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Politique

N° 517 mai 2006 *

ISRAËL/PALESTINE

Qui est Tali Fahima ? Qui sommes-nous ?

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Lin Chalozin-Dovrat

Lin Chalozin-Dovrat milite en Israël dans la Coalition des femmes pour une juste paix ainsi que dans d’autres domaines. Elle enseigne la philosophie et la théorie et pratique de la rhétorique à l’Ecole des Beaux-arts Midrasha du collège de Beit Berl. Cet article a été écrit en septembre 2004 pour « News from Within », une publication de l’Alternative Information Centre (AIC).

Tali Fahima, Janvier 2007. DR

Tali Fahima, Janvier 2007. DR

Un des grands hebdomadaires (1) du week-end de Tel-Aviv publiait en mars 2004 un article avec une interview d’une certaine Tali Fahima une jeune femme de 28 ans travaillant comme secrétaire dans une entreprise juridique de la bonne société de Tel-Aviv dans laquelle celle-ci déclarait son opposition radicale à la politique d’assassinats ciblés menée par Israël. L’article relatait la rencontre de Fahima avec Zachariah Zbeidi, le chef des Brigades des martyrs Al-Aqsa de Jénine (2) et son désir de le protéger d’un assassinat par l’armée israélienne. Au troisième paragraphe de l’article, Rona Segal écrivait : « Tali Fahima, femme simple et vivant seule, est difficile à cataloguer car elle transcende les délimitations politiques habituelles. Elle est curieuse, obstinée, très individualiste, et se dit accro d’informations ».

Elle n’avait pas eu auparavant d’expérience en politique et son absence d’affiliation politique a rendu perplexe aussi bien les journalistes que les services de sécurité (GSS, General Secret Service). A cette époque, c’était comme si personne ne savait que faire de cette femme, originaire d’une famille séfarade très modeste de Kiryat-Gat ville périphérique ouvrière pauvre au sud de Tel-Aviv ayant voté pour le Likoud aux dernières élections législatives et agissant de sa propre initiative.

Comportement tabou en Israël

Depuis, Fahima a eu à payer personnellement très cher cette difficulté de l’opinion publique à comprendre ses actions et motivations. Mi-septembre 2004, elle sera placée en détention administrative pour quatre mois, après avoir été interrogée intensément par le GSS pendant 28 jours. Apparemment, ces interrogatoires n’ont pas suffi à apporter des preuves justifiant une poursuite. Malgré cela, l’opinion publique, influencée par une large couverture dans la presse, avait tranché : Fahima, est une traître ou une folle ou même peut-être les deux.

Segal a été la première à montrer que le récit de Fahima avait un réel intérêt journalistique. L’interview se contente de relater, sans faire de théories ou de suppositions sur ce qui a poussé cette femme à aller à Jénine, et le portrait qui est fait d’elle peut être lu de plusieurs façons. Cependant la mise en page de l’article peut laisser supposer que Fahima a été l’amante de Zbeidi, une idée croustillante que le GSS a diffusé dans ses communiqués de presse, après chaque arrestation de Fahima. En effet, la photo de Fahima en première page tenant un ours en peluche avec l’inscription « I love you » que Zbeidi lui a envoyé, ajoute une touche de bizarrerie au sous-titre de l’éditeur : « Il y a deux ans Tali Fahima votait encore pour le Likoud et défendait une solution militaire au conflit. Maintenant elle veut jouer le rôle de bouclier humain pour Zachariah Zbeidi, le chef recherché des brigades Al-Aqsa dans la région de Jénine qui a réchappé à trois tentatives d’élimination.

Quelle est leur histoire ?

Bien que la réfutation par Fahima de cette hypothèse romantique soit mentionnée, le corps de l’article contient aussi de nombreuses questions implicites à ce sujet. « La difficulté de classer Fahima » est suivie aussitôt par « une femme vivant seule », et très « accro d’informations ». L’image d’une femme solitaire et perturbée fait écho à celle d’une sorcière, qui reste un mythe très significatif du sexisme d’une société traditionnelle comme celle d’Israël. Cela est aussitôt étayé par une déclaration de Zbeidi, citée par Fahima, lorsque celle-ci arrive pour la première fois à Jénine : « J’ai déjà rencontré des dingues, mais vous, vous les dépassez tous. Je n’aurai jamais cru que vous oseriez venir ». Plus loin, quand Fahima raconte sa première rencontre avec la femme de Zachariah et son enfant, la journaliste Segal lui demande : « et ne craigniez vous pas qu’elle montre des signes de jalousie ? ». Les deux images archétypes sont mélangées, celle de l’amante et celle de la paria perturbée, parfois l’une derrière l’autre, parfois combinées toutes les deux en une seule celle de la femme traîtresse.

