Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 560-561 avril-mai 2010

16E CONGRÈS MONDIAL

Entre vent et marée...

Cf. aussi : [Seizième Congrès]

Penelope Duggan *

Discours d'ouverture

Penny Duggan. Photothèque Rouge/Julien Terrié

Penny Duggan. Photothèque Rouge/Julien Terrié

En accueillant nos invités et camarades au 16e Congrès mondial de la IVe Internationale je voudrais brièvement rappeler ce que nous avons fait depuis notre congrès précédent.

Celui-ci a eu lieu en février 2003, la veille de la plus grande mobilisation mondiale sur un thème simple que nous connaissions : contre la guerre impérialiste en Irak. Nous avions alors noté qu’il s’agissait du signal important de l’apparition d’un nouveau mouvement mondial pour la justice, le mouvement altermondialiste, qui avait remis à l’ordre du jour l’idée qu’un autre monde était possible — résultant de l’initiative prise à Port Alegre par les forces comprenant celles de la IVe Internationale.

Depuis lors ce mouvement s’est développé, de manière inégale, à travers les forums sociaux régionaux, sectoriels et mondiaux. Récemment il a connu un nouvel élan avec les mobilisations lors du sommet climatique à Copenhague en décembre 2009.

Reconnaissant l’importance de ce mouvement, la IVe Internationale a été présente et visible lors des forums sociaux mondiaux et régionaux. Nous avons participé aux débats organisés avec les autres forces, notamment sur les questions de la stratégie pour réaliser un autre monde, et nous avons défendu une perspective prolétarienne et internationaliste conséquente dans les journaux et tracts publiés en plusieurs langues à cette occasion.

Cependant, ni l’apparition de ce nouveau mouvement plein d’espoir, ni les développements en Amérique latine n’ont changé le rapport de forces mondial, qui continue à être défavorable aux travailleurs et aux opprimés.

L’ordre du jour néolibéral n’a pas été renversé par les luttes des travailleurs de différents secteurs et continents, les organisations traditionnelles du mouvement ouvrier ont continué à s’enfoncer dans la collaboration de classe sous prétexte d’atténuer les coups des attaques néolibérales.

Ni l’activité maintenue des puissants mouvements antiguerre, ni la résistance des populations agressées n’ont pu stopper la course guerrière de l’impérialisme. Le peuple palestinien, en particulier, continue à subir la répression et des attaques incessantes.

Celles contre les droits des femmes, en particulier contre leur droit de choisir, se poursuivent malgré la résistance et le développement du réseau féministe international de la Marche mondiale des femmes.

La IVe Internationale a été partie prenante de toutes ces résistances, en particulier nous pouvons rappeler notre engagement dans la récente marche sur Gaza.

L’apparition de nouvelles forces au sein des mouvements des travailleurs et des opprimés, capables de prendre la tête de ces contre-offensives et de leur offrir des perspectives politiques nouvelles a été limitée et partielle. Au travers des conférences anticapitalistes en Europe et dans le cadre des forums sociaux mondiaux, nous avons pris l’initiative en proposant à ces forces radicales et anticapitalistes des rassemblements pour discuter des actions communes possibles.

Renforcement de notre présence politique

Pour renforcer notre contribution aux débats politiques nous avons pris un certain nombre de mesures :

En 2005, nous avons relancé International Viewpoint www.internationalviewpoint.org en tant que web-magazine en langue anglaise, pour présenter notre point de vue et des informations à une audience beaucoup plus large que celle pouvant être atteinte par un journal imprimé. Cela nous a en particulier permis d’être plus présents dans de larges parties de l’Asie, où de nouvelles forces politiques se développement et cherchent à établir des rapports politiques.

En 2007, nous avons également lancé un site web en espagnol, Punto de Vista Internacional http://puntodevistainternacional.org , pour permettre à la IVe Internationale de s’adresser également à l’audience en Amérique latine, qui est actuellement le continent des plus importants mouvements de masse radicaux de la planète.

Ces publications sur le web complètent Inprecor ( www.inprecor.fr ) en langue française, qui continue à être imprimé et dispose de son propre site web.

En dépit de nos faiblesses, qui font que ces instruments sont loin de la perfection, ils permettent de connaître notre point de vue. Le nombre des visites sur ces sites web prouve qu’ils sont très recherchés.

En 2007, nous avons relancé l’Institut International de Recherche et de Formation (IIRE www.iire.org) d’Amsterdam en tant que centre de formation de nos camarades et des organisations avec lesquelles nous avons des relations fraternelles, mais également lieu d’élaboration sur des thèmes nécessitant de nouveau développements du mouvement marxiste radical. Des séminaires sur la question climatique, la Palestine, la crise économique, les questions femme et LGBT ont en particulier servi à enrichir la préparation des débats de ce congrès mondial.

En collaboration avec nos camarades britanniques, l’IIRF-IIRE maintient son programme de publications, ce qui nous a permis d’éditer régulièrement des travaux sur les questions stratégiques concernant le mouvement altermondialiste et le réchauffement climatique.

