouvements les plus explicitement anti-impérialistes et ayant la plus forte base populaire du continent. Il s’est toujours battu contre les manoeuvres de la petite-bourgeoisie africaine et s’est construit une base solide parmi le prolétariat urbain et la paysannerie du pays. Néanmoins un des aspects les plus gênants des déclarations qui ont suivi l’accord de Lusaka a été l’absence d’engagement ferme du FRELIMO à réaliser un changement fondamental du système économique et social.

Il est clair que l’accord de paix va déclencher une offensive générale des intérêts impérialistes qui vont tenter de se maintenir dans le pays. Cette offensive prendra de nombreuses formes subtiles et constituera un premier test pour juger de la volonté et de la capacité de la direction du FRELIMO de se montrer à la hauteur de la phraséologie socialiste qu’elle a utilisée toujours plus au cours de ces dernières années.

Le degré accru de mobilisation de masse que le FRELIMO a encouragé au cours de la lutte sera un facteur important dans la situation. La mise en place d’une solution néo-coloniale ne sera pas facile dans un pays dont la population a une aussi longue histoire de lutte. Dans ce sens la réalisation de l’indépendance du Mozambique est fondamentalement différente de l’expérience de la majorité des territoires africains au nord.

Il n’est pas non plus possible d’ignorer l’influence que cet évènement aura sur les populations africaines de Rhodésie et d’Afrique du Sud. Déjà, en Rhodésie, les guérillas du ZAPU-ZANU ont réalisé une avance significative dans le nord-ouest du territoire. En Afrique du Sud, la vague de grèves du prolétariat noir qui commença au printemps 1973 et s’est prolongée sans relâche jusqu’à maintenant, reflète la renaissance d’un mouvement qui avait été temporairement écrasé après le massacre de Sharpeville et la sévère répression du début des années 60. L’indépendance imminente du Mozambique représentera certainement un point de ralliement pour les masses d’Afrique du Sud dans leur ensemble.

Le principal résultat de la victoire du FRELIMO sera peut-être d’avoir stimulé le développement de la lutte contre les derniers régimes racistes blancs d’Afrique du Sud.

Le 16 septembre 1974

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