Dans un article datant de la première période d’arrestation de Fahima (3), Offer Aderet rappelle à ses lecteurs mâles israéliens « qu’une recherche dans les archives de la presse montre que Fahima n’est pas notre première fille à se faire câliner sur les genoux des dandies de Tanzim (4), là-bas, sur les terres ouvertes de Judée et de Samarie ». Selon Aderet, ce curieux phénomène a connu des précédents, comprenant aussi bien le cas d’Angelica Yossefova (purgeant une peine pour avoir participé à des actes terroristes) que celui de Neta Golan, fondatrice du Mouvement de Solidarité Internationale. En parlant de Yossefova, une récente immigrante d’un des États musulmans de l’ex-URSS, il écrit : « comme immigrante, elle ne savait pas que ce qui était banal dans son pays d’origine des relations entre une femme juive et un musulman était absolument tabou en Israël ».

Et en plus, c’est une femme !

Au cours de leur manifestation hebdomadaire, les Femmes en Noir (5) disent être la cible de remarques sexistes, comme « putains arabes » ou « garces d’Arafat ». « Amoureux d’Arabes » est en hébreu une expression péjorative habituelle contre tous ceux qui ont des positions radicales de gauche. Le trait d’égalité tiré entre « femme de gauche radicale » et « amoureuse d’Arabes », « putain », et « dérangée » n’est pas limité à certains discours mais partagé par beaucoup. Aderet écrit : « Certaines questions restent sans réponse qu’est-ce qui fait qu’une belle jeune femme risque sa vie, transgresse la loi, et devient l’amie d’un homme recherché ayant du sang juif sur les mains ? Est-ce le besoin d’aventure ? Une attirance sexuelle ? Du romantisme ? Des positions politiques ? Ou peut-être la folie ? ».

L’idée que vouloir sortir des strictes normes de la communauté pourrait avoir à faire avec une prise de position politique n’est évoquée qu’en dernier et est suivie par une hypothèse beaucoup plus « rationnelle » selon Aderet : celle de la jeune femme avec une malade mentale. Quatre des cinq explications possibles fournies pour expliquer l’attitude de Fahima suggèrent clairement des comportements irrationnels.

Dans la première phrase citée, Aderet exprime une réserve en mettant le pronom possessif entre guillemets (notre première fille), comme pour dire que ce possessif ne correspond pas à son paradigme, mais à l’opinion commune qui veut que les femmes juives soient la propriété des hommes juifs. En faisant ainsi, il nous confirme que son lectorat présumé est constitué d’hommes juifs dont il partage les conceptions sexistes, installées au coeur d’un lieu commun, connu en rhétorique sous le nom de topos. Pour l’orateur, le topos est une notion très utile il lui permet d’identifier les « conglomérats » moraux de la communauté et d’être ainsi capable de les utiliser avec efficacité sur son auditoire.

Dans le cas de l’image de la femme traîtresse, on voit clairement comment le fait de mentionner seulement deux ou trois caractéristiques topiques féminines permet de déployer toutes les autres, comme si une induction logique était ainsi faite : femme célibataire + de gauche et/ou ayant des relations amicales avec un dirigeant masculin de la résistance palestinienne = traître sexuelle.

D’un point de vue rhétorique, la beauté des topoï (pluriel de topos) réside dans leur nature mi-commune, mi-logique, ce qui leur permet d’être des outils de persuasion très utiles, transparents et faciles à utiliser. Il suffit ainsi d’évoquer le topos raciste de la pureté nationale/religieuse des relations sexuelles ou affectives pour évoquer automatiquement un autre topos, celui de la paria déséquilibrée. La figure de la femme traîtresse est toujours prête à être utilisée. Il n’est donc pas très étonnant que le caractère d’une femme qui choisit, après réflexion, de défier les codes de sa propre communauté nationale ne soit pas très habituel, ni même, c’est le moins que l’on puisse dire, facilement reconnaissable. Encore plus si elle agit seule.

Hors normes ? Suspecte !