Consciente que le mouvement révolutionnaire doit se renouveler et rester en contact avec les camarades menant les combats dans le monde actuel, la IVe Internationale prête une attention particulière au travail au sein de la jeunesse. Les camps jeunes, organisés chaque année en Europe, réunissent ainsi plusieurs centaines de jeunes — avec une semaine de débats politiques sur les questions d’actualité, la théorie et l’histoire de la lutte des classes. Depuis plus de 25 ans ils sont appréciés par les nouvelles génération et bon nombre de camarades ici présents ont « fait leurs classes » dans ces camps.

Pour une petite organisation il s’agit là de réalisations significatives dont nous pouvons être fiers et que nous devons développer et renforcer dans le futur.

Hommage aux camarades disparus

Depuis le dernier congrès nous avons également subi des pertes. Je ne peux malheureusement pas mentionner ici tous les camarades disparus.

● Juste après le congrès de 2003 nous avons appris la mort de notre camarade Wang Fanxi, un des premiers trotskystes chinois, âgé de 95 ans. Après des années passées dans des prisons de Tchang Kaï-Chek, Wang a été chassé de Chine par la répression maoïste et a passé le reste de sa vie en exil en Grande-Bretagne, où il a poursuivi l’analyse de la réalité chinoise jusqu’à un âge avancé.

● Le camarade Livio Maitan, durant de longues années un dirigeant central de la section italienne et de l’Internationale, était notre dernier lien avec la génération qui a maintenu la IVe Internationale au cours de la difficile période après la seconde guerre mondiale. Il est mort en 2004, restant jusqu’au bout actif dans la lutte pour la construire ainsi que sa section italienne.

Roland Lew, ancien membre de la section belge et analyste régulier de la Chine dans notre presse, est mort en 2005.

● Le camarade Redouane Nakaba, syndicaliste étudiant et enseignant, dirigeant des luttes dans le secteur enseignant depuis les années 1980, est mort subitement en 2008.

● La section britannique a connu une grande perte en 2008 avec la mort de Greg Tucker, dirigeant connu du syndicalisme cheminot et militant politique. Greg avait aidé l’Internationale à la fois en construisant les contacts dans son secteur et en relançant International Viewpoint, dont il a été le webmaster.

Peter Camejo avait été un dirigeant du mouvement contre la guerre du Vietnam aux États-Unis et avait rejoint le SWP, dont il devint rapidement une figure de premier plan. Lorsque le SWP américain a commencé à rompre avec la IVe Internationale, Peter s’en est séparé au cours des années 1980 et, poursuivant son engagement progressiste, il est devenu un des dirigeants des Verts en Californie. Il est mort en 2008.

● Nous nous souvenons également de Caroline Lund et d’Ed. Kovacs, également anciens militants du SWP.

En 2009 nombre de nos camarades ont disparu :

Hoang Khoa Khoi, connu comme « Robert », le plus vieux trotskiste vietnamien, longtemps dirigeant du Groupe trotskyste exilé en France et ancien membre de la direction internationale ;

Nellys Palomo, de la génération qui a construit le PRT mexicain, une dirigeante du mouvement féministe et du mouvement au Chiapas ;

André Fichaut , « Max », figure historique du mouvement ouvrier à Brest, dirigeant du PCI puis de la LCR en France ;

Leni Jungclas , figure historique du trotskysme en Allemagne, militante depuis l’âge de 14 ans, active contre les nazis et jusqu’à sa mort ;

Peter Gowan , dirigeant de la section britannique au cours des années 1970, analyste anti-impérialiste réputé ;

Angel Fanjul « Heredia » et la militante féministe Dora Coledesky , deux dirigeantes actives du mouvement trotskyste en Argentine, y compris à leur retour d’exil en France après 1984 ;

● Le 13 décembre 2009 quatre dirigeants du Labour Party Pakistan — Abdul Salam, Najma Khanum, Rehana Kausar et Walid Baloch — sont morts dans un accident routier. Ce fut un coup dur pour le développement du LPP, en particulier dans la province du Balutchistan. D’autres camarades du LPP ont été assassinés en 2007 et 2008 par des attentats-suicides à Swat et à Peshawar.

● Le dirigeant historique du trotskisme bolivien et de la révolution de 1952, Hugo Gonzalez Moscoso , torturé et exilé à de nombreuses reprises, militant jusqu’à sa mort, a disparu en janvier 2010.

● Également en janvier nous avons perdu Daniel Bensaïd , bien connu par des milliers de camarades, un des dirigeants du Mai 68 français, de la section française et de l’Internationale. A partir des années 1990 il a concentré sa brillante énergie sur l’élaboration marxiste. En dépit de sa santé fragile, il a continué à parcourir le monde, depuis le Japon jusqu’à l’Amérique latine. Il aura été jusqu’au bout un membre actif de la LCR, puis du NPA, toujours actif au quotidien y compris dans son comité local, ce dont je peux témoigner étant membre du même comité.

A la mémoire de ces camarades et de tous ceux que je n’ai pu mentionner, de tous ceux qui ont perdu la vie en luttant contre la répression, l’oppression et l’exploitation, je vous demande une minute de silence.

* Penelope Duggan, militante du NPA, est membre du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

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