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Notes de lectures

N° 517 mai 2006 *

LECTURES

Mémoire et perspectives palestiniennes

Cf. aussi : [Israël-Palestine]

Didier Epsztajn

Alternatives Sud, Palestine : Mémoire et perspectives, Centre tricontinental & Éditions Syllepse, Paris-Louvain 2005, 18 €

Trop peu de textes de Palestiniens circulent en français. Les éclairages apportés sur l’histoire, la politique et la vie quotidienne aident à une meilleure compréhension des tensions qui parcourent la société palestinienne et de leur ancrage dans une histoire toujours déniée.

Le premier texte est centré sur la Nakba « La catastrophe » ; la Naksa (la défaite de 1967) et la Nadha (le surgissement de l’invisibilité et de l’anonymat, le soulèvement du palestinien « l’intifadah »). Ce passé dénié nécessite un véritable travail sur la mémoire « Nous sommes face à deux peuples qui ont un passé qui ne passe pas : un passé toujours présent. » Et l’auteur conclut : « la Nakba de 1948, c’est-à-dire l’expulsion des deux tiers des Palestiniens de leur terre natale, va demeurer la pierre d’achoppement de toute négociation qui l’ignore », en mettant en avant la proposition d’une commission de la vérité et de la réconciliation, sur le mode sud-africain.

A contre-courant des discours habituels sur la démographie en Palestine, le second auteur souligne le ralentissement de la fécondité, ce qui ne semble pas être le cas des femmes de colons, souvent ultra-religieuses. Les courbes de population ne se croiseraient qu’en 2025, date à laquelle les Palestinien(ne)s seront majoritaires. Cependant l’auteur n’intègre pas l’émigration de Juifs israéliens vers l’Europe ou les USA.

Si les études prospectives en démographie peuvent fournir des pistes de travail, il n’en reste pas moins que la coexistence des deux nations passe en premier lieu par l’abandon des conceptions ethnicistes, quelle que soit l’optique retenue (un seul État « Palisraël » ou deux États séparés).

Le rédacteur du troisième chapitre rappelle, que contrairement à d’autres conflits coloniaux et/ou ethniques, le dommage en vies humaines a été relativement faible durant la guerre de 1948 et lors des Intifada. Le projet sioniste se base sur le vidage de la terre de ses habitants « le spaciocide (ou plutôt spatiocide ?)», contrairement aux autres démarches colonialistes. L’auteur montre aussi qu’au mythe sioniste d’« une terre sans peuple pour un peuple sans terre », les réfugiés palestiniens ont créé « le rêve d’une terre sans peuple pour des réfugiés sans terre ».

« La guerre ne peut en aucun cas créer de droits territoriaux et, par conséquent, elle ne saurait aboutir à une modification de frontières, quelle que soit la durée écoulée depuis le conflit. » Ce rappel du Droit international est le prélude à un article sur la représentation légitime des Palestiniens, le statut juridique des territoires occupés et le droit du peuple palestinien à l’autodétermination. L’auteur condamne les attentats suicides, car « l’utilisation de la force pour résister à l’occupation militaire, au nom du droit à l’autodétermination, est-elle pour autant exempte de toute obligation ? » Il conclut sur la réconciliation signifiant « la découverte de soi-même et de sa propre identité, mais aussi la découverte de l’autre, exactement comme il est ou comme il voudrait être considéré. Les palestiniens ne peuvent pas simplement ignorer l’existence du nationalisme d’en face qui a sous-tendu leurs sacrifices pendant un siècle et vice versa. »

La description du système éducatif palestinien et ses répercussions sur la scolarisation des enfants sont mis en regard des « choix » de l’autorité palestinienne (2 % du budget à l’éducation, dix universités sur onze appartenant aux familles traditionnelles ou aux organismes religieux ou politiques).

Il ne faut jamais oublier les conséquences des politiques permanentes d’intervention de l’état d’Israël (stratégie de restrictions de la mobilité interne et externe des personnes, démolition de maisons privées comme mesure de rétorsion et de punition collective et confiscation des terres agricoles). La construction du mur entraîne directement une perte de 2 % du territoire et est « potentiellement porteur de détérioration du lien social, détruisant ou rendant plus difficile les modes de reproduction collectifs. »

Les difficultés de circulation, la très forte baisse des exportations vers Israël, la récession économique ont abouti à l’effondrement de l’économie palestinienne, à l’accroissement du chômage et entraînent une dépendance toujours plus forte vis-à-vis de l’aide humanitaire, en particulier en termes d’assistance alimentaire.

Le livre se termine par un article où Ilan Pappe, historien israélien, insiste sur la nécessité de l’admission de l’autre dans le discours national et la reconnaissance du rôle d’Israël comme responsable des souffrances. Face au déni de 1948, il prône une histoire libératrice et la recherche d’une procédure légale (justice de réhabilitation) centrée sur la question de savoir ce que peut faire l’agresseur pour alléger la souffrance de la victime.