La première rencontre entre Fahima et le GSS a eu lieu avant qu’elle ne s’adresse aux médias et, semble-t-il, avant même qu’elle ne décide de se rendre à Jénine. Dans plusieurs interviews, elle indique qu’elle s’intéresse au conflit et qu’elle prend conscience qu’elle ne peut se fier aux médias israéliens pour en obtenir des éclairages objectifs. Elle commence à contacter des internautes des pays arabes. Certains de ces contacts se sont poursuivis par des conversations téléphoniques amicales. Après avoir reçu des factures téléphoniques exceptionnellement élevées, elle fut convoquée au bureau de police local pour un interrogatoire préliminaire du GSS. A ce moment là, Fahima pensait que le fait qu’elle ne soit impliquée dans aucune activité politique traditionnelle allait lui épargner d’être de nouveau harcelée par le GSS. Citée dans l’article de Segal, elle dit : « Il [l’agent du GSS] m’a interrogée brièvement, m’a demandé pourquoi je conversais avec tant d’Arabes et si j’appartenais à un groupe. Je lui ai répondu que non et il m’a laissée tranquille ».

Elle va vite déchanter ; après qu’elle ait passé deux semaines à Jénine, le GSS la convoque en mai pour un interrogatoire prolongé. Dans un article de Y-NET (6) le représentant de la police au tribunal, l’officier Fadlon, déclare : « Fahima a déjà été prévenue il y a quelques mois, après avoir été prise alors qu’elle se trouvait dans la zone A (zone contrôlée par les Palestiniens, selon la partition des accords d’Oslo). Elle a été remise en liberté surveillée à condition de s’engager à ne plus retourner à Jénine ».

L’entrée des Juifs ou des Palestiniens citoyens d’Israël dans la zone A de l’OPT (7) a été interdite par le régime militaire depuis le début de la présente Intifada. Cependant, deux magistrats de la Cour ont soutenu qu’étant en infraction à la loi militaire, elle ne pouvait pas être jugée par une juridiction civile. Ce qui peut expliquer que la police ne tienne pas trop à procéder à des arrestations sur cette base. Il faut savoir que des citoyens israéliens entrent habituellement dans la zone A pour différentes raisons des achats ou des affaires (de moins en moins ces derniers temps), pour visiter des connaissances palestiniennes et de la famille, pour afficher un soutien à la cause palestinienne. Des membres d’ONGs et d’associations politiques ou humanitaires, ainsi que des militants de mouvements de la paix s’y rendent tous les jours, souvent par petits groupes. Ils peuvent rencontrer des difficultés à franchir les postes de contrôle militaires et, au pire, se faire arrêter pour 24 heures. Une fois devant le tribunal, ils peuvent récolter une amende et se voir interdire l’accès à des endroits particuliers par décision de justice. D’autres militants politiques ont été ainsi interrogés par le GSS suite à une période d’intense activité politique.

Le cas de Fahima est par contre exceptionnellement rare si l’on considère l’intérêt soutenu que le GSS a eu pour elle dès le début de sa quête politique. Bien que Fahima ait récolté de l’argent pour un projet humanitaire à Jénine, et qu’elle ait été arrêtée pour la première fois après qu’elle eut fini les préparatifs nécessaires à l’ouverture là-bas d’un centre pédagogique, le fait qu’elle agisse seule lui a valu des réactions des militants affiliés à gauche non moins méfiantes que celles des services de sécurité.

Méfiances à gauche

Les membres de la gauche de la Knesset n’étaient pas très chauds pour la soutenir ; même les militants de la paix radicaux avaient des doutes sur ses motivations. Dans les conversations personnelles que j’ai eues après son arrestation avec plusieurs militants expérimentés, des questions qui m’ont été posées sur elle auraient été considérées comme extrêmement déplacées s’il s’était agi d’un militant quelconque qui avait été mis en cause. L’impossibilité de lier son nom à un groupe politique semblait jeter une ombre sur toutes ses actions, qui, pour d’autres cas, auraient été considérées selon les critères militants comme audacieuses ou nobles. Le fait qu’elle puisse être un agent secret du GSS ou simplement une folle sexuellement complexée m’a été suggéré plus d’une fois.

La politique est censée se faire en groupe. Les militants fortement dominants et individualistes sont supposés constituer leurs propres groupes et non pas agir par eux-mêmes. Pourtant, le modèle éthico-politique des sociétés occidentales tel qu’il est décrit dans « Qu’est-ce que les Lumières ? » de Kant met l’accent sur la valeur de la responsabilité individuelle dans le domaine politique. A l’âge de l’Aufklärung (8), chacun d’entre nous est censé sortir de son « état de tutorat auto-imposé » et « utiliser son entendement sans la direction d’autrui ». L’essence de l’aspect politique de la condition humaine est ainsi déplacée du domaine sociologique à celui d’une réponse hautement intime (bien qu’universelle) à un idéal et un concept catégoriel de maturité.

