Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 510 octobre 2005 *

LE NÔTRES

Pierre Broué est mort, son œuvre lui survit

Cf. aussi : [Les Nôtres]

Jean Batou

Cet article a paru dans le bimensuel suisse solidarités n° 73 du 6 septembre 2005 www.solidarites.ch/journal .

Pierre Broué est décédé des suites d’un cancer le 26 juillet dernier, à l’âge de 79 ans. Historien du mouvement ouvrier international et militant communiste anti-stalinien, il nous laisse une œuvre monumentale, à vrai dire incontournable, pour qui veut tenter de comprendre l’histoire de la première moitié du 20e siècle.

Parmi ses livres les plus importants, on citera par ordre chronologique : La révolution et la guerre d’Espagne (avec Émile Témime), Paris, 1961 ; Le Parti bolchevique , Paris, 1963 ; Révolution en Allemagne (1919-1923), Paris, 1972 ; Trotsky, Paris, 1988 ; Rakovsky, Paris 1996 ; Histoire de l’Internationale Communiste, Paris, 1997.

Il a aussi été le principal animateur de l’édition en français des Œuvres de Léon Trotsky (qu’il n’a pu achever — les années 1929-1932 manquent toujours) et l’éditeur des Cahiers Léon Trotsky, une revue consacrée à l’histoire du mouvement trotskiste dans ses facettes les plus diverses.

Un fil rouge traverse l’ensemble de ses recherches : la volonté de comprendre ce qui rend possible le triomphe des révolutions sociales, mais aussi leur échec, que ce soit du fait de leurs ennemis de classe ou des forces internes qui les corrompent. En réalité, Pierre Broué a toujours nourri une véritable fascination pour les femmes et les hommes qui ont conduit avec détermination, dévouement et intelligence les grands combats d’émancipation de son siècle.

Si Pierre Broué était un historien de premier plan, dont la hauteur de vue et la puissance d’analyse surprennent, sa trajectoire militante a été marquée par son appartenance au courant trotskiste lambertiste (dont le Parti des Travailleurs est aujourd’hui l’héritier en France), qui se signale par des tendances sectaires prononcées et une vie interne peu démocratique. Il en sera d’ailleurs exclu avec fracas en 1989. Peut-être en gardera-t-il cependant un penchant à ériger certaines divergences tactiques en conflits plus fondamentaux, que l’on perçoit toujours dans ses écrits politiques ultérieurs ?

Sur le plan personnel, j’ai rencontré Pierre Broué à plusieurs reprises. Je me souviens en particulier d’une soirée enneigée de 1996, où il était venu à Genève, à l’invitation de solidaritéS, pour présenter un documentaire sur l’assassinat du révolutionnaire catalan Andreu Nin par les agents de Staline en Espagne, en 1937. En de telles occasions, l’érudit savait s’effacer devant le militant, enthousiasmé par l’intérêt que témoignait soudain une nouvelle génération pour les combats des révolutionnaires du POUM et de la CNT.

Le meilleur hommage que nous puissions rendre aujourd’hui à Pierrre Broué, c’est sans doute de faire connaître son œuvre aux plus jeunes, mais au-delà, c’est avant tout de poursuivre ses combats pour l’émancipation humaine.

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