L’activité politique, c’est-à-dire la gestion des affaires de la cité, a toujours été considérée comme l’activité la plus noble, mais la modernité modifie son essence maintenant elle a une autre origine, l’avènement du sujet. Cet avènement est un événement aussi colossal que la naissance d’Athènes à partir de la tête de Zeus, car c’est le sujet lui-même qui engendre sa propre délivrance.

Si l’engagement d’agir comme un acteur politique trouve son fondement essentiel dans la notion de subjectivité, alors la maturité éthique doit d’abord se traduire en un acte individuel. De façon surprenante, et quelque peu inconsistante avec le modèle moderno-kantien largement accepté, les individus sont censés accomplir leur subjectivité politique uniquement dans le cadre d’une institution reconnue et sous la supervision des opinions et des normes de leurs groupes respectifs. Pour les intellectuels, il est encore extrêmement difficile de se faire entendre s’ils ne détiennent pas une chaire universitaire ou s’ils ne travaillent pas comme journalistes. Même si le modèle du parti politique s’est élargi aux mouvements, aux associations et au modèle plus capitaliste des ONGs (où les gens sont payés pour le travail politique qu’ils effectuent), d’un point de vue sociologique, l’expression politique et le militantisme conservent des aspects tribaux importants. Pour gagner le droit de se faire entendre publiquement, le nom d’une personne agissant dans la sphère politique doit être immédiatement suivi de celui de l’institution pour laquelle elle travaille, ou du parti auquel elle appartient.

Les codes d’accueil d’un nouveau membre au sein d’un groupe varient d’une organisation politique à l’autre et ils ne se limitent évidemment pas aux règlements publiés ni même aux normes d’usage ; ils sont conceptualisés de façon explicite par ceux qui se reconnaissent comme étant « membres du groupe ». Les institutions ayant des salariés, comme les associations, les universités, les partis politiques ou les ONGs stipulent clairement leurs « conditions d’adhésion », alors que les mouvements de la société civile basés sur le bénévolat ont en général des règles d’appartenance beaucoup plus souples. Ta’yush (9), inspiré du modèle postmoderne proposé par les mouvements altermondialistes, tient à ne pas avoir de système d’adhésion. En participant aux activités du mouvement Ta’ayush, on en devient de fait un militant. L’adhésion ne peut être ni obtenue ni perdue car elle est le simple résultat d’avoir initié, organisé ou participé à une action.

Ce modèle de type existentialiste (chacun est maître de ses actes et de son destin), ne peut cependant échapper au problème essentiel de savoir « qui agit dans le groupe ». N’importe qui peut-il participer à un groupe fondé sur ce modèle ? Les principes et la réalité semblent diverger au moment où les sensibilités multiculturelles et discursives prennent de plus en plus d’importance dans la conceptualisation de la véritable réalité sociale. Comme on sait, tous les formats politiques développent des codes d’acceptation implicites, dont le rôle est de s’assurer que des « étrangers » ne viennent pas diluer les éléments idéologiques, discursifs et « tribaux » qui relient entre eux les membres fondateurs du groupe. Racontant de façon humoristique ses péripéties dans les mouvements radicaux de la gauche israélienne ou lors des événements comme le Ta’ayush ou le Festival militant (Forum social israélien), Dorit Pankar écrit : « Apparemment, pour être membre de ces organisations je dois complètement changer mon environnement et veiller à bien faire mes devoirs à la maison avant d’arriver en classe. Dans tous ces groupes il y a un examen de passage, j’ai donc décidé de m’en retirer car je n’étais pas capable de satisfaire à leurs demandes » (10).

L’amitié, la vérité apolitiques ?

Tali Fahima, qui a grandi dans la ville périphérique pauvre de Kiryat Gat, descendant d’une famille séfarade, n’ayant pas d’expérience politique préalable (c’est-à-dire n’ayant jamais appartenu ou fréquenté, même vaguement, de groupe politique) n’avait absolument aucun accès ni symbolique ni réel aux groupes de gauche qui sont basés à Tel-Aviv, et qui sont majoritairement ashkénazes et de la classe moyenne. Dans des conversations personnelles que j’ai eues avec elle avant son arrestation, elle m’a dit avoir assisté à plusieurs occasions à des comités organisés par des associations orientées à gauche, car elle était impatiente d’en savoir plus sur le conflit. Elle ajouta cependant que ce qui y avait été dit ne l’avait pas attiré et n’avait pas répondu aux questions les plus essentielles qu’elle se posait.

Les journalistes, les consommateurs de médias et les militants pensèrent que la non-militante Fahima, venant de nulle part, « ne s’exprimait pas suffisamment politiquement ». Fahima a été l’objet d’une vaste couverture de presse et certaines de ses déclarations, non seulement étaient extrêmement politiques, mais correspondaient à certaines positions très reprises à gauche. Dans une interview dans un journal local de la région sud (11), elle répondit à Amir Shoan qui lui demandait si elle comprenait quoi que ce soit à la vision israélienne du conflit : « Certainement. Je place au premier plan mon identité israélienne, mais je suis aussi la preuve que l’État n’est pas démocratique. Quand j’ai été libérée, je leur ai dit [au GSS] qu’ils étaient une organisation terroriste. Un État occupant n’est pas un État démocratique. Je sais qu’ils avaient des soupçons à mon égard, mail il était illégal de me maintenir en détention uniquement dans le but de m’interroger. Quelqu’un au sommet a perdu son calme quand il a appris qu’une civile avait des contacts avec Zbeidi. La politique du ministère de la Défense est clairement de couper le contact avec la population civile, car ils ne veulent pas que l’on sache ce qu’ils font ici ». L’article se conclut par la citation suivante de Fahima : « Je suis venue pour aider un ami. Mettez de côté l’affaire de l’État d’Israël et des Palestiniens. De mon point de vue, un de mes amis était en danger imminent et je suis venue pour l’aider ». A une autre occasion (12), quand elle parla de la peur qu’elle a eue lors de sa première rencontre avec Zbeidi, le journaliste lui demande : « N’est-ce pas cher payé pour satisfaire une curiosité ? ». La réponse que fit Fahima, ne cadre pas avec le discours politiquement « correct » : « Il n’y a pas de prix trop élevé pour connaître la vérité ». Le fait de privilégier des valeurs comme l’amitié et la passion de la vérité ne sont pas des choses qui se disent dans le milieu militant et peut être considéré par des militants politiques comme étant « apolitique ». Cela devrait nous rappeler qu’un philosophe très célèbre a payé de sa vie le fait de préférer son amour de la vérité à son amour de la politique. Fahima n’est peut-être pas aussi instruite que ne l’était Socrate, ni aussi sage et éloquente. Mais elle partage certainement avec le « Divin » la volonté de payer le prix pour son amour de la vérité.

Des gens comme Fahima poussent d’autres personnes à les suivre. Pas beaucoup peut-être, pas les masses. Pourtant, il est clair que malgré tout le mépris, le soupçon et la confusion qu’a suscité Fahima, il y a des gens qui ont déjà reconnu en elle le potentiel pour devenir une dirigeante. A juger par son caractère, tel qu’il a été dépeint à travers ses interventions dans les médias, il ne semble pas qu’elle soit prête à jouer le rôle de guide d’autres personnes dans leur quête de la vérité, de l’amitié et du respect mutuel. On dit que les prisons jouent un grand rôle pour former des dirigeants. On ne peut qu’espérer que Fahima continuera à détester les idées toutes faites et rejoindra d’autres qui, comme elle, sont à la recherche d’un modèle de direction plus partagé et amoureux de la vérité, moins tribal et surtout plus féministe que ceux que nous avons connus jusqu’ici.

Traduction : Jack Radcliff (de l'anglais)

Notes

1. Ha’yir Weekly du 18 mars 2004. Ha’yir Weekly est un hebdomadaire du groupe Ha’aretz.

2. Jénine est un camp de réfugiés au nord de la Cisjordanie.

3. Walla portal, groupe Ha’aretz, le 1er juin 2004.

4. Branche armée du Fatah.

5. Women in Black (Femmes en noir) est un réseau international de femmes luttant de façon non violente pour la paix dans la justice. En Israël, c’est une des neuf organisations féministes qui constituent la Coalition des femmes pour la paix.

6. Yedeot, site internet d’Ahronot, arilce de R. Ben-Tzur daté du 29 mai 2004.

7. OPT : Occupied Palestinian Territory. Territoire palestinien occupé.

8. « Aufklärung » est l’équivalent allemand du français « Les Lumières » (l’action de rendre clair, d’éclairer).

9. Ta’ayush (Partenariat judéo-arabe) est un mouvement regroupant des citoyen(ne)s israélien(ne)s juif(ve)s ou palestinien(ne)s, créé au début de la deuxième Intifada dans lequel a milité Lin Chalozin-Dovrat.

10. Dorit Pankar, Mi’Tzad Sheni, vol. 2, janvier 2003, AIC.

11. Kol Ha’Daron du 4 juin 2004.

12. Oren Huberman, Nana portal, 2 juin